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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Source : Mediaprt - Mathilde Mathieu - 5/7/2018

Depuis Malte, 51 migrants secourus en mer par le Lifeline sont arrivés à Roissy jeudi 6 juillet, avec la certitude d’obtenir la protection de la France. Un coup de com' ? « Une sanctuarisation du droit d’asile », répond le patron de l’Office des réfugiés. « Si ça reste un coup unique, c’est détestable », préviennent des associations.

Ils sont arrivés à l’aéroport de Roissy, jeudi 6 juillet, sous un flot de « salam » (salutations en arabe) lancés par le patron de l’Office français des réfugiés, venu les accueillir. Soit 51 hommes et femmes partis de Malte aux aurores, en tongs, vêtus pour l’occasion du même tee-shirt orangé. Tous ont été secourus le 21 juin en Méditerranée par le Lifeline, à la barbe des garde-côtes libyens. Tous devraient dormir dès jeudi soir dans des centres d’hébergement provisoires, l’un en banlieue parisienne (Neuilly-sur-Marne), deux à Toulouse. D’ici une dizaine de jours, tous accéderont officiellement à l’asile, puis seront invités à signer un contrat d’intégration républicaine. Ainsi en a voulu Emmanuel Macron en pleine crise européenne, après que Rome a fermé ses ports à l’Aquarius et à tous les navires d’ONG. Un coup de com' ?

Pour l’essentiel, ce sont là de jeunes Soudanais, quelques Érythréens, un Tchadien ou encore un Togolais, une chanteuse somalienne aussi, persécutée par les shebabs (groupe djihadiste). Une mère a réussi à parvenir jusque-là avec sa fillette de 4 ans, à laquelle la France accorde l’asile parce qu’elle risque l’excision dans son pays d’origine (la Côte d’Ivoire).

Tous bénéficient d’un dispositif assez inédit. Au départ, la probabilité que ces 51 exilés, en route depuis des mois voire des années, partis de Libye sur des rafiots gonflables, puissent un jour poser un pied en France avoisinait 0 %. Repêchés par le Lifeline en compagnie de 183 autres migrants, ils sont restés cantonnés en mer pendant une semaine, sans point de chute, à cause du blocus italien. Et c’est Malte, après d’intenses tractations diplomatiques, qui a finalement daigné leur ouvrir ses portes le 27 juin.

A priori, ces 234 rescapés auraient dû rester sur l’île et attendre que ce micro-État de l’UE, plus ouvert aux exilés fiscaux qu’aux migrants, décide de leur offrir ou non l’asile. Le règlement européen « de Dublin », en effet, veut que le pays d’entrée des migrants (celui où leurs empreintes sont enregistrées en premier) soit seul responsable de leur requête, puis de leur accueil lorsqu’ils sont éligibles au statut de réfugié – ce qui permet à une majorité des États membres de se déresponsabiliser aux dépens de l’Italie, de la Grèce et de l’Espagne. N’importe quel pays peut toutefois examiner un dossier sur la base du volontariat et accorder sa protection.

C’est cette décision exceptionnelle que la France, à l’initiative du chef de l’État en personne, a prise au bénéfice de passagers du Lifeline (comme de l’Aquarius d’ailleurs, dont 80 survivants devraient arriver dans les prochains jours depuis l’Espagne).

« C’est une erreur », a déjà pesté Éric Ciotti (LR). « Un désastreux appel d’air », a renchéri Bruno Bilde, conseiller de Marine Le Pen et député du Rassemblement national, en dénonçant un « laxisme migratoire » derrière « la pseudo-fermeté affichée » par Emmanuel Macron depuis son élection.

