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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Mediapart - Celine Aho Nienne - 21/6/2018

L’officier de protection reçoit, lit, entend les récits des demandeurs d’asile. C’est à partir de leur récit oral qu’il décide de proposer un accord au statut de réfugié ou de les débouter. Comment cette décision est-elle prise ? La vérité du récit est-elle un élément déterminant ?

Ce texte a été rédigé dans le cadre du colloque  : « Violence et récit : recueillir, transcrire, transmettre, Les sciences humaines et sociales face aux récits de violence", 28-29 mai 2018, Université Paris Diderot.

Coordination scientifique : Marie-Caroline Saglio Yatzimirsky (CESSMA, ANR LIMINAL – Inalco), Laetitia Bucaille (CESSMA), Elise Pestre (Paris-Diderot)

 La vérité du récit 

« Les déclarations de l’intéressé sont apparues cohérentes, circonstanciées et spontanées… » Ainsi commence la phrase type de l’OFPRA accordant le statut de réfugié à un demandeur d’asile. « Crédible, vraisemblable, empreint d’émotion, personnel… » peu importe les synonymes, aucun des qualificatifs utilisés par l’Office ne fait référence à la véracité des faits. Le film de Clio Simon le met en exergue dans son titre : « Is it a true story telling ? ».

En tant qu’officier de protection (OP),  je ne cherche pas la vérité du récit du demandeur d’asile. Ma décision d’accorder ou non le statut de réfugié ne répond pas à la question : « Est-ce une histoire vraie ? »,  elle découle des suivantes :

1) Le récit entre-t-il dans le champ de la Convention de Genève ?

2) Le demandeur d’asile correspond-t-il aux attentes bureaucratiques et politiques de l’Office ?

3) Ressemble-t-il à la figure du « bon réfugié » ?

4) Réussira-t-il encore à me convaincre ?

Ces questions ne concernent aucunement la recherche de la vérité du récit du demandeur d’asile car celle-ci n’est pas entendable (5).

 1) La Convention de Genève

L’article premier de la Convention de Genève stipule que « le terme « réfugié » s'applique à toute personne qui craint avec raison d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ».  Peu importe la vérité du récit du demandeur d’asile. Son schéma narratif doit correspondre à un des cinq critères énoncés. 

Il m’est arrivé une anecdote, relatée par Shumona Sinha dans son roman « Assommons les pauvres ». Alors qu’elle est interprète à l’OFPRA, nous recevons ensemble un énième militant politique bangladais. Dans le chapitre qu’elle titre « Je vais vous dire la vérité », voici ce qu’elle écrit :

« Ce jour-là, Lucia a fini par lui dire que ce n’était franchement pas la peine de continuer l’entretien car elle ne pouvait pas croire à ce qu’il disait. Elle lui a proposé de réfléchir, de faire une pause. Et a ajouté qu’il pouvait changer son récit, que ce n’était pas grave du tout. Mais seulement il fallait qu’elle puisse le croire. On l’a interrogé alors sur son logement. Est ce que ça se passait bien. Et qui était le monsieur qui l’hébergeait. (…) 

— Je peux vous dire la vérité ?

Je n’en ai pas cru mes oreilles. (…) Je me suis penchée vers l’homme comme un pêcheur amateur vers une truite venue à la surface de l’eau.

— Je suis camionneur. Je rentrais de la grande ville à mon village. Et sur mon chemin j’ai renversé un homme. On m’a accusé de meurtre. Je me suis enfui. 

L’homme m’a semblé à la fois soulagé et inquiet. Il craignait la suite. 

— Alors ? Je vous ai dit la vérité.

Lucia lui a expliqué la suite. C’était la routine. Je le savais. L’homme ne le savait pas. On amenait ces gens-là à dire la vérité pour en fin de compte ne rien en faire. C’était un cul-de-sac. »

Cet extrait montre à quel point la vérité du récit est insignifiante si elle n’entre pas dans les critères de la Convention de Genève. Ce n’était pas moi qui avais créé cette situation de cul-de-sac. Les péripéties de son récit étaient hors-champ. Un collègue m’a dit un jour : « La Convention de Genève oblige à distinguer entre le malheur et le malheur juridiquement protégé ».

