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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Source : CNRS Le Journal - Laure Cailloce - 10/12/2018

Le démographe François Héran, titulaire de la chaire Migrations et sociétés au Collège de France, bat en brèche nos idées reçues sur les migrations et explique à CNRS Le Journal pourquoi, avec plus de 800 autres chercheurs, il appelle à la création d’un Giec des migrations.

Vous êtes démographe, vous dirigez l'Institut Convergences Migrations1, et vous avez passé la majeure partie de votre carrière entre l’Institut national d’études démographiques (Ined) et l’Insee. Depuis quand travaillez-vous sur le sujet des migrations ?
François Héran : J’ai découvert le sujet des migrations en 1976. Après des études de philosophie, j’ai fait une thèse d’anthropologie sur les transformations de la grande propriété agraire en Andalousie depuis le XVIIIe siècle, ce qui m’a amené à m’intéresser aussi aux micropropriétaires qui vivaient en marge du système et qui, à cette époque, étaient nombreux à émigrer. J’ai étudié surtout les facteurs qui poussaient à l’émigration les habitants de huit villages de montagne, dans l’arrière-pays de la Costa del Sol. Ce que j’ai découvert m’a surpris : les plus pauvres, les analphabètes, les chargés de famille, migraient peu ou seulement au sein de la région ; c’étaient les plus instruits, les plus jeunes…, qui migraient au loin, vers la France ou l’Allemagne.

À l’époque, peu de travaux existaient sur la migration, et les grands sociologues français comme Pierre Bourdieu, Raymond Boudon ou Alain Touraine ne l’abordaient guère, si ce n’est parfois à travers le prisme de la pauvreté. On ne parlait d’ailleurs pas d’immigrés mais d’étrangers.
C’est seulement à partir de 1993, quand j’ai pris la tête de la division des Enquêtes et des études démographiques de l’Insee, que j’ai retrouvé le sujet des migrations, que je n’ai plus quitté depuis : mon équipe élaborait les grands indices démographiques de la France et notamment le solde migratoire. Notre travail n’était pas simple à l’époque. C’était juste après la chute du Mur de Berlin (novembre 1989, NDLR), et des rumeurs persistantes annonçaient l’arrivée massive de migrants depuis l’Est de l’Europe. Pourtant, on avait beau scruter les indicateurs, on ne voyait rien venir. Pour la première fois, j’ai touché du doigt le décalage qui pouvait exister entre les craintes sur les migrations et la réalité statistique.

 

F. H. : J’aimerais rappeler ici la définition de l’immigré retenue par l’Organisation des Nations unies (link is external) (ONU), l’Organisation de coopération et de développement économiques (link is external) (OCDE) ou encore la Banque mondiale, qui produisent ces recensements internationaux : les immigrés qu’un pays enregistre sur son sol à un moment donné sont « les personnes nées étrangères à l’étranger, qui ont passé la frontière dans l’intention de s’installer dans le pays hôte pour une durée d’au moins un an ». La seconde génération, née sur le sol du pays hôte, n’est pas elle-même immigrée selon cette définition. Les immigrés naturalisés, en revanche, restent des immigrés aux yeux des statisticiens.

Selon les derniers chiffres disponibles, on dénombre aujourd’hui près de 260 millions de migrants dans le monde. C’est 100 millions de plus qu’en 1990, mais il faut se souvenir que la population mondiale n’a cessé de croître sur cette période… En proportion, les immigrés représentaient 2,9 % de la population mondiale en 1990. Ils sont aujourd’hui 3,4 %, ce qui est peu. On peut majorer ce chiffre à 4 % pour tenir compte de la migration non déclarée. Cela veut dire que plus de 95 % de la population mondiale n’a pas bougé. On est donc loin du raz de marée décrit par certains.

De même, l’idée selon laquelle ce sont les pauvres des pays du Sud qui fuient vers les pays riches du Nord serait à nuancer fortement…
F. H. : La fameuse phrase de Michel Rocard prononcée en 1989 selon laquelle « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde » continue de sonner comme un slogan, mais elle ne décrit pas la réalité. Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas les populations des pays les plus pauvres, ceux où l’on gagne en moyenne moins de 1005 dollars par an et par personne, qui migrent le plus. Car pour migrer, il faut un minimum de moyens. Ce sont les pays aux revenus « moyens faibles » ou « moyens élevés », selon les catégories de la Banque mondiale, qui migrent le plus, soit entre eux, soit vers les pays aux revenus « élevés » affichant en moyenne 12 000 dollars de revenus annuels par personne. Au final, on a relativement peu de migration directe des pays les plus pauvres vers les pays les plus riches. La métaphore mécanique, qui voudrait que les flux de migrants s’écoulent des contrées pauvres vers les contrées riches, ou des espaces surpeuplés vers les espaces sous-peuplés, ne décrit aucunement la réalité.

