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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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mardi 18 novembre 2008 

Par TASSADIT IMACHE



Ecrivaine, auteure notamment de, l'ouvrage Des nouvelles de Kora, à paraître en mars 2009 (Actes Sud); membre de la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), de février 2001 à février 2007.


DEPUIS DES ANNÉES, nous avons été nourris de constats fallacieux et de faux débats visant à définir comme problématique la présence des immigrés dans notre pays. Tandis que les journaux télévisés nous proposaient en illustration: femmes en boubous avec grappes d'enfants, adolescents noirs et maghrébins au pied des immeubles, camps sinistrés de gens du voyage. Nous avions subi cette immigration-là, le temps est venu où l'on va enfin choisir avec qui nous voulons vivre. Oui, nous avons été bien préparés à la politique actuelle de contrôle de l'immigration. Ainsi, « les étrangers qui n'ont pas de papiers ont vocation à retourner dans leur pays ». Et, en vérité, nous faisons œuvre de charité en arrachant ces gens-là des mains de leurs exploiteurs pour les jeter dehors. Aussi proprement que possible, à la française, avec beaucoup d'administration. Et nous devrions même nous honorer d'être de ce pays-là, en Europe, qui met le curseur des valeurs humaines le moins bas.

Aujourd'hui sont apparus dans notre paysage moral et politique des décors inimaginables jusqu'alors : des centres, des locaux où sont enfermés des individus, des familles. Exilés, réfugiés qui, une fois jugés en préfecture coupables de ne plus remplir les toujours plus nombreux critères de notre hospitalité, sont arrachés à leur vie et aux nôtres, en attendant d'être expulsés sous la contrainte physique, psychologique et morale. Et une directive européenne vient d'autoriser la durée de leur enfermement jusqu'à dix-huit mois.

Des concitoyens nous disent ce qu'ils ont vu et vécu dans la rue, le métro, l'avion. Ces scènes d'interpellations ou de reconduites stupéfiantes, composées des mêmes ingrédients : rapt et brutalité. Et ces visages-là entraperçus, défigurés par l'angoisse ou la honte - illégaux?

L' expulsion a ses protocoles particuliers, des procédures élaborées dans la langue et la logique de la seule rationalité technique. Le stress des professionnels de la sécurité, les émotions de part et d'autre, les cris, crachats, pleurs, insultes, peur, pitié sont convertis en facteurs de frein, en risques de mauvais résultats. Car si la mission échoue, le « clandestin » redescend de l'avion, remet ses pieds sur notre sol. Et tout est à recommencer.. On peut imaginer aisément l'état de tension des professionnels qui sont chargés de ces DEPA (Deported Accompanied), la pression qui s'exerce sur eux pour que les chiffres atteints soient ceux des objectifs, en hausse permanente.

Dès lors, on équipe mieux nos escorteurs et on considère tous les aspects pratiques. Des gants épais prémunissent des morsures, du risque d'infection. Les bras d'une fonctionnaire de police sont plus efficaces pour un nourrisson somalien que ceux d'une mère menottée qui se laisse tomber au sol et dit qu'elle ne veut pas partir. On prévient le risque le plus dangereux : l'empathie qui guette tout policier, tout policier-citoyen-parent, mais surtout les voyeurs présents sur le parcours du reconduit - magistrats, médecins, infirmiers, associations humanitaires.

Ainsi, l'attente avant l'embarquement de personnes éprouvées ou malmenées est plus appropriée dans le véhicule de police, sur le tarmac, qu'au service médical de l'aéroport, où travaillent de potentiels intrus. On a observé que le désespoir décuple les forces humaines, et aussi comme ces gens-là savent détourner un objet de sa fonction pour s'automutiler, tenter de se suicider pour compromettre l'expulsion. On en a tiré les leçons. On sait endiguer la montée vaine de l'espoir, proportionnelle au risque de franchissement par les policiers des limites déontologiques. On a accumulé des données précieuses sur le comportement des DEPA (la Nigériane est violente et le Chinois un dangereux paquet de nerfs). Il faut suivre leur évolution psychologique jusqu'à l'heure du décollage, entretenir un semblant de dialogue, endormir les résistances avec un ton ferme et calme : tenez-vous tranquille et vous reviendrez légalement, débattez-vous et plus jamais vous n'entrerez en France.

