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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Source : Mediapart - Emmanuel Riondé et Mathilde Mathieu - 17/10/2018

Fin septembre, un Algérien en attente d’expulsion s’est pendu au centre de rétention administrative de Toulouse. Si le procureur ne retient à ce stade aucune responsabilité pénale, ce drame illustre la dégradation des conditions de vie (des migrants) et de travail (des policiers) dans ces centres, sous l’exigence d’un gouvernement qui veut expulser davantage.

En France, non seulement les frontières tuent à l’entrée sur le territoire, près de Briançon ou Menton. Mais en outre, peut-être plus absurde, elles tuent aussi à la sortie, des migrants placés en vue de leur expulsion dans les centres de rétention administrative (CRA). Ainsi, le 21 septembre, au CRA de Toulouse-Cornebarrieu, un Algérien de 31 ans, paniqué à l’idée d’être renvoyé au pays, s’est suicidé par pendaison. Alors qu’une enquête est toujours en cours au parquet de Toulouse, Mediapart a voulu jeter un regard sur ce drame, partiellement insondable, mais symptomatique d’une situation devenue « explosive » dans les CRA de France, selon l’expression de la Cimade, une association de défense des droits des étrangers pas franchement démentie par les syndicalistes policiers, qui décrivent des « Cocotte-Minute ».

Depuis un an, en effet, le taux d’occupation de nombreux CRA a grimpé en flèche, les préfets ayant multiplié les placements de sans-papiers sous la pression de Gérard Collomb, l’ex-ministre de l’intérieur, traumatisé par l’attentat de la gare de Marseille perpétré à l’automne 2017 par un Tunisien sans papiers qui avait été interpellé deux jours plus tôt mais laissé libre par l’administration, sans « obligation de quitter le territoire » ni placement en rétention. 

Selon la Cimade, présente dans plusieurs CRA, ce « tour de vis » aurait entraîné une hausse des violences, des insultes, des actes auto-agressifs (comme cet homme qui s’est cousu la bouche) et des tentatives de suicide (avec un décès en décembre 2017 déjà), sans « prise en compte sérieuse de la vulnérabilité des personnes ». Pour certains syndicats policiers, même la création de 400 places en CRA prévue dans le budget 2019 examiné ces jours-ci à l’Assemblée n’y suffira pas.

L’entrée du centre de rétention administrative de Toulouse-Cornebarrieu (Haute-Garonne). © Emmanuel Riondé L’entrée du centre de rétention administrative de Toulouse-Cornebarrieu (Haute-Garonne). © Emmanuel Riondé

À Toulouse, en l’occurrence, c’est aux alentours de 17 heures le 21 septembre dernier que Khaled C., un Algérien qui s’était inventé une fausse identité, a été découvert dans sa chambre, trop tard, une cordelette au cou. S’il est toujours question de rapatriement, ce sera celui de sa dépouille, placée à l’Institut médico-légal « le temps de l’enquête qui s’achève et dans l’attente des démarches du consulat d’Algérie », précise le procureur de Toulouse Dominique Alzeari, chargé de vérifier les circonstances de la mort et d’examiner d’éventuelles responsabilités.

Dans ce CRA bâti à proximité des pistes de l’aéroport de Toulouse-Blagnac, qui n’est certes pas juridiquement une prison mais bien un lieu d’enfermement d’allure carcérale, 126 places attendent des étrangers en situation irrégulière, visés tantôt par une « obligation de quitter le territoire » (ordonnée par la préfecture après un contrôle inopiné, dans la rue par exemple), tantôt par une « interdiction de territoire » (prononcée par un juge à l’occasion d’une condamnation pénale), tantôt par un ordre de « transfert » (pour les migrants dits dublinés, c’est-à-dire dont les empreintes ont déjà été relevées dans un autre pays de l’Union européenne responsable de leur demande d’asile). Ici, le « taux d’occupation » est passé de 45 % en 2017 à 78 % en 2018, d’après des chiffres communiqués à Mediapart par le cabinet du ministre de l’intérieur.

