En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des services adaptés.

cdv logo  

Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

logo EGM Toulouse

Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Mediapart - Mathilde Mathieu - 24/4/2019

Près de Roissy, Mediapart a pu rencontrer des étrangers enfermés en vue de leur expulsion. Depuis la « loi Collomb », ils risquent 90 jours de rétention, au lieu de 45. « C’est mentalement qu’il faut tenir », disent-ils. Beaucoup seront finalement libérés. Reportage.

En le voyant traverser la cour, avec ses godillots et sa combinaison de travail à bandes fluo, on se dit qu’il vient couler du béton ou réparer les barbelés. Drissa* entre finalement dans le bâtiment du fond, celui des chambres et douches. Pour la plomberie peut-être ?

Une heure plus tard, assis sur le matelas d’un lit superposé, ce Malien de 38 ans, dont 15 passés en France, est abasourdi. Sa tenue d’ouvrier est repliée dans « sa » nouvelle penderie. Vide. « Ils m’ont arrêté sur le chemin du travail alors que j’allais au garage », souffle-t-il.

Drissa n’est pas le seul à avoir été ainsi projeté entre ces murs de brique. Mamoudou lui aussi a été interpellé « en sortant du bus » alors qu’il allait « prendre le train de 7 heures pour le boulot ». Idem pour cet Haïtien, au milieu de la cour : « J’étais en train de faire l’enduit sur le chantier, ils m’ont attrapé. » Ou encore Suren, un Sri Lankais contrôlé dans une station du RER : « J’ai montré mon passe Navigo mais ils ont demandé les papiers. »

 Abdoulaye, ivoirien, « en France depuis 2011 », en rétention « depuis cinq jours » quand on le rencontre.

Au centre de rétention administrative (CRA), Drissa est juste le dernier arrivé, sans un bagage, sans même son téléphone, confisqué lors de la « fouille » comme tous les appareils dotés d’une caméra. S’il a suffisamment d’argent, il pourra s’en racheter un, sommaire, au bureau tenu par l’Office français de l’immigration et de l’intégration (sous tutelle du ministère de l’intérieur), qui n’intègre plus grand monde à ce stade mais distribue des cigarettes et doit s’occuper de récupérer les salaires auprès des employeurs.

« C’est vrai que je n’ai jamais eu de papiers, admet le Malien, qui dit bosser au noir depuis une dizaine d’années, faute de patron prêt à le déclarer. J’ai déjà fait une demande de titre de séjour “travail” mais elle a été refusée. »

Désormais visé par une « obligation de quitter le territoire français » (OQTF) signée par un préfet, le voilà enfermé au Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), à deux pas de l’aéroport Charles-de-Gaulle, l’un des plus gros centres de rétention administrative de France, soit 240 places réparties entre le CRA 3 (réservé aux hommes) et le CRA 2 (doté d’une zone pour les femmes et familles avec enfants), sous les caméras panoptiques de la police aux frontières (PAF).

Tous « ont vocation à être éloignés », comme dirait le ministère de l’intérieur, dans l’une de ces litotes dont il a le secret. C’est-à-dire expulsés.

À l’intérieur du CRA du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne).

En réalité, sur l’ensemble des CRA métropolitains, moins de la moitié des retenus le sont effectivement (40 % en 2017 environ), en particulier parce que l’administration doit obtenir au préalable, auprès des pays d’origine, qu’ils reconnaissent leurs ressortissants et fournissent des « laissez-passer ».

Or nombre de consulats peinent ou rechignent à en délivrer, comme ceux du Maroc, de l’Algérie, du Mali, de la Guinée ou encore de la Côte d’Ivoire, au point qu’un ambassadeur spécial a été nommé par Emmanuel Macron, à la fin 2017, pour leur mettre diplomatiquement la pression.

Rejoint dans sa nouvelle chambre par un compatriote, Drissa écarquille soudain les yeux et répète, incrédule : « Ça fait déjà deux mois que t’es ici ?! »

Depuis le 1er janvier, la durée de rétention autorisée est en effet passée de 45 à 90 jours, soit un doublement de l’enfermement dont peuvent « jouer » les préfets (sous le contrôle des juges qui valident les prolongations par tranches, après 2 jours de présence, 30, 45, puis 60). Passé 90 jours, c’est fini : la PAF est obligée d’ouvrir ses grilles.

