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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Le Poing - 23/10/2018

Une vingtaine de personnes sont enfermées au centre de rétention administrative (CRA) de Sète, au seul titre qu’ils n’ont pas de papiers. Beaucoup d’entre eux ont fui pour survivre, mais « le pays des droits de l’Homme » ne veut pas d’eux. Même les enfants sont visés : s’appuyant sur des tests osseux dont la fiabilité est réfutée par l’ensemble du corps médical, les autorités contestent systématiquement la minorité des jeunes étrangers pour ne pas avoir à les protéger comme l’oblige la convention internationale des droits de l’enfant. « Ce sont les nouveaux parias d’un monde qui devient incapable d’accueillir » dénonce le collectif « excradition générale », créé au début de l’année 2018 par des Sètois pour fournir une aide matérielle et juridique aux détenus. Les membres du collectif visitent aussi régulièrement les enfermés pour porter leurs paroles. Violences policières, barbarie administrative, machine à détruire l’humanité… Le Poing vous retranscrit quelques témoignages glaçants recueillis par les membres de ce collectif :

Medhi*

Il a le visage creusé. Sculpté au couteau. « Je veux l’opération. Je veux juste l’opération. Après je quitte le trottoir, d’accord ». Il dit « trottoir » pour « territoire ». « Mais d’abord l’opération ». Il se lève et nous montre comment un policier l’a attrapé par les cheveux au commissariat, et lui a donné un coup de genou dans les yeux. Il se rassoit. « Avant, j’avais 10 et 10 », dit-il en désignant son œil droit, puis son œil gauche. « Maintenant j’ai 8 et 7. » Il nous raconte l’expulsion au Maroc, et son retour en France. « J’ai mal. J’ai mal aux yeux. Il me faut l’opération. » Son visa va expirer. Il a bientôt des rendez-vous. Il ne sait pas bien nous dire pourquoi. C’est la quatrième fois qu’il est retenu. Il a décidé de ne pas porter plainte contre le policier qui l’a frappé aux yeux. Il veut bien quitter « le trottoir ». « Mais d’abord, l’opération. »

Redouane

Il vient de passer deux ans à la prison de Villeneuve-lès-Maguelone. Il est arrivé en France adolescent, il a maintenant plus de vingt ans. Il passe son enfance entre la rue et son grand-père, les hôtels pour mineurs non-accompagnés et les foyers : « On te laisse comme ça sans personne, c’est là que c’est parti les conneries. Dans la rue j’ai rien fait de grave. » Il ne sait pas quel est son avocat. Sa famille est au Maroc, c’est la pensée de sa mère qui le fait tenir. Sa copine en France l’aide à ne pas péter un plomb. Il se retient, il surnage, il pense à sa mère, il craque. Il est de plus en plus déprimé, le foot il s’en fout, il ne comprend pas comment on peut résister ici 45 jours. « On essaie de passer le temps. Y’a même pas de télécommande et y’a des gens qui mangent des piles. On est enfermés 24 heures sur 24. On nous traite pire que des chiens ici. Personne ne dort, il fait trop chaud. On regarde la télé jusqu’à 4 heures du matin, après on nous réveille, on nous force à monter au réfectoire. Personne ne peut rester dans les chambres pendant les heures de repas, il fait très très chaud, ça pue très fort, ça sent l’urine. » Je lui parle de la grève des plateaux [plusieurs enfermés ont refusé d’aller au réfectoire au moment des repas, en juin 2018, ndlr]. Il dit que « tout ce qui est contre eux, moi je suis d’accord ». Il pleure, s’excuse de se lâcher et dit qu’il est « vraiment perdu ». Quand je lui demande de quoi il a besoin, il ne sait pas. Il passera 45 jours au CRA de Sète.

Younes

Il a la vingtaine et vient de Tunisie. Il est en France depuis plus de cinq ans. « J’ai des problèmes au pied, et malgré ça, ils veulent me renvoyer. Regardez : mon pied a lâché ! » Il se lève et une sorte de déhanchement se déclenche quand il bouge le pied. « J’ai refusé de monter dans l’avion, alors ils m’ont prolongé de quinze jours, mais ils m’ont dit que la prochaine fois, ils me forceraient à partir, en bateau s’il le faut. S’ils me renvoient en Tunisie, je vais être obligé de faire l’armée, ils ne vont pas se soucier de savoir si je suis inapte ou pas. Ils vont me dire : “La France vous a autorisé à voyager, c’est que vous être apte.” Je ne sens plus mon pied. J’ai un rendez-vous pour faire des radios, je dois voir un chirurgien ce jour-là, mais j’ai peur qu’ils me renvoient avant. Hier j’ai tout expliqué au juge. Et il y a un autre problème : je suis marié, mais on ne vit plus ensemble, et là je suis en couple avec une autre personne, une Française, elle est venue au jugement. J’aimerais divorcer, sinon je ne peux pas refaire ma vie.