Khaled, lui, en était déjà à son 35e jour de rétention sur le délai légal de 45 jours dont disposent les préfectures pour organiser des « retours forcés » – impraticables tant que les pays d’origine n’ont pas reconnu leurs ressortissants et délivré des « laissez-passer consulaires ». Sans ce sésame, les préfectures sont contraintes, au terme de 45 jours, de remettre les étrangers en liberté. Ainsi, à Toulouse, entre janvier et septembre 2018, le taux d’expulsions effectives n’a pas dépassé 35,2 %, soit un tiers à peine des individus placés (939 hommes, femmes et enfants), contre 41,2 % en 2017. Tandis que le temps moyen de rétention, lui, s’allongeait de 16 à 20 jours environ.

La rétention de Khaled, justement, venait d’être prolongée d’une quinzaine de jours sur décision d’une juge des libertés et de la détention, le dimanche juste avant sa mort. « Quand il a entendu ça, sans parler de suicide, il a clairement fait savoir qu’il ne les ferait pas », raconte Alain, un militant qui assistait à l’audience et fait partie du Cercle des voisins, une association de soutien aux retenus qui veille au respect de leurs droits depuis l’extérieur du CRA (où la Cimade est seule à pouvoir travailler).

Selon des témoignages indirects, Khaled semblait dans un état de grande fragilité psychologique. « Il prenait un traitement de substitution, il était instable », indique Léo Claus, intervenant de la Cimade au sein du CRA. Le lendemain de son décès, avec Elsa, l’une de ses collègues, ils ont rencontré des coretenus de Khaled, notamment deux qui se trouvaient à ses côtés peu avant ne qu’il passe à l’acte. « Ils nous ont raconté qu’il avait appelé à l’aide, dégondé une porte, cassé une vitre, s’était emparé d’une cordelette, le tout face aux caméras des couloirs… Alors, certes, ici, les tensions sont fréquentes, mais quand même, ce niveau-là de détresse aurait dû conduire ceux qui regardaient les écrans à intervenir », s’étonnent-ils. Interrogé par Mediapart, le procureur de Toulouse n’a pas indiqué la liste des personnes entendues dans le cadre de son enquête.

Le coretenu qui partageait la chambre de Khaled, déplacé depuis au CRA de Nîmes, n’a pu être contacté par Mediapart. « C’est lui qui a décroché le corps, il a été secoué par cette histoire, il était très mal quand il est parti », se souvient Elsa. Quant à l’autre témoin, qui aurait vu Khaled s’agiter dans le couloir, il n’a pas retourné nos appels.

Tout en reconnaissant une « situation inédite » au sein du CRA, le procureur de Toulouse précise que Khaled « était suivi médicalement » et qu’il « n’avait pas manifesté une quelconque intention de mettre fin à ses jours »« En l’état [des investigations], il n’y a pas d’infraction pénale […] caractérisée à relever », conclut le magistrat.

Une vérité que Léo, Elsa et Pablo, intervenants sur place depuis douze, cinq et dix ans pour la Cimade, ne contestent pas mais tempèrent par le récit d’un quotidien sous tension permanente : « Juste avant cette histoire, il y en a un qui a essayé de se pendre, cela arrive une ou deux fois par an, des vraies tentatives de suicide, des personnes que l’on sauve in extremis. On a vu une personne s’enduire de ses excréments pour ne pas être embarquée… Beaucoup pètent les plombs », explique Léo, alors que l’association a saisi le Défenseur des droits, Jacques Toubon, le 26 septembre.

Sollicité par Mediapart, un membre de « l’infirmerie » du CRA affirme que deux infirmiers sont sur les lieux de 8 heures à 16 heures en semaine, un seul le week-end, tandis que le médecin en titre viendrait deux jours pleins, trois demi-journées, mais jamais le week-end. Comme tous les CRA de France, celui de Toulouse a signé une convention avec un centre hospitalier, le CHU de Rangueil, qui n’a pas été en mesure de répondre à nos questions sur les effectifs dédiés – suffisants ou non ? Revus à la hausse ou pas ? Combien de fois le médecin du CRA a-t-il signalé à la préfecture une pathologie incompatible à ses yeux avec la rétention ? Combien de fois a-t-il été suivi ? Mystère.