MM

Dénoncée par toutes les associations de défense des droits des étrangers, cette réforme, mijotée par Gérard Collomb en 2018 dans sa loi « asile et immigration », est censée permettre de récupérer davantage de laissez-passer, et donc de doper le taux de renvois effectifs aux pays.

À 25 ans, Nguipinidji fait ainsi partie des tout premiers étrangers en France à subir trois mois de rétention. « Je suis le plus ancien ici, j’en suis à 87 jours ! lance ce Centrafricain quand on le croise. Et c’est dur. »

Si les CRA ne sont pas des prisons, ils s’en rapprochent – bien que le séjour irrégulier en France ne constitue plus un délit depuis des années. Les nuances ? Des associations sous contrat (la Cimade au Mesnil-Amelot) disposent de bureaux où chacun peut théoriquement préparer ses recours, contester la régularité de son placement, de son futur éloignement, avec à la clef, sur décision des juges, quelques libérations.

Les visites sont en principe autorisées dans des box dédiés, ainsi que les allers et venues dans la cour, où sont scellés deux Baby-foot, un allume-cigare en panne, un Publiphone (qui permet de recevoir des appels mais pas d’en passer) ou encore une aire minimaliste de jeux pour enfants.

MM

En réalité, après avoir visité quatre centres en 2018, dont celui du Mesnil-Amelot, la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté Adeline Hazan, autorité administrative indépendante, a récemment pointé des conditions d’hébergement dans les CRA « déplorables », un accès aux soins « grandement insuffisant » malgré la présence d’unités médicales, des actes médicaux pratiqués « dans des conditions de fortune », des « activités indigentes », le tout amplifié par des effectifs policiers « incomplets ».

« Y a des problèmes de nourriture, s’indigne aussi Nguipinidji, débarqué dans l’Hexagone à 13 ans par le biais du regroupement familial. Je pesais 75 kilos en entrant, j’en fais 62. » Plus d’eau chaude dans son bâtiment, des punaises dans d’autres… Avec tous ces avions dans l’air, « c’est surtout mentalement qu’il faut tenir ». « En détention, au moins, ma juge me donnait des permissions ! », regrette-t-il.

Car Nguipinidji a passé plusieurs années en prison avant d’écoper, à quelques semaines de sa sortie, d’une interdiction du territoire français, dégainée in extremis par le préfet. Dans ces cas-là, une escorte attend à la sortie de la prison, direction le CRA.

En l’occurrence, à quoi bon ? En trois mois ici, le jeune homme n’aura pas été présenté une seule fois à son consulat, qui n’a jamais proposé de rendez-vous, empêchant toute délivrance de « laissez-passer » – un classique pour la Centrafrique, pays en proie aux milices et qui vient de signer son huitième accord de paix en six ans.

« Il a pourtant été maintenu en rétention », dénonce la Cimade, qui rappelle qu’en l’absence de perspective réelle de renvoi, les juges peuvent refuser les prolongations. À quatre reprises, ils ont tamponné, forçant Nguipinidji à boire la coupe jusqu’à la lie.

Automatiquement libéré par la PAF le vendredi 19 avril, le Centrafricain s’en est retourné chez sa mère, les poings serrés, soixante kilomètres plus loin.

Nguipinidji, ressortissant de la République centrafricaine, arrivé en France à 13 ans.

Automutilations

« Depuis des années, 80 % des éloignements se font dans les trois premières semaines de rétention, rappelle Louise Lecaudey, juriste et salariée de la Cimade au CRA du Mesnil-Amelot. L’allongement ne va donc rien changer, ou alors à la marge, la France n’ayant pas de pouvoir de contrainte sur les autorités étrangères. Sauf qu'ici, ce sera toujours plus de souffrances. »

À ce stade, difficile d’établir un premier bilan. D’après des chiffres compilés par la Cimade entre janvier et mars 2019 dans les sept CRA où elle travaille, 32 étrangers auraient été éloignés après 45 jours, soit 1,4 % des personnes enfermées, taux qui frise le ridicule. Mais l’association elle-même recommande de manier ces résultats provisoires avec prudence.

