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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Source : Le Monde Diplomatique - Mathilde Harel - 11/2018

En France, désormais, l’importance des réseaux de prostitution nigérians dépasse celle des filières chinoises ou est-européennes. Présentes dans toute l’Europe, ces jeunes filles y sont le plus souvent attirées par des compatriotes plus âgées qui leur font miroiter une vie meilleure. Et qui, au moment du départ, s’assurent de leur docilité en confectionnant un petit objet doté de pouvoirs magiques : le « juju ».

En France, la prostitution nigériane est un phénomène massif, qui n’a cessé de se développer ces trente dernières années. Originaires de l’État d’Edo, et en particulier de la ville de Benin City ou des villages des alentours, de nombreuses jeunes filles, parfois mineures, succombent aux sirènes de l’Europe. Le plus souvent, ce sont des femmes nigérianes comme elles, des « tantes », des « amies de la famille » établies sur la terre promise, qui leur font miroiter une scolarisation, un travail bien payé, parfois même un mariage. Dans la région, on les appelle pudiquement les sponsors. Elles se révéleront être d’anciennes prostituées devenues maquerelles et chargées de l’exploitation de leurs cadettes sur le continent.

Au début des années 2000, on estimait déjà à plus de quarante mille le nombre de femmes nigérianes arrivées en Europe. Depuis, ce chiffre n’a cessé de croître, selon l’Organisation internationale pour les migrations. En Italie, 80 % des prostituées seraient désormais originaires du Nigeria, tandis qu’en France l’importance de cette filière dépasse celle des réseaux venus de Chine ou d’Europe de l’Est.

Dans leur grande majorité, les jeunes filles sont issues de milieux très précaires ; elles ont la charge de leur famille ou sont des mères célibataires mises au ban de leur communauté. D’autres rêvent simplement d’un avenir meilleur à l’étranger, espoir contrarié par l’absence quasi totale de politique migratoire au Nigeria. Mme Vanessa Simoni, cheffe du projet « Traite des êtres humains » à l’association Les Amis du Bus des femmes, qui travaille au contact des personnes prostituées, voit ainsi dans les sponsors de la prostitution les « détenteurs d’un certain monopole local de l’émigration, ce qui place de fait les femmes en désir d’émigration, a fortiori celles qui partent en Europe pour s’y prostituer, dans une forte situation de dépendance  (1)  ».

Peur du mauvais sort

Acheminées par mer ou par terre, souvent contraintes de se prostituer au cours de leur voyage, les filles devront travailler en Europe jusqu’à rembourser leur dette, dont le montant peut atteindre 70 000 euros : 50 000 euros en moyenne pour leur transport — qu’elles ont en réalité en grande partie financé et qui n’a en général coûté que quelques milliers d’euros —, auxquels s’ajoutent d’importants frais supplémentaires, pour elles et pour les responsables de leur transfert, à l’arrivée en France : nourriture, vêtements, frais d’hébergement, et d’autres encore liés à des procédures d’avortement en cas de grossesse. Les maquerelles pourront également les aider à obtenir des papiers grâce à un récit stéréotypé écrit par leurs soins — où toute mention de l’activité prostitutionnelle a bien évidemment disparu —, moyennant, là encore, le paiement de plusieurs centaines d’euros.

L’exploitation repose ici sur des mécanismes d’une surprenante subtilité. Un rite pratiqué devant témoins en constitue l’amorce, le vecteur et le garant. Tout commence la veille du départ pour l’Europe, lors d’une cérémonie réunissant la jeune fille, sa famille, des proches, la mama (ou madam) qui se chargera d’elle à son arrivée et un représentant des croyances traditionnelles : le médecin traditionnel (traditional doctor) ou le grand prêtre (chief priest) d’un temple, souvent associé au culte d’Ayelala, l’ancêtre mythique divinisé dont l’autorité coutumière pèse de tout son poids dans le déroulé de la cérémonie. En effet, comme le rappelle Bénédicte Lavaud-Legendre, chargée de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), « les rituels pratiqués au temple Ayelala sont dotés d’une légitimité réelle au sein de la société de Benin City. Ils ont une dimension para-juridictionnelle et para-institutionnelle non négligeable (2)  ».

Suivant un protocole scrupuleusement codifié, un juju est confectionné au cours de la cérémonie. Il s’agit d’un petit objet constitué de cheveux, de poils, de rognures d’ongles et parfois même de sang menstruel prélevés sur la jeune fille. Autrefois utilisé comme « assurance-vie » ou comme porte-bonheur, il symbolise aujourd’hui l’engagement pris auprès de la mama et donne une existence tangible au contrat qui la lie à sa « fille ».

