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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

 Chapitre I La Madeleine empoisonnee

Source : RFI - 1/2019

Alors qu'ils se pensaient à l'abri une fois arrivés à destination, les exilés restent parfois hantés par les violences subies dans leur pays ou durant leur voyage. Imprimés dans leur psyché, ces souvenirs empoisonnent leur quotidien.

 

Des maux qui débordent

 

 

C’est un cauchemar presque palpable. Lorsqu’il survient, Alain* paraît comme plongé dans une autre réalité. Le présent et le passé se confondent, et tout ressurgit : l’odeur pestilentielle de sa prison africaine, la touffeur de la cellule bondée, le grincement des grilles, les cris des prisonniers. Recroquevillé sur sa natte, il aperçoit ses codétenus s’approcher de lui, prêts à le violer. Il s'élance d'un bond vers la lourde porte et tambourine de ses deux poings pour appeler à l'aide. Mais personne ne l’entend. C'est là qu'il se réveille, hagard, le corps baigné de sueur. Il n'est plus dans son cachot, mais dans un appartement de la banlieue parisienne où un compatriote l'héberge.

Derrière ces mauvais rêves se cache un trouble appelé « état de stress post-traumatique » et qu'on désigne parfois par son acronyme : ESPT. Un syndrome probablement vieux comme le monde, dont on retrouve déjà la trace dans des textes antiques. Il a été provoqué par une confrontation brutale et intense à la mort, à des blessures graves ou une agression sexuelle, un événement en tout cas si violent qu'il devient impossible à expliquer et à temporaliser. L'espace-temps est explosé. L'événement revient sans cesse, disloque le quotidien, prend le pas sur tout le reste et martyrise les sens.

On parle alors de reviviscences. Laure Wolmark, psychologue au Comité pour la santé des exilés (Comede), les compare à la madeleine de Proust. Mais contrairement au gâteau de l’écrivain français qui faisait renaître le doux souvenir de l’enfance, celle-ci ravive un supplice qu’on voudrait oublier. Une madeleine empoisonnée. Lorsque ces reviviscences apparaissent en consultation, raconte la psychologue, les personnes deviennent mutiques, comme absentes. « Elles sont à la fois là et pas là. »

« Un traumatisme est quelque chose qui déborde, qui dépasse le cadre de la compréhension », explique Omar Guerrero, psychologue au Centre Primo Levi , à Paris. Ce qui ne peut pas s’exprimer par des mots se manifeste alors par des maux : des maux de tête, une envie de vomir, ou encore l'impression qu'on étouffe. Les victimes de tortures peuvent penser voir leurs tortionnaires dans la rue ou les transports, au point de ne plus oser sortir de chez elles ; celles de viol, que c’est inscrit sur leur front, ce qui va les pousser à s’isoler. Il y a aussi l'irritabilité, l'hypervigilance, les difficultés à s'endormir... « Ces symptômes sont accrus par la difficulté à être soigné dans une langue que l'on maîtrise, le poids de la violence et de la précarité sociale et administrative », note Laure Wolmark.

Difficile de déterminer quelle proportion d'exilés arrivés en France souffre de ces blessures invisibles. Mais sur les 16 095 que le Comede a accueillis entre 2007 et 2016 pour un bilan de santé, près de 2 700 affichaient des troubles psychiques graves. Il s’agissait de la première pathologie qui touchait les patients passés par la structure, devant le VIH et la tuberculose. Au Centre Primo Levi, plus des trois quarts des quelque 400 personnes reçues en 2016 ont bénéficié d’un soutien psychologique.

Les armoires de ces centres de soin regorgent ainsi d’histoires d’exilés dont l’équilibre psychique a été durablement ébranlé. C’est une famille russophone d'un pays d'Asie centrale devenue non grata à la chute de l’URSS, que les autorités avaient menacée des pires sévices si elle refusait de quitter sa maison, et qui a bien du mal à expliquer l'origine de ses insomnies. C'est une femme qui a peur de fermer les yeux parce qu'elle a l'impression que ce qu'elle a subi est tatoué à l'intérieur de ses paupières. Ce sont des enfants témoins de violences contre leurs parents, qui, lorsqu’ils se trouvent dans la même pièce qu’eux, sont frappés de strabisme divergent. Comme si leur corps cherchait à les protéger de ce souvenir terrifiant.

Chapitre I La Madeleine empoisonnee dessin2

 

L'histoire d'Alain, elle, est celle d'un fonctionnaire originaire d'un pays d'Afrique subsaharienne embarqué dans une manifestation de l'opposition, arrêté et jeté en prison. Une prison comme il en existe des dizaines sur le continent et dont les conditions d'enfermement sont régulièrement dénoncées par les organisations internationales. A son arrivée, ses codétenus ont été chargés de le briser. « Tu vas être notre femme », «  tu ne pourras plus avoir d’enfant », lui crachaient-ils. Une fois libre, Alain a fui, muni de papiers d’emprunt, pour atterrir finalement au Centre Primo Levi, où son parcours est raconté par Omar Guerrero.

