En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des services adaptés.

cdv logo  

Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

logo EGM Toulouse

Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Mediapart - Héloïse Nio - 9/5/2019

Lundi 14 mai 2018, une classe de l’école Thot, école de français parisienne pour les personnes exilées, est allée rencontrer des élèves du Lycée de Navarre à Donibane Garazi, au Pays Basque. Cofondatrice de l’école Thot, j’ai pu pendant 3 jours, faire découvrir ma terre, sa culture, sa langue, sa nature, à 10 étudiants venus du Soudan, d’Afghanistan, d'Irak, du Bangladesh, du Tchad et de l’Azawad.

Nous avons marché en montagne, mis les pieds dans l’eau fraîche et déchaînée de l’océan Atlantique sous un ciel orageux, regardé le film Nos jours heureux, parlé, cuisiné, dansé sur des musiques chantées dans plus de 10 langues différentes, et ri.


« Le coeur n’a pas de frontières! »

Mais il y avait une autre raison à ce voyage : rencontrer les 140 élèves de seconde du lycée dans lequel j’ai passé 3 années de ma vie. Je ne connaissais pas leur histoire mais je sais où ils ont grandi, dans une région où l’on n’a pas la chance de côtoyer beaucoup de nationalités, religions et cultures différentes. Une région comme beaucoup d’autres, où l’inconnu peut laisser parfois place à la méfiance, la peur.

Cette rencontre était inédite, et cela ne pouvait se faire sans préparation. Du côté du lycée, c’est une équipe d’enseignantes qui a - durant les mois précédent la rencontre - fait un travail profond avec les lycéens. Ils ont essayé de comprendre ce qu’est l’exil, ses douleurs, épreuves et traumatismes, de découvrir la complexité des démarches administratives obligatoires en France. Annie, l’enseignante de français avec qui mes deux collègues, Mariame et Marie, et moi-même avons échangé pour la construction de cette journée, a compris que pour que la journée soit belle il fallait intégrer tous ces éléments en amont. Ainsi, le jour J, on pourrait se concentrer sur l’essentiel : la rencontre humaine.

Du côté de Thot, la préparation a également pris du temps. Nous avons tout d’abord reçu des colis, de la part de chacun des lycéens que nous allions rencontrer, contenant des objets représentant le Pays Basque. On pouvait y trouver balle de pelote, premiers chaussons de danse basque, fromage ou encore pierres et terre des montagnes de leurs villages. Ces objets constituaient le véritable début de notre rencontre avec eux. La découverte du contenu de ces colis m’a prise de court : la vue de la terre, issue de la montagne qui surplombe mon lycée me trouble. Mes racines sont exposées dans cette salle de classe de l’école Thot, ce nouvel univers dont la construction occupe mon corps depuis plus de trois ans. Je comprends que ma terre d’origine me manque, et suis frappée en réalisant que la douleur ressentie est visible, exposée face à des personnes qui sont exilées. Consciente que ces deux déracinements ne sont pas comparables, je me contiens tout en voulant leur montrer à quel point tout cela compte pour moi. J’attrape une feuille sur laquelle je reconnais des paroles de chansons, “Vous les connaissez ? Vous pouvez chanter ?” me demande-t-on, je me lance. La chanson, que j’écoute depuis mon enfance sur un CD conservé précieusement, est un adieu et hommage au poète basque Xalbador.

Les étudiants de Thot, navrés de ne pouvoir en faire autant en envoyant des objets et souvenirs de leurs pays, ont trouvé un autre moyen de témoigner de leur souhait de rencontrer ces lycéens : ils ont écrit. Avec leur professeur Marie, chacun a rédigé une lettre, ensuite envoyée au lycée. Pour accompagner sa lettre, Maher choisira une photographie de lui et de son frère jumeau - dont nous ignorions l’existence - dans la campagne afghane. Zakir décidera de joindre une photographie de lui enfant qu’il a amenée avec lui d’Afghanistan : une photographie papier, une vraie, unique, il y tient.

Sami écrit une lettre qui trônera ensuite sur le panneau d’affichage du lycée :

« Je viens de la région d’Helmand en Afghanistan, je suis originaire d’une ethnie qui s’appelle les Hazaras. Alors tu seras surpris quand tu me verras. Tu sais pourquoi ? Parce que j’ai les yeux bridés. Tu pourras penser que je suis chinois, vietnamien ou cambodgien. Parfois on me dit que je ressemble à un mexicain! Tu me diras toi à qui je ressemble! Mais tu verras, les yeux, la couleur de la peau, la religion… Tout ça ce n’est pas important pour l’amitié! Le coeur n’a pas de frontières! Il me tarde de te connaître et de découvrir le Pays Basque! A bientôt. Sami »