J’ai demandé au tribunal de pouvoir régulariser ma situation, en proposant même de rentrer de mon plein gré, mais ils ont refusé. J’ai pensé au suicide, car là c’est double peine, ils ont dit qu’ils allaient me donner une interdiction de rentrer sur le territoire français pour un an, et je vais briser ma vie sentimentale. Si on pouvait m’aider pour remettre en cause la décision médicale, car je n’ai pas été examiné sérieusement, ils ont dit que je pouvais voyager normalement, alors que c’est faux. Mon père a fui vers l’Algérie après la révolution car il était dans l’ancien régime, il était menacé. Ma mère est encore en Tunisie, elle ne travaille pas, elle pourra rien pour moi. Ils me gardent illégalement ici, pour gagner des sous, car la France reçoit des sous pour investir dans des centres comme ça, c’est un esclavage moderne. J’ai l’impression que les juges prennent leurs décisions avant de nous entendre. J’ai pas eu beaucoup de rapport avec mon avocat. Les visites ça les énerve. Là, j’ai fait un cauchemar, il y avait un rat qui voulait me mordre la jambe, c’était horrible. Parfois les rêves se réalisent… » Younes a été expulsé vers la Tunisie.

Souad

« Vous devez aider les gens à l’intérieur, c’est vraiment mauvais ce qu’il se passe à l’intérieur, il y a même un sans-abri, il parle presque pas, personne ne lui parle. Moi j’y arrive, mais c’est compliqué, il a l’air perdu, c’est sûrement psychiatrique… Demandez à la police comment ça se fait qu’il soit ici ! Il ne parle à personne, allez le voir s’il vous plaît et ramenez-lui des cigarettes. Moi je ne serais plus là demain mais allez le voir, on me renvoie demain matin. Les flics m’ont volé mon chargeur pour me faire chier, je suis allé les voir. Ils m’ont dit que c’était un gars qui était allé au tribunal aujourd’hui et qui a été expulsé qui me l’avait volé, mais on est dimanche, il n’y a pas de tribunal le dimanche ! Ils se sont foutus de ma gueule. Je sais que c’est eux. Je leur ai dit moi je m’en fous qu’on me vole quelque chose, on m’a déjà tout volé : ma famille, ma liberté, ma vie ! Je suis plus à ça près. Mais je trouve ça révoltant que des policiers se comportent comme ça, ici en France, c’est ridicule. Je ne veux pas passer un jour de plus dans ce centre, je préfère qu’on me renvoie. Vous devez fermer ce lieu. On ne peut rien faire ici, c’est pire que la prison, pas de sport, on est comme des animaux, vous devez aider les gens à l’intérieur. Vous devez alerter les médias sur ce qu’il se passe ! Ici, c’est fermé, c’est secret, appelez les médias s’il vous plaît. Ça ne va pas ! Il y a un gars qui a un bras gonflé avec une plaie, faut aller le voir aussi, il lui faut un médecin. J’espère que vous allez fermer ce lieu. Il le faut ! » Souad a été expulsé le lendemain de l’entretien.

Ismael

Il allait voir quelqu’un en Espagne et il s’est fait arrêter. Il a l’asile en Italie. La première fois au tribunal, ils ne le savaient pas. Mais là, ils ont pris ses empreintes. On lui demande s’il a besoin de quelque chose. Non, il veut juste partir. « Je veux bien signer un papier pour dire je reviendrai jamais en France. » Un truc à nous dire ? « Il faut changer la loi qu’il y a ici en France. » S’il reste 45 jours, il va perdre trop de trucs en Italie. Y’a que lui qui travaille pour sa famille, il a des petits frères et son père, et c’est lui qui envoie l’argent au Maroc.