Pourtant, seuls des migrants éligibles à l’asile, auxquels l’Europe doit protection, sont montés dans l’avion, préalablement sélectionnés par l’Ofpra (l’office français chargé d’accorder ou non le statut de réfugié). Ces derniers jours, une dizaine d’officiers de l’institution a en effet été dépêchée à Malte pour instruire les demandes en urgence, mener les traditionnels entretiens individuels, et retenir au bout du compte une cinquantaine de profils, remplissant tous les critères (soit pour accéder au statut de réfugié, soit à la protection dite « subsidiaire », un cran en dessous). En parallèle, des vérifications de sécurité ont également été conduites par des fonctionnaires du ministère de l’intérieur.

Un « quota » d’une cinquantaine de bénéficiaires avait été fixé en amont par l’exécutif, de façon totalement discrétionnaire. Parmi les passagers du Lifeline qui espéraient rallier la France, certains sont d’ailleurs restés à quai.

En accueillant ce petit nombre, quasi symbolique, Emmanuel Macron escompte aujourd’hui démontrer à l’opinion française que sa politique migratoire, critiquée sur sa droite comme sur sa gauche, marche sur deux jambes : fermeté à l’égard des migrants dits « économiques » (dont le projet de loi « asile et immigration » de Gérard Collomb facilite la rétention et l’expulsion) et hospitalité à l’égard des réfugiés (ceux qui fuient des persécutions dans leur pays d’origine).

Le message politique vise aussi l’Europe tout entière. Alors que la France s’est d’abord retrouvée bien seule à proposer son soutien à l’Espagne s’agissant de l’Aquarius, elle a répondu ensuite à l’appel à l’aide du premier ministre maltais en compagnie de sept autres pays de l’UE, tous volontaires pour se répartir les passagers du Lifeline éligibles à l’asile, au nom d’une nécessaire coopération. Si l’on en croit le quai d’Orsay, le président français aurait même été « à l’initiative » de cet élan collectif (auquel le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Belgique ou encore le Luxembourg se sont engagés à participer). Une source diplomatique, au Luxembourg, relativise toutefois son rôle moteur…

En défendant cette opération à la veille du conseil européen catastrophique des 28 et 29 juin (plombé par les pays de l’UE les plus hostiles aux migrants), la présidence française veut croire qu’elle a en tout cas adressé un signal fort à ses voisins : oui, une forme de solidarité est possible sur le continent pour soulager les pays côtiers de « première ligne » (Malte en l’occurrence, pourquoi pas l’Italie, la Grèce ou l’Espagne demain). Face à l’impossibilité de réformer « Dublin » et d’imposer à tous les États membres un principe de solidarité, l’Élysée prétend désormais promouvoir le volontariat, l’exemple du Lifeline en bandoulière.

À Roissy, en tout cas, Gérard Collomb n’a pas fait le déplacement pour venir accueillir les rescapés et revendiquer devant les caméras cette politique de répartition spontanée. Face à l’opinion, point trop n’en faut.

Ce n’est pas la première fois, à vrai dire, que l’Ofpra se projette ainsi « hors les murs » pour aller instruire des demandes d’asile en renfort dans un pays de « première ligne ». Entre 2015 et 2017, déjà, ses officiers ont travaillé en Italie (un peu) et en Grèce (beaucoup), à faire venir des migrants éligibles à l’asile – les chiffres des traversées en Méditerranée étaient alors bien plus élevés qu’aujourd’hui.

Le cadre juridique, surtout, était tout autre. À l’époque, en 2015, c’est l’Union européenne qui avait décidé d’assouplir et contourner « Dublin », momentanément, collectivement surtout, par un vote à la majorité, en créant un système obligatoire de répartition des migrants « méritant » l’asile. Les États membres s’étaient ainsi engagés à « relocaliser » 160 000 réfugiés depuis les fameux hotspots des îles grecques et de Sicile. Chaque pays avait un quota à remplir en deux ans, à l’« unité » près.