On a réfléchi à leur entrée dans l'avion. Elle se fait avant les passagers ordinaires, par l'arrière; il y a un sas de sièges vides. Un des professionnels aura en charge la négociation éventuelle avec un commandant offensé de ne plus être maître à bord. Un autre parlera aux passagers étonnés ou choqués, potentiels fauteurs de troubles. On appréhende mieux les tensions. Selon le profil du citoyen-voyageur qui vient se renseigner auprès des escorteurs, les réponses varient graduellement. Cela va de l'information - «Nous appliquons la loi » - à l'intimidation et à la menace. Si le nombre d'importuns augmente, ce sera le franc rapport de forces avec extraction des perturbateurs, gardes à vue et poursuites judiciaires pour obstacle au vol d'un aéronef ou incitation à l'émeute.

Depuis cinq ans, on dispense aux personnels de sécurité des formations spécifiques nourries d'observations de terrain. Grâce au Caméscope, on peut revoir indéfiniment une reconduite. On pointe à l'image les erreurs à ne pas commettre. En direct, il y a cet homme noir qui a crié, appelé sa mère et le Bon Dieu. Comment le faire monter dans l'avion? L' instructeur montre les endroits précis du corps, les gestes techniques professionnels recommandés. Voilà comment on immobilise des bras, une paire de jambes, grâce à ces bandes de type Velcro. En deux minutes, on obtient une momie transportable.

Il n'est certes plus permis de plier à la hâte les récalcitrants sur le siège de l'avion pour les dérober à la vue et à l'attention des autres passagers, bouche fermée à la main, ni de s'asseoir sur le dos du reconduit jusqu'au décollage. Deux hommes en sont morts, leur cœur s'est arrêté sur notre territoire. Ils s'appelaient Ricardo Barrientos et Mariame Getu Hagos.

MAIS un problème demeure: celui des « nuisances phoniques ». Comment éviter que le reconduit, par ses cris, n'ameute l'équipage, les voyageurs? On a trouvé une solution du côté des arts martiaux : on enseigne la pression a exercer en certains points du cou. Ça coupe la respiration, le cerveau n'est plus irrigué, le reconduit n'a plus de voix. Cela a un nom assez poétique : la « modulation phonique », ou comment empêcher une personne en détresse d'appeler au secours. Du fax préfectoral au siège d'avion, de l'arrêté administratif au saucissonnage, la logique inhumaine de l'expulsion se déroule jusqu'à l'indignité finale, endossée par les policiers. La violence intrinsèque de la reconduite était inscrite dès le départ : la personne ne pèse rien. Et, à la fin, on charge des êtres humains inertes, à l'horizontale, comme des choses.

Culture étatique du mensonge, du guet-apens, du contournement délibéré des lois et des dispositifs d'aide existant dans nos démocraties pour les plus vulnérables... Voici maintenant que le Comité inter-mouvements auprès des évacués (Cimade), engagé auprès des migrants, des demandeurs d'asile et des expulsés, est menacé dans son action (1). Ses membres voient arriver dans les centres de rétention des personnes dont la vie a basculé en quelques heures, traînant les effets qu'on leur a laissé prendre, les cartables, parfois un nourrisson dans un couffin.

La présence de la Cimade dans ces lieux, c'est ce qui reste aujourd'hui de notre présence, de notre regard. Un organisme humanitaire peut être amené à signifier à l'administration, à la police, aux responsables politiques, aux citoyens, par ses rapports rendus publics, des manquements inacceptables. Cette voix-là, on voudrait la « moduler »aussi.