Reda

« Regardez, ils m’ont frappé dans la voiture. Le policier à côté de moi, il me frappait, j’ai la trace à l’œil, regardez le compte-rendu du médecin. Je ne disais rien, lui il m’a dit “alors tu fais pas le ramadan ?” et des choses comme ça. Comme il frappait je me suis tourné vers la fenêtre, comme ça, et il a continué. À un moment, j’ai mis ma tête contre les genoux pour me protéger, comme ça. Et il a tapé sur la tête. Le conducteur, il ne disait rien. Celui à côté, il m’envoyait des insultes. Oui, oui, des insultes. » Il a une marque sur l’œil. Il a une feuille remplie des constats du médecin. Il montre, avec son corps la position assise tournée vers la fenêtre. Puis la tête contre les genoux. « Après, pour m’amener à Sète, ça allait, c’était une autre équipe. Les autres leur ont dit que j’étais dangereux, alors ils m’ont attaché les genoux avec une corde. Mais ça s’est bien passé, ils m’ont même laissé fumer. Quand ils m’ont arrêté, pendant deux jours, j’étais enfermé et ils ne me donnaient pas de café, je ne pouvais pas fumer, pas manger. Au bout de deux jours ils ont commencé à m’interroger. Je leur ai dit “vous m’avez rien donné à manger, j’ai même pas eu le droit de fumer, je dirai rien”. Après ils étaient tous contre moi. »

Il continue à parler, sans s’arrêter, doucement. Je dois parfois tendre l’oreille, et je prends conscience des bruits du CRA. Clé qui tourne dans la serrure. Retenu appelé deux, trois fois. Porte qui claque. Il raconte qu’il est entré en France il y a près de vingt ans. Il s’est marié, et quelques années après, c’est la séparation, tout bascule : « Elle m’a pris mes papiers, mon argent. On avait un compte commun, elle ne travaillait pas, elle a tout vidé. J’ai été au tribunal, le juge a dit qu’elle devait tout rendre, et elle doit me donner de l’argent en plus par jour de retard. Mais elle ne l’a jamais fait. Quand ils m’ont amené au tribunal pour les papiers, j’ai demandé à la juge : “Vous êtes là pour faire respecter les lois ?” Elle a dit oui, alors je lui ai montré le papier du juge : “Alors pourquoi vous faites pas respecter cette condamnation ?” Elle m’a dit “C’est trop vieux”, mais après elle a plus rien dit ! C’est quoi cette justice ? C’est pour les riches, ceux qui ont le pouvoir. » Reda a déjà été enfermé. En prison, et dans le CRA de Marseille. « Là-bas, c’est plus grand, il y a des femmes aussi, et il y a des distributeurs de boissons et de gâteaux. Et la nourriture est propre. » Pas ici ? Il fait la grimace. Le pain est sec. « Comme je n’ai plus de dents, je ne peux pas le manger, je dois le tremper le matin dans le café. » Le Maroc, il n’y est pas allé depuis son arrivée en France. « Quand mon cousin m’a montré des photos, j’étais choqué ! Ça a changé beaucoup ! Mais les endroits anciens restent, je connais bien là-bas. » Il ne veut pas y aller. Trop de problèmes. « Quand ils m’ont arrêté je leur ai dit : “Vous voulez me renvoyer au Maroc ? Pourquoi vous ne me renvoyez pas en cercueil alors ? Ou alors vous me tirez une balle dans la tête directement, c’est pareil.” Oui, je leur ai dit ça, c’est la vérité. »

Il a son oncle en France, point de repère familial. « J’ai trouvé un employeur mais il me faut des papiers ! Alors je n’ai pas pu prendre le travail… » L’envie d’être utile, d’être en lien. « Je rencontre des femmes, mais j’ai peur. Comme ça a fait tellement de problèmes avec ma première femme, j’ai peur. Quand on se rencontre, je discute, ça se passe bien, elle me donne son numéro de téléphone. Mais appeler, j’y arrive pas. Je ne peux pas. Alors je ne rappelle pas… Sète, c’est joli ! Quand ils m’ont sorti pour aller au tribunal, j’ai vu un peu, les bateaux, tout, c’est très joli ! J’aimerais bien voir plus. Bordeaux j’aime bien, les vieilles maisons, le fleuve… J’aimerais bien visiter la France. Voir le nord aussi, il paraît que c’est joli ! » Des sourires, de l’échange. Un policier vient nous signifier très poliment que la visite touche à sa fin. « Lui, il est gentil. Il y en a qui sont gentils, et d’autres mauvais. Comme partout dans la vie. Moi je vois surtout ce qui est bon. On m’a raconté que l’autre jour un des retenus s’est fait frapper, je ne sais pas pourquoi. Un policier l’a pris à la gorge et l’a frappé, mais les retenus ont fait du tapage, alors il l’a laissé. Il a eu de la chance qu’ils fassent du tapage, sinon il se serait fait engloutir. » Reda a été expulsé vers le Maroc.