F. H. : Le plus important, de loin, est celui qui va du Mexique aux États-Unis : 12 millions d’immigrés mexicains sont aujourd’hui présents sur le sol états-unien. Les États-Unis restent le pays le plus attractif au monde. Ils accueillent également des diasporas considérables de Chinois, Philippins, Indiens ou Portoricains.

Autres grands couloirs, celui qui relie le Bangladesh à l’Inde, soit 3,3 millions de personnes, ou encore celui qui va de la Turquie vers l’Allemagne et concerne 2,7 millions de personnes. En Asie, celui qui relie l’Inde aux Émirats arabes unis représente 2,2 millions de personnes et celui qui va de l’Afghanistan vers l’Iran 1,7 million de personnes. L’Afrique n’a qu’un seul grand couloir migratoire : c’est celui qui mène du Burkina Faso à la Côte d’Ivoire, avec 1,3 million de personnes. Et, contrairement aux autres continents, l’Afrique subsaharienne migre assez peu en dehors du continent africain : 75 % de la migration subsaharienne reste cantonnée à la zone Afrique, tandis que 16 % de cette migration seulement est recensée en Europe.

Quelle est la situation migratoire en France ?
F. H. : La France est une terre d’immigration depuis la deuxième moitié du XIXe siècle, ce qui fait de nous une exception au sein de l’Europe. Au XIXesiècle, en effet, les autres pays européens étaient tous des terres d’émigration, vers le Nouveau Monde notamment. Les Belges ou les Italiens au XIXe siècle, suivis des Polonais à partir des années 1930, des Espagnols, puis des Marocains et des Algériens dès les années 1950 sont venus travailler dans nos fermes, nos usines, nos mines… Depuis la crise pétrolière et l’interdiction en 1974 de la migration de travail dans notre pays (sauf dérogation), nous ne recevons plus désormais qu’une migration alimentée par les droits de l’homme. Elle est liée aux différentes conventions internationales que nous avons signées, comme la Convention européenne des droits de l’homme, qui établit qu’un immigré a le droit d’avoir sa famille auprès de lui, ou la Convention de Genève sur le droit d’asile. En France, moins de 10 % des titres de séjour sont délivrés chaque année pour le motif du travail (soit 20 000 titres en moyenne). Le reste se répartit entre les étudiants (90 000 par an), le regroupement familial et le mariage d’un Français avec un non-national (90 000 par an), et enfin les personnes accueillies pour des raisons humanitaires (moins de 20 000 par an avant la crise ouverte en 2015). À noter que ces chiffres sont restés stables depuis le début des années 2000, contrairement à l’Allemagne, par exemple, où chaque crise migratoire – les guerres de l’ex-Yougoslavie, le conflit du Kosovo, le conflit syrien… -, provoque une affluence spectaculaire de migrants que les Allemands s’efforcent d’accueillir. 

Depuis plusieurs années, certains représentants politiques français réclament la mise en œuvre, comme cela se fait au Canada, d’une politique de quotas et d’une immigration « choisie ». Est-ce réalisable dans notre pays ?
F. H. : Contrairement à la France, le Canada accueille une importante migration de travail : 28 % des titres de séjour sont attribués au titre du travail, auxquels s’ajoutent 34 % de titres attribués d’emblée aux conjoints et aux enfants – soit 62 % de tous les titres de séjour accordés. Si le Canada sélectionne en effet les personnes qu’il accueille au titre du travail, c’est sur une liste de critères (niveau de langue, niveau d’études, type d’emploi recherché…) qui ne tient pas compte du pays d’origine. Les Canadiens ne parlent d’ailleurs pas de « quotas » mais d’« objectifs » à atteindre, fixés à des niveaux très élevés : 300 000 entrées par an, en moyenne. Rien à voir avec l’idée de quotas agitée par certains parlementaires français, qui y voient tout au contraire un plafond à fixer au plus bas. C’est un paradoxe : les Canadiens sélectionnent fortement la migration de travail, mais pour en accueillir cinq à six fois plus que nous, compte tenu des différences de population.

