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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Mediapart - Meli Anna - 21/9/2019

Isolement, traumatisme et déception de la famille: rentrer chez soi n’est pas facile. Partir pour l'Europe Forteresse est un enfer, le retour un pilori. Voyage entre les migrants de retour au Sénégal à travers les yeux et les paroles de leurs mères.

Il fait signe de le suivre jusqu’à la petite boutique. Mohamed est grand, imposant et n'a pas de difficulté à lever le rideau de fer et à retirer les verrous rouillés. Une inscription décolorée sur le mur à côté signale le magasin. À l'intérieur, des bonbons et des biscuits sont empilés avec des briquets, des cartes téléphoniques, des savons et de nombreux autres produits en désordre et en petites quantités, laissant différents espaces libres. Il ne réussit pas à lever les yeux même quand je lui demande de me rappeler son nom et son âge. Mohamed vit dans les espaces vides de la petite boutique depuis son retour de Libye, fin 2017. Sans aucune nouvelle de sa mère, son père lui a donné une deuxième chance en lui trouvant une place près de chez eux pour ouvrir la boutique. Une formation en comptabilité et en gestion de micro-entreprises, une subvention pour l'achat des premiers matériaux obtenue grâce au projet Économie Migrants de COSPE en Casamance ont fait le reste.Ce regard vide, cet air égaré et le récit à voix basse de ce que Mohamed a subi en Libye ne peuvent pas être oubliés. Tout comme l'attitude du père, qui mêle sévérité et avilissement, devant laquelle l'âme détruite et traumatisée de Mohamed baisse encore plus, si tant est que ce soit possible, le regard.

« Tu sais, la semaine dernière, au cours de la réunion de village, j'ai pu prendre la parole et j'ai même été écouté. Beaucoup ont été d’accord avec moi et ont donné crédit à mes propos. C'était la première fois depuis mon retour. » Même Yanick, parti à un peu plus de dix-huit ans a réussi à atteindre la frontière libyenne au cours du long voyage qui l'a amené au Mali, puis au Burkina Faso et plus tard au Niger. Puis son pick-up a été intercepté par l’armée française qui l’a remis à l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), qui l’a ramené à son tour à Dakar, ensuite à Ziguinchor et enfin dans son village. Lui aussi s’est relancé grâce à la formation et à l’ouverture de sa petite boutique ; contrairement à Mohamed, il est ensoleillé, vivant et ouvert. « Ce n’était pas facile de regagner la confiance de mon père et de mon village. Mais maintenant, je suis heureux parce que j’ai prouvé que je pouvais y arriver. » Il me montre fièrement le matériel prêt à être exposé, le solde et le livre de comptabilité où les biens achetés et vendus sont enregistrés avec une belle calligraphie. « Ma sœur continue d'étudier. Elle aime ça et me donne maintenant un coup de main avec le livre de comptes. Mais c’est moi qui lui ai expliqué comment le remplir ! » En plus de sa sœur, Yanick me présente sa mère, assise à l'ombre de l'arbre central du village, avec d'autres femmes. « Même ma mère sait maintenant que je peux y arriver. » Un salut cordial, une phrase non traduite et un bref regard plein de douceur et d'assentiment. Elle est tranquille maintenant. Le fils sait qu'il peut y arriver, mais comme beaucoup d'autres mères de migrants, elle aussi a connu les difficultés, mais surtout la frustration de l’échec, la honte du retour. J'entends toujours prononcer ce mot avec un filet de voix ; il flotte et revient sans cesse dans les récits de ceux qui sont revenus avec des histoires de migration très différentes. La honte. La honte d'avoir menti à leurs mères, d'avoir pris et gaspillé le peu d'argent de la famille, mais surtout la honte de l'échec.

Selon le dernier profil de migration établi par l'OIM au Sénégal, les principaux pays d'origine de ceux qu’on nomme les migrants de retour sont le Niger (46,8%) et la Libye (37,9%). Il s’agit de données partielles ; l'OIM elle-même affirme que la migration de retour « constitue une variable peu connue, en raison du manque de données adéquates ». Ce qui est sûr, c’est que tous ne rentrent pas à travers les organisations internationales ; et le retour, volontaire ou involontaire, reste de toute façon un événement traumatisant pour la personne et la famille. « Le migrant n'est pas une entreprise économique. C'est avant tout une personne qui a ses aspirations mais aussi ses limites », déclare Yayi Bayam Diouf, présidente du Collectif des femmes contre l'immigration irrégulière, un réseau de plus de 300 mères et épouses de Sénégalais décédés ou disparus au cours d’une tentative de migration. Madame Diouf travaille depuis des années à sensibiliser les jeunes et leurs familles, mais aussi à proposer des alternatives économiques et une orientation professionnelle aux jeunes.