Ilyes

La vingtaine. Entre en France avec un visa touristique. S’installe à Montpellier où il vit avec sa sœur. Y travaille comme coiffeur. Il est interpellé dans la rue et est transféré dans la foulée au CRA. Il entame une grève de la faim dès son arrivée. On le conduit à l’hôpital lorsqu’il se met à cracher du sang. Il y fait des allers-retours, on le prive de visites, de télé, on lui met la pression. Il arrête au bout de deux semaines. Affaibli, ses reins le font souffrir, il se dit que cela ne va rien changer. La première fois, il avait été libéré au bout d’une dizaine de jours de grève de la faim. Cette fois, il s’est fait une raison. C’est lui qui coiffe ses codétenus lorsqu’ils sont convoqués devant le juge. « C’est important qu’ils soient propres, nous explique-t-il. Des fois, même, on leur prête une chemise. » Il nous raconte l’ennui, la chaleur, le désœuvrement, pas même un ballon pour taper dedans, la nourriture insipide, toujours la même, la télévision dont on leur a confisqué la télécommande, et qu’ils actionnent avec une pointe de stylo. La nuit, quand il dort, il a toujours peur que des policiers débarquent dans sa chambre pour le menotter, direction l’aéroport, ou qu’ils viennent chercher l’un de ses codétenus. Il nous raconte qu’ils entrent sans prévenir dans sa chambre pour éteindre la musique, fermer la fenêtre, ou lui faire croire qu’ils vont l’embarquer : « Allez, on t’emmène, on va t’expulser ! » Il a été expulsé.

Hicham

« Ça fait plus de dix jours que je suis là. Ça ne se passe pas bien. Ma fille est née et moi je suis parti au tribunal juste après. Ma femme a eu une césarienne. Le juge ne me donne même pas le droit de voir ma petite. Je ne sais pas pourquoi tous ces problèmes… La journée je ne fais rien, je dors, je prends des cachets : Lexomil, Atarax… Manger, c’est pas bien ! Les chiens ne mangeraient pas ce qu’on nous donne. Il y en a un qui ne mange pas depuis plus d’une semaine, il n’a même pas une visite de l’hôpital, rien. Il ne prend rien, même pas une bouteille d’eau. Il est très faible. C’est grave. Il faut faire quelque chose. C’est pas bien. J’ai même pas pu regarder mon bébé. Ma femme habite pas loin de Sète, elle ne peut pas venir à cause de la césarienne. Il n’y a personne pour nous aider. Personne. Elle est seule. On est comme des chiens, même les chiens, c’est mieux. »

Mounir

Il porte son bras en écharpe, il a une double fracture. Un sac de ciment qui lui a échappé sur un chantier. Des mois qu’il traîne cette fracture, deux opérations, un plâtre pendant plus d’un mois, et aujourd’hui la menace d’aller se faire soigner ailleurs. En Algérie, en l’occurrence, qu’il a quitté enfant, et dont il n’a plus aucun souvenir, plus de famille pour l’accueillir. La veille, il s’est plaint de douleurs, son bras gonfle. Sollicités, les policiers de garde ne lui proposent qu’un anxiolytique en guise d’antalgique. Nous sommes accompagnés d’un médecin venu l’examiner. Il constate une invalidité importante avec blocage de l’extension du coude, des douleurs déclenchées, des troubles de la sensibilité de la main et préconise, dans une lettre adressée au chirurgien, de poursuivre les soins et la rééducation en France. Il s’assurera par la suite auprès du médecin du centre que des antalgiques lui sont régulièrement délivrés.

Quand il est sorti, majeur, de sa première opération, ses éducateurs lui ont proposé de rester au foyer le temps de se soigner. Il n’a pas eu le temps d’en profiter. Il a été arrêté dans la rue, en pleine journée. Il ne comprend pas pourquoi. « J’avais quartier libre. Je ne faisais rien de mal. Je leur ai dit d’appeler le foyer, mais ils n’ont rien voulu savoir. J’avais ma carte vitale, ils ne l’ont même pas regardée. “T’as pas de papier !? Alors, on t’embarque !” » Direction le commissariat, deux jours de garde à vue, avant d’être transféré au CRA de Sète. Il est passé trois fois devant le juge, avant d’être conduit au consulat d’Algérie pour se voir délivrer un laissez-passer. Il en est ressorti sans le document qui l’aurait renvoyé directement en Algérie, mais il garde de l’épisode le souvenir d’un nouvel affront. Ni l’Algérie ni la France ne veulent de lui. Le consul ne l’a pas regardé lorsqu’il est entré dans son bureau. Il n’a pas levé le nez de ses papiers. Puis il a fait ce geste de la main, qui signifiait : « Retourne d’où tu viens ! » Comme ça, sans un regard. « Comme on chasse une mouche de la main », nous dit-il.