Revenons sur l’accueil des réfugiés, qui divise l’Europe depuis 2015 et le début de la « crise migratoire ». Quel en est le bilan en Europe, et en France en particulier ?
F. H. : Si l’on cumule les trois années 2015-2016-2017, l’Union européenne a accordé le statut de réfugiés à un million de demandeurs d’asile. Les deux pays qui ont accordé le plus de statuts de réfugiés relativement à la taille de leur population sont la Suède (4 580 protections accordées pour 1 million d’habitants), et l’Allemagne (3 740 protections pour 1 million d’habitants), la moyenne européenne s’établissant à 1 030 statuts de réfugiés accordés pour 1 million d’habitants. La France, pour sa part, s’est contentée d’accorder 510 protections pour 1 million d’habitants, ce qui nous place au 17e rang européen. Peut-être avons-nous été moins sollicités que d’autres pays, me direz-vous… Pour le savoir, il faut regarder le taux d’acceptation des demandes d’asile en Europe sur ces trois années. Il s’établit à 53 % en moyenne pour l’ensemble de l’Europe, le maximum étant atteint par les Pays-Bas (68 %) et le minimum par la Pologne (13 %). La France n’a accepté pour sa part que 25 % des demandes d’asile déposées, ce qui nous place au 27e rang européen. Certes, les Syriens représentaient seulement 4 % des demandeurs d’asile en France, contre 33 % en Allemagne, mais cette différence ne suffit pas à expliquer une position aussi basse dans le classement.

F. H. : Le niveau de connaissance de la société est très faible sur les questions migratoires. Peu de nos concitoyens et de nos politiques savent par exemple que la France, proportionnellement à sa population, accueille finalement très peu de demandeurs d’asile. Les taux d’acceptation sont pourtant tirés des données d’Eurostat, établies grâce aux chiffres communiqués officiellement par chaque pays ! Les chercheurs doivent unir leurs efforts pour établir les faits, en croisant leurs points de vue, qu’ils soient géographes, sociologues, historiens, économistes, spécialistes en santé publique… C’est l’objectif de l’Institut Convergences Migrations (link is external) que je dirige depuis sa création, fin 2017, et qui fédère 280 chercheurs issus de 120 laboratoires différents. Nous échangeons d’ailleurs régulièrement avec les journalistes qui sont des maillons essentiels de cette diffusion de la connaissance. Nous venons également d’ouvrir un nouvel espace sur notre site, baptisé De facto, sur lequel nous publions désormais chaque mois des données destinées au grand public.

La toute première série de données, publiée en novembre 2018 sur De Facto, est consacrée au thème très sensible du retour dans le pays d’origine. On y apprend que plus on ferme les frontières, plus le taux de retour des migrants diminue…

F. H. : C’est ce qui se passe depuis que l’on a arrêté la migration de travail, en 1974. Les migrants qui faisaient des allers-retours avec leur pays d’origine ont eu peur de ne plus pouvoir revenir en France et ont commencé à faire venir leur famille. Le regroupement familial s’est consolidé et a fixé ces immigrés sur notre sol. L’idée de « l’appel d’air » créé par une politique de visas trop généreuse se révèle donc fausse : la fermeture des frontières accroît le nombre des immigrés au lieu de le réduire. Cela a été confirmé il y a peu par la grande enquête européenne « Migrations entre l’Afrique et l’Europe (link is external) », menée à la fois dans les pays de départ et dans les pays d’arrivée. Les chercheurs y montrent clairement que le taux de retour en Afrique des Africains a diminué depuis que l’on a réduit le nombre des visas.
 

Vous souhaitez, avec d’autres, la création d’un Giec des migrations. Une première réunion de travail est d’ailleurs organisée ce lundi 10 décembre à Paris. De quoi s’agit-il plus précisément ?
F. H. : Ce sont trois chercheuses, Virginie Guiraudon2, Hélène Thiollet3 et Camille Schmoll4, qui sont à l’origine de cet appel relayé par l’Institut Convergences Migrations et signé par 800 spécialistes du domaine. L’idée est de constituer un groupe d’experts européen et on l’espère, à terme, mondial, sur la question des migrations et de l’asile. Vu la complexité des questions migratoires et la diversité des situations d’un pays à l’autre, nous pensons qu’il est nécessaire de créer un réseau de référence fort au niveau européen, pour répondre à des questions simples. Par exemple, quel est le bilan de l’accueil des demandeurs d’asile en Europe ? Quel est le bilan de l’intégration des immigrés et comment mesurer celle-ci efficacement ? Que peut-on faire pour combler nos lacunes sur la mesure des migrations irrégulières ou sur leur ampleur. Nous voulons également étudier la possibilité de lancer des expérimentations, notamment sur l’effet d’une politique de visas circulants, facilitant les allers-retours entre pays d’accueil et pays d’origine. Le défi est immense, car la politique migratoire relève encore de la souveraineté des États. ♦
 