Par la suite, cette dernière est déshabillée et lavée, puis entourée d’un drap blanc. Des scarifications, courantes dans la médecine traditionnelle du pays, peuvent également être pratiquées. Elles symbolisent l’entrée dans son corps de l’esprit qui l’accompagnera dans son périple — et qui, au besoin, la rappellera à son devoir. Enfin, le contrat est scellé par la récitation des engagements auxquels elle se soumet : travailler, ne pas parler de cet accord à un tiers, obéir, payer. Les conséquences d’une rupture du contrat vont bien au-delà des simples représailles : le juju se chargera de rendre justice à la mama lésée, attirant folie, infortune, maladie, stérilité, mort sur la jeune fille ou sur ses proches.

La frontière entre consentement et coercition est ici poreuse : certaines filles se soumettent volontairement au rite du juju, comme autrefois ceux qui partaient pour un long voyage ; d’autres le refusent ; d’autres, enfin, s’acquitteront de leur dette sans croire tout à fait aux effets réels de la malédiction. Le rite, qu’on y croie ou non, tire son pouvoir performatif de l’écho puissant qu’il trouve dans un ensemble de normes largement intériorisées, où prévalent la déférence envers les aînées, le respect de la parole donnée ou encore la culture du sacrifice. En effet, il n’est pas rare au Nigeria qu’un apprenti, dans quelque activité que ce soit, consente non seulement à travailler pour rien, mais également à dédommager celui ou celle qui lui aura généreusement permis de trouver du travail. Les réseaux de prostitution réinvestissent ainsi une pratique fortement ancrée.

Plus généralement, c’est tout un rapport à l’individualité et au groupe qui affleure dans ces pratiques mêlant contractualisation et spiritualité vaudoue : « Le groupe domine l’individu, lui dicte son devoir, explique ainsi Inès de la Torre dans son analyse du vaudou en Afrique de l’Ouest. Mais, en contrepartie, il le protège et lui enlève presque toute responsabilité. Être membre d’un groupe apporte à l’être humain la sécurité physique et la paix de l’esprit (3).  » Une paix de l’esprit bien précaire pour les jeunes filles contraintes à la prostitution, ramenées à la réalité de leur condition dès les premiers temps de leur séjour en Europe.

Sur place, en effet, la dépendance économique, la confiscation du passeport, l’emploi de la violence ou le maintien de relations inégalitaires vis-à-vis de la mama joueront à plein dans le processus d’exploitation. Pour beaucoup de jeunes filles, cependant, le souvenir du rite a traversé la Méditerranée avec elles et pèse de tout son poids sur leur nouvelle vie.

Toutes n’ignorent pas le sort qui les attend sur le continent. Mais, pour ces jeunes filles issues d’une culture où le mot « prostitution » lui-même est encore tabou, la réalité de l’exploitation se dévoile souvent trop tard. Hébergement précaire, cadences de travail intenables, confiscation systématique de l’argent récolté, surveillance de tous les instants organisée par l’entourage masculin de la mama : tout est fait pour qu’elles consacrent la quasi-totalité de leur temps à leur activité prostitutionnelle — en engageant le moins de frais possible pour leur sponsor. Le rapport presque vassalique qui les lie, reposant sur un savant dosage de protection et de contrainte, contribue à entretenir une dépendance économique et sociale, que le rite du juju consacre et justifie sur le plan spirituel.

L’angoisse liée aux représailles qu’une rupture du serment pourrait déchaîner ne peut être réduite à une peur irrationnelle ou inconséquente. Au contraire, elle se conjugue souvent à un fort sentiment dépressif né de mauvaises conditions de travail, et se renforce à mesure que la souffrance psychologique et physique s’accroît. Ainsi, les jeunes femmes peuvent être amenées à interpréter maladies, douleurs somatiques, insomnies, anxiété comme autant de manifestations du juju, interprétation qui justifie a posteriori leurs craintes, et les attise.