Il nous raconte la tentative de suicide d’un de ses codétenus qui vient d’arriver à Sète. « Il était à Nîmes depuis plus de quarante jours. Il a mangé des pièces de deux euros, deux lames de rasoir et un briquet. Deux lames de la taille d’un doigt ! C’était un Tunisien, ils voulaient le renvoyer en Roumanie, où il risquait un an de prison, et donc il a avalé les lames de rasoir. » Rester au foyer le temps de se soigner, c’est tout ce qu’il désirait lorsqu’il a été arrêté. C’est au centre qu’il devra poursuivre sa convalescence jusqu’à la fin de la période de rétention des 45 jours. Il lui en reste plus de trente au moment de l’entretien.

Yacine

La vingtaine, né à Gaza. Arrêté à Nice, il a été transféré au CRA de Sète. Il s’excuse, il n’a pas vraiment dormi. Une nuit au commissariat, une autre au centre, il fait chaud dans les chambres. Il n’a pas non plus les idées bien en place et n’a que son t-shirt sur le dos, le même qu’il portait lorsqu’il est parti travailler. On lui a dit qu’il passerait bientôt devant le juge. Il se frotte les yeux, pour essayer d’y voir plus clair. Cela fait bientôt dix ans qu’il sillonne l’Europe. Ballotté de centre pour mineurs en foyer de l’enfance. Il apprend vite. Il compte sur ses doigts : « Je parle espagnol, français, hollandais, allemand… L’allemand, perfekt ! » Il sourit. « Ça va aller, ça va aller… C’est la vie, je ne peux rien faire. » Nouvelle visite. Entre-temps, il s’est retrouvé plaqué contre un mur. On l’accuse d’avoir dérobé un morceau de pain au réfectoire. Saisi à la gorge, maîtrisé au sol, traîné dans les escaliers, placé à l’isolement, puis libéré au bout de deux heures grâce suite à la pression de ses codétenus qui tambourinaient à la porte. Les retenus n’ont pas le droit de rapporter de nourriture dans leur chambre.

Trois jours plus tard, il est conduit à l’hôpital de Sète, service psychiatrie. Il ne dort plus depuis une semaine, son compagnon de chambre alerte le médecin qui ordonne son transfert à l’hôpital. Le psychiatre lui parle, lui rédige une ordonnance et lui propose d’être hospitalisé dans son service. Il décide de retourner au centre, où il a laissé le peu d’affaires qu’il a. « Pour moi, c’est la même chose », nous explique-t-il. Depuis, on lui donne deux cachets le matin, deux à midi, trois le soir. Il ne sait pas de quoi. Il dit que les premiers jours, ça l’a soulagé un peu, mais que ça lui coupe l’appétit, lui file la nausée et lui permet de dormir seulement quatre heures d’affilée, entre trois heures et sept heures du matin. Il dit qu’il n’a pas demandé à recevoir des soins psychiatriques. Pas plus qu’en Israël d’ailleurs, à l’hôpital militaire où il était interné. Il a peur d’être renvoyé à Gaza, où il a laissé ses empreintes et son ADN. Il en a surtout gardé les stigmates, des cicatrices qui courent le long des bras et sur le dos. La veille, il a reçu la visite d’un policier en civil venu relever ses empreintes. Il a de nouveau été interné en psychiatrie, où il en est finalement ressorti libre.

Ousmane

« Ça va pas ici. Je suis venu en France pour étudier. J’ai été en foyer à Montpellier. Puis ils m’ont fait un test osseux. Ils m’ont dit que j’étais majeur. J’ai été condamné pour faux et usage de faux. Prison à Villeneuve-lès-Maguelone : j’ai fait quatre mois. Après la prison, je suis arrivé ici. Je suis venu ici pour étudier, je viens de Guinée Conakry, là-bas, je ne pouvais pas. Mon père ne travaille pas, ma mère est femme de ménage, j’ai deux frères, eux aussi ils ne faisaient rien. C’est pour ça que je suis venu ici, si les choses allaient très bien je n’aurais pas dû venir. Ici au CRA, toute la journée enfermé, ça me rend fou, tu n’as rien fait, tu n’as frappé personne et t’es enfermé. Je suis interdit de territoire français pour cinq ans. Je veux sortir, être libre. J’ai quitté l’Espagne car je ne parle pas d’autre langue que le français. Ça fait deux ans que je suis parti : Mali, Burkina, Niger, Algérie, Maroc, Espagne, France, j’ai failli mourir trois fois, je suis resté plusieurs jours sans manger. Ce que je veux, c’est sortir et étudier, c’est tout. J’ai un extrait d’acte de naissance mais je l’avais donné à mon éducateur et il m’a dit qu’il l’avait perdu, j’avais la photocopie mais je l’ai donnée à la police, là j’ai plus rien. Au test osseux, ils ont dit que j’étais majeur, c’est pas vrai. Je préfère aller en prison les cinq ans qui viennent plutôt que de rentrer chez moi, au moins en prison je serai en sécurité, je vais manger deux trois fois par jour, alors que là-bas je n’aurai même pas cette occasion. » Ousmane a été expulsé.