Les retenus ont accès à des consultations juridiques dans les bureaux de la Cimade, présente dans plusieurs CRA au titre d'un marché public passé avec le ministère de l'intérieur (de même que Forum Réfugiés-Cosi, France terre d'asile ou encore l’ordre de Malte).

« C’est trop tôt, insiste le directeur interdépartemental de la PAF du Mesnil-Amelot, Pierre Bordereau. Je ne peux pas vous dire combien de laissez-passer consulaires de plus on a obtenus… On en a obtenu. » Il se félicite surtout que, pour l’instant, la réforme n’ait « pas alourdi la durée moyenne [de séjour], toujours de 18 jours. »

En fait, le commissaire divisionnaire donne l'impression de ne pas déborder d’enthousiasme pour cette mesure phare de la « loi Collomb », votée au nom de l'efficacité. « Il y a des préfectures qui ont maintenu [en rétention] des personnes au-delà de 45 jours avec des perspectives d’éloignement très faibles ou pas avérées », lâche-t-il. Notamment des « personnes réputées dangereuses » que certains préfets semblent peu pressés de retrouver sur la voie publique – et surtout pas la leur.

Tous ont en effet en mémoire l’attentat de la gare de Marseille en 2017, perpétré par un Tunisien sans papiers interpellé la veille à Lyon, mais laissé libre sans rétention – le préfet du Rhône avait été limogé dans la foulée.

S’agissant des 90 jours, Pierre Bordereau évoque surtout des « effets psychologiques sur les retenus ». « On le ressent par plus d’incidents, plus de violences. » En lien direct ? « C’est difficile de faire des corrélations, il y a des coïncidences… C’est peut-être la faute à pas de chance. Là, c’est calme, mais on a eu des communautés qui se sont affrontées [en début d’année – ndlr], un regain de violence inexpliquée. »

Il constate aussi « une hausse des escortes médicales » pour des soins ou examens à l'hôpital, comme si l'unité médicale du CRA, se plaçant désormais dans le contexte des trois mois de rétention, envisageait davantage de traitements lourds.

Ce jeune Afghan « attend » un vol pour le Danemark, premier pays de l'UE où ses empreintes ont été enregistrées. La France peut donc l'y transférer sans examiner sa demande d'asile (d'après le règlement dit « de Dublin »).

Avec sa cheville qui a doublé de volume, Nadjib, lui, se sent sacrifié. Arrivé à Paris en 2017 via la Turquie et l’Allemagne, il sort tout droit de la prison de Fresnes. « Je me suis cassé le pied là-bas en tombant du deuxième étage, raconte ce Maghrébin, Algérien selon l'administration, Marocain quand on l'interroge. Au moins là-bas, j’avais des béquilles, des protections, de la rééducation. Ici, que du Doliprane ! »

Pour dénoncer ces conditions d’enfermement et des violences policières, une grève de la faim a explosé en janvier, phénomène d'habitude sporadique, cette fois étendu à plusieurs CRA, et avec des dizaines d’étrangers mobilisés.

Soufiane veut montrer ses conditions de rétention, notamment ces toilettes aux verrous cassés. À 34 ans, il a demandé l'asile en France, affirmant avoir fui le Sahara occidental et risquer sa vie là-bas en raison d'engagements en défense du peuple sahraoui.

En entendant ces estimations, la cheffe du CRA 2 intervient. « Ils peuvent manger avec leurs proches pendant les visites et s’acheter des friandises au distributeur, à partir de là, c’est pas des grèves de la faim. »

De même, elle évoque de « fausses tentatives de suicide », destinées selon elle à échapper aux embarquements – normalement, les vols sont affichés à l’avance pour que chacun puisse prévenir ses proches. C’est vrai, « des retenus gardent les lames de rasoir [de leur kit d’hygiène – ndlr] pour des automutilations, pour manifester leur non-envie de partir. Mais certains les avalent après les avoir emballées avec du scotch... »

« En fonction de l’avis du médecin, ça repousse l’éloignement, ça ne l’empêche pas », souligne la commandante, à qui on ne la fait pas.

