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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

 Source : Mediapart - Cartographe Encarté - 26/11/2019

Seuls 10 % des enfants grandissent dans un pays riche. Une inégalité à la naissance qui devrait nous conduire collectivement à défendre la liberté de circulation comme le proclame l’article 13 de la déclaration universelle des droits de l’Homme. Au lieu de ça, les états ne cessent d’ériger des barrières entre les humains : murs, camps, barbelés, etc. Un régime global et mortifère des frontières.

« Show me a 50-foot wall and I’ll show you a 51-foot ladder »
(Janet Napolitano, former US Secretary of Homland Security)

Le 22 novembre 2019, je participais au Before organisé par la maison des métallos [voir]. Au programme, la projection du film « Middle of the moment » de Nicolas Humbert et Werner Penzel et un échange croisé sur la mobilité, le nomadisme et les géographies migratoires. Je résume ici le contenu de mon intervention.

La violence des frontieres

 7 milliards d’humains

Avant de parler de migrants, je voudrais rappeler une chose évidente qui peut paraître banale ici mais par laquelle je souhaite commencer : nous sommes tous des êtres humains. Nous sommes aujourd’hui 7 milliards d’humains sur la planète. Parmi nous, 49% sont des femmes, 51 % sont des hommes. 53% sont des enfants (soit 3,9 milliards). Un enfant sur deux vit en Asie. Un enfant sur quatre vit en Afrique. Seuls 10% des enfants dans le monde grandissent dans un pays riche.

Une caractéristique du Monde dans lequel nous vivons est donc d’être inégalitaire. Il est discontinu et cloisonné par des frontières. Je le redis, tout le monde n’a pas la chance de naître dans un pays riche. Aujourd’hui dans le monde, 800 millions de personnes sont sous-alimentées, soit une personne sur dix qui souffre de la faim. Nous avons donc sous les yeux un monde découpé façon puzzle. Des pays riches. Et des pays pauvres. Et entre les deux, des frontières plus ou moins violentes sur lesquelles se cristallisent des tensions migratoires. Mais ce n’est pas aussi simple. Je profite donc de cette occasion pour tailler en brèches quelques idées reçues.

Idée reçue n°1 : Il y a de plus en plus de migrations

Au total, l’ONU estime le nombre des migrants internationaux en 2019 à 272 millions, soit 50 millions de plus qu’en 2010. En proportion, cela concerne 3,5% de la population mondiale. Ce chiffre est en légère augmentation mais reste relativement stable dans le temps. En 1990, le nombre de migrants internationaux s’élevait à 152 millions, soit 2,9 % de la population mondiale. Mais en 1913, à la veille de la première guerre mondiale, il représentait 5% de la population du globe. En réalité, les migrations internationales ne sont pas nouvelles et font parti intégrante de ce qu’est l’humanité en tant que telle. L’homme préhistorique est sorti d’Afrique en migrant. Et plus récemment, rappelons qu’au 19e siècle, ce sont 50 millions d’européens ont migré vers les Amériques. Cela représentait alors près de 12% de la population européenne. Un véritable exode.

Idée reçue n°2 : les pauvres migrent vers les pays riches

Autre représentation qu’on a en tête, les migrants seraient des hommes pauvres venus du sud qui se dirigeraient inéluctablement vers les riches pays du Nord. En réalité, seuls 37 % des migrations dans le monde ont lieu d’un pays en développement vers un pays développé. La majorité des migrations ont lieu entre les pays du Sud. Et seuls 20 % des migrants africains se dirigent vers l’Europe. Avec notre vision franco et européo-centrée, on oublierait presque que l'Asie est le continent d'où provient le plus grand nombre de migrants (106 millions) et que l'Inde en fournit à elle seule 17 millions. Les États-Unis sont le pays qui accueille le plus de migrants, avec près de 50 millions de personnes, tandis que l'Arabie saoudite, l'Allemagne et la Russie en accueillent chacun environ 12 millions. Et puis n’oublions pas que les migrations ne sont pas des flèches rectilignes unidirectionnelles mais des circulations. Il y a les allers et il y a les retours. Or on parle souvent de ceux qui arrivent mais jamais de ceux qui partent. On ne parle jamais, par exemple, des 3 millions de français qui vivent à l’étranger. Mais ceux-là, on ne les appelle pas des migrants, on les appelle des expatriés. Ou bien exilés fiscaux quand ils ont la chance d’avoir un compte en banque bien garni...