Note :

*Prénoms d’emprunt. Quelques détails ont été légèrement modifiés par rapport à la version initiale produite par le collectif « excradition générale » pour renforcer l’anonymat des enfermés.

Pour lire plus de témoignages, lisez cet article du Poing.

Vite dit

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 
juge
 
 5/12/2020 - Pratique illégale de la médecine par la juge

Quand un médecin, spécialiste de surcroît, justifie  après une consultation en urgence que l’état de santé d'une jeune femme enceinte de sept mois qu’il  a examinée est incompatible avec une rétention, comment le juge des libertés et de la détention et le représentant de la préfecture peuvent- ils argumenter le contraire et ainsi maintenir la privation de liberté ? Simple , le serment d’Hypocrite qui permet, sur la foi de ce que l’on pense, de s’absoudre de toutes considérations médicales. La justice avance !

Après, que penser du serment d’Hippocrate du médecin du CRA et de l'OFII si prompt à exécuter les basses œuvres des préfectures ?

Désespoir 28/11/2020 - Naître dans un Centre de rétention est ce possible ?

On sait d'ores et déjà qu'il est possible de passer beaucoup de temps dans un Centre de Rétention (jusqu'à 3 mois), d'être relâché puis d'y revenir plusieurs fois.
On sait qu'on peut y mourir (CRA de Rennes, de Vincennes, de Cornebarrieu...)
On sait aussi qu'on peut séparer une maman allaitante de son bébé de 20 jours pendant 4 jours avant de la libérer (CRA de Cornebarrieu).A notre connaissance, nous n'avons pas encore connu une naissance mais cela sera peut-être le cas prochainement au CRA de Cornebarrieu.
En effet, une jeune femme enceinte de 6 mois y est actuellement enfermée depuis presque 2 mois, par la volonté du préfet des Alpes Maritimes.
Comment une femme peut-elle mener une grossesse sereine dans cet univers angoissant ?
Manger, dormir, se laver, se reposer, tout est difficile voire impossible.
Alors avoir un suivi de grossesse adéquat, c'est un luxe impossible. On ne s'en occupeque quand il y a urgence, une hémorragie et des contractions anormales à ce stade de la grossesse.

« Comme je perdais du sang, on m'a emmenée à l'hôpital et depuis mon retour au CRA une infirmière de la PMI m'a téléphoné ».
L’État français fait de belles déclarations au sujet des violences faites aux femmes mais les traite avec mépris et inhumanité dès qu'il s'agit de femmes sans-papiers.
Relayé par les porte-paroles des préfectures et par les juges des libertés et de la détention, le discours est toujours : « le service médical du CRA est compétent ! ».

Alors, une naissance ou une fausse-couche prochainement au CRA de Cornebarrieu ?
Et quels papiers aura le bébé ?

Désespoir

 18/10/2020 - Bienvenue en France, pays du mépris et de l'indignité

Il habite en Haute-Loire, il s'est fait interpeller pour non-port du masque et se retrouve enfermé au centre de rétention de Cornebarrieu. Libéré par le juge 48h après son arrivée, les policiers en charge de la surveillance du centre ouvrent les grilles du centre de rétention, appliquant ainsi la décision judiciaire. Passé les grilles, ce n'est plus leur problème ! Comme beaucoup d'autres personnes enfermées là, cet homme n'a pas d'argent pour repartir chez lui, la batterie de son téléphone est proche de 0% et il ne connaît personne dans la région.

Mais cet homme là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres retenus du centre. C'est ce qui a amené un policier de la Police de l'Air et des Frontières (PAF), ce samedi là et dès l'annonce de la décision du juge au palais de justice, à s'approcher d'un membre du Cercle des Voisins auquel on avait interdit d'assister à l'audience, pour l'informer de cette libération et lui demander de l'aide.