Le gouvernement veut ouvrir l'humanitaire à la concurrence pour casser l'expérience accumulée, morceler le territoire en « lots » pour empêcher une visibilité d'ensemble. Il exige neutralité et confidentialité. L'humanitaire ne serait pas assez neutre: avec l'humain, viennent en effet le droit et la dignité de la personne. Comme le secret et l'arbitraire vont bien aux lieux clos... ce terreau d'abus et de violences de nos prisons. Alors, que dirons-nous à cette heure ? Sommes-nous encore de ceux qui veulent continuer à parler notre langue: « droit », « liberté », « dignité » de la personne ? De ceux qui pensent que « pour eux » valent nos textes et notre croyance en la pérennité de l'universalité des valeurs? Car la façon dont aujourd'hui on traite chez nous ces étrangers-là, les plus vulnérables, dit quelque chose de grave sur la France et les étrangers, et sur l'Europe, au reste du monde. Sur ce que nous étions, et sur ce que nous risquons d'être demain. Etrangers à nous-mêmes ?

  1. (1) Seule la Cimade est habilitée, depuis 1985, à intervenir auprès des étrangers expulsables à l'intérieur des centres de rétention administrative. Le ministère de l'immigration entendait émietter par la concurrence cette mission. Après la suspension de l'appel d'offres décrétée par le tribunal administratif de Paris, la décision a été reportée au 31 octobre au plus tard.

* Ecrivaine, auteure notamment de, l'ouvrage Des nouvelles de Kora, à paraître en mars 2009 (Actes Sud); membre de la Co i mmis sion nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), de février 2001 à février 2007.

mardi 18 novembre 2008.

*

DEPUIS DES ANNÉES, nous avons été nourris de constats fallacieux et de faux débats visant à définir comme problématique la présence des immigrés dans notre pays. Tandis que les journaux télévisés nous proposaient en illustration: femmes en boubous avec grappes d'enfants, adolescents noirs et maghrébins au pied des immeubles, camps sinistrés de gens du voyage. Nous avions subi cette immigration-là, le temps est venu où l'on va enfin choisir avec qui nous voulons vivre. Oui, nous avons été bien préparés à la politique actuelle de contrôle de l'immigration. Ainsi, « les étrangers qui n'ont pas de papiers ont vocation à retourner dans leur pays ». Et, en vérité, nous faisons œuvre de charité en arrachant ces gens-là des mains de leurs exploiteurs pour les jeter dehors. Aussi proprement que possible, à la française, avec beaucoup d'administration. Et nous devrions même nous honorer d'être de ce pays-là, en Europe, qui met le curseur des valeurs humaines le moins bas.

Aujourd'hui sont apparus dans notre paysage moral et politique des décors inimaginables jusqu'alors : des centres, des locaux où sont enfermés des individus, des familles. Exilés, réfugiés qui, une fois jugés en préfecture coupables de ne plus remplir les toujours plus nombreux critères de notre hospitalité, sont arrachés à leur vie et aux nôtres, en attendant d'être expulsés sous la contrainte physique, psychologique et morale. Et une directive européenne vient d'autoriser la durée de leur enfermement jusqu'à dix-huit mois.

Des concitoyens nous disent ce qu'ils ont vu et vécu dans la rue, le métro, l'avion. Ces scènes d'interpellations ou de reconduites stupéfiantes, composées des mêmes ingrédients : rapt et brutalité. Et ces visages-là entraperçus, défigurés par l'angoisse ou la honte - illégaux?

L' expulsion a ses protocoles particuliers, des procédures élaborées dans la langue et la logique de la seule rationalité technique. Le stress des professionnels de la sécurité, les émotions de part et d'autre, les cris, crachats, pleurs, insultes, peur, pitié sont convertis en facteurs de frein, en risques de mauvais résultats. Car si la mission échoue, le « clandestin » redescend de l'avion, remet ses pieds sur notre sol. Et tout est à recommencer.. On peut imaginer aisément l'état de tension des professionnels qui sont chargés de ces DEPA (Deported Accompanied), la pression qui s'exerce sur eux pour que les chiffres atteints soient ceux des objectifs, en hausse permanente.