Les retraités militants du Cercle des voisins, Michèle Cremoux et Michel Plassat, tiennent en tout cas à dénoncer le côté « glauque » des « petites cours fermées par des grillages, sur les côtés et en hauteur », des télés « scellées dans le mur », seul objet de divertissement au CRA. Ils alertent aussi sur les conditions d’accueil des familles dans cet établissement excentré, construit sur une route passante et rapide. Pas d’éclairage, pas d’abri, pas de banc, pas de parking. C’est sur cette voie hostile jouxtant les pistes d’envol que les retenus sont laissés seuls lorsqu’ils sont libérés, souvent à la nuit tombée. « Ils se jettent sur leur portable, raconte Michèle. Parce qu’à l’intérieur, on leur enlève les téléphones qui prennent des photos. »

À la Cimade, on insiste enfin sur « la politique du chiffre » qui conduit ces derniers temps la police de Toulouse à multiplier les interpellations dans les gares ou à proximité des espaces d’accueil, qu’il s’agisse de jeunes errants, d’étrangers qui vivent de petits trafics ou qui sortent de la prison de Seysses, où ils ont purgé de courtes peines. Sans forcément que l’obstacle des « laissez-passer consulaires » ne soit par la suite levé. « Il y a des gens qui rentrent, sortent, reviennent, que l’on voit sept ou huit fois dans l’année… », témoigne ainsi Léo. Avec ses collègues, ils se disent confrontés tous les jours à « l’absurde ».

En réaction, au cabinet du ministre de l’intérieur, on se félicite que le nombre de « retours contraints » ait augmenté de « 10 % » depuis le début de l’année 2018, grâce à « la mobilisation forte de l’État ». Mais vu le nombre d’individus placés en CRA qui grimpe en parallèle, ces données brutes ne disent pas grand-chose du taux d’éloignement, soit de l’efficacité de la politique définie par Gérard Collomb dans une circulaire aux préfets de décembre 2017.

Gérard Collomb sur le banc des ministres à l’Assemblée nationale, aux côtés de Christophe Castaner qui lui succède, ce mardi 16 octobre, au ministère de l’intérieur. © Reuters Gérard Collomb sur le banc des ministres à l’Assemblée nationale, aux côtés de Christophe Castaner qui lui succède, ce mardi 16 octobre, au ministère de l’intérieur. © Reuters

Si l’on en croit le projet de loi de finances en débat au Parlement, l’État vise un taux de « retours forcés » effectifs de 48 % en 2018 et 2019, soit 4 % de plus qu’en 2017. Sachant que le gouvernement mise gros sur le doublement de la durée légale de rétention, qui va passer de 45 à 90 jours au 1er janvier, en application de la loi asile et immigration de Gérard Collomb, censée faciliter les expulsions.

« L’allongement à 90 jours, on n’y est pas défavorable parce qu’il y a des cas à régler, réagit Luc Escoda, secrétaire régional à Toulouse du syndicat Alliance, majoritaire chez les gardiens de la paix. Mais pour faire de la place à ceux-là, on va en relâcher d’autres ? Parce que quand on est pleins, on est pleins ! Dans les CRA, les conditions de travail se sont dégradées et la situation est de plus en plus tendue, ça peut dégénérer. » Au cabinet du ministre, on tient tout de même à rappeler qu’au CRA de Toulouse, les effectifs sont passés de 61 policiers « actifs » (plus trois administratifs) à 78 (plus quatre administratifs) entre le 1er janvier et le 1er octobre 2018.

Pas de quoi satisfaire André Faliu, secrétaire départemental adjoint d’Alliance dans les Pyrénées-Orientales, lui-même fonctionnaire à la PAF. « Après l’attentat de Marseille et les consignes de Collomb, les préfets ont serré les fesses, note ce policier. À Perpignan, par exemple, non seulement le taux d’occupation a augmenté, mais le profil des retenus s’est durci, avec davantage d’étrangers dont on estime qu’ils représentent une menace pour l’ordre public, des fichés S, mais aussi des gens qui auraient leur place en hôpital psy. Et puis, on a davantage de gens peu ou pas éloignables, difficilement identifiables, dont les consulats collaborent peu. Les préfectures disent elles-mêmes qu’ils font “ventouse”… À ceux-là, au 46e jour, on leur dit merci, au revoir, et ils ressortent par la grande porte. C’est bien beau de placer, mais si derrière on n’est pas efficace… »

Pour André Faliu, « cette surpopulation », associée à une « insuffisante efficacité dans l’éloignement, entraîne une multiplication d’incidents, y compris graves. Les CRA sont des Cocotte-Minute et ils bouillent ». Son syndicat, bien sûr, réclame d’abord des effectifs. « J’ai des collègues qui font des vacations de 15 ou 16 heures, qui tournent comme des avions ! » À l’entendre, le nombre de transferts entre CRA et d’escortes à l’autre bout de la France pour dénicher des places aurait sensiblement augmenté. « J’ai des collègues qui ont dû faire un Perpignan-Rennes… Vous imaginez le coût financier ? » À ce rythme, la création de 400 places supplémentaires budgétée en 2019 resterait « insuffisante » à ses yeux. Le nouveau ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, nommé ce mardi 16 octobre, est attendu de pied ferme.