Idée reçue n°3: Il y a une crise migratoire

Je crois qu’il faut tailler en brèche cette idée selon laquelle il y aurait eu, en 2015, une crise migratoire en Europe. En réalité, au regard des mouvements de population qu’il y a eu à ce moment là, force est de constater que ce qu’à vécu l’Europe est plutôt une crise de l’accueil. Prenons l’exemple des réfugiés syriens qui ont fuit la guerre et Daech. Certes, l’Europe en a accueilli un certain nombre. Certains pays ont d’ailleurs été plus accueillants que d’autres (L’Allemagne, la Suède, Malte, Chypre). Mais si on décentre un peu le regard, on se rend aussitôt compte que ce sont les pays limitrophes de la Syrie qui ont réellement accueilli. Turquie, Liban, Jordanie, Arabie Saoudite. Et si on ajoute à cela les déplacés internes (c’est à dire ceux qui ont migrent à l’intérieur de la Syrie, sans franchir une frontière), on se rend aussitôt compte que l’Europe n’a pas été du tout à la hauteur des enjeux [voir]. Et cela est une règle générale, dans l’urgence, les réfugiées se mettent à l’abri au premier endroit où cela est possible et non vers un riche pays lointain [voir].

Idée reçue n°4: Les migrants sont des jeunes hommes

Qui sont les migrants ? La encore, beaucoup d’idées reçues. Il peut s’agir de jeunes hommes, diplômés, séduits par la modernité occidentale. Ou alors des hommes peu qualifiés qui n’ont d’autre choix que de migrer pour voir leurs conditions de vie s’améliorer. Mais il s’agit aussi bien souvent de femmes, isolées, instruites, ou qui aspirent à l’indépendance et qui sont éprises de liberté. Car ce qu’on ne dit jamais assez, c’est que près de la moitié des migrants sont des migrantes. On trouve également beaucoup d'enfants mineurs. Au total, ceux qui migrent ne sont généralement pas les plus pauvres. Ce sont ceux qui disposent d’un capital spatial, financier et culturel qui leur permet de traverser les frontières. Les causes des migrations sont diverses aussi. Elles sont difficiles à démêler. Il s’agit souvent de facteurs combinés : le néolibéralisme ; le réchauffement climatique ; la faim ; la nécessité de quitter un mari violent ; le besoin de se rapprocher de sa famille ; l’espoir d’un avenir meilleur ; l’envie de démocratie ; travailler ; faire face à un système social déstabilisé ; étudier ; survivre, etc. Souvent, au cours de leur périple, des gens aux histoires différentes cheminent ensemble pendant des années. Faut il vraiment les trier à l’arrivée ? Faut-il renvoyer les « mauvais migrants » chez eux ? D’ailleurs, ou est-ce « chez soi » quand on a tout quitté et que cela fait des années qu’on est sur les routes ?

Le durcissement des frontières

Face à cette nécessité impérieuse de franchir les frontières, la réponse des états est le plus souvent sécuritaire. Et même si plusieurs espaces de libre circulation existent à travers le monde, ils se construisent souvent en rejetant ceux qui n’en font pas parti. L’espace Schengen illustre bien cela. C’est à la fois un espace de libre circulation (construit avant tout sur l’idée du libre échange économique) et qui pour cela, durcit de manière drastique ses frontières externes, avec la mise en place de dispositifs militaires et un renforcement progressif des législations (durée d’enfermement, expulsions, fichage biométrique, etc. ). A la fois l’ouverture et la fermeture. La médaille et son revers.