Des associations d’aide aux personnes prostituées ont ainsi pu constater que cette croyance continuait de produire ses effets même lorsque la jeune fille était prise en charge, et qu’elle pouvait conduire, dans certains cas, à un retour volontaire au sein du réseau, dans l’espoir d’échapper aux foudres de la malédiction et du parjure. Nombreuses sont les jeunes femmes à se voir non pas comme des victimes, mais bien comme des traîtresses, coupables de n’avoir pas su respecter la parole donnée. Tout l’enjeu est alors de les amener à renoncer d’elles-mêmes à leur activité prostitutionnelle, sans pour autant nier l’existence du contrat. « Je ne peux pas leur conseiller de cesser de payer, explique ainsi Mme Patricia Kouakou, médiatrice culturelle nigériane à l’association Accompagnement, lieux d’accueil, carrefour éducatif et social (ALC), qui accueille et protège les victimes de la traite. Je suis trop consciente du fait qu’il y a des menaces sur les familles, des incendies, des meurtres. (...) Je pense à une jeune femme qui a fait des études à l’université et qui est coincée dans la prostitution à cause du juju. Je lui suggère de renégocier : au lieu de 1 000 euros tous les dix jours, 200 euros tous les mois. Elle était venue sur la promesse de gérer une entreprise. Pour l’aider à sortir de l’emprise, je lui explique qu’on lui a menti et que le rituel est donc caduc. Souvent, ça marche (4).  » Déconstruire le rite, lui retirer son pouvoir coercitif consiste dès lors à lui faire perdre la sacralité dont il s’était paré et, à terme, à le ramener dans le giron des affaires terrestres.

Premiers procès

Depuis trois ans, la question a enfin commencé à trouver sa place dans les tribunaux. Plusieurs affaires impliquant des réseaux de proxénétisme nigérians ont été portées devant la justice, à Toulouse, Bordeaux ou encore Montpellier. L’infraction de traite des êtres humains est de plus en plus souvent retenue, rappelant que le lien d’une mama à sa « fille », qu’il ait été ou non sanctionné par un rite ancestral, est toujours celui d’une domination fondée sur le commerce et l’exploitation des personnes. On désigne par traite des êtres humains « le recrutement, le transport, le transfert, l’hébergement ou l’accueil de personnes, par la menace de recours ou le recours à la force ou d’autres formes de contrainte, par enlèvement, fraude, tromperie, abus d’autorité ou d’une situation de vulnérabilité, ou par l’offre ou l’acceptation de paiements ou d’avantages pour obtenir le consentement d’une personne ayant autorité sur une autre aux fins d’exploitation. L’exploitation comprend, au minimum, l’exploitation de la prostitution d’autrui ou d’autres formes d’exploitation sexuelle, le travail ou les services forcés, l’esclavage ou les pratiques analogues à l’esclavage, la servitude ou le prélèvement d’organes (5)  ». C’est notamment grâce au premier plan d’action national contre la traite des êtres humains (2014-2016) que les pouvoirs publics entendent désormais réprimer les réseaux de prostitution nigérians.

En mai 2018 s’est ouvert à Paris le procès dit des « Authentic Sisters », à la suite du démantèlement d’un réseau de prostitution nigérian d’une ampleur inédite : quinze personnes, dont onze femmes, ont été condamnées pour proxénétisme aggravé et traite des êtres humains. Elles ont écopé de peines allant de deux à onze ans de prison, ainsi que de lourdes amendes. La médiatisation de telles affaires devrait permettre une meilleure connaissance de ce phénomène en France comme au Nigeria, où les premières campagnes de sensibilisation visent désormais à alerter les candidates potentielles sur la réalité qui se cache derrière le juju.

Concours étudiants 2018

L’association Les Amis du Monde diplomatique (AMD), qui regroupe les lecteurs du mensuel (6), a organisé cette année son sixième concours destiné aux étudiants, doté d’un prix de 1 000 euros. Le jury, présidé par Denise Decornoy (directrice de collection littéraire) et composé de Mireille Azzoug (maîtresse de conférences hors classe, ancienne directrice de l’Institut d’études européennes de l’université Paris-VIII), Philippe Leymarie (ancien journaliste à Radio France Internationale, animateur du blog Défense en ligne, sur le site du mensuel) et Mathieu O’Neil (chercheur, collaborateur du Monde diplomatique), a étudié plusieurs dizaines de reportages et enquêtes. Les six meilleurs articles ont été soumis à la rédaction du Monde diplomatique. La lauréate voit son texte publié ici. La date limite de remise des propositions d’article pour la prochaine édition est le 15 juin 2019.

Mathilde Harel

Agrégée d’histoire, École normale supérieure Paris-Saclay.