Notes
  • 1. L’Institut Convergences Migrations, créé fin 2017, fédère 280 chercheurs issus de 120 laboratoires. http://icmigrations.fr/ (link is external)
  • 2. Centre d'études européennes et de politique comparée (CNRS/Sciences-Po Paris).
  • 3. Centre de recherches internationales (CNRS/Sciences-Po Paris).
  • 4. Géographie-cités (CNRS/Univ. Paris-1 Panthéon Sorbonne/Univ. Paris Diderot).

 

Vite dit

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 
juge
 
 5/12/2020 - Pratique illégale de la médecine par la juge

Quand un médecin, spécialiste de surcroît, justifie  après une consultation en urgence que l’état de santé d'une jeune femme enceinte de sept mois qu’il  a examinée est incompatible avec une rétention, comment le juge des libertés et de la détention et le représentant de la préfecture peuvent- ils argumenter le contraire et ainsi maintenir la privation de liberté ? Simple , le serment d’Hypocrite qui permet, sur la foi de ce que l’on pense, de s’absoudre de toutes considérations médicales. La justice avance !

Après, que penser du serment d’Hippocrate du médecin du CRA et de l'OFII si prompt à exécuter les basses œuvres des préfectures ?

Désespoir 28/11/2020 - Naître dans un Centre de rétention est ce possible ?

On sait d'ores et déjà qu'il est possible de passer beaucoup de temps dans un Centre de Rétention (jusqu'à 3 mois), d'être relâché puis d'y revenir plusieurs fois.
On sait qu'on peut y mourir (CRA de Rennes, de Vincennes, de Cornebarrieu...)
On sait aussi qu'on peut séparer une maman allaitante de son bébé de 20 jours pendant 4 jours avant de la libérer (CRA de Cornebarrieu).A notre connaissance, nous n'avons pas encore connu une naissance mais cela sera peut-être le cas prochainement au CRA de Cornebarrieu.
En effet, une jeune femme enceinte de 6 mois y est actuellement enfermée depuis presque 2 mois, par la volonté du préfet des Alpes Maritimes.
Comment une femme peut-elle mener une grossesse sereine dans cet univers angoissant ?
Manger, dormir, se laver, se reposer, tout est difficile voire impossible.
Alors avoir un suivi de grossesse adéquat, c'est un luxe impossible. On ne s'en occupeque quand il y a urgence, une hémorragie et des contractions anormales à ce stade de la grossesse.

« Comme je perdais du sang, on m'a emmenée à l'hôpital et depuis mon retour au CRA une infirmière de la PMI m'a téléphoné ».
L’État français fait de belles déclarations au sujet des violences faites aux femmes mais les traite avec mépris et inhumanité dès qu'il s'agit de femmes sans-papiers.
Relayé par les porte-paroles des préfectures et par les juges des libertés et de la détention, le discours est toujours : « le service médical du CRA est compétent ! ».

Alors, une naissance ou une fausse-couche prochainement au CRA de Cornebarrieu ?
Et quels papiers aura le bébé ?

Désespoir

 18/10/2020 - Bienvenue en France, pays du mépris et de l'indignité

Il habite en Haute-Loire, il s'est fait interpeller pour non-port du masque et se retrouve enfermé au centre de rétention de Cornebarrieu. Libéré par le juge 48h après son arrivée, les policiers en charge de la surveillance du centre ouvrent les grilles du centre de rétention, appliquant ainsi la décision judiciaire. Passé les grilles, ce n'est plus leur problème ! Comme beaucoup d'autres personnes enfermées là, cet homme n'a pas d'argent pour repartir chez lui, la batterie de son téléphone est proche de 0% et il ne connaît personne dans la région.

Mais cet homme là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres retenus du centre. C'est ce qui a amené un policier de la Police de l'Air et des Frontières (PAF), ce samedi là et dès l'annonce de la décision du juge au palais de justice, à s'approcher d'un membre du Cercle des Voisins auquel on avait interdit d'assister à l'audience, pour l'informer de cette libération et lui demander de l'aide.