Dès lors, on équipe mieux nos escorteurs et on considère tous les aspects pratiques. Des gants épais prémunissent des morsures, du risque d'infection. Les bras d'une fonctionnaire de police sont plus efficaces pour un nourrisson somalien que ceux d'une mère menottée qui se laisse tomber au sol et dit qu'elle ne veut pas partir. On prévient le risque le plus dangereux : l'empathie qui guette tout policier, tout policier-citoyen-parent, mais surtout les voyeurs présents sur le parcours du reconduit - magistrats, médecins, infirmiers, associations humanitaires.

Ainsi, l'attente avant l'embarquement de personnes éprouvées ou malmenées est plus appropriée dans le véhicule de police, sur le tarmac, qu'au service médical de l'aéroport, où travaillent de potentiels intrus. On a observé que le désespoir décuple les forces humaines, et aussi comme ces gens-là savent détourner un objet de sa fonction pour s'automutiler, tenter de se suicider pour compromettre l'expulsion. On en a tiré les leçons. On sait endiguer la montée vaine de l'espoir, proportionnelle au risque de franchissement par les policiers des limites déontologiques. On a accumulé des données précieuses sur le comportement des DEPA (la Nigériane est violente et le Chinois un dangereux paquet de nerfs). Il faut suivre leur évolution psychologique jusqu'à l'heure du décollage, entretenir un semblant de dialogue, endormir les résistances avec un ton ferme et calme : tenez-vous tranquille et vous reviendrez légalement, débattez-vous et plus jamais vous n'entrerez en France.

On a réfléchi à leur entrée dans l'avion. Elle se fait avant les passagers ordinaires, par l'arrière; il y a un sas de sièges vides. Un des professionnels aura en charge la négociation éventuelle avec un commandant offensé de ne plus être maître à bord. Un autre parlera aux passagers étonnés ou choqués, potentiels fauteurs de troubles. On appréhende mieux les tensions. Selon le profil du citoyen-voyageur qui vient se renseigner auprès des escorteurs, les réponses varient graduellement. Cela va de l'information - «Nous appliquons la loi » - à l'intimidation et à la menace. Si le nombre d'importuns augmente, ce sera le franc rapport de forces avec extraction des perturbateurs, gardes à vue et poursuites judiciaires pour obstacle au vol d'un aéronef ou incitation à l'émeute.

Depuis cinq ans, on dispense aux personnels de sécurité des formations spécifiques nourries d'observations de terrain. Grâce au Caméscope, on peut revoir indéfiniment une reconduite. On pointe à l'image les erreurs à ne pas commettre. En direct, il y a cet homme noir qui a crié, appelé sa mère et le Bon Dieu. Comment le faire monter dans l'avion? L' instructeur montre les endroits précis du corps, les gestes techniques professionnels recommandés. Voilà comment on immobilise des bras, une paire de jambes, grâce à ces bandes de type Velcro. En deux minutes, on obtient une momie transportable.

Il n'est certes plus permis de plier à la hâte les récalcitrants sur le siège de l'avion pour les dérober à la vue et à l'attention des autres passagers, bouche fermée à la main, ni de s'asseoir sur le dos du reconduit jusqu'au décollage. Deux hommes en sont morts, leur cœur s'est arrêté sur notre territoire. Ils s'appelaient Ricardo Barrientos et Mariame Getu Hagos.