Il ne reste pas moins que le montant des envois de fonds provenant de la diaspora sénégalaise a augmenté considérablement et continuellement, bien qu'il soit de plus en plus difficile d'émigrer de manière régulière. Il est passé de 233 millions de dollars en 2000 à 2 220 millions en 2017. La part de ces transferts par rapport au PIB du Sénégal est passée de 6% en 2001 à 13% en 2017. Parmi les pays de provenance des envois de fonds, on trouve la France (647 millions de dollars en 2017) et l'Italie (425 millions de dollars), suivie de l'Espagne (302 millions de dollars). « Cependant, conclut l'OIM, la contribution des Sénégalais de l'étranger aux investissements économiques est relativement faible. » En fait, la plupart des envois de fonds effectués par les émigrés sont destinés aux familles. D'autre part, la famille, élargie ou non, parfois à toute la communauté du village, constitue l'environnement dans lequel commence le choix, l'incitation ou la contrainte à partir. Il existe un investissement et une investiture dans la migration qui peuvent peser lourdement sur le choix ou la contrainte du retour. « La semaine dernière, j'ai reçu l’appel d'un migrant tombé gravement malade en Espagne et qui voulait revenir passer les derniers mois de sa vie dans son pays natal, mais la famille ne voulait pas qu'il revienne », raconte Mme Diouf en secouant la tête. Je la rencontre à l'arrière de sa maison où elle a créé un petit centre de traitement de céréales. Une activité économique pour certaines femmes de Thiaroye-sur-Mer, à la périphérie de Dakar, où se trouve également le centre de consultation du Collectif. Je la trouve en train de compter les sacs de mil et de donner des conseils à un des migrants de retour, qui s’est lancé avec son épouse dans un petit commerce de fataya, les délicieux chaussons libanais, vendus comme street food aux quatre coins de la capitale. La présidente Diouf est convaincue de la nécessité d'intensifier le dialogue et la sensibilisation des familles, des mères par rapport à la migration, à la fois pour des départs plus conscients et pour des retours moins traumatisants.

À Ziguinchor, capitale de la Casamance, la région la plus méridionale du Sénégal, le dernier chiffre officiel relatif au taux d'émigration provient du recensement de l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD 2013), repris par le rapport de l'OIM sur le profil migratoire de 2018. Ce pourcentage est relativement faible (2,7%), surtout par rapport à Dakar (30,3%). Ce qui confirme que le phénomène de la migration est particulièrement important pour les jeunes des banlieues. Toutefois, le taux de chômage de 20,7% de la population régionale totale de Casamance et de 31,9% des femmes est l’un des facteurs qui poussent de nombreux jeunes à émigrer. En ce qui concerne la migration de retour au Sénégal, l'OIM a effectué 4 090 retours volontaires assistés entre mai 2017 et mai 2019, dont seulement 75 femmes et 2% de mineurs. Parmi les régions d'origine, la Casamance occupe une place prioritaire après Kolda.

« J'ai assisté à trop de cérémonies à la mosquée pour les fils qui ne sont pas revenus et l'Imam nous dit à chaque fois que les voies irrégulières sont dangereuses », affirme la mère de Mambouna Diatta, trente-cinq ans, qui, à la mort de son père, a dû subvenir aux besoins de sa famille nombreuse. Il a essayé d’émigrer d’abord dans les pays voisins, puis en Europe, mais une fois en Mauritanie, il a décidé de rentrer. « J'ai entendu beaucoup d'histoires et la télé raconte ce qui arrive aux migrants. Tout le monde sait ce qui se passe en mer et tu as peur. » Cela dit, les enfants n'informent pas toujours les parents de leur idée de partir. Abdou était un champion de lutte et n'avait pas dit à sa mère qu'après la compétition en France, il resterait en Europe. Seul son frère savait. Quand sa mère a su, cependant, elle comptait beaucoup sur lui parce qu’il était, à son avis, le fils qui avait les plus grandes chances de réussir. Certes, elle était un peu inquiète, son fils ne connaissait personne en Europe, et elle craignait pour lui tous les jours. Mais lorsqu'il a décidé de rentrer, elle était très découragée, car elle avait confiance en lui et, au bout du compte, même lui n’avait pas réussi à améliorer la situation de la famille. « Lorsque il est revenu, dans la rue, au village j'ai remarqué les regards des gens. Quand je m’approchais, ils arrêtaient de se parler. Ça me faisait mal de voir les gens compatir et d'entendre les discours qu’ils faisaient. »Alors, elle a tout fait pour redorer l’image de son fils et de sa famille. Abdou a maintenant un grand jardin potager bien lancé, il se consacre également à l'élevage et sa mère continue de l'aider à transformer certains produits et à les vendre. Maintenant, elle est fière de lui, mais son regard éloquent n’oublie pas. La mère d'Issa Sagne, trente-deux ans, de Thionck Essyl, le plus grand village du Sénégal, s'appelle Gnima Mané. Elle a un regard doux bien que fatigué et inquiet. « Ce n'est pas facile de vivre ici, d'élever des enfants, et je suis désolée que certains n'aient pas été éduqués. Mais il ne me viendrait jamais à l’esprit de pousser mon fils à émigrer. Quand je suis avec d’autres femmes, certaines parlent de leurs fils emprisonnés en Libye, des appels téléphoniques pour demander de l’argent pour les libérer, des cris :« Baisse les yeux, secoue la tête et continue. » La famille vit comme une honte le retour, qu’elle considère comme la fin de l’espérance, mais heureusement, certains encouragent leurs fils en disant que la vie ne s’arrête pas là et que l’on peut repartir. » À la fin de la rencontre, elle s'approche et me demande : « Mais les migrants, comment vivent-ils vraiment en Italie ? »Avant de continuer : « Mais pourquoi ne peuvent-ils pas aller et venir même pour des périodes courtes ? »