Une « criminalisation du travail des ONG »

Le navire «Lifeline», affrété par une ONG allemande, à son arrivée à Malte le 27 juin 2018. © Mission Lifeline

À la sortie de ce dispositif contraignant, à l’automne 2017, à peine 30 000 réfugiés ont toutefois bénéficié de ces « relocalisations » (comme on dit dans le jargon). Sciemment, certains États comme la Hongrie ont laissé leurs compteurs à zéro. Quant à la France, elle n’a pas respecté 30 % de ses engagements. Cette solidarité au compte-gouttes, à mille lieues des besoins réels, aura au moins eu le mérite d’exister et d’être organisée depuis Bruxelles.

En 2018, les temps ont changé. Et la droite dure (voire l’extrême droite), installée au pouvoir dans nombre de pays (Hongrie, Autriche, Pologne, etc.), dicte désormais son agenda au reste du continent. C’est dans ce contexte que le 29 juin, sur une idée de Paris et Madrid, les dirigeants européens ont annoncé la création de futurs « centres contrôlés » dans les pays côtiers de première ligne, sortes de hotspots nouvelle génération où les migrants secourus en mer seraient retenus, avec le soutien matériel de toute l’UE, le temps de distinguer migrants dits « économiques » (à rapatrier) et réfugiés putatifs. À ce stade, seule la Grèce a fait savoir qu’elle pourrait toper.

Mais rien n’imposera une répartition collective des réfugiés qui seraient repérés dans ces « centres », les conclusions du sommet évoquant juste un « effort partagé ». Qu’importe ! L’Élysée veut croire – ou faire croire – que la France et d’autres pays européens s’y colleront quand même, sur la base du seul volontariat, en suivant le modèle de l’opération Lifeline. Derrière l’arrivée des 51 à Roissy, faut-il donc voir un geste politique sincère ou un coup politique sans lendemain ?

Certains humanitaires craignent que l’opération Lifeline ne permette à Emmanuel Macron de légitimer sa politique de fermeture à bon compte, sinon de la blanchir.

« Bien sûr, on est sur des chiffres symboliques, répond Pascal Brice, le directeur général de l’Ofpra. Mais dans le contexte actuel, faire la démonstration qu’on est capable de gérer la demande d’asile depuis le sol européen, entre Européens, c’est fondamental pour moi. » Car ces dernières semaines, les propositions se sont multipliées, de la part de la Hongrie ou du Danemark, pour ouvrir des camps en dehors de l’UE, en Albanie ou au Kosovo, où les migrants seraient enfermés dans l’attente du traitement de leur demande d’asile.

« La pente, c’est celle de l’externalisation », insiste Pascale Brice, parlant même d’un « toboggan ». Le 29 juin dernier, le conseil européen a d’ailleurs envisagé (en plus des « centres contrôlés » sur le sol européen) de recourir à des « plateformes de débarquement » sur la rive sud de la Méditerranée, aux contours encore ultra flous.

Le patron de l’Ofpra tient à rappeler qu’en 2016, l’office a cessé certaines activités dans les hotspots grecs après l’accord signé entre l’UE et la Turquie qui a autorisé Athènes à refouler certains demandeurs d’asile vers Istanbul, au motif que la Turquie serait pour eux un pays « sûr ».

Avec l’opération Lifeline, Pascal Brice veut croire qu’il est « dans la consolidation et la sanctuarisation du droit d’asile », en plus sans tri préalable en fonction de la nationalité (à l’inverse des « relocalisations » décidées en 2015 par l’UE, qui ciblaient d’emblée des ressortissants bénéficiant d’un taux de protection supérieur à 75 %, tels les Soudanais ou les Érythréens). Un Algérien ou un Ivoirien, dont les chances sont statistiquement beaucoup plus faibles, doit en effet conserver le droit de voir sa demande examinée dans les mêmes conditions.