(1) Vanessa Simoni, « “I swear an oath”. Serments d’allégeances, coercitions et stratégies migratoires chez les femmes nigérianes de Benin City », dans Bénédicte Lavaud-Legendre (sous la dir. de), Prostitution nigériane. Entre rêves de migration et réalités de la traite, Karthala, coll. « Hommes et sociétés », Paris, 2013.

(2) Bénédicte Lavaud-Legendre, « Autonomie et protection des personnes vulnérables : le cas des femmes nigérianes se prostituant en France » (PDF), Centre de droit comparé du travail et de la sécurité sociale, Bordeaux, 2012.

(3) Inès de la Torre, Le Vodu en Afrique de l’Ouest. Rites et traditions, L’Harmattan, coll. « Connaissance des hommes », Paris, 1991.

(4) Patricia Kouakou, « Au Nigeria, les filles portent le poids des familles », entretien accordé à Prostitution et Société, no 191, Paris, janvier-mars 2017.

(6) Le site des AMD.

 

Vite dit

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 
juge
 
 5/12/2020 - Pratique illégale de la médecine par la juge

Quand un médecin, spécialiste de surcroît, justifie  après une consultation en urgence que l’état de santé d'une jeune femme enceinte de sept mois qu’il  a examinée est incompatible avec une rétention, comment le juge des libertés et de la détention et le représentant de la préfecture peuvent- ils argumenter le contraire et ainsi maintenir la privation de liberté ? Simple , le serment d’Hypocrite qui permet, sur la foi de ce que l’on pense, de s’absoudre de toutes considérations médicales. La justice avance !

Après, que penser du serment d’Hippocrate du médecin du CRA et de l'OFII si prompt à exécuter les basses œuvres des préfectures ?

Désespoir 28/11/2020 - Naître dans un Centre de rétention est ce possible ?

On sait d'ores et déjà qu'il est possible de passer beaucoup de temps dans un Centre de Rétention (jusqu'à 3 mois), d'être relâché puis d'y revenir plusieurs fois.
On sait qu'on peut y mourir (CRA de Rennes, de Vincennes, de Cornebarrieu...)
On sait aussi qu'on peut séparer une maman allaitante de son bébé de 20 jours pendant 4 jours avant de la libérer (CRA de Cornebarrieu).A notre connaissance, nous n'avons pas encore connu une naissance mais cela sera peut-être le cas prochainement au CRA de Cornebarrieu.
En effet, une jeune femme enceinte de 6 mois y est actuellement enfermée depuis presque 2 mois, par la volonté du préfet des Alpes Maritimes.
Comment une femme peut-elle mener une grossesse sereine dans cet univers angoissant ?
Manger, dormir, se laver, se reposer, tout est difficile voire impossible.
Alors avoir un suivi de grossesse adéquat, c'est un luxe impossible. On ne s'en occupeque quand il y a urgence, une hémorragie et des contractions anormales à ce stade de la grossesse.

« Comme je perdais du sang, on m'a emmenée à l'hôpital et depuis mon retour au CRA une infirmière de la PMI m'a téléphoné ».
L’État français fait de belles déclarations au sujet des violences faites aux femmes mais les traite avec mépris et inhumanité dès qu'il s'agit de femmes sans-papiers.
Relayé par les porte-paroles des préfectures et par les juges des libertés et de la détention, le discours est toujours : « le service médical du CRA est compétent ! ».

Alors, une naissance ou une fausse-couche prochainement au CRA de Cornebarrieu ?
Et quels papiers aura le bébé ?

Désespoir

 18/10/2020 - Bienvenue en France, pays du mépris et de l'indignité

Il habite en Haute-Loire, il s'est fait interpeller pour non-port du masque et se retrouve enfermé au centre de rétention de Cornebarrieu. Libéré par le juge 48h après son arrivée, les policiers en charge de la surveillance du centre ouvrent les grilles du centre de rétention, appliquant ainsi la décision judiciaire. Passé les grilles, ce n'est plus leur problème ! Comme beaucoup d'autres personnes enfermées là, cet homme n'a pas d'argent pour repartir chez lui, la batterie de son téléphone est proche de 0% et il ne connaît personne dans la région.

Mais cet homme là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres retenus du centre. C'est ce qui a amené un policier de la Police de l'Air et des Frontières (PAF), ce samedi là et dès l'annonce de la décision du juge au palais de justice, à s'approcher d'un membre du Cercle des Voisins auquel on avait interdit d'assister à l'audience, pour l'informer de cette libération et lui demander de l'aide.