Vite dit

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 
juge
 
 5/12/2020 - Pratique illégale de la médecine par la juge

Quand un médecin, spécialiste de surcroît, justifie  après une consultation en urgence que l’état de santé d'une jeune femme enceinte de sept mois qu’il  a examinée est incompatible avec une rétention, comment le juge des libertés et de la détention et le représentant de la préfecture peuvent- ils argumenter le contraire et ainsi maintenir la privation de liberté ? Simple , le serment d’Hypocrite qui permet, sur la foi de ce que l’on pense, de s’absoudre de toutes considérations médicales. La justice avance !

Après, que penser du serment d’Hippocrate du médecin du CRA et de l'OFII si prompt à exécuter les basses œuvres des préfectures ?

Désespoir 28/11/2020 - Naître dans un Centre de rétention est ce possible ?

On sait d'ores et déjà qu'il est possible de passer beaucoup de temps dans un Centre de Rétention (jusqu'à 3 mois), d'être relâché puis d'y revenir plusieurs fois.
On sait qu'on peut y mourir (CRA de Rennes, de Vincennes, de Cornebarrieu...)
On sait aussi qu'on peut séparer une maman allaitante de son bébé de 20 jours pendant 4 jours avant de la libérer (CRA de Cornebarrieu).A notre connaissance, nous n'avons pas encore connu une naissance mais cela sera peut-être le cas prochainement au CRA de Cornebarrieu.
En effet, une jeune femme enceinte de 6 mois y est actuellement enfermée depuis presque 2 mois, par la volonté du préfet des Alpes Maritimes.
Comment une femme peut-elle mener une grossesse sereine dans cet univers angoissant ?
Manger, dormir, se laver, se reposer, tout est difficile voire impossible.
Alors avoir un suivi de grossesse adéquat, c'est un luxe impossible. On ne s'en occupeque quand il y a urgence, une hémorragie et des contractions anormales à ce stade de la grossesse.

« Comme je perdais du sang, on m'a emmenée à l'hôpital et depuis mon retour au CRA une infirmière de la PMI m'a téléphoné ».
L’État français fait de belles déclarations au sujet des violences faites aux femmes mais les traite avec mépris et inhumanité dès qu'il s'agit de femmes sans-papiers.
Relayé par les porte-paroles des préfectures et par les juges des libertés et de la détention, le discours est toujours : « le service médical du CRA est compétent ! ».

Alors, une naissance ou une fausse-couche prochainement au CRA de Cornebarrieu ?
Et quels papiers aura le bébé ?

Désespoir

 18/10/2020 - Bienvenue en France, pays du mépris et de l'indignité

Il habite en Haute-Loire, il s'est fait interpeller pour non-port du masque et se retrouve enfermé au centre de rétention de Cornebarrieu. Libéré par le juge 48h après son arrivée, les policiers en charge de la surveillance du centre ouvrent les grilles du centre de rétention, appliquant ainsi la décision judiciaire. Passé les grilles, ce n'est plus leur problème ! Comme beaucoup d'autres personnes enfermées là, cet homme n'a pas d'argent pour repartir chez lui, la batterie de son téléphone est proche de 0% et il ne connaît personne dans la région.

Mais cet homme là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres retenus du centre. C'est ce qui a amené un policier de la Police de l'Air et des Frontières (PAF), ce samedi là et dès l'annonce de la décision du juge au palais de justice, à s'approcher d'un membre du Cercle des Voisins auquel on avait interdit d'assister à l'audience, pour l'informer de cette libération et lui demander de l'aide.

Car ce retenu là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres prisonniers du centre. Ce qu'il a de plus c'est une paire de béquilles, ce qu'il a de moins c'est une jambe ! Pour le reste, il est semblable à tous ceux et celles qui passent dans ce camp.