MAIS un problème demeure: celui des « nuisances phoniques ». Comment éviter que le reconduit, par ses cris, n'ameute l'équipage, les voyageurs? On a trouvé une solution du côté des arts martiaux : on enseigne la pression a exercer en certains points du cou. Ça coupe la respiration, le cerveau n'est plus irrigué, le reconduit n'a plus de voix. Cela a un nom assez poétique : la « modulation phonique », ou comment empêcher une personne en détresse d'appeler au secours. Du fax préfectoral au siège d'avion, de l'arrêté administratif au saucissonnage, la logique inhumaine de l'expulsion se déroule jusqu'à l'indignité finale, endossée par les policiers. La violence intrinsèque de la reconduite était inscrite dès le départ : la personne ne pèse rien. Et, à la fin, on charge des êtres humains inertes, à l'horizontale, comme des choses.

Culture étatique du mensonge, du guet-apens, du contournement délibéré des lois et des dispositifs d'aide existant dans nos démocraties pour les plus vulnérables... Voici maintenant que le Comité inter-mouvements auprès des évacués (Cimade), engagé auprès des migrants, des demandeurs d'asile et des expulsés, est menacé dans son action (1). Ses membres voient arriver dans les centres de rétention des personnes dont la vie a basculé en quelques heures, traînant les effets qu'on leur a laissé prendre, les cartables, parfois un nourrisson dans un couffin.

La présence de la Cimade dans ces lieux, c'est ce qui reste aujourd'hui de notre présence, de notre regard. Un organisme humanitaire peut être amené à signifier à l'administration, à la police, aux responsables politiques, aux citoyens, par ses rapports rendus publics, des manquements inacceptables. Cette voix-là, on voudrait la « moduler »aussi.

Le gouvernement veut ouvrir l'humanitaire à la concurrence pour casser l'expérience accumulée, morceler le territoire en « lots » pour empêcher une visibilité d'ensemble. Il exige neutralité et confidentialité. L'humanitaire ne serait pas assez neutre: avec l'humain, viennent en effet le droit et la dignité de la personne. Comme le secret et l'arbitraire vont bien aux lieux clos... ce terreau d'abus et de violences de nos prisons. Alors, que dirons-nous à cette heure ? Sommes-nous encore de ceux qui veulent continuer à parler notre langue: « droit », « liberté », « dignité » de la personne ? De ceux qui pensent que « pour eux » valent nos textes et notre croyance en la pérennité de l'universalité des valeurs? Car la façon dont aujourd'hui on traite chez nous ces étrangers-là, les plus vulnérables, dit quelque chose de grave sur la France et les étrangers, et sur l'Europe, au reste du monde. Sur ce que nous étions, et sur ce que nous risquons d'être demain. Etrangers à nous-mêmes ?

  1. (1) Seule la Cimade est habilitée, depuis 1985, à intervenir auprès des étrangers expulsables à l'intérieur des centres de rétention administrative. Le ministère de l'immigration entendait émietter par la concurrence cette mission. Après la suspension de l'appel d'offres décrétée par le tribunal administratif de Paris, la décision a été reportée au 31 octobre au plus tard.

* Ecrivaine, auteure notamment de, l'ouvrage Des nouvelles de Kora, à paraître en mars 2009 (Actes Sud); membre de la Co i mmis sion nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), de février 2001 à février 2007.

mardi 18 novembre 2008.