Car ce retenu là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres prisonniers du centre. Ce qu'il a de plus c'est une paire de béquilles, ce qu'il a de moins c'est une jambe ! Pour le reste, il est semblable à tous ceux et celles qui passent dans ce camp.

Nous prenons acte de ce geste d'humanité de la part du policier qui a pris conscience de la fragilité de la personne libérée  mais nous continuons de dénoncer la talentueuse application de l'administration française à maltraiter ceux et celles qui demandent à être régularisés. Nos dirigeants sont à même de déployer des moyens exorbitants pour enfermer des personnes que, lorsqu'elles sont libérées par décision de justice, ils mettent à la rue comme des chiens. Avec une durée d'enfermement de plus en plus longue (jusqu'à 3 mois), quasiment systématique et sans discernement des pathologies physiques et mentales des personnes, l’État français démontre un comportement irresponsable et xénophobe.

Les expulsions sont souvent violentes mais les libérations par décisions de justice ou préfectorales  peuvent aussi l'être quand sont libérées des personnes vulnérables. D'autant que ces centres d'enfermement continuent de fonctionner en cette période de fermeture des frontières et de pandémie, devenant ainsi de nouveaux foyers épidémiques. D'autres policiers sont-ils prêts à aborder cette question avec nous ?

 

 

 

Désespoir
 21/6/2020 - Qui a jeté Tatiana à la rue ? ou Chronique du mépris ordinaire

Tatiana, jeune russe, aux activités malheureusement habituelles sur la Canebière, s'est faite arrêter par la police cannoise. Dans sa « tenue de plage », elle est transférée à la Police aux Frontières à Nice pour un longue garde à vue. L'Obligation de Quitter le Territoire Français tombe et la rétention est demandée par le Préfet des Alpes-Maritimes. Tatiana, toujours dans sa tenue très légère, est transférée en voiture à 580 km de la Promenade des Anglais.
Dans cette tenue de plage, la très jeune femme passera 48 heures au centre de rétention de Cornebarrieu en Haute-Garonne sans que des policiers ou des agents de l’OFII chargé d'accompagner les retenus ne lui trouvent de quoi se vêtir. Elle est présentée samedi 20 juin devant un juge en visio-conférence qui ordonne sa libération. A 18h30, le jour même , Tatiana , toujours dans la même tenue , est jetée à la rue devant le CRA de Cornebarrieu, sans argent, sans téléphone.
Merci les Pousses-aux-Crimes !
Tatiana erre pendant 24 h autour de l'aéroport de Blagnac avant que deux bénévoles du Cercle des Voisins la prennent en charge et la mettent à l'abri.

 

 

Désespoir

17/4/2020 - COVID-19 : CRA zone de non droit - agissons pour leur fermeture

Comme certains autres centres de rétention, le CRA de Toulouse-Cornebarrieu n'est toujours pas vide et ne le sera sans doute jamais car il semble servir de déversoir pour les préfets qui continuent de délivrer des Ordres de Quitter le Territoire Français, ordre absurde s'il en est vu la fermeture actuelle des frontières.
Les centres de rétention sont des zones où il est difficile de savoir réellement ce qui s'y passe. C'est ce qui avait déjà été dénoncé en 2012 pendant la campagne inter-associative 'Ouvrez les portes, on a le droit de savoir' avec Migreurop, Alternatives européennes et Reporters sans frontières auquel le Cercle des Voisins avait participé http://www.migreurop.org/article2106.html
Ces espaces fermés et surveillés par la police sont d'autant plus effrayants pendant cette période de confinement que toute visite devient maintenant impossible.
Les associations d'aide juridique se sont retirées( la Cimade pour le CRA de Cornebarrieu), l'agent de l'Office Francais de l'Immigration et de l'Intégration (OFII ) ne montre son nez que quelques heures par semaine mais son aide se résume à permettre 2 appels téléphoniques aux retenus qui le demandent. Pas de retrait d'argent impossible car selon eux les bureaux de poste sont fermés. Or sans argent, comment acheter des cigarettes, des cartes de téléphone...

Samedi 11 avril, le centre comptait 3 retenus et ce jeudi 16 avril, 5 hommes et une femme y sont maintenant enfermés. Les portes ne semblent s'ouvrir que dans un seul sens !
Le centre de Cornebarrieu compte 3 secteurs hommes, un secteur femme et un secteur famille. Dans chaque secteur, il y a un téléphone public où il est normalement possible de joindre les retenus depuis l'extérieur.
Les 5 hommes sont tous rassemblés au secteur D mais c'est le seul dans lequel il est impossible de les joindre car le téléphone est hors service.
Les retenus ont demandé à changer de secteur mais cela leur a été refusé.

