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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Mediapart - Philippe Wannesson - 16/8/2019

Si les banlieues sont souvent citées comme un antécédent des violences policières contre les gilets jaunes, Calais n’est que rarement citée. Pourtant, des compagnies de CRS de toute la France, plus tardivement des escadrons de gendarmes mobiles, s’y sont relayés, dans un contexte de chasse à l’homme et à la femme et d’impunité. Retour historique.

Le 5 novembre 2002, le Centre de Sangatte, géré par la Croix-rouge et qui accueillait les exilé-e-s présent-e-s dans le Calaisis, ferme ses portes aux personnes nouvellement arrivées, dans l'attente de sa fermeture totale. Celle-ci interviendra fin décembre, lorsque les exilé-e-s enregistré-e-s avant le 5 novembre ont gagné soit le Royaume-Uni soit un autre lieu d'hébergement en France, selon l'accord conclu entre les deux gouvernements.

Les exilé-e-s arrivant à Calais après le 5 novembre mènent pendant un mois une lutte, qui se traduit par des manifestations dans le centre de Calais et par l'occupation de différents lieux (gymnase, église), pour obtenir l'accès au Centre de Sangatte, mais aussi de bénéficier de l'accord franco-britannique de répartition entre les deux pays. La seule concession obtenue sera que les personnes précédemment enregistrées dans le Centre de Sangatte et dont le badge était désactivé puisse réintégrer le Centre.

Les personnes nouvellement arrivées se trouvent aussi sans abri. En dehors de leur leur soutien à la lutte des exilé-e-s, les associations reprennent les activités humanitaires qu'elles avaient avant l'ouverture du Centre de Sangatte, distribution de repas, de vêtements, de couvertures... La tâche des compagnies de CRS présentes à Calais évolue aussi, incluant le fait de débusquer les exilé-e-s là où ils et elles s'abritent, de détruire leurs abris ou de les rendre inhabitables, de les pourchasser et de les arrêter où que ce soit, dans la rue, dans les parcs, le long des routes, et d'intimider les bénévoles. Ces tâches sont menées avec plus ou moins de zèle selon les compagnies, les équipes, les individus - certains CRS sont connus pour leur brutalité particulière, certaines compagnies sont identifiées pour leur manière de faire. Le tout se passe hors de toute légalité et dans la plus totale impunité pour les forces de police. Les associations parlent de "zone de non-droit".

Les compagnies de CRS ne sont pas affectées à Calais mais s'y relayent pour des périodes variables selon les époques, de trois semaines en moyenne. La chasse à l'humain hors de tout cadre légal devient donc une activité qui revient de manière cyclique parmi celles de compagnies de l'ensemble du territoire, et marquent donc ce corps dans son ensemble. À partir de 2014, des escadrons de gendarmes mobiles se relayent également dans les mêmes conditions.

Pour compléter le dispositif, la police aux frontières intervient de manière plus ou moins directe sur le terrain. Les effectifs du commissariat de Calais ne le font que de manière ponctuelle, et sont plutôt focalisés sur l'intimidation et la répression des bénévoles. Un centre de rétention a été construit à Coquelles, à côté de Calais, en 2004.

La décision de 2012 du Défenseur des droits concernant le harcèlement policier à Calais n'a qu'un effet à la marge, ne faisant reculer que les manquements les plus visibles et documentables. Du même, la prise en compte croissante par les associations de la dimension juridique amène amène un plus grand respect du formalisme juridique dans les situations les plus visibles, sans pour autant réduire le niveau de violence.

L'augmentation du nombre d'exilé-e-s à Calais à partir de l'automne 2013 va amener des situations nouvelles et des évolutions dans les méthodes de répression. Alors que les forces de police étaient jusque-là confrontées, en dehors des grandes évacuations de squats ou de campements, à quelques personnes ou à quelques dizaines de personnes, fuyant ou ne répliquant, elles vont se trouver en certaines occasions face à des exilé-e-s  jouant sur leur nombre. Ainsi pendant l'été 2014 lorsqu'à plusieurs reprises quelques centaines de personnes courent vers les grilles du port pour qu'au final quelques-unes d'entre elles réussissent à monter dans les ferry, ou dans des camions en aval des contrôles. Ou lorsque - la situation sera fréquente entre l'automne 2013 et l'été 2015 - des embouteillages de plusieurs kilomètres de camions se forment sur la rocade portuaire ou sur l'autoroute conduisant à l'accès au Tunnel sous la Manche : le mode passage de la frontière étant de se cacher sous ou dans des camions qui vont au Royaume-Uni, les CRS ou gendarmes mobiles se trouvent à essayer d'empêcher l'accès à ces kilomètres de camions à l'arrêt. De nuit, de nombreux petits groupes d'exilé-e-s pénètrent dans le périmètre du Tunnel sous la Manche et tentent de déborder la surveillance des forces de l'ordre pour monter dans les navettes qui transportent les camions à travers le tunnel.