2) La rigidité de l’Office et de sa politique

L’OFPRA impose au demandeur d’asile un double exercice : celui du récit écrit rédigé en français sur une double page et celui du récit oral. L’Office est rigide sur ce dernier point. L’entretien est le seul moyen d’obtenir le statut de réfugié. Lors de sa prestation orale, l’OP évalue la fluidité des réponses et la spontanéité des propos du demandeur d’asile. 

Je pense souvent à ce jeune déserteur géorgien. Lors de son entretien, il étale des dessins sur le bureau : des chevaux aux yeux exorbités agonisant au milieu de tourbillons emmêlés. Il m’offre ses oeuvres comme si elles se suffisaient à elles-mêmes pour exprimer son récit. Il ne parle pas. Il ne répond pas à mes questions. Les mots n’ont aucune prise sur lui. Il me tend ses dessins. Je ne peux pas remplir les cases de son état civil, détailler son parcours militaire, noircir de lignes sa fuite du pays juste avec ses dessins. Alors résigné, il les range dans son sac et pousse la porte de sortie.

A l’inverse, ce demandeur d’asile arménien ne peut plus s’arrêter de parler. Il décrit les manifestions de l’été 2011 et les cortèges dans les rues d’Erevan. Il est intarissable. Je propose un accord. Mon chef me convoque. Il m’explique que notre président Nicolas Sarkosy vient de se rendre dans la capitale arménienne pour célébrer l’amitié entre nos deux pays, que dans quelques mois, le conseil d’administration fera entrer l’Arménie dans la liste des pays « sûrs », que des contrats sont en cours de signature… Je comprends la directive qui m’est ordonnée. Je conclue donc le dossier ainsi : « Malgré des propos détaillés et de grande qualité, les craintes de persécutions de l’intéressé en cas de retour au pays ne sont pas fondées. Proposition de rejet. »

La vérité du récit, qu’elle soit criante dans un silence ou dans un flot de paroles, est dérisoire face à la machine administrative et à ses intérêts politiques.

3) La figure du « bon réfugié »

Il existe à l’OFPRA une doctrine que les OP s’engagent à garder secrète à vie. C’est un document  de milliers de pages qui construit l’inconscient d’une formation professionnelle en catégorisant et en hiérarchisant les demandeurs d’asile. La doctrine détaille les méthodes d’entretien, les questions à poser et celles à ne pas poser. Ainsi, un récit qui s’inscrit parfaitement dans une des fiches de la doctrine a plus de chance d’être audible, cru et validé par un OP. Ce n’est pas la vérité du récit du demandeur d’asile qui prévaut mais la reconnaissance de ce dernier dans un des profils du « bon réfugié ». 

Lorsque j’étais en fonction, la figure par excellence du « bon réfugié » sri lankais était celle du militant tamoul. Lors de mon premier entretien, je reçois un jeune tamoul violé par un soldat cinghalais. Il ne fait pas partie du LTTE, il n’a pas d’engagement politique, il a toujours respecté le couvre-feu imposé par l’armée. Son récit est tragiquement simple. Il a fait un détour pour acheter un paquet de cigarettes et sa route a croisé celle du militaire. Mon chef refuse mon accord. Il argue que le profil du demandeur d’asile ne correspond ni à la Convention de Genève ni à la doctrine. Il qualifie ce viol de « fait divers banal ». Ma tutrice me soutient et insiste : « En temps de guerre, le viol est une arme. » Après des semaines de négociations, il signe enfin la décision positive. Cet exemple illustre à quel point la vérité du récit est vacillante face au poids de la doctrine. La doxa s’infiltre dans les schémas de perception et de jugement et tous les destins qui s’en écartent sont rejetés. 

 4) L’épreuve de la routine et l’intime conviction

Les récits se succèdent et ressemblent tous. Quoi de plus normal ? Qu’est ce qui s’apparente le plus à une guerre qu’une autre guerre ? La routine use les récits et la description des persécutions n’émeut plus aucun collègue. Même la vérité ne semble plus réelle. Les demandeurs d’asile doivent redoubler d’efforts pour que leur visage ne se fonde pas dans la masse des déboutés. L’impératif du déstokage et la pression des chiffres me transforment en machine à rejets. En descendant en entretien, je me demande si le demandeur d’asile réussira encore à me convaincre. Le temps de la décision est court. Mon chef me conseille de me fier à mon intime conviction, comme si reconnaitre un bon demandeur d’asile relevait du mode de l’évidence intime. Au plus profond de mon être, je sais que c’est un subterfuge pour cacher l’impuissance de l’Office à entendre la vérité des récits.