« Pour savoir qui sont nos patients, il faut regarder les journaux d'il y a six mois ou un an », explique le psychologue. Pour les exilés qui arrivent en France, se soigner n'est pas la priorité. L'urgence est d'obtenir des papiers et trouver de quoi se loger. Ce n'est qu'une fois stabilisés qu'ils se préoccupent de leur santé. « Généralement, ils ne viennent pas spontanément, observe encore Omar Guerrero. Lorsque c’est un enfant, c’est l’école qui décèle un comportement violent, un repli dépressif ou une difficulté d’apprentissage. Pour les adultes, ce sont très souvent les CADA  ou les compatriotes qui les hébergent. »

« J’ai vu mourir des gens devant mes yeux »

 

 

Et puis il y a ceux pour qui la France n'est qu'une étape sur une route déjà semée d'embûches. On les retrouve à Calais, près d'une grande carte géographique colorée placardée sur un camion blanc. Un entrelacs de lignes tracées au feutre la parcourt. Elles s’échappent d’Erythrée, d’Ethiopie ou du Soudan, se rejoignent en Libye, fendent la Méditerranée pour remonter l’Italie puis la France et finir là, sur ce terrain vague où les migrants tuent le temps dans la grisaille glacée de ce mois de février.

Sous ces traits qui s'enchevêtrent se cachent des histoires qui se résument bien souvent en une succession de drames. Du bout de l'index, on suit celle de Musa. Il a 32 ans, une femme et deux enfants dont il a perdu la trace. Musa a fui le Darfour après que sa maison a été brûlée et son bétail saisi par les autorités. « Je me suis retrouvé dans un camp de réfugiés duquel je ne pouvais pas sortir. Un jour, je suis allé au marché, je me suis fait tabasser. On m'a dit : "Si on te revoit, on te tue". Je n'ai pas eu le choix, j'ai dû partir », raconte-t-il.

Autour de nous, un petit groupe s'est formé pour écouter la suite du récit. Il nous conduit en Libye, où Musa est resté près d'un an et demi. Dix-sept mois, précisément, dans l'enfer des migrants. Dix-sept mois à se faire régulièrement racketter par des hommes armés qui lui volaient argent et téléphone portable. « Parfois, se souvient-il aussi, je devais travailler toute une journée pour quelqu'un sans être payé à la fin.  » Il en rigole aujourd'hui, comme d'une vulgaire mésaventure. Peut-être parce que ce qu'il lui est arrivé ensuite l'a fait relativiser.

En Libye, Musa a été kidnappé et séquestré dans une de ces prisons clandestines où l'on torture les exilés pour quelques poignées de dollars. « Mes ravisseurs ont menacé de me tuer si je ne versais pas la rançon réclamée. Alors j'ai appelé ma famille qui est parvenue à rassembler la somme exigée. » Mais le pire moment de son parcours reste la traversée de la Méditerranée : 150 personnes sur une petite embarcation de quatre mètres, un calvaire de dix heures. « J'ai vu mourir des gens devant mes yeux », confie-t-il.

Devant le camion blanc, deux jeunes hommes commentent l’affiche colorée en se poussant du coude. « La carte leur permet de se sentir exister, de poser leurs parcours et leurs expériences », remarque Bobby Lloyd, volontaire chez Art Refuge UK. C'est elle qui l'a accrochée. Chaque semaine, cette organisation britannique spécialisée dans l’art-thérapie enjambe la Manche, chargée de crayons et de pâte à modeler, pour animer des ateliers destinés aux exilés. La méthode peut sembler dérisoire au regard de ce qu'ils ont enduré ; elle n'a d'autre prétention que de les aider à surmonter de nouvelles épreuves potentiellement traumatiques. «  On apporte l’art pour gérer le stress et l’angoisse », explique la quinquagénaire au carré blond.

« Une guerre psychologique »

 

 

Dans cette ville transformée en forteresse grillagée, tout est fait pour décourager les candidats à la traversée vers l'Angleterre. En novembre 2017, a été annoncé l'envoi sur place de 40 policiers supplémentaires, portant à 1 130 le nombre de policiers et gendarmes présents dans le Calaisis, dont 440 dédiés à ce que les autorités nomment pudiquement « la situation migratoire ». Alors ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb l'avait martelé : « Nous ne voulons pas de point de fixation », hors de question de voir se reformer la « jungle » démantelée à l’automne 2016.