« [Cette opération Lifeline], c’est très bien pour 51 personnes, estime William Hennequin chez Médecins sans frontières, l’ONG qui affrète l’Aquarius au côté de SOS Méditerranée. C’est bien surtout si c’est un pilote pour de futures opérations du même genre. Mais c’est un geste parmi beaucoup d’autres gestes qui vont dans l’autre sens. »

Responsable des programmes de MSF pour la Libye ou les migrants en France, il rappelle que la France a « refusé d’ouvrir ses ports à l’Aquarius », qu’Emmanuel Macron soutient le renforcement de la collaboration de l’UE avec les garde-côtes libyens (ceux-là mêmes qui ramènent les migrants « interceptés » en mer dans des centres de détention officiels, voire clandestins où persistent des traitements inhumains), enfin que le chef d’État français a déclaré publiquement que le Lifeline faisait « le jeu des passeurs », participant ainsi, selon William Hennequin, à « la criminalisation du travail des ONG ».

D’ailleurs, le capitaine allemand du Lifeline (encore sous séquestre à Malte) a comparu jeudi devant un tribunal correctionnel de La Valette (la capitale), poursuivi parce que l’enregistrement de son navire sous pavillon néerlandais serait irrégulier, enquiquiné surtout parce que le 21 juin, il s’est approché des canots de migrants sans attendre de consigne du centre de coordination de Rome (le MRCC, officiellement chargé d’« attribuer » les sauvetages), puis a refusé de remettre « ses » rescapés aux garde-côtes libyens qui les réclamaient.

« Désormais, les navires humanitaires ne sont même plus appelés par le MRCC italien !, s’indigne William Hennequin, en soulignant que les interceptions par les Libyens se sont multipliées ces derniers jours, de même que les morts en Méditerranée. Or il s’agit à la fois de sauver les gens de la noyade et de les sortir de l’enfer libyen ! Il faut aussi que [l’Élysée] regarde ce qui se passe dans les rues de France. J’espère que là aussi des portes s’ouvriront, pour des gens victimes de tortures et de traitements inhumains en Libye, ce qui n’est toujours pas considéré comme ouvrant droit à une protection. »

À titre personnel, le patron de l’Ofpra défend, lui aussi, la création d’une nouvelle « protection humanitaire », qui permettrait de « prendre en considération certains traitements subis au fil des parcours migratoires » (plus seulement les risques dans les pays d’origine), « pour des victimes de traite en Libye par exemple ». Une idée parfaitement ignorée dans le projet de loi « asile et immigration » de Gérard Collomb.

Pour le président de La Cimade, association de défense des droits des immigrés mobilisée depuis des mois contre le texte du ministre de l’intérieur, « c’est très bien qu’on accueille ainsi aujourd’hui ». « Dès qu’il y a une forme de solidarité entre pays européens, de partage, on approuve, ajoute Christophe Deltombe. Mais il faut un prolongement, que ça fasse jurisprudence en quelque sorte. Si ça reste un coup unique, c’est détestable. » Or, à ses yeux, « la communication du gouvernement est un peu chaotique : on nous dit qu’on accueille, mais on n’accueille pas les bateaux ! ».

Alors que l’Open Arms (autre navire humanitaire) a débarqué 60 rescapés mercredi à Barcelone, Emmanuel Macron est attendu au tournant. Encore faudrait-il que le renforcement des garde-côtes libyens et même, semble-t-il, l'élargissement de leur zone d’intervention laissent du champ aux ONG pour opérer des sauvetages.

 

Vite dit

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 
juge
 
 5/12/2020 - Pratique illégale de la médecine par la juge

Quand un médecin, spécialiste de surcroît, justifie  après une consultation en urgence que l’état de santé d'une jeune femme enceinte de sept mois qu’il  a examinée est incompatible avec une rétention, comment le juge des libertés et de la détention et le représentant de la préfecture peuvent- ils argumenter le contraire et ainsi maintenir la privation de liberté ? Simple , le serment d’Hypocrite qui permet, sur la foi de ce que l’on pense, de s’absoudre de toutes considérations médicales. La justice avance !

Après, que penser du serment d’Hippocrate du médecin du CRA et de l'OFII si prompt à exécuter les basses œuvres des préfectures ?