Car ce retenu là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres prisonniers du centre. Ce qu'il a de plus c'est une paire de béquilles, ce qu'il a de moins c'est une jambe ! Pour le reste, il est semblable à tous ceux et celles qui passent dans ce camp.

Nous prenons acte de ce geste d'humanité de la part du policier qui a pris conscience de la fragilité de la personne libérée  mais nous continuons de dénoncer la talentueuse application de l'administration française à maltraiter ceux et celles qui demandent à être régularisés. Nos dirigeants sont à même de déployer des moyens exorbitants pour enfermer des personnes que, lorsqu'elles sont libérées par décision de justice, ils mettent à la rue comme des chiens. Avec une durée d'enfermement de plus en plus longue (jusqu'à 3 mois), quasiment systématique et sans discernement des pathologies physiques et mentales des personnes, l’État français démontre un comportement irresponsable et xénophobe.

Les expulsions sont souvent violentes mais les libérations par décisions de justice ou préfectorales  peuvent aussi l'être quand sont libérées des personnes vulnérables. D'autant que ces centres d'enfermement continuent de fonctionner en cette période de fermeture des frontières et de pandémie, devenant ainsi de nouveaux foyers épidémiques. D'autres policiers sont-ils prêts à aborder cette question avec nous ?

 

 

 

Désespoir
 21/6/2020 - Qui a jeté Tatiana à la rue ? ou Chronique du mépris ordinaire

Tatiana, jeune russe, aux activités malheureusement habituelles sur la Canebière, s'est faite arrêter par la police cannoise. Dans sa « tenue de plage », elle est transférée à la Police aux Frontières à Nice pour un longue garde à vue. L'Obligation de Quitter le Territoire Français tombe et la rétention est demandée par le Préfet des Alpes-Maritimes. Tatiana, toujours dans sa tenue très légère, est transférée en voiture à 580 km de la Promenade des Anglais.
Dans cette tenue de plage, la très jeune femme passera 48 heures au centre de rétention de Cornebarrieu en Haute-Garonne sans que des policiers ou des agents de l’OFII chargé d'accompagner les retenus ne lui trouvent de quoi se vêtir. Elle est présentée samedi 20 juin devant un juge en visio-conférence qui ordonne sa libération. A 18h30, le jour même , Tatiana , toujours dans la même tenue , est jetée à la rue devant le CRA de Cornebarrieu, sans argent, sans téléphone.
Merci les Pousses-aux-Crimes !
Tatiana erre pendant 24 h autour de l'aéroport de Blagnac avant que deux bénévoles du Cercle des Voisins la prennent en charge et la mettent à l'abri.

 

 

Désespoir

17/4/2020 - COVID-19 : CRA zone de non droit - agissons pour leur fermeture

Comme certains autres centres de rétention, le CRA de Toulouse-Cornebarrieu n'est toujours pas vide et ne le sera sans doute jamais car il semble servir de déversoir pour les préfets qui continuent de délivrer des Ordres de Quitter le Territoire Français, ordre absurde s'il en est vu la fermeture actuelle des frontières.
Les centres de rétention sont des zones où il est difficile de savoir réellement ce qui s'y passe. C'est ce qui avait déjà été dénoncé en 2012 pendant la campagne inter-associative 'Ouvrez les portes, on a le droit de savoir' avec Migreurop, Alternatives européennes et Reporters sans frontières auquel le Cercle des Voisins avait participé http://www.migreurop.org/article2106.html
Ces espaces fermés et surveillés par la police sont d'autant plus effrayants pendant cette période de confinement que toute visite devient maintenant impossible.
Les associations d'aide juridique se sont retirées( la Cimade pour le CRA de Cornebarrieu), l'agent de l'Office Francais de l'Immigration et de l'Intégration (OFII ) ne montre son nez que quelques heures par semaine mais son aide se résume à permettre 2 appels téléphoniques aux retenus qui le demandent. Pas de retrait d'argent impossible car selon eux les bureaux de poste sont fermés. Or sans argent, comment acheter des cigarettes, des cartes de téléphone...

Samedi 11 avril, le centre comptait 3 retenus et ce jeudi 16 avril, 5 hommes et une femme y sont maintenant enfermés. Les portes ne semblent s'ouvrir que dans un seul sens !
Le centre de Cornebarrieu compte 3 secteurs hommes, un secteur femme et un secteur famille. Dans chaque secteur, il y a un téléphone public où il est normalement possible de joindre les retenus depuis l'extérieur.
Les 5 hommes sont tous rassemblés au secteur D mais c'est le seul dans lequel il est impossible de les joindre car le téléphone est hors service.
Les retenus ont demandé à changer de secteur mais cela leur a été refusé.