Dans un rapport sur « la prise en charge sanitaire » en CRA (publié en février), la contrôleure Adeline Hazan regrettait que « la demande de soins psychiatriques se heurte à un soupçon d’instrumentalisation ». Alors que nombre de retenus souffrent d’« idées suicidaires », de « dépressions », de « troubles posttraumatiques » (qui ne touchent pas seulement ceux passés par la Libye), l’ancienne magistrate jugeait « fréquent d’entendre les professionnels [en rétention] minimiser et banaliser les troubles psychiques ».

Chinois de 35 ans, Qiu s'accroche à ces quelques lignes de français : « Je suis chrétien. Si je retourne en Chine, la seule chose à laquelle je fais face est la mort. »

Lancée, la cheffe du CRA 2 tient quant à elle à partager ce souvenir : « [Un retenu] avait avalé un ôte-agrafes… » Un quoi ? « Un ôte-agrafes. Il avait mis du chewing-gum pour le maintenir fermé mais ça s’est ouvert dans l’œsophage, à cause des sucs gastriques. Ça a pu être retiré et il a pris son vol le lendemain. J’ai encore la radio dans mon bureau. »

Avant de ressortir, la commandante montre, au détour d’une chambre « familles », le dispositif « anti-pincement » de doigts installé sur les portes, pensé pour les enfants.

La peur des « avions cachés »

Si aucun mineur n’est enfermé ce jour-là, plusieurs ont encore dormi ici en 2019, la majorité des députés LREM ayant maintenu la possibilité de placer des familles avec enfants lors de l'examen de la « loi Collomb » (malgré des tentatives d'interdiction dans leur propre camp).

Sur notre passage, une Arménienne de 60 ans, veuve, râle contre « le nettoyage mal fait ». « Ils sont passés ce matin mais ça sent mauvais encore », peste Svetlana en montrant les douches où pend un peu de linge, alors que la direction vient de relativiser la saleté en glissant que le ménage du jour n’est pas encore passé.

Arménienne, Svetlana explique dans un français défaillant qu'elle a perdu son mari et qu'elle vit depuis dix ans à La Rochelle, où résiderait aussi sa fille.

« Ça me gratte à cause des toilettes sales, se plaint surtout Suzzan, une Nigériane, la main sur son entrejambe. Et j’ai des problèmes de constipation tels que je me suis évanouie la semaine dernière, j’ai dû être hospitalisée. » Une journée loin du CRA, pas une de plus.

En anglais, Suzzan raconte qu’elle est arrivée à Paris en 2015, achetée par « une madame » qui lui a fait miroiter l’Europe. « Je lui devais 55 000 euros, j’ai payé seulement 10 000 pour l’instant, détaille la jeune femme de 26 ans, vêtue d’un short et d’un anorak, son visage couvert de poudre blanche. Je rembourse avec mon corps, c’est trop dur… » À l’idée d’atterrir bientôt au Nigéria, elle apparaît en panique.

Nigériane, Suzzan confie qu'elle se prostitue, « victime de trafic humain », depuis au moins trois ans en France.

« J’ai fait le Juju là-bas », un rituel prisé des réseaux de prostitution nigérians, du nom d’un objet confectionné avec des cheveux, des ongles voire du sang menstruel de la jeune femme, censé porter chance à la veille du départ. Il scelle en fait le contrat : si l'exilée fuit ou paye mal en Europe, le Juju se chargera de venger sa « mama » en jetant des sorts, la maladie ou la mort.