La communauté sénégalaise a connu en effet la migration en Italie dès la fin des années 1980 ; il s’agissait au départ d’un itinéraire plus saisonnier. Depuis 2012, le nombre d'immigrés sénégalais a augmenté, mais les permis de séjour de longue durée ont diminué, au profit d'un plus grand nombre de demandeurs d'asile et de réfugiés pour des raisons humanitaires, nombre supérieur à environ 10% par rapport à celui enregistré pour l'ensemble des citoyens non européens. Au 1er janvier 2018, les Sénégalais représentaient en Italie la douzième communauté des résidents réguliers parmi les citoyens des pays non membres de l'Union européenne, avec une nette polarisation de genre : 74% sont des hommes, d’une moyenne d'âge de 34 ans. La transformation de la composition de la population migrante avec l'augmentation, au cours des dernières années, du nombre de demandeurs d'asile, y compris parmi les Sénégalais, est le résultat de politiques restrictives en matière de visas et donc d'admissions régulières. Selon l'annuaire statistique 2018 de la Farnesina, le ministère des Affaires étrangères italien, une demande de visa sur 3 en provenance du Sénégal est refusée ; et ce chiffre monte à 97% pour les visas d'étude. Ce n’est pas un hasard si l’autorisation pour des raisons d’étude en Italie est la prérogative de 0,2% des citoyens sénégalais. Les analyses des tendances migratoires globales montrent que les pays soumis à de fortes restrictions en matière de migration ne parviennent pas nécessairement à réduire l'immigration.

Il serait utile, par exemple, de rappeler comment la libéralisation du régime des visas de moins de trois mois (promue en 2010 par le ministre de l'époque, Franco Frattini), qui allait de pair avec la mise en œuvre du code des visas Schengen et des directives de l'UE en matière d'immigration, a rendu possible une meilleure circulation des flux migratoires, en plus d’un renforcement des échanges bilatéraux. D'autres études, telles que celles présentées lors du séminaire du Centre commun de recherches (CCR) en octobre 2017, ont montré par exemple qu'en Europe, les Marocains pouvaient voyager librement en Espagne jusqu'en 1991. Les jeunes Marocains travaillaient et visitaient souvent l’Espagne pendant les mois d’été, puis rentraient chez eux. Cette circulation a été interrompue avec l’introduction des visas de voyage. Cela a poussé les jeunes Marocains entrés à rester plus longtemps, ce qui a finalement accru leur installation permanente en Espagne. « Je ne pense pas que j'aimerais vivre en permanence en Italie. Je voudrais cependant augmenter mon expérience dans le domaine agricole et dans la gestion de ma petite ferme avec une formation et pourquoi pas une période de travail à l'étranger », déclare Ousmane, trente-quatre ans de Thionck Essyl, lui aussi migrant de retour du Niger depuis 2 ans.

« Aujourd'hui, les migrants, souvent issus de la classe moyenne et ayant des parents à l'étranger, dépensent des sommes folles pour se déplacer. Mais s’ils pouvaient voyager légalement, il leur suffirait de payer le visa et le vol. Le voyage deviendrait une possibilité, la migration une des nombreuses variables, pas la seule », écrit Igiaba Scego dans la revue Internazionale,en mars dernier. Le coût des déplacements des migrants est très élevé, du point de vue économique d’abord, et pas seulement pour la classe moyenne. Dans certains villages, c’est l’ensemble de la communauté qui collecte et tire au sort un jeune pour le faire partir, bien sûr illégalement.  Le coût de la "loterie Europe" est également insoutenable du point de vue humain et social. Le voyage est un enfer, le retour un pilori. « Mais si dans les deux prochaines années, je mets de l’argent de côté je peux au moins venir en vacances en Italie avec ma femme et voir le siège de Cospe, et l’endroit où tu travailles ? », me demande Ousmane à la fin de notre tournée d'entretiens avec les mères du pays. J'aimerais pouvoir répondre positivement ou, au moins, avec un peu d'espoir. Mais moi aussi, comme Mohamed, je baisse les yeux et j’ai honte de la misère morale et politique de ceux qui nous gouvernent et qui organisent des campagnes électorales sur la peau de ces personnes, plutôt que d'essayer de donner une réponse crédible et « juste » à Ousmane.

 

 

Vite dit

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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