La réplique est une augmentation sans cesse croissante des effectifs de CRS et maintenant de gendarmes mobiles, l'utilisation à grande échelle des gaz lacrymogènes (y compris dans des zones d'habitation au mépris total de la population calaisienne), la multiplication des grilles, obstacles et dispositifs de surveillance (caméras, éclairage, fossés remplis d'eau, arrachage des arbres et de la végétation, drones, patrouilles à cheval dans les endroits inaccessibles aux véhicules...)

Surtout, les autorités décident de concentrer les exilé-e-s présent-e-s dans le Calaisis sur un terrain à l'écart de la ville, à proximité duquel est aménagée une plate-forme de services (distribution de repas, douches, accès à l'eau et à l'électricité, soins infirmiers, plus hébergement d'une minorité des femmes et enfants). Ceci est fait entre la fin du mois du mars et début septembre 2015 (évacuation des derniers campements du centre-ville). Un vaste bidonville se construit là, qui de quelques mille cinq cents habitant-e-s au départ en aura plus de dix mille à l'été 2016. Ce lieu a pour caractéristique de se trouver au pied de la rocade portuaire, où passent, et parfois se trouvent à l'arrêt les camions en direction du Royaume-Uni.

Le rôle des forces de police et de gendarmerie est de surveiller la plate-forme de service, notamment lors des distributions de repas; de contrôler les accès au bidonville, ce qui va selon les périodes de la simple présence à l'entrave à la circulation des bénévole et à la fouille des véhicules; empêcher l'accès des exilé-e-s à la rocade autoroutière; par période empêcher le déplacement de groupes d'exilé-e-s vers la ville et vers les autres lieux de passage. Deux jours après la destruction des derniers campements du centre-ville a lieu le premier bombardement du bidonville à la grenade lacrymogène depuis la rocade autoroutière. Ceci se répétera pendant des mois, des quartiers du bidonville se trouvant noyés sous les gaz, souvent la nuit.

Les quelques tentatives de bloquer totalement le mouvement des exilé-e-s pendant la nuit (qui est le moment privilégié des tentatives de passage) a donné lieu à de fortes tensions, qualifiées par les autorités d'émeutes, donnant lieu à l'utilisation abondante de gaz lacrymogènes, et de manière semble-t-il peu abondante des flashballs. Concernant cette dernière arme, présente à Calais depuis 2014, son usage parait avoir été modéré et contrôlé. Les cas de mutilation ont été exceptionnels, contrairement à la répression du mouvement des gilets jaunes, et alors même qu'on est dans une situation de violence quotidienne banalisée et à grande échelle. La disparition des embouteillages sur la rocade et l'autoroute vont amener des exilé-e-s à les provoquer en disposant la nuit des obstacles sur la chaussée, action dangereuse, amenant de fréquentes tensions avec les forces de l'ordre, mais aussi avec les chauffeur-se-s routier-ère-s.

Le jour même de l'évacuation des derniers campements du centre de Calais, une partie du bidonville, sous et à l'ouest de la rocade de la rocade portuaire, est détruite. En novembre 2015, un autre secteur est détruit pour faire place à un camp de containers construit par l'État, devant héberger mille personnes. Puis en janvier est détruite une zone de cent mètres le long de la rocade portuaire et d'une rue attenante, permettant d'aménager un chemin de ronde sur lequel les véhicules de police peuvent circuler. Puis vient fin février - début mars la destruction de la moitié sud du bidonville, et fin octobre - début novembre 2016 celle de sa moitié nord. La plate-forme de services de jour, le centre d'accueil de femmes et enfants et le camp de containers ont été fermés à cette occasion.

Comme après la fermeture du centre de Sangatte, la politique est revenue avec la destruction du bidonville à l'éradication de toute forme d'abri ou d'habitat, avec un niveau de pression plus fort entraînant une plus grande précarité des conditions de vie, et à une chasse à l'humain visant à placer les exilé-e-s dans une situation d'insécurité permanente.