« Vous voulez faire un foot ? »

Nous démarrons la journée par des ateliers de conversation aux thèmes libres. Certains parlent de recettes de cuisine, d’autres improvisent un atelier pour apprendre à mettre un turban touareg. Dans un autre groupe, Shikhali, qui a une prothèse de jambe à cause d’un attentat dont il a été victime en Afghanistan - et durant lequel il a perdu un proche - parle de la guerre dans son pays. Puis, conscient de l’effet de ce récit, il change de sujet, il demande aux lycéens quels métiers ils imaginent faire plus tard. « C’est marrant, toutes les filles me disent qu’elles ne savent pas encore alors que les garçons semblent déjà bien décidés » s’amuse-t-il.  Je constate la force de cet homme, dont chaque pas - rappel des horreurs vécues - semble incarner le fondement d’un combat. Son histoire, que j’ai entendue ce matin-là pour la première fois, est un outil de résistance.

L’après-midi les étudiants de Thot découvrent la pelote basque, et apprennent à y jouer. Shikhali hésite quelques secondes puis se lance pour taper dans la balle. Au bout d’une heure, j’entends « Vous voulez faire un foot ? » proposé par quelques lycéens au groupe d’étudiants de Thot, qui s’essayent - laborieusement pour certains - à la pelote. La décision ne se fait pas attendre et après une composition rapide des équipes, le match commence et tout le monde s’y retrouve. Shikhali prend même le rôle du gardien de but. Marie et moi hésitons alors à l’en dissuader de peur qu’il ne se blesse. Puis je me raisonne, il sait bien mieux que nous ce dont il est capable.

Issouf, Yacine, Zakir et Abdulwahid découvrent la pelote basque au Jai Alai

Après le match, nous nous dirigeons vers le préau où les professeurs préparent des talo au chocolat cuits à la plancha pour tout le monde. J’observe des petits groupes d’étudiants et lycéens qui se créent pendant que d’autres essaient de négocier quelques talo de plus. À 16 heures, nous allons dans la salle de conférence pour la dernière partie de la journée. Une fois installés, les txistulari(1) commencent à jouer des notes de musiques que j’ai si souvent entendues. Des lycéens se placent et nous font découvrir les danses basques, ils nous invitent à les rejoindre et nous dansons tous ensemble. Je me retrouve à nouveau ébranlée, renvoyée à ce jour d’ouverture des colis. Néanmoins, fière de ma ténacité basque, je me ressaisis. Cela ne dure qu’un temps, car nous nous rasseyons et découvrons les titres que nous allons chanter : Bagare et Hegoak, deux célèbres chansons basques.

BAGARE

Hitzak / Paroles
(Araba, Gipuzkoa, Xiberua, Bizkaia, Lapurdi et Nafarra étant les 7 provinces du Pays Basque dans chacune desquelles un basque légèrement différent est parlé)

Araban bagare / En Araba, nous sommes
Gipuzkun bagera / En Guipuzkoa, nous sommes
Xiberun bagire / En Soule, nous sommes
Ta Bizkaian bagara / et en Biscaye, nous sommes
Baita ere, Lapurdi, ta Nafarran. / ainsi qu’en Labourd et en Navarre
Guztiok gara eskualdun / Nous sommes tous Basques
Guztiok anaiak gara / Nous sommes tous frères
Nahiz eta hitz ezberdinez / Bien que nous ayons des mots différents
Bat bera dugu hizkera. / Nous parlons la même langue.
Herri bat dugu osatzen / Nous formons un Pays
Eta gure zabarkeriz / Et par notre paresse, lâcheté
Ez daigun utzi ondatzen. / Ne le laissons pas mourir

Bagare, bagera / nous sommes, nous sommes
Bagire, bagara / nous sommes, nous sommes
Euskera askatzeko oraintxe dugu aukera. / C’est maintenant que nous avons la chance de libérer la langue basque
Bagare, bagera / nous sommes, nous sommes
Bagire, bagara / nous sommes, nous sommes
Euskadi askatzeko oraintxe dugu aukera. / C’est maintenant que nous avons la chance de libérer le Pays Basque

HEGOAK

Hitzak / Paroles
(métaphore à interpréter librement)

Hegoak ebaki banizkio / Si je lui avais coupé les ailes
Neria izango zen / Il aurait été à moi
Ez zuen aldegingo. / Il ne serait pas parti
Bainan horrela / Mais alors
Ez zen gehiago txoria izango. / Il n'aurait plus été un oiseau
Eta nik, / Et moi,
Txoria nuen maite, / C'est l'oiseau que j’aimais

Nous vivons un moment intense. Il ne s’agit plus de rencontre pédagogique, d’un voyage linguistique ou d’exil. Nous chantons à l’unissons dans une langue qui ne ressemble à aucune des langues que les étudiants de l’école - mais aussi mes collègues et certains lycéens - ne connaissent. Et pourtant, l’intensité des paroles semble traverser chacun d’entre nous.