Car ce retenu là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres prisonniers du centre. Ce qu'il a de plus c'est une paire de béquilles, ce qu'il a de moins c'est une jambe ! Pour le reste, il est semblable à tous ceux et celles qui passent dans ce camp.

Nous prenons acte de ce geste d'humanité de la part du policier qui a pris conscience de la fragilité de la personne libérée  mais nous continuons de dénoncer la talentueuse application de l'administration française à maltraiter ceux et celles qui demandent à être régularisés. Nos dirigeants sont à même de déployer des moyens exorbitants pour enfermer des personnes que, lorsqu'elles sont libérées par décision de justice, ils mettent à la rue comme des chiens. Avec une durée d'enfermement de plus en plus longue (jusqu'à 3 mois), quasiment systématique et sans discernement des pathologies physiques et mentales des personnes, l’État français démontre un comportement irresponsable et xénophobe.

Les expulsions sont souvent violentes mais les libérations par décisions de justice ou préfectorales  peuvent aussi l'être quand sont libérées des personnes vulnérables. D'autant que ces centres d'enfermement continuent de fonctionner en cette période de fermeture des frontières et de pandémie, devenant ainsi de nouveaux foyers épidémiques. D'autres policiers sont-ils prêts à aborder cette question avec nous ?

 

 

 

Désespoir
 21/6/2020 - Qui a jeté Tatiana à la rue ? ou Chronique du mépris ordinaire

Tatiana, jeune russe, aux activités malheureusement habituelles sur la Canebière, s'est faite arrêter par la police cannoise. Dans sa « tenue de plage », elle est transférée à la Police aux Frontières à Nice pour un longue garde à vue. L'Obligation de Quitter le Territoire Français tombe et la rétention est demandée par le Préfet des Alpes-Maritimes. Tatiana, toujours dans sa tenue très légère, est transférée en voiture à 580 km de la Promenade des Anglais.
Dans cette tenue de plage, la très jeune femme passera 48 heures au centre de rétention de Cornebarrieu en Haute-Garonne sans que des policiers ou des agents de l’OFII chargé d'accompagner les retenus ne lui trouvent de quoi se vêtir. Elle est présentée samedi 20 juin devant un juge en visio-conférence qui ordonne sa libération. A 18h30, le jour même , Tatiana , toujours dans la même tenue , est jetée à la rue devant le CRA de Cornebarrieu, sans argent, sans téléphone.
Merci les Pousses-aux-Crimes !
Tatiana erre pendant 24 h autour de l'aéroport de Blagnac avant que deux bénévoles du Cercle des Voisins la prennent en charge et la mettent à l'abri.

 

 

Désespoir

17/4/2020 - COVID-19 : CRA zone de non droit - agissons pour leur fermeture

Comme certains autres centres de rétention, le CRA de Toulouse-Cornebarrieu n'est toujours pas vide et ne le sera sans doute jamais car il semble servir de déversoir pour les préfets qui continuent de délivrer des Ordres de Quitter le Territoire Français, ordre absurde s'il en est vu la fermeture actuelle des frontières.
Les centres de rétention sont des zones où il est difficile de savoir réellement ce qui s'y passe. C'est ce qui avait déjà été dénoncé en 2012 pendant la campagne inter-associative 'Ouvrez les portes, on a le droit de savoir' avec Migreurop, Alternatives européennes et Reporters sans frontières auquel le Cercle des Voisins avait participé http://www.migreurop.org/article2106.html
Ces espaces fermés et surveillés par la police sont d'autant plus effrayants pendant cette période de confinement que toute visite devient maintenant impossible.
Les associations d'aide juridique se sont retirées( la Cimade pour le CRA de Cornebarrieu), l'agent de l'Office Francais de l'Immigration et de l'Intégration (OFII ) ne montre son nez que quelques heures par semaine mais son aide se résume à permettre 2 appels téléphoniques aux retenus qui le demandent. Pas de retrait d'argent impossible car selon eux les bureaux de poste sont fermés. Or sans argent, comment acheter des cigarettes, des cartes de téléphone...

Samedi 11 avril, le centre comptait 3 retenus et ce jeudi 16 avril, 5 hommes et une femme y sont maintenant enfermés. Les portes ne semblent s'ouvrir que dans un seul sens !
Le centre de Cornebarrieu compte 3 secteurs hommes, un secteur femme et un secteur famille. Dans chaque secteur, il y a un téléphone public où il est normalement possible de joindre les retenus depuis l'extérieur.
Les 5 hommes sont tous rassemblés au secteur D mais c'est le seul dans lequel il est impossible de les joindre car le téléphone est hors service.
Les retenus ont demandé à changer de secteur mais cela leur a été refusé.