Alors que sa demande d’asile (déposée depuis le CRA) a peu de chances d’aboutir, les yeux de Suzzan s’embuent de larmes. « On essaye de faire le lien avec le Comité contre l’esclavage moderne, glisse Louise, de la Cimade. Mais dans ces conditions, c’est difficile. »

Depuis quelques jours, Suzzan guette surtout les bruits derrière sa porte. Son angoisse ? « Les avions cachés. » Au CRA, les étrangers désignent ainsi les vols calés par la PAF dans le dos des intéressés, en général après deux tentatives d’embarquement ratées (déjouées par des coups, des automutilations, etc.). « Ma voisine de chambre n’était pas affichée, puis un matin, la police est venue la chercher, s’indigne Suzzan. Pourquoi faire comme ça, sans rien dire aux personnes ?! »

« Ils vont me scotcher et m’envoyer de force », prédit aussi Demba, un jeune Mauritanien qui déclare avoir 17 ans, deux refus d’embarquement à son actif. À plusieurs reprises déjà, il a réussi à traverser la Méditerranée : d’abord en 2016, pour être pris en charge comme mineur en Espagne, jusqu’au jour où des tests osseux ont déclenché son renvoi au pays ; puis en 2018, avec l'intention cette fois, une fois descendu du Zodiac, de rallier la France au plus vite.

Demba, qui se déclare mineur, se bat pour sortir du CRA.

Mais en février dernier, catastrophe. À l’occasion d’un contrôle d’identité en région parisienne, ses empreintes “matchent” avec une vieille demande de visa déposée depuis la Mauritanie, dans laquelle il avait indiqué 1996 comme date de naissance – tant qu’ils sont encore au pays, nombre de jeunes d'Afrique de l'Ouest tentent de dégoter des visas réservés aux majeurs, quitte à se vieillir. Pour la préfecture, pas de doute, il est majeur. Et voilà Demba claquemuré au CRA depuis plus de 45 jours, sans acte de naissance ni rien pour tenter de démontrer son âge.

« Ma mère est morte en Mauritanie l’année dernière, assure-t-il. Alors, mon père [se démène], il me paye un avocat, il n’arrête pas d’appeler le consulat… » Il faut dire que cet homme vit en France depuis plus de trente ans déjà.

Vlaznim, lui aussi, a fait capoter son dernier embarquement. Et ce Kosovar, placé en rétention début mars, atteint d’hypertension et d’une maladie intestinale, a eu visiblement raison de s’accrocher : le médecin du CRA a fini par estimer son état de santé « incompatible » avec une expulsion par avion.

En soi, ce type de certificat ne suffit pas, les préfectures ayant le droit de passer outre – et elles ne s’en privent pas. Néanmoins, après notre visite, un juge des libertés et de la détention a fini par ordonner une remise en liberté, permettant à Vlaznim de retrouver sa femme. Dix jours avant son arrestation, cette Française venait d'accoucher de leur fils.


Pres de Roissy a la rencontre detrangers enfermes trois mois pour une expulsion aleatoire bbox 1Après des années de batailles (chroniquées ici et  par ma collègue Carine Fouteau), les journalistes ont obtenu en 2016 le droit de visiter les centres de rétention administrative grâce à un décret signé de Bernard Cazeneuve. Nous pouvons le faire seuls, en déposant une demande à l’avance, ou sur les pas de parlementaires, qui ont le loisir de se présenter à l’improviste.
Toutefois, la préfecture de Seine-et-Marne m’a imposé plusieurs mois d’attente, d'abord sans réponse, puis affirmant qu’une « visite de journalistes [semblait] difficilement envisageable sur un plan matériel », « le taux d'occupation du centre du Mesnil-Amelot étant actuellement élevé – plus de 90 % en moyenne – sollicitant fortement les personnels ».
Après que Mediapart a fini par évoquer un recours en justice, il se trouve que nous sommes rapidement tombés d’accord sur une date. Le reportage a pu ainsi se dérouler le 16 avril dernier, sur toute la journée, en présence ponctuellement d'une salariée de la Cimade et en permanence de policiers (pour des motifs de sécurité selon la direction), qui sont toutefois restés à distance pendant la plupart des interviews.

Les prénoms avec * ont été modifiés.

 

Vite dit

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

Archive

Powered by mod LCA