Désespoir 28/11/2020 - Naître dans un Centre de rétention est ce possible ?

On sait d'ores et déjà qu'il est possible de passer beaucoup de temps dans un Centre de Rétention (jusqu'à 3 mois), d'être relâché puis d'y revenir plusieurs fois.
On sait qu'on peut y mourir (CRA de Rennes, de Vincennes, de Cornebarrieu...)
On sait aussi qu'on peut séparer une maman allaitante de son bébé de 20 jours pendant 4 jours avant de la libérer (CRA de Cornebarrieu).A notre connaissance, nous n'avons pas encore connu une naissance mais cela sera peut-être le cas prochainement au CRA de Cornebarrieu.
En effet, une jeune femme enceinte de 6 mois y est actuellement enfermée depuis presque 2 mois, par la volonté du préfet des Alpes Maritimes.
Comment une femme peut-elle mener une grossesse sereine dans cet univers angoissant ?
Manger, dormir, se laver, se reposer, tout est difficile voire impossible.
Alors avoir un suivi de grossesse adéquat, c'est un luxe impossible. On ne s'en occupeque quand il y a urgence, une hémorragie et des contractions anormales à ce stade de la grossesse.

« Comme je perdais du sang, on m'a emmenée à l'hôpital et depuis mon retour au CRA une infirmière de la PMI m'a téléphoné ».
L’État français fait de belles déclarations au sujet des violences faites aux femmes mais les traite avec mépris et inhumanité dès qu'il s'agit de femmes sans-papiers.
Relayé par les porte-paroles des préfectures et par les juges des libertés et de la détention, le discours est toujours : « le service médical du CRA est compétent ! ».

Alors, une naissance ou une fausse-couche prochainement au CRA de Cornebarrieu ?
Et quels papiers aura le bébé ?

Désespoir

 18/10/2020 - Bienvenue en France, pays du mépris et de l'indignité

Il habite en Haute-Loire, il s'est fait interpeller pour non-port du masque et se retrouve enfermé au centre de rétention de Cornebarrieu. Libéré par le juge 48h après son arrivée, les policiers en charge de la surveillance du centre ouvrent les grilles du centre de rétention, appliquant ainsi la décision judiciaire. Passé les grilles, ce n'est plus leur problème ! Comme beaucoup d'autres personnes enfermées là, cet homme n'a pas d'argent pour repartir chez lui, la batterie de son téléphone est proche de 0% et il ne connaît personne dans la région.

Mais cet homme là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres retenus du centre. C'est ce qui a amené un policier de la Police de l'Air et des Frontières (PAF), ce samedi là et dès l'annonce de la décision du juge au palais de justice, à s'approcher d'un membre du Cercle des Voisins auquel on avait interdit d'assister à l'audience, pour l'informer de cette libération et lui demander de l'aide.

Car ce retenu là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres prisonniers du centre. Ce qu'il a de plus c'est une paire de béquilles, ce qu'il a de moins c'est une jambe ! Pour le reste, il est semblable à tous ceux et celles qui passent dans ce camp.

Nous prenons acte de ce geste d'humanité de la part du policier qui a pris conscience de la fragilité de la personne libérée  mais nous continuons de dénoncer la talentueuse application de l'administration française à maltraiter ceux et celles qui demandent à être régularisés. Nos dirigeants sont à même de déployer des moyens exorbitants pour enfermer des personnes que, lorsqu'elles sont libérées par décision de justice, ils mettent à la rue comme des chiens. Avec une durée d'enfermement de plus en plus longue (jusqu'à 3 mois), quasiment systématique et sans discernement des pathologies physiques et mentales des personnes, l’État français démontre un comportement irresponsable et xénophobe.

Les expulsions sont souvent violentes mais les libérations par décisions de justice ou préfectorales  peuvent aussi l'être quand sont libérées des personnes vulnérables. D'autant que ces centres d'enfermement continuent de fonctionner en cette période de fermeture des frontières et de pandémie, devenant ainsi de nouveaux foyers épidémiques. D'autres policiers sont-ils prêts à aborder cette question avec nous ?