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Vite dit

15/7/2019 - L'esclavage, mauvaise surprise ou politique économique officieuse ?
La France accueille de nombreuses personnes étrangères fuyant des guerres ou cherchant une vie meilleure. Elles sont motivées, le travail ne leur fait pas peur, mais, sans papiers, elles ne peuvent travailler n'importe où et dans n'importe quoi. Malgré tout, certaines réussissent à trouver un travail saisonnier, difficile et mal payé, mais un travail quand même.
Mme D. fait partie de ceux-là. Elle a trouvé du travail au Château de Plaimont. En situation de faiblesse, n'ayant pas de papiers, son employeur n'a pas trouvé utile de lui établir un contrat de travail comme la loi l’exige.
Quand Mme D. arrête son travail et demande à être payée, son employeur lui rétorque une fin de non-recevoir. Cet employeur a profité de la situation de faiblesse administrative de Mme D., sans papiers et constamment sous la menace d'une expulsion, pour la traiter comme une esclave.
Ce serait déjà extrêmement grave si c'était un cas isolé, mais malheureusement ce n'est pas le cas. Des employeurs sans scrupules, se sachant presque intouchables, profitent régulièrement de personnes faibles pour les exploiter puis empocher le fruit de leur travail. L'OFII (Office français d'Immigration et d'Intégration) a la responsabilité de récupérer ces sommes pour le compte de ces travailleurs, mais rares sont les étrangers qui savent ça, et encore plus rares ceux qui demandent à l'OFII de le faire, et les employeurs comptent là-dessus.
Pour ma part, tout le vin produit par le Chateau de Plaimont a tourné, lui donnant un arrière-goût d'esclavage insupportable.
Pour en savoir plus lisez ceci.

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2/7/2019 - La fin d'une vie, la fin d'un rêve
Difficile d'imaginer l'état de désespoir dans lequel doit se trouver une personne pour décider de mettre fin à ses jours.
Quand de surcroit cette personne est un jeune mineur, qui par définition a toute sa vie devant lui pour se remettre des accidents de la vie et se construire un futur digne, aucune excuse, aucun prétexte ni aucune explication ne peuvent dédouaner les responsables.
X, jeune mineur étranger isolé de 17 ans, placé conformément à la loi sous la protection de l'État, décide de mettre fin à ses jours. Hébergé dans une chambre d'hôtel lugubre, abandonné par l'État sans suivi, ni accompagnement, ni éducation, avec juste le nécessaire pour s'acheter un ou deux repas simples par jour, n'a plus pu le supporter et est passé à l'acte.
La phrase tant répétée par nos dirigeants : "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde" perd ici tout son sens, et laisse apparaître à la vue de tout le monde le cynisme et l'hypocrisie d'une politique migratoire inhumaine qui, s'appuyant sur des considérations de confort économique, ou pire encore, électorales, trahi les valeurs fondamentales de la République, et viole les conventions internationales des droits de l'homme et des enfants que la France a signées.
L'État avait la responsabilité de la sécurité et du bien être de ce jeune, mais elle l'a abandonné, le laissant sombrer dans le désespoir. L'État et ses dirigeants doivent rendre des comptes. Ne rien faire signifierait que la France considère la mort inutile et injustifiable d'un jeune mineur comme un simple fait divers, et cela signifierait officiellement la fin de la "France, pays des droits de l'homme".
Pour en savoir plus, lisez ceci.

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29/6/2019 - Voyage dans le temps.
Je lisais un article, à priori d'actualité, mais les mots qui ressortaient : rafle, expulsion collective, familles déchirées, rétention, transports en charter, m'ont fait douter. Est-ce un article historique de la 2e guerre mondiale ? Incrédule, je regarde la date de l'article. Eh ben non ! Il s'agit bien d'un article d'actualité qui parle d'une action de l'état visant à se débarrasser rapidement d'un grand nombre de personnes n'ayant pas encore obtenu un titre de séjour en France. Je croyais faire un mauvais rêve !
L'État pense avoir trouvé un moyen "efficace" pour se débarrasser rapidement des personnes qu'il considère indésirables ? Efficace, peut-être, mais outre l'inhumanité de cette action consistant à expulser de personnes vulnérables vers un pays, la Géorgie, qui est loin d'être un pays sûr, elle est aussi illégale. Illégale parce que les expulsions collectives sont prohibées en vertu de l'article IV du protocole 4 à la Convention européenne des droits de l’homme. Illégale parce que parmi les personnes mises en rétention il y avait des enfants, ce qui est contraire à toutes les conventions internationales des droits des enfants signées par la France. Mais ce n'est pas tout. Cette opération a été exécutée sans qu'aucun juge ne soit saisi, et "pour un certain nombre de cas, avant que le juge administratif n’ait statué sur la légalité des obligations de quitter le territoire français prononcées à l’encontre de ces demandeurs d’asile".
ATTENTION ! "Efficacité" peut peut-être rimer avec économies, mais aussi avec totalitarisme.
Pour en savoir plus, lisez ici et ici.