Des murs

Un exemple visible de ce durcissement des frontières dans le monde, c’est l’érection de murs. On a beaucoup parlé ces dernières semaines de la chute du mur de Berlin, tombé il y a 30 ans tout juste. Tout le monde s’accorde pour dire que c’est une bonne chose que ce mur soit tombé. Or ce que peu de gens savent, c’est qu’on comptabilise aujourd’hui 40 000 km de murs et barrières dans le monde aux frontières des états, soit l’équivalent de la circonférence terrestre [voir]. Mesurons bien cela. Alors même que nous vantons les louanges d’un monde interconnecté et globalisé, il n’y a jamais eu autant de murs pour séparer les Hommes. C’est un fait : la mondialisation cloisonne aussi.

Des camps

Autre dispositif destiné à empêcher la mobilité des humains : l’enfermement. Cette idée n’est pas nouvelle. En Europe, les premiers lieux d'enfermement pour étrangers sont apparus dans les années 1960. Puis, dans les années 1990, leur nombre a commencé à croître considérablement. Mais ce n’est que depuis 2003, que les centres de rétention sont identifiés comme un outil central de la politique migratoire en Europe. De 2011 à 2016, la capacité totale connue des camps recensée par le réseau Migreurop est passée de 32 000 à 47 000 places. On estime également que 600 000 à 700 000 étrangers seraient maintenus en rétention chaque année [voir]. En France, depuis la loi Asile immigration, la durée maximale d’enfermement peut aller jusqu’à 90 jours. Ailleurs en Europe, cela peut aller jusqu’à 18 mois ! Et tout cela pour des personnes qui n’ont commis ni crime ni délit. D’ailleurs, les enfants aussi sont enfermés. En France en 2017, il y avait 304 enfants enfermés alors que leur nombre était de 40 en 2013, et avec une durée moyenne qui est passée de 2011 à 2016 de 8,7 à 12, 2 jours. [voir]

L’enfermement des migrants a lieu aujourd’hui bien au delà de l’espace européen. La logique est la suivante : plus on arrive à stopper les migrants en amont, mieux c’est pour l’Europe. Ce qui complique drastiquement la vie des migrants. La frontière n’est en réalité plus une simple ligne sur une carte, mais un réseau tissé sur les pays du voisinage et sur les routes migratoires.

Des morts

Une des conséquence directe de toutes ces entraves systématiques à la mobilité, c’est que pour avoir une chance de passer, il faut emprunter des routes toujours plus dangereuses et mettre sa vie entre les mains de mafias peu scrupuleuses. Au delà de toutes les violences que rencontrent les migrants (physiques, morales, sexuelles), certaines sont létales. On estime qu’il y aurait plus de 50 000 personnes mortes ou portées disparues depuis le début des années 90 aux frontières de l’Europe, ce qui en fait de loin de loin la frontière la plus mortifère au monde [voir]. Et cela est une conséquence directe des politiques migratoires assassines que mènent les pays européens. Et n’oublions pas qu’en France aussi, des hommes et des femmes meurent en migration, souvent dans l’indifférence générale et de façon anonyme, comme c’est le cas à Calais [voir].

Deux mondes face à face

Au final, ce que nous montrent les cartes, c’est l’image d’un « régime global des frontières destiné à capter les ressources et empêcher la liberté de circulation » (Reece Jones, 2016). On a d’un côté des riches qui peuvent circuler librement et de façon sécurisée. Et de l’autre, des pauvres qui pour pouvoir vivre leur vie, sont contraints à emprunter des routes toujours plus dangereuses et plus violentes, plus longues et plus coûteuses, au péril de leur vie [voir]. 


Un livre à lire absolument pour aller plus loin

Reece Jones. Violent borders: Refugees and the right to move. Verso Books, 2016.

A lire aussi

Réseau Migreurop et Olivier Clochard (coord). Atlas des migrants en Europe: approches critiques des politiques migratoires. 3e édition. Armand Colin, 2017.

Nicolas Lambert et Christine Zanin. Mad Maps - L'atlas qui va changer votre vision du Monde . Armand Colin, 2019.

 

 

Vite dit

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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