 

 

 

Désespoir
 21/6/2020 - Qui a jeté Tatiana à la rue ? ou Chronique du mépris ordinaire

Tatiana, jeune russe, aux activités malheureusement habituelles sur la Canebière, s'est faite arrêter par la police cannoise. Dans sa « tenue de plage », elle est transférée à la Police aux Frontières à Nice pour un longue garde à vue. L'Obligation de Quitter le Territoire Français tombe et la rétention est demandée par le Préfet des Alpes-Maritimes. Tatiana, toujours dans sa tenue très légère, est transférée en voiture à 580 km de la Promenade des Anglais.
Dans cette tenue de plage, la très jeune femme passera 48 heures au centre de rétention de Cornebarrieu en Haute-Garonne sans que des policiers ou des agents de l’OFII chargé d'accompagner les retenus ne lui trouvent de quoi se vêtir. Elle est présentée samedi 20 juin devant un juge en visio-conférence qui ordonne sa libération. A 18h30, le jour même , Tatiana , toujours dans la même tenue , est jetée à la rue devant le CRA de Cornebarrieu, sans argent, sans téléphone.
Merci les Pousses-aux-Crimes !
Tatiana erre pendant 24 h autour de l'aéroport de Blagnac avant que deux bénévoles du Cercle des Voisins la prennent en charge et la mettent à l'abri.

 

 

Désespoir

17/4/2020 - COVID-19 : CRA zone de non droit - agissons pour leur fermeture

Comme certains autres centres de rétention, le CRA de Toulouse-Cornebarrieu n'est toujours pas vide et ne le sera sans doute jamais car il semble servir de déversoir pour les préfets qui continuent de délivrer des Ordres de Quitter le Territoire Français, ordre absurde s'il en est vu la fermeture actuelle des frontières.
Les centres de rétention sont des zones où il est difficile de savoir réellement ce qui s'y passe. C'est ce qui avait déjà été dénoncé en 2012 pendant la campagne inter-associative 'Ouvrez les portes, on a le droit de savoir' avec Migreurop, Alternatives européennes et Reporters sans frontières auquel le Cercle des Voisins avait participé http://www.migreurop.org/article2106.html
Ces espaces fermés et surveillés par la police sont d'autant plus effrayants pendant cette période de confinement que toute visite devient maintenant impossible.
Les associations d'aide juridique se sont retirées( la Cimade pour le CRA de Cornebarrieu), l'agent de l'Office Francais de l'Immigration et de l'Intégration (OFII ) ne montre son nez que quelques heures par semaine mais son aide se résume à permettre 2 appels téléphoniques aux retenus qui le demandent. Pas de retrait d'argent impossible car selon eux les bureaux de poste sont fermés. Or sans argent, comment acheter des cigarettes, des cartes de téléphone...

Samedi 11 avril, le centre comptait 3 retenus et ce jeudi 16 avril, 5 hommes et une femme y sont maintenant enfermés. Les portes ne semblent s'ouvrir que dans un seul sens !
Le centre de Cornebarrieu compte 3 secteurs hommes, un secteur femme et un secteur famille. Dans chaque secteur, il y a un téléphone public où il est normalement possible de joindre les retenus depuis l'extérieur.
Les 5 hommes sont tous rassemblés au secteur D mais c'est le seul dans lequel il est impossible de les joindre car le téléphone est hors service.
Les retenus ont demandé à changer de secteur mais cela leur a été refusé.