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12/6/2019 - Noblesse et bassesse des médias
On ne peut que remercier notre service public d'information lorsqu'il permet à un journaliste de FR3 Occitanie de relater dans le détail, de manière précise et avec des recherches de complément d'information la manière dont une famille ukrainienne a été (mal)traitée par nos autorités (voir article sur le lien).
En revanche quelle dose de cynisme faut-il au chroniqueur de France Inter pour expliquer que la Bourse se porte mieux du fait des "avancées" dans les accords commerciaux entre les États-Unis et le Mexique quand on sait que cela est dû au déploiement de la garde nationale mexicaine pour lutter contre les migrants venus d'Amérique Centrale.

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Brutalite policiere7/6/2019 - Une nouvelle arme contre la solidarité.
L'État ou la police de l'air et des frontières (PAF) ont inventé une nouvelle arme pour lutter contre la solidarité : l'humiliation physique et psychologique, avec des soupçons d'agression sexuelle.
C'est le traitement qu'a subi une membre du Collectif de soutien aux personnes sans-papiers de Rennes lors d'une visite à un retenu au CRA de Saint Jacques des Landes, en Bretagne, conforme avec la ligne politique de la peur que le gouvernement mène contre la population solidaire.
Difficile à dire ce qui serait le plus ignoble et terrifiant: un État qui a recours à des viols des droits fondamentaux de sa population pour soutenir sa politique, ou des policiers qui, se sachant intouchables, se permettent de trahir leur sermentSource : Wikipedia wikipedia
Serment des Policiers et Gendarmes : Je jure de bien et loyalement remplir mes fonctions, d'observer les devoirs et la réserve qu'elles m'imposent. Je me conformerai strictement aux ordres reçus dans le respect de la personne humaine et de la loi. Je promets de faire preuve de dévouement au bien public, de droiture, de dignité, de prudence et d'impartialité. Je m'engage à ne faire qu'un usage légitime de la force et des pouvoirs qui me sont confiés et à ne rien révéler ou utiliser de ce qui sera porté à ma connaissance lors de l'exercice de mes fonctions. » "
en abusant de leur pouvoir pour exécuter une fouille corporelle qui va bien au-delà de ce qui aurait été requis par la sécurité, la légalité, et même la décence.
Pour en savoir plus...

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systeme ecrase17/5/2019 - Encore un.e jeune brisé.e.
Rafaël, Joseph et tant d'autres. Des jeunes venus en France motivés par l'espoir d'apprendre un métier, d'être autonomes, de participer positivement à notre société.
Pas assez pour l'administration française, qui les poursuit, les place en rétention, puis les expulse vers un futur incertain dans leurs pays, dont ils savent qu'ils n'auront que peu d'espoir de s'y épanouir et d'y vivre dignement.
Pas assez quoi ?

Pas assez intelligents ? Ils et elles le sont.
Pas assez motivé.e.s ? Ils et elles le sont.
Pas assez travailleurs et persévérants ? Ils et elles le sont.
Pas assez français ? Non, en effet. C'est bien la France qu'ils et elles ont choisie pour s'y intégrer, et ils ont fait des efforts considérables pour y arriver, toujours appréciés par leur entourage, mais l'administration leur refuse des papiers parce que pas assez quelque chose.
En fait on les condamne pour un seul "crime" : ne pas être né.e.s en France.
Nos dirigeants aiment se gargariser de ce que la France a besoin de jeunes plus motivés, prêts à étudier et à travailler. En voilà quelques-uns.e.s. Ils et elles n'attendent que d'être reconnus comme tels par l'administration.
Emmanuel Macron (ONU, 20 septembre 2017) : "Nous passons beaucoup de temps, beaucoup d’énergie, beaucoup d’argent à régler les problèmes de ce monde et les grandes crises, mais l’éducation c’est ce qui - parmi les réponses qui sont à notre portée - permet de les régler bien plus que les autres".
Une vérité incontestable. Dommage que ce ne soient que des paroles.