En ce mois de février 2018, les exilés sont quelques centaines à errer dans la périphérie de Calais, trompant leur ennui autour d'un ballon de foot ou d'une canette de bière, en attendant le camion dans lequel ils se glisseront. « On est en dehors de la civilisation  », « on est traités comme des bêtes », dénoncent-ils. Ils racontent les nuits sans sommeil, cachés dans les landes ou dans les bois, les forces de l’ordre qui détruisent les tentes et les bâches qui servent de toit, et embarquent les sacs de couchage abandonnés dans la fuite. Chacun y va de son témoignage. L’un, brandissant une plaie à la main, dit avoir été matraqué. Un autre, les yeux encore rougis, affirme avoir été aspergé de gaz lacrymogènes. « Je suis venu pour trouver une vie, mais ce n’est pas une vie », grince Mahmoud*, originaire d’Afghanistan. « Au moins, ici, les talibans ne viennent pas nous tuer, mais la police nous harcèle. C’est une guerre psychologique », ajoute Ahmad.

Chapitre I La Madeleine empoisonnee dessin5

Il y a aussi la nourriture monotone, le manque d'hygiène et les maladies qui rongent la peau ou les violentes bagarres qui éclatent parfois entre les communautés. Un mois plus tôt, des affrontements ont fait 18 blessés, dont cinq par balle. Il s'agissait du plus lourd bilan depuis l'été précédent lorsque des rixes interethniques avaient fait 16 blessés, dont un grave. « La violence, c’est à cause de la fatigue, justifie James, un Camerounais de 22 ans arrivé il y a six mois. Au bout de deux semaines ici, à dormir dans la forêt et à mal manger, les idées changent.  »

Gaël Manzi, coordinateur de l'association Utopia 56 à Calais, décrit ainsi des exilés arrivés tout sourire et qui, trois mois plus tard, sont devenus mutiques. Kim, bénévole au sein de la même association, témoigne des cauchemars qui agitent les nuits des mineurs qu’il lui arrive d’héberger. A ceux qui ne vont pas bien, la jeune femme tente d’expliquer qu’ils peuvent consulter un psy. Mais elle trouve rarement des oreilles attentives. Le sujet de la santé mentale relève du tabou, pas question pour ces jeunes gens de passer pour fous.

Il y a une hypervigilance qui exacerbe les tensions, des syndromes dépressifs qui conduisent parfois à l’automutilation

Les troubles sont pourtant lourds. « Il y a une hypervigilance qui exacerbe les tensions, des syndromes dépressifs qui conduisent parfois à l’automutilation, ou encore des stress post-traumatiques réveillés par les conditions de vie et l’incertitude de l’avenir », diagnostique Chloë Lorieux, responsable de l’action en santé mentale chez Médecins du Monde à Calais. Certains cherchent alors refuge dans l’alcool ou dans la drogue pour anesthésier la douleur et trouver le courage de tenter des passages de plus en plus risqués. Beaucoup réclament aux soignants du Tramadol, un puissant antalgique, qu’on leur refuse parce qu’il entraîne une dépendance et pour éviter tout trafic.

A l’époque de la « jungle », se souvient Chloë Lorieux, l’ONG parvenait à assurer un semblant de suivi thérapeutique. Une tente était ouverte tous les après-midi, les patients revenaient. Maintenant que les autorités empêchent tout point de fixation, elle en est réduite à ne pouvoir proposer que de « l’outillage » pour gérer le quotidien et à orienter les cas les plus graves vers les structures de santé publique, elles-mêmes confrontées à un manque de moyens. Plusieurs bénévoles croisés à Calais ont ainsi en mémoire des cas de personnes abandonnées à leur sort parce qu’elles n’avaient pas pu être prises en charge. Comme cet Ethiopien qui avait explosé de rage à cause de l’absence d’un interprète capable de le traduire à la permanence d’accès aux soins de santé (PASS).


 

Chez frère Johannès

 

 

Faute de mieux, Médecins du Monde mise sur l’accompagnement et l’écoute active pour combattre le stress et les ruminations. L’ONG a développé une collaboration avec Art Refuge UK, l’association britannique d’art-thérapie. Ce vendredi après-midi, comme chaque semaine, Bobby Lloyd et Naomi Press se rendent chez frère Johannès, les bras chargés de pâte à modeler et de jeux de construction. Ce religieux hollandais a ouvert en 2015 une maison pour accompagner les exilés les plus vulnérables. L'endroit respire la sérénité. Un bout de la salle à manger a été transformé en coin prière, séparé par une tenture du reste de la pièce. Une Bible est ouverte sur un meuble bas, des tableaux sauvés de la « jungle » sont accrochés au mur. « On n’est pas une maison pour les réfugiés, ce sont aussi eux qui nous accueillent », précise frère Johannès, sweat à capuche marron et cheveux mi-longs, en étalant sur la toile cirée de la grande table les œuvres en plasticine réalisées par ses protégés.