Les ballons des "invités" s'envolent
 

« C’était une journée super, on n’a pas souvent l’occasion ici de rencontrer des personnes qui viennent d’un autre pays »

La journée touche à sa fin, nous nous dirigeons vers la sortie. Un jeune homme prend la parole - je vois qu’il ne fait ni partie des premiers de la classe, ni des lycéens qui se sont le plus investis dans l’organisation de cette journée - et il dit simplement : « C’était une journée super, on n’a pas souvent l’occasion ici de rencontrer des personnes qui viennent d’un autre pays. C’était très intéressant. ». Ce n’était pas une prise de parole préparée, il n’a pas utilisé les mots « étrangers », « réfugiés », « exilés », « migrants ». Je me rends compte que des lignes ont bougé.

Nous sortons et les lycéens lâchent les ballons gonflés à l’hélium portant chacun le nom des invités que nous sommes. Les ballons s’envolent.


« Je n'oublierai jamais l'élégance des Thotiens, leur vérité surtout. »

Il est l’heure de partir, les lycéens ne se ruent pas vers la sortie - à la surprise de leurs professeurs -, ils discutent avec les étudiants de Thot, en petits groupes. Ils prennent des selfies, s’échangent leurs contacts Facebook, tandis que Marie, Mariame, les enseignantes du lycée - Annie, Pauline, Amaia, Émilie, Camille, Gemma et Caroline - et moi observons la scène, impressionnées et encore étourdies par cette journée.

« Il y a des jours comme ça où on danse sur un fil. Tout est nouveau, imprévisible, et ça fait du bien. » m’explique joliment Annie. « Les images, les fragments de vie, les voix nous reviennent en boucle ici, et pour longtemps, tout secoués que nous sommes par votre force à vous. Impressionnés aussi par la vie et l'humanité que vous nous offrez. Un vrai cadeau. Je n'oublierai jamais l'élégance des Thotiens, leur vérité surtout. » résume-t-elle. Moi non plus je n’oublierai jamais ce moment. « Pour ma part, je mesure aussi la chance que nous avons eue de pouvoir préserver un esprit de vérité et d'échange durant cette journée, comme nous l'avions souhaité toutes les deux depuis le départ, en griffonnant nos brouillons sur le comptoir des Allées à Kanbo. Tout se joue sur un fil parfois. » m’écrit-elle, quelques jours plus tard.« C'était bien plus qu'un projet parmi tant d'autres. C'était sans doute la seule action qui fait que l'on ressort différent et grandi par de telles rencontres. Allez Héloïse, pasa uda goxo goxo bat eta nahi duzun arte. Besarkada handi bat eta pottak ! » conclut-elle en basque.

Mon enthousiasme est motivé par l’espoir que le peuple accueille, que notre colère face aux injustices soit féconde. Face aux répressions incessantes, face à la nouvelle montée du racisme et de l’exclusion en Occident j’ai besoin de m’accrocher à de belles histoires, si anecdotiques soient elles, pour rester debout.
J’ai vécu celle-ci l’année dernière, un an plus tard, je prends toute la mesure de ce qu’il s’y est passé. C'est grâce à ces petits pas, ces rencontres humaines, si "organisées" qu'elles en deviennent naturelles, que l’on peut aller vers l’accueil en faisant reculer la peur de l’autre.

Mariame, Marie, Issouf, Shikhali, Abdoulwahid, Abdoalmonem, Sami, Faisal, Yacine, Zakir, Sandhi, Aram, Miliqa, Maher, Mahmoud, Ani, Pauline, Amaia, Émilie, Camille, Gemma eta Caroline, bihotzetik milesker. Milesker ere bai Papa, Caco, Brigitte, Gauthier, Soizik, Caro, Arnaud ta besteei ongi etorri eta laguntzarentzat.

Euskal Herria maitia, faltan botatzen zaitut.

1. Le txistulari est un joueur de txistu - instrument de musique du Pays Basque. Le principe de jeu du txistu est le même que pour toutes les flûtes à trois trous : les notes sont obtenues selon le doigté, mais aussi et surtout par les coups de langue.

À la belle et fameuse table de Philippe Nio
whatsapp-image-2018-05-13-at-21-22-52
whatsapp-image-2018-05-13-at-10-18-03
whatsapp-image-2018-05-13-at-20-25-53
 
 

Vite dit

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

Archive

Powered by mod LCA