L'un deux est au centre depuis 45 jours (en provenance de Lyon), un autre depuis 21 jours, deux autres sont arrivées plus récemment (le 13/04 après un contrôle à Perpignan et un autre ce jeudi 16 avril).
Une jeune femme arrivée dans le centre il y a 3 jours se retrouve complètement isolée dans son secteur. Elle a 19 ans. Elle ne mange pas.
Et bien sûr, pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, un peit savon
Vous qui êtes français et pendant ce confinement, vous avez du expérimenter une ou plusieurs fois des contrôles policiers visant à vérifier votre attestation de déplacement. Vous avez peut-être tester l'arbitraire de certains contrôles comme ce qui est décrit dans cet article
https://www.bastamag.net/attestation-controle-deplacement-PV-amendes-violences-policieres-confinement-covid
Imaginez ce que peut-être l'arbitraire policier quand vous le subissez 24h/24 dans un centre fermé ! La parole du prisonnier.e ou du "retenu.e" (euphémisme utilisé par l'administration) a -t-elle la même valeur que celle de l’homme ou de la femme en uniforme ?
https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/l-inegalite-des-vies-en-temps-d-epidemie_1782169

Les audiences devant le juge des libertés où nous nous avions l'habitude de nous poster en tant qu'observateur nous sont maintenant inaccessibles. Elles fonctionnent par visio-conférence. Aucune présence citoyenne donc.
Joint sur son propre téléphone, un homme nous dit que les policiers les menacent s'ils évoquent les conditions de leur rétention pendant l'audience.Lui-même a été malade, fiévreux, avait du mal a respirer et a appelé les services d'urgence avec son propre téléphone. C'est un homme en veste rouge de la société ONET qui est venu et a estimé qu'il simulait. Il a ensuite subi la répression policière. Il a été frappé et mis à l'isolement.

Mais les policiers semblent aussi se donner du bon temps avec grillades et bières au menu dans la cour du CRA. Peut-être que les journalistes pourraient aller y faire un tour au moment des repas pour vérifier la fumée.
Mas d'autres distractions policières sont encore moins amusantes et pourraient faire l'objet d'une enquête, comme dire à un retenu de rassembler ses affaires car il est libérable et le traiter de mongole quand il se présente avec son sac, avec ordre de regagner sa cellule.

 

Désespoir

15/4/2020 - Coronavirus et manifestation au CRA du Mesnil-Amelot : le choix de la répression

Ce mardi 14 avril, Christophe Castaner était l'invité du grand entretien sur France Inter. A une question sur la régularisation des sans-papiers, comme l'a fait le Portugal, le ministre de l'intérieur répond: "Si l'on regarde bien ce qu’a fait le Portugal, on s’aperçoit que nous avons le même dispositif, et que nous l’avons même fait avant le Portugal. Là-bas, il s’agit d’une régularisation temporaire de personnes arrivées avant le 18 mars. Nous, nous avons mis ça en place de façon systématique et pour tout le monde : nous n’avons pas besoin de prendre des mesures temporaires parce que les soins urgents sont assurés pour tous. S’agissant des situations administratives, nous avons prolongé de 90 jours tous les titres. Pour faire simple : nous avons fait comme le Portugal, mais avant le Portugal."

Aucune réaction des journalistes Léa Salamé et Nicolas Demorand !

Désespoir

Monsieur Castaner et ses interlocuteurs ne peuvent pourtant pas ignorer ce qu'a déclaré Adeline Hazan, le contrôleure des lieux de privation de liberté le 11 avril sur cette même radio.

"Aucun plan n’avait été envisagé pour faire face aux conséquences d’une épidémie en prison"
Ce même 11 avril, Monsieur Castaner ne pouvait pas ignorer que les prisonniers du CRA du Mesnil-Amelot en grève de la faim pour réclamer leur liberté ont été durement réprimés ce même 11 avril. C'est lui qui a donné l'ordre aux CRS de mater la rébellion.
C'est encore lui qui a autorisé le transfert de ces hommes dans d'autres centres de rétention (Lille, Rouen).

Alors, cessez de mentir Monsieur Castaner : La France n'a pas régularisé les sans-papiers comme l'a fait le Portugal.
Cessez de participer à la propagande gouvernementale, messieurs les journalistes!

 

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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