Il y a là un gros semi-remorque kaki rempli de figurines, quelques dromadaires et une longue barque dans laquelle s’entassent de petits personnages équipés de minuscules boudins faisant office de gilets de sauvetage. Deux fils de pâte bleue ondulés représentent les vagues. Une grosse lampe torche figurant les projecteurs des bateaux de secours complète la reproduction. « Celui qui l’a construite voulait représenter sa pire expérience. Les autres participaient en fabriquant les passagers et lui dirigeait l’atelier. Je pense que c’était une manière de concrétiser son épreuve la plus terrifiante et d’en reprendre le contrôle  », avance Bobby Lloyd.

Chapitre I La Madeleine empoisonnee dessin6

 

« L’art permet d’approcher le vécu d’une autre manière. C’est moins traumatique que la parole. On dit ce qu’on veut sans entrer dans les détails, complète frère Johannès. Quand on commence à en parler, cela ouvre une blessure et provoque une décompensation, une lourde perte d’énergie. Il faut alors plusieurs mois pour retrouver la force nécessaire pour retenter la traversée vers l’Angleterre.  »

Près du religieux, un jeune Erythréen pose la tablette numérique sur laquelle il vient d'achever un photomontage. On y voit un couteau à pain voguer sur une mer d’huile, une carte de l’Europe et une photo d’hommes entassés dans la cellule d’une prison libyenne. Il l’a placée sur la lame. « Il y a une expression anglaise : "to be on a knife edge" », commente Naomi. En français, on la traduit par « être sur le fil du rasoir ».


* Les prénoms ont été changés

 

Enquête François-Damien Bourgery
Dessins Baptiste Condominas
Traduction Anya Stroganova
Graphisme et développement Studio Graphique France Médias Monde
Secrétariat de rédaction Kèoprasith Souvannavong
Rédaction en chef, Nouveaux Médias Darya Kianpour, Alexandra Cagnard, Steven Jambot
Adjoint à la directrice de RFI, Nouveaux Médias Christophe Champin

Tous droits réservés © Janvier 2019
 
 

Vite dit

06/06/2022 - Archarnement administratif, ca suffit !

« Comment peut-on croire qu'on sera plus heureux en faisant du mal à d'autres ? » (Hervé le Tellier – L'anomalie)

Ce mardi 7 juin 2022, Gideon est convoqué au tribunal judiciaire de Toulouse. Combien de juges a-t-il vu depuis le jour où il a été interpellé au commissariat de Pamiers ?

Au moins 7.

Le 3 mai, ce jeune gabonais de 18 ans, a été placé au centre de rétention de Cornebarrieu pour un vol prévu le 4 mai vers Libreville. Ce placement rendu possible par la loi (Article L 740-1 CESEDA) a été concrétisé par la préfecture de l'Ariège.

Il a refusé d'embarquer car toute sa famille vit en France de manière régulière. Il est scolarisé au lycée de Lavelanet et n'a plus du tout d'attache au Gabon.

Le 5 mai, le juge de la liberté et de la détention (JLD) décide de la prolongation de sa rétention (Article L742-3 CESEDA) permettant ainsi à l'administration d'organiser un nouvel 'éloignement'.

C'est le 27 mai qu'aura lieu cet 'éloignement' mais cette fois avec des techniques coercitives musclées (GTPI). Monté de force dans l'avion, Gidéon sera ligoté et molesté jusqu'au moment où le commandant de bord exigera son débarquement.

Mais s'opposer à son expulsion est un délit. Gidéon passera le soir même devant le procureur en CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) et sera puni d'une peine de prison de 3 mois avec sursis et 5 ans de mise à l'épreuve.

A 100 km de Toulouse, la préfète de l'Ariège reste inflexible : Gidéon doit rester enfermé pour être expulsé.

Le 2 juin, la juge JLD rendra un avis légèrement plus conciliant en lui permettant de rejoindre famille mais en l'obligeant à signer tous les jours au commissariat.

La préfecture de l'Ariège n'a pas apprécié cette décision. Elle a fait appel et l'audience aura lieu ce mardi 7 juin à 9h45 au palais de justice de Toulouse.

Si vous venez à cette audience, vous ne verrez pas le ou la signataire de cet appel. Il ou elle se fera représenter par un ou une porte-parole bien obéissant.e.

On sait qu'un nouveau vol a été demandé par la préfecture et si Gidéon le refuse, il risque cette fois 3 ans d’emprisonnement et une interdiction du territoire de 10 ans.

Depuis ses 18 ans, Gidéon vit sous la menace d'une arrestation, d'une expulsion !

Ce 6 juin, c'est son anniversaire. Il a 19 ans.

 

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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