L'un deux est au centre depuis 45 jours (en provenance de Lyon), un autre depuis 21 jours, deux autres sont arrivées plus récemment (le 13/04 après un contrôle à Perpignan et un autre ce jeudi 16 avril).
Une jeune femme arrivée dans le centre il y a 3 jours se retrouve complètement isolée dans son secteur. Elle a 19 ans. Elle ne mange pas.
Et bien sûr, pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, un peit savon
Vous qui êtes français et pendant ce confinement, vous avez du expérimenter une ou plusieurs fois des contrôles policiers visant à vérifier votre attestation de déplacement. Vous avez peut-être tester l'arbitraire de certains contrôles comme ce qui est décrit dans cet article
https://www.bastamag.net/attestation-controle-deplacement-PV-amendes-violences-policieres-confinement-covid
Imaginez ce que peut-être l'arbitraire policier quand vous le subissez 24h/24 dans un centre fermé ! La parole du prisonnier.e ou du "retenu.e" (euphémisme utilisé par l'administration) a -t-elle la même valeur que celle de l’homme ou de la femme en uniforme ?
https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/l-inegalite-des-vies-en-temps-d-epidemie_1782169

Les audiences devant le juge des libertés où nous nous avions l'habitude de nous poster en tant qu'observateur nous sont maintenant inaccessibles. Elles fonctionnent par visio-conférence. Aucune présence citoyenne donc.
Joint sur son propre téléphone, un homme nous dit que les policiers les menacent s'ils évoquent les conditions de leur rétention pendant l'audience.Lui-même a été malade, fiévreux, avait du mal a respirer et a appelé les services d'urgence avec son propre téléphone. C'est un homme en veste rouge de la société ONET qui est venu et a estimé qu'il simulait. Il a ensuite subi la répression policière. Il a été frappé et mis à l'isolement.

Mais les policiers semblent aussi se donner du bon temps avec grillades et bières au menu dans la cour du CRA. Peut-être que les journalistes pourraient aller y faire un tour au moment des repas pour vérifier la fumée.
Mas d'autres distractions policières sont encore moins amusantes et pourraient faire l'objet d'une enquête, comme dire à un retenu de rassembler ses affaires car il est libérable et le traiter de mongole quand il se présente avec son sac, avec ordre de regagner sa cellule.

 

Désespoir

15/4/2020 - Coronavirus et manifestation au CRA du Mesnil-Amelot : le choix de la répression

Ce mardi 14 avril, Christophe Castaner était l'invité du grand entretien sur France Inter. A une question sur la régularisation des sans-papiers, comme l'a fait le Portugal, le ministre de l'intérieur répond: "Si l'on regarde bien ce qu’a fait le Portugal, on s’aperçoit que nous avons le même dispositif, et que nous l’avons même fait avant le Portugal. Là-bas, il s’agit d’une régularisation temporaire de personnes arrivées avant le 18 mars. Nous, nous avons mis ça en place de façon systématique et pour tout le monde : nous n’avons pas besoin de prendre des mesures temporaires parce que les soins urgents sont assurés pour tous. S’agissant des situations administratives, nous avons prolongé de 90 jours tous les titres. Pour faire simple : nous avons fait comme le Portugal, mais avant le Portugal."

Aucune réaction des journalistes Léa Salamé et Nicolas Demorand !

Désespoir

Monsieur Castaner et ses interlocuteurs ne peuvent pourtant pas ignorer ce qu'a déclaré Adeline Hazan, le contrôleure des lieux de privation de liberté le 11 avril sur cette même radio.

"Aucun plan n’avait été envisagé pour faire face aux conséquences d’une épidémie en prison"
Ce même 11 avril, Monsieur Castaner ne pouvait pas ignorer que les prisonniers du CRA du Mesnil-Amelot en grève de la faim pour réclamer leur liberté ont été durement réprimés ce même 11 avril. C'est lui qui a donné l'ordre aux CRS de mater la rébellion.
C'est encore lui qui a autorisé le transfert de ces hommes dans d'autres centres de rétention (Lille, Rouen).

Alors, cessez de mentir Monsieur Castaner : La France n'a pas régularisé les sans-papiers comme l'a fait le Portugal.
Cessez de participer à la propagande gouvernementale, messieurs les journalistes!

 

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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