L'un deux est au centre depuis 45 jours (en provenance de Lyon), un autre depuis 21 jours, deux autres sont arrivées plus récemment (le 13/04 après un contrôle à Perpignan et un autre ce jeudi 16 avril).
Une jeune femme arrivée dans le centre il y a 3 jours se retrouve complètement isolée dans son secteur. Elle a 19 ans. Elle ne mange pas.
Et bien sûr, pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, un peit savon
Vous qui êtes français et pendant ce confinement, vous avez du expérimenter une ou plusieurs fois des contrôles policiers visant à vérifier votre attestation de déplacement. Vous avez peut-être tester l'arbitraire de certains contrôles comme ce qui est décrit dans cet article
https://www.bastamag.net/attestation-controle-deplacement-PV-amendes-violences-policieres-confinement-covid
Imaginez ce que peut-être l'arbitraire policier quand vous le subissez 24h/24 dans un centre fermé ! La parole du prisonnier.e ou du "retenu.e" (euphémisme utilisé par l'administration) a -t-elle la même valeur que celle de l’homme ou de la femme en uniforme ?
https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/l-inegalite-des-vies-en-temps-d-epidemie_1782169

Les audiences devant le juge des libertés où nous nous avions l'habitude de nous poster en tant qu'observateur nous sont maintenant inaccessibles. Elles fonctionnent par visio-conférence. Aucune présence citoyenne donc.
Joint sur son propre téléphone, un homme nous dit que les policiers les menacent s'ils évoquent les conditions de leur rétention pendant l'audience.Lui-même a été malade, fiévreux, avait du mal a respirer et a appelé les services d'urgence avec son propre téléphone. C'est un homme en veste rouge de la société ONET qui est venu et a estimé qu'il simulait. Il a ensuite subi la répression policière. Il a été frappé et mis à l'isolement.

Mais les policiers semblent aussi se donner du bon temps avec grillades et bières au menu dans la cour du CRA. Peut-être que les journalistes pourraient aller y faire un tour au moment des repas pour vérifier la fumée.
Mas d'autres distractions policières sont encore moins amusantes et pourraient faire l'objet d'une enquête, comme dire à un retenu de rassembler ses affaires car il est libérable et le traiter de mongole quand il se présente avec son sac, avec ordre de regagner sa cellule.

 

Désespoir

15/4/2020 - Coronavirus et manifestation au CRA du Mesnil-Amelot : le choix de la répression

Ce mardi 14 avril, Christophe Castaner était l'invité du grand entretien sur France Inter. A une question sur la régularisation des sans-papiers, comme l'a fait le Portugal, le ministre de l'intérieur répond: "Si l'on regarde bien ce qu’a fait le Portugal, on s’aperçoit que nous avons le même dispositif, et que nous l’avons même fait avant le Portugal. Là-bas, il s’agit d’une régularisation temporaire de personnes arrivées avant le 18 mars. Nous, nous avons mis ça en place de façon systématique et pour tout le monde : nous n’avons pas besoin de prendre des mesures temporaires parce que les soins urgents sont assurés pour tous. S’agissant des situations administratives, nous avons prolongé de 90 jours tous les titres. Pour faire simple : nous avons fait comme le Portugal, mais avant le Portugal."

Aucune réaction des journalistes Léa Salamé et Nicolas Demorand !

Désespoir

Monsieur Castaner et ses interlocuteurs ne peuvent pourtant pas ignorer ce qu'a déclaré Adeline Hazan, le contrôleure des lieux de privation de liberté le 11 avril sur cette même radio.

"Aucun plan n’avait été envisagé pour faire face aux conséquences d’une épidémie en prison"
Ce même 11 avril, Monsieur Castaner ne pouvait pas ignorer que les prisonniers du CRA du Mesnil-Amelot en grève de la faim pour réclamer leur liberté ont été durement réprimés ce même 11 avril. C'est lui qui a donné l'ordre aux CRS de mater la rébellion.
C'est encore lui qui a autorisé le transfert de ces hommes dans d'autres centres de rétention (Lille, Rouen).

Alors, cessez de mentir Monsieur Castaner : La France n'a pas régularisé les sans-papiers comme l'a fait le Portugal.
Cessez de participer à la propagande gouvernementale, messieurs les journalistes!

 

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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