Une attention particulière doit être apportée au rôle pris par le syndicat Unité SGP Police - Force Ouvrière. Pendant l'été 2014, un délégué syndical filme, souvent de son véhicule, des mouvements de foule d'exilé-e-s, les commentant en voix off, et poste ses vidéos sur les réseaux sociaux. Il donne également des interviews aux médias et emmène des journalistes sur le terrain dans on véhicule. Cette activité de production de vidéos à charge sera reprise ultérieurement par des groupes d'extrême-droite locaux, comme Les Calaisiens en colère ou Calais libre. En Octobre 2014, Unité SGP Police - Force Ouvrière est à l'initiative d'une manifestation agrégeant différents acteurs sociaux et économiques (chasseurs, commerçants, tenanciers de bars...) censée exprimer le "ras-le-bol des Calaisiens" face à la présence des exilé-e-s, dénoncer les dommages que ceux et celles-ci causeraient à l'économie, et exiger une action forte des pouvoirs publics. Suivent une série de reportages des grands médias sur le "ras-le-bol des Calaisiens". Suit à partir du printemps la concentration par les autorités des exilé-e-s à l'écart de la ville et l'évacuation des squats et campements qui s'y trouvaient. En septembre 2016, Unité SGP Police - Force Ouvrière est à l'initiative avec un panel plus large d'acteurs (CGT dockers de Calais, fédération des transporteurs routiers...) se présentant comme l'émanation du tissu social et économique du Calaisis, d'un blocage de l'autoroute pour exiger la destruction du bidonville de Calais. Celle-ci aura lieu à peine deux mois plus tard.

Nous verrons dans prochains billets que Calais n'a pas seulement été un lieu marquant en terme de violences policières, mais aussi de rôle de l'IGPN et d'implication du parquet.

Sources :

Pour les temps anciens le chapitre 6, "La Situation singulière de la région de Calais", de la thèse de géographie d'Olivier Clochard "Le jeu des frontières dans l'accès au statut de réfugié : une géographie des politiques européennes d'asile et d'immigration" couvre une période allant de 1986 à 2005 (vous pouvez le télécharger ici).

Et le rapport de la Coordination Française pour le Droit d’Asile « La Loi des « Jungles » » publié en 2008 (que vous pouvez télécharger là).

Depuis 2009 jusqu'à nos jours, vous pouvez voir le blog Calais Migrants Solidarity : https://calaismigrantsolidarity.files.wordpress.com/

Pour la période 2012 – 2018, vous pouvez vous reporter aux blogs :

Vibrations Migratoires http://vibrations0migratoires.wordpress.com/

puis Passeurs d’hospitalités http://passeursdhospitalites.wordpress.com/

 

 

Vite dit

06/06/2022 - Archarnement administratif, ca suffit !

« Comment peut-on croire qu'on sera plus heureux en faisant du mal à d'autres ? » (Hervé le Tellier – L'anomalie)

Ce mardi 7 juin 2022, Gideon est convoqué au tribunal judiciaire de Toulouse. Combien de juges a-t-il vu depuis le jour où il a été interpellé au commissariat de Pamiers ?

Au moins 7.

Le 3 mai, ce jeune gabonais de 18 ans, a été placé au centre de rétention de Cornebarrieu pour un vol prévu le 4 mai vers Libreville. Ce placement rendu possible par la loi (Article L 740-1 CESEDA) a été concrétisé par la préfecture de l'Ariège.

Il a refusé d'embarquer car toute sa famille vit en France de manière régulière. Il est scolarisé au lycée de Lavelanet et n'a plus du tout d'attache au Gabon.

Le 5 mai, le juge de la liberté et de la détention (JLD) décide de la prolongation de sa rétention (Article L742-3 CESEDA) permettant ainsi à l'administration d'organiser un nouvel 'éloignement'.

C'est le 27 mai qu'aura lieu cet 'éloignement' mais cette fois avec des techniques coercitives musclées (GTPI). Monté de force dans l'avion, Gidéon sera ligoté et molesté jusqu'au moment où le commandant de bord exigera son débarquement.

Mais s'opposer à son expulsion est un délit. Gidéon passera le soir même devant le procureur en CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) et sera puni d'une peine de prison de 3 mois avec sursis et 5 ans de mise à l'épreuve.

A 100 km de Toulouse, la préfète de l'Ariège reste inflexible : Gidéon doit rester enfermé pour être expulsé.

Le 2 juin, la juge JLD rendra un avis légèrement plus conciliant en lui permettant de rejoindre famille mais en l'obligeant à signer tous les jours au commissariat.

La préfecture de l'Ariège n'a pas apprécié cette décision. Elle a fait appel et l'audience aura lieu ce mardi 7 juin à 9h45 au palais de justice de Toulouse.

Si vous venez à cette audience, vous ne verrez pas le ou la signataire de cet appel. Il ou elle se fera représenter par un ou une porte-parole bien obéissant.e.

On sait qu'un nouveau vol a été demandé par la préfecture et si Gidéon le refuse, il risque cette fois 3 ans d’emprisonnement et une interdiction du territoire de 10 ans.

Depuis ses 18 ans, Gidéon vit sous la menace d'une arrestation, d'une expulsion !

Ce 6 juin, c'est son anniversaire. Il a 19 ans.

 

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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