L'un deux est au centre depuis 45 jours (en provenance de Lyon), un autre depuis 21 jours, deux autres sont arrivées plus récemment (le 13/04 après un contrôle à Perpignan et un autre ce jeudi 16 avril).
Une jeune femme arrivée dans le centre il y a 3 jours se retrouve complètement isolée dans son secteur. Elle a 19 ans. Elle ne mange pas.
Et bien sûr, pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, un peit savon
Vous qui êtes français et pendant ce confinement, vous avez du expérimenter une ou plusieurs fois des contrôles policiers visant à vérifier votre attestation de déplacement. Vous avez peut-être tester l'arbitraire de certains contrôles comme ce qui est décrit dans cet article
https://www.bastamag.net/attestation-controle-deplacement-PV-amendes-violences-policieres-confinement-covid
Imaginez ce que peut-être l'arbitraire policier quand vous le subissez 24h/24 dans un centre fermé ! La parole du prisonnier.e ou du "retenu.e" (euphémisme utilisé par l'administration) a -t-elle la même valeur que celle de l’homme ou de la femme en uniforme ?
https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/l-inegalite-des-vies-en-temps-d-epidemie_1782169

Les audiences devant le juge des libertés où nous nous avions l'habitude de nous poster en tant qu'observateur nous sont maintenant inaccessibles. Elles fonctionnent par visio-conférence. Aucune présence citoyenne donc.
Joint sur son propre téléphone, un homme nous dit que les policiers les menacent s'ils évoquent les conditions de leur rétention pendant l'audience.Lui-même a été malade, fiévreux, avait du mal a respirer et a appelé les services d'urgence avec son propre téléphone. C'est un homme en veste rouge de la société ONET qui est venu et a estimé qu'il simulait. Il a ensuite subi la répression policière. Il a été frappé et mis à l'isolement.

Mais les policiers semblent aussi se donner du bon temps avec grillades et bières au menu dans la cour du CRA. Peut-être que les journalistes pourraient aller y faire un tour au moment des repas pour vérifier la fumée.
Mas d'autres distractions policières sont encore moins amusantes et pourraient faire l'objet d'une enquête, comme dire à un retenu de rassembler ses affaires car il est libérable et le traiter de mongole quand il se présente avec son sac, avec ordre de regagner sa cellule.

 

Désespoir

15/4/2020 - Coronavirus et manifestation au CRA du Mesnil-Amelot : le choix de la répression

Ce mardi 14 avril, Christophe Castaner était l'invité du grand entretien sur France Inter. A une question sur la régularisation des sans-papiers, comme l'a fait le Portugal, le ministre de l'intérieur répond: "Si l'on regarde bien ce qu’a fait le Portugal, on s’aperçoit que nous avons le même dispositif, et que nous l’avons même fait avant le Portugal. Là-bas, il s’agit d’une régularisation temporaire de personnes arrivées avant le 18 mars. Nous, nous avons mis ça en place de façon systématique et pour tout le monde : nous n’avons pas besoin de prendre des mesures temporaires parce que les soins urgents sont assurés pour tous. S’agissant des situations administratives, nous avons prolongé de 90 jours tous les titres. Pour faire simple : nous avons fait comme le Portugal, mais avant le Portugal."

Aucune réaction des journalistes Léa Salamé et Nicolas Demorand !

Désespoir

Monsieur Castaner et ses interlocuteurs ne peuvent pourtant pas ignorer ce qu'a déclaré Adeline Hazan, le contrôleure des lieux de privation de liberté le 11 avril sur cette même radio.

"Aucun plan n’avait été envisagé pour faire face aux conséquences d’une épidémie en prison"
Ce même 11 avril, Monsieur Castaner ne pouvait pas ignorer que les prisonniers du CRA du Mesnil-Amelot en grève de la faim pour réclamer leur liberté ont été durement réprimés ce même 11 avril. C'est lui qui a donné l'ordre aux CRS de mater la rébellion.
C'est encore lui qui a autorisé le transfert de ces hommes dans d'autres centres de rétention (Lille, Rouen).

Alors, cessez de mentir Monsieur Castaner : La France n'a pas régularisé les sans-papiers comme l'a fait le Portugal.
Cessez de participer à la propagande gouvernementale, messieurs les journalistes!

 

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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