Nous prenons acte de ce geste d'humanité de la part du policier qui a pris conscience de la fragilité de la personne libérée  mais nous continuons de dénoncer la talentueuse application de l'administration française à maltraiter ceux et celles qui demandent à être régularisés. Nos dirigeants sont à même de déployer des moyens exorbitants pour enfermer des personnes que, lorsqu'elles sont libérées par décision de justice, ils mettent à la rue comme des chiens. Avec une durée d'enfermement de plus en plus longue (jusqu'à 3 mois), quasiment systématique et sans discernement des pathologies physiques et mentales des personnes, l’État français démontre un comportement irresponsable et xénophobe.

Les expulsions sont souvent violentes mais les libérations par décisions de justice ou préfectorales  peuvent aussi l'être quand sont libérées des personnes vulnérables. D'autant que ces centres d'enfermement continuent de fonctionner en cette période de fermeture des frontières et de pandémie, devenant ainsi de nouveaux foyers épidémiques. D'autres policiers sont-ils prêts à aborder cette question avec nous ?

 

 

 

Désespoir
 21/6/2020 - Qui a jeté Tatiana à la rue ? ou Chronique du mépris ordinaire

Tatiana, jeune russe, aux activités malheureusement habituelles sur la Canebière, s'est faite arrêter par la police cannoise. Dans sa « tenue de plage », elle est transférée à la Police aux Frontières à Nice pour un longue garde à vue. L'Obligation de Quitter le Territoire Français tombe et la rétention est demandée par le Préfet des Alpes-Maritimes. Tatiana, toujours dans sa tenue très légère, est transférée en voiture à 580 km de la Promenade des Anglais.
Dans cette tenue de plage, la très jeune femme passera 48 heures au centre de rétention de Cornebarrieu en Haute-Garonne sans que des policiers ou des agents de l’OFII chargé d'accompagner les retenus ne lui trouvent de quoi se vêtir. Elle est présentée samedi 20 juin devant un juge en visio-conférence qui ordonne sa libération. A 18h30, le jour même , Tatiana , toujours dans la même tenue , est jetée à la rue devant le CRA de Cornebarrieu, sans argent, sans téléphone.
Merci les Pousses-aux-Crimes !
Tatiana erre pendant 24 h autour de l'aéroport de Blagnac avant que deux bénévoles du Cercle des Voisins la prennent en charge et la mettent à l'abri.

 

 

Désespoir

17/4/2020 - COVID-19 : CRA zone de non droit - agissons pour leur fermeture

Comme certains autres centres de rétention, le CRA de Toulouse-Cornebarrieu n'est toujours pas vide et ne le sera sans doute jamais car il semble servir de déversoir pour les préfets qui continuent de délivrer des Ordres de Quitter le Territoire Français, ordre absurde s'il en est vu la fermeture actuelle des frontières.
Les centres de rétention sont des zones où il est difficile de savoir réellement ce qui s'y passe. C'est ce qui avait déjà été dénoncé en 2012 pendant la campagne inter-associative 'Ouvrez les portes, on a le droit de savoir' avec Migreurop, Alternatives européennes et Reporters sans frontières auquel le Cercle des Voisins avait participé http://www.migreurop.org/article2106.html
Ces espaces fermés et surveillés par la police sont d'autant plus effrayants pendant cette période de confinement que toute visite devient maintenant impossible.
Les associations d'aide juridique se sont retirées( la Cimade pour le CRA de Cornebarrieu), l'agent de l'Office Francais de l'Immigration et de l'Intégration (OFII ) ne montre son nez que quelques heures par semaine mais son aide se résume à permettre 2 appels téléphoniques aux retenus qui le demandent. Pas de retrait d'argent impossible car selon eux les bureaux de poste sont fermés. Or sans argent, comment acheter des cigarettes, des cartes de téléphone...

Samedi 11 avril, le centre comptait 3 retenus et ce jeudi 16 avril, 5 hommes et une femme y sont maintenant enfermés. Les portes ne semblent s'ouvrir que dans un seul sens !
Le centre de Cornebarrieu compte 3 secteurs hommes, un secteur femme et un secteur famille. Dans chaque secteur, il y a un téléphone public où il est normalement possible de joindre les retenus depuis l'extérieur.
Les 5 hommes sont tous rassemblés au secteur D mais c'est le seul dans lequel il est impossible de les joindre car le téléphone est hors service.
Les retenus ont demandé à changer de secteur mais cela leur a été refusé.