 5) La vérité du récit n’est pas entendable

Quelques mois après le terrible tremblement de terre d’Haïti, j’atterris à l’antenne de l’OFPRA en Guadeloupe. Des orphelins par milliers déposent des demandes d’asile. Ils n’ont pas de récit. Ils invoquent uniquement la mort de leurs proches. Cette vérité est palpable car ils me tendent des photographies de cercueils fleuris et de couronnes mortuaires blanches pour les enfants. Leurs mots résonnent comme le grondement du séisme. Je leur dis que cette tragédie n’entre pas dans le champ de la Convention de Genève. Souvent, l’interprète ne traduit plus. Elle murmure : « Il répète la même chose. Le tremblement de terre. » Puis, elle baisse les yeux. Les Haïtiens me bénissent d’un « Que Dieu vous garde » en s’imaginant que leur honnêteté sera récompensée. Bientôt, ils recevront une lettre de rejet et ce sera une nouvelle secousse pour eux.

Je comprends alors que la Convention de Genève, les procédures bureaucratiques, la doctrine, l’intime conviction sont autant d’artifices pour préserver les bons petits soldats de l’Office de la vérité car chercher à l’entendre les rendrait fou.

 

Vite dit

06/06/2022 - Archarnement administratif, ca suffit !

« Comment peut-on croire qu'on sera plus heureux en faisant du mal à d'autres ? » (Hervé le Tellier – L'anomalie)

Ce mardi 7 juin 2022, Gideon est convoqué au tribunal judiciaire de Toulouse. Combien de juges a-t-il vu depuis le jour où il a été interpellé au commissariat de Pamiers ?

Au moins 7.

Le 3 mai, ce jeune gabonais de 18 ans, a été placé au centre de rétention de Cornebarrieu pour un vol prévu le 4 mai vers Libreville. Ce placement rendu possible par la loi (Article L 740-1 CESEDA) a été concrétisé par la préfecture de l'Ariège.

Il a refusé d'embarquer car toute sa famille vit en France de manière régulière. Il est scolarisé au lycée de Lavelanet et n'a plus du tout d'attache au Gabon.

Le 5 mai, le juge de la liberté et de la détention (JLD) décide de la prolongation de sa rétention (Article L742-3 CESEDA) permettant ainsi à l'administration d'organiser un nouvel 'éloignement'.

C'est le 27 mai qu'aura lieu cet 'éloignement' mais cette fois avec des techniques coercitives musclées (GTPI). Monté de force dans l'avion, Gidéon sera ligoté et molesté jusqu'au moment où le commandant de bord exigera son débarquement.

Mais s'opposer à son expulsion est un délit. Gidéon passera le soir même devant le procureur en CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) et sera puni d'une peine de prison de 3 mois avec sursis et 5 ans de mise à l'épreuve.

A 100 km de Toulouse, la préfète de l'Ariège reste inflexible : Gidéon doit rester enfermé pour être expulsé.

Le 2 juin, la juge JLD rendra un avis légèrement plus conciliant en lui permettant de rejoindre famille mais en l'obligeant à signer tous les jours au commissariat.

La préfecture de l'Ariège n'a pas apprécié cette décision. Elle a fait appel et l'audience aura lieu ce mardi 7 juin à 9h45 au palais de justice de Toulouse.

Si vous venez à cette audience, vous ne verrez pas le ou la signataire de cet appel. Il ou elle se fera représenter par un ou une porte-parole bien obéissant.e.

On sait qu'un nouveau vol a été demandé par la préfecture et si Gidéon le refuse, il risque cette fois 3 ans d’emprisonnement et une interdiction du territoire de 10 ans.

Depuis ses 18 ans, Gidéon vit sous la menace d'une arrestation, d'une expulsion !

Ce 6 juin, c'est son anniversaire. Il a 19 ans.

 

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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