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2/4/2019 - Quoi ? Encore !?!? La loi est pourtant bien claire là-dessus en disposant que les séances du JLD sont publiques.
Publiques ! Cela veut dire que quiconque ne portant pas d'armes ou assimilables armes, a le droit d'assister aux audiences, à l'heure prévue, et durant toute la durée, jusqu'à ce que la ou le juge disent : "L'audience est levée".
Ce n’est pas compliqué non ? Et pourtant, le Cercle des Voisins doit se battre encore et encore pour que nos membres puissent assister aux permanences que nous assurons aux audiences. Mais cela ne concerne pas que nous. Des familles et ami.e.s de retenu.e.s peuvent aussi être bloqués aux portes du tribunal.
Est-ce le gouvernement ou le président du TGI qui ont ainsi décidé ? Ben non, ce sont de simples vigiles, d'une société privée qui assure la sécurité de l'entrée au tribunal, qui s'autodésignent policiers, juges et bourreaux, et décident, en fonction de leur propre
s imagination ou idéologie, si tel ou tel a ou pas le droit d'assister aux audiences.
Société privée ça passe encore, mais une justice privée ?
Le tribunal n'aurait donc pas le contrôle de ses troupes ? Ce serait difficile à croire, mais une chose est certaine, "quelqu'un" doit faire le nécessaire pour que ces violations répétées du Droit cessent.

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9/3/2019 - Respect des êtres humains ? Bof !
Cet AM, la PAF du CRA de Cornebarrieu a appelé Alain et Catherine, militants du Cercle des Voisins. Mr X, retenu au CRA, était dehors, soi-disant suite à une décision de justice.
Alain et Catherine sont allés le récupérer; en guise de dossier médical les policiers de la PAF leur dont donné une enveloppe vide et 2 comprimés de Doliprane, mais comme Mr X est atteint d'une maladie psychiatrique grave, il a absolument besoin d'un traitement contre la schizophrénie, ils l'ont amené aux urgences psy.
Après 2h30 aux urgences psy, ils sortent avec 2 Temesta (Lorazépam) et rassurés (+ou- ) sur un éventuel comportement dangereux. Il passe la nuit chez nos militants sans problème. Le lendemain matin re-problème. La PAF du CRA ignore ou se trouve son dossier médical. Après une dizaine d’appels, ils obtiennent une réponse peu coopérante au début : venez lundi (ça rouspète dur !!!), mais finalement ils les rappellent : l’infirmière avait préparé le dossier avec 5 jours de traitement, mais les policiers de service ne le savaient pas (et c’est bien le dernier de leur souci).... Ils sont donc allés chercher ce dossier avec, bien évidemment, Mr X. Retour à la maison et achat d’un billet sur OUI BUS pour la destination qu'il souhaitait. Ils l'ont laissé devant le bus.
Un cas exceptionnel ? Malheureusement non. Les policiers de la PAF et l'État français déchargent leur responsabilité régulièrement sur les associations de soutien aux retenus avec une désinvolture qui ne peut qu'être assimilé à la mise en danger d'autrui, ou du moins à la non-assistance à personne en danger.
Jusqu'à quand, sous prétexte de protéger la France de cette "horde d'étrangers envahissants", allons-nous permettre au gouvernement de violer et piétiner les droits fondamentaux des êtres humains, ces droits mêmes qui feraient de la France le grand pays qu'elle prétend être ?

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