L'un deux est au centre depuis 45 jours (en provenance de Lyon), un autre depuis 21 jours, deux autres sont arrivées plus récemment (le 13/04 après un contrôle à Perpignan et un autre ce jeudi 16 avril).
Une jeune femme arrivée dans le centre il y a 3 jours se retrouve complètement isolée dans son secteur. Elle a 19 ans. Elle ne mange pas.
Et bien sûr, pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, un peit savon
Vous qui êtes français et pendant ce confinement, vous avez du expérimenter une ou plusieurs fois des contrôles policiers visant à vérifier votre attestation de déplacement. Vous avez peut-être tester l'arbitraire de certains contrôles comme ce qui est décrit dans cet article
https://www.bastamag.net/attestation-controle-deplacement-PV-amendes-violences-policieres-confinement-covid
Imaginez ce que peut-être l'arbitraire policier quand vous le subissez 24h/24 dans un centre fermé ! La parole du prisonnier.e ou du "retenu.e" (euphémisme utilisé par l'administration) a -t-elle la même valeur que celle de l’homme ou de la femme en uniforme ?
https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/l-inegalite-des-vies-en-temps-d-epidemie_1782169

Les audiences devant le juge des libertés où nous nous avions l'habitude de nous poster en tant qu'observateur nous sont maintenant inaccessibles. Elles fonctionnent par visio-conférence. Aucune présence citoyenne donc.
Joint sur son propre téléphone, un homme nous dit que les policiers les menacent s'ils évoquent les conditions de leur rétention pendant l'audience.Lui-même a été malade, fiévreux, avait du mal a respirer et a appelé les services d'urgence avec son propre téléphone. C'est un homme en veste rouge de la société ONET qui est venu et a estimé qu'il simulait. Il a ensuite subi la répression policière. Il a été frappé et mis à l'isolement.

Mais les policiers semblent aussi se donner du bon temps avec grillades et bières au menu dans la cour du CRA. Peut-être que les journalistes pourraient aller y faire un tour au moment des repas pour vérifier la fumée.
Mas d'autres distractions policières sont encore moins amusantes et pourraient faire l'objet d'une enquête, comme dire à un retenu de rassembler ses affaires car il est libérable et le traiter de mongole quand il se présente avec son sac, avec ordre de regagner sa cellule.

 

Désespoir

15/4/2020 - Coronavirus et manifestation au CRA du Mesnil-Amelot : le choix de la répression

Ce mardi 14 avril, Christophe Castaner était l'invité du grand entretien sur France Inter. A une question sur la régularisation des sans-papiers, comme l'a fait le Portugal, le ministre de l'intérieur répond: "Si l'on regarde bien ce qu’a fait le Portugal, on s’aperçoit que nous avons le même dispositif, et que nous l’avons même fait avant le Portugal. Là-bas, il s’agit d’une régularisation temporaire de personnes arrivées avant le 18 mars. Nous, nous avons mis ça en place de façon systématique et pour tout le monde : nous n’avons pas besoin de prendre des mesures temporaires parce que les soins urgents sont assurés pour tous. S’agissant des situations administratives, nous avons prolongé de 90 jours tous les titres. Pour faire simple : nous avons fait comme le Portugal, mais avant le Portugal."

Aucune réaction des journalistes Léa Salamé et Nicolas Demorand !

Désespoir

Monsieur Castaner et ses interlocuteurs ne peuvent pourtant pas ignorer ce qu'a déclaré Adeline Hazan, le contrôleure des lieux de privation de liberté le 11 avril sur cette même radio.

"Aucun plan n’avait été envisagé pour faire face aux conséquences d’une épidémie en prison"
Ce même 11 avril, Monsieur Castaner ne pouvait pas ignorer que les prisonniers du CRA du Mesnil-Amelot en grève de la faim pour réclamer leur liberté ont été durement réprimés ce même 11 avril. C'est lui qui a donné l'ordre aux CRS de mater la rébellion.
C'est encore lui qui a autorisé le transfert de ces hommes dans d'autres centres de rétention (Lille, Rouen).

Alors, cessez de mentir Monsieur Castaner : La France n'a pas régularisé les sans-papiers comme l'a fait le Portugal.
Cessez de participer à la propagande gouvernementale, messieurs les journalistes!

 

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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