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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Source : Mediapart - Mačko Dràgàn - 4/4/2019

C’était une grande première : le tribunal de Nice, le 14 mars 2018, avait relaxé Loïc, poursuivi pour être venu en aide à un demandeur d’asile à la frontière franco-italienne. Hélas, le parquet avait fait appel, et nous venons d’apprendre que la cour d'Aix, ce 1er avril, vient de le condamner à 3000 euros d'amende avec sursis. Ce n'était hélas pas un mérou d'avril. Retour sur cette affaire.

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1er chapitre. 14 mars 2018 : la relaxe.

« -Alors?

-Relaxe ! Relaxe ! »

Huit heures et demie du soir. Les copains sortent du palais de Justice de Nice, sur le parvis duquel je fumais une clope en attendant la délibération. La journée a été longue, nous sommes là depuis 13 heures. Mais ça en valait la peine : radieux, Zia Oloumi, l’avocat de notre ami Loïc (et de bien d'autres), annonce la relaxe. Nous nous serrons tous dans les bras. Un peu ébahis. Personne n’y croyait, il faut bien le dire. Et nous savons bien que cette décision est une petite bombe. De quoi enrayer, si peu que ce soit, la machine répressive à broyer les « citoyens solidaires », de la Roya comme d’ailleurs.

Mais revenons un peu en arrière. Palais de Justice de Nice. Mercredi 14 mars. 7ème chambre correctionnelle. Début d'après-midi. Temps radieux. Faites entrer l’accusé.

Quand je rentre dans la salle, un peu en retard, une audience est déjà en cours. Dans son box, encadré par deux policiers, un supposé caïd de la drogue de la banlieue niçoise des Moulins, formant au deal des dizaines de mineurs et répondant, s'il s'agit bien de lui,  au doux pseudonyme de « Bébé » tâche, avec difficulté, d’expliquer ce qu’il foutait en train de tenter de rentrer dans l’appartement-nourrice des trafiquants logés dans deux barres d’immeubles du quartier, après que les guetteurs, ayant aperçu les flics en civils postés autour d’eux, se soient écriés Ara ! Ara !, enclenchant la descente.  La procureur, imposante grosse dame à l'air revêche, les cheveux en carré, raide dans sa robe noire, ne l’épargne pas. Elle bafoue et s’embrouille, mais reste ferme dans son réquisitoire. L’avocate, jeune et visiblement inexpérimentée, ne va guère arranger son cas, malgré sa tentative d’attirer l’attention sur les problèmes des quartiers et sur la situation de ce jeune type de 27 ans, sans boulot ni avenir, vivant encore chez ses parents. Elle s’exprime mal, hélas pour lui. Si bien qu’il se prendra encore plus que requis : deux ans au lieu de 18 mois. Direction la zonzon. Le père, un petit bonhomme Sénégalais, une toque sur la tête, sympathique, assiste à la scène, seul, assis sur un banc du fond. Dieu seul sait ce qu’il peut penser.

Le prévenu suivant se trouve, par le plus grand des hasards – joies cruelles de la vaste tombola des salles d’audience -, être son frère, extrait de prison pour l’occasion. Un brouhaha s’ensuit. L’audience est suspendue, et nous sortons tous.

Loïc est là, avec son petit polo, tout propre. Il a mon âge, ce qui n'est pas vraiment vieux. Ici, à Nice, difficile de ne pas le croiser, tant il est infatigable dans ses activités associatives, toutes bénévoles. Ce n’est donc pas en tant que délinquant multirécidiviste qu'il a été convié ici. Il a un travail honnête. Il n’a ni volé, ni frappé qui que ce soit. Il ne vend pas de drogue. Il est simplement, il y a quelques mois de cela, venu en aide à un jeune demandeur d’asile Éthiopien, qui se trouvait dans une situation psychique et matérielle très délicate, voire critique, et qui avait par ailleurs du quitter son pays après avoir vu son frère se faire tuer devant lui, recevant lui-même une balle dans la jambe. Ils se sont fait interpeller lors d’un contrôle dans la Turbie. On peut imaginer la suite : arrestation, fouille, transfert dans le commissariat de Auvare et ses fameuses cellules aux murs couverts de merde – pour la petite histoire, le soir même, dans le même lieu, un certain C. H., de sinistre réputation, connait lui-même, pour des raisons « d’irrespect de contrôle judiciaire » dû à une malencontreuse livraison d’œufs et de tapenade hors de sa zone de confinement, les délices de cette hospitalité [1].  

Le processus répressif s’enclenche et, de report en report, il ne va se conclure que ce mercredi 14 mars, des mois après les faits, des mois d’attente, d’inquiétudes, assortie d'un contrôle judiciaire (une obligation hebdomadaire de pointer au commissariat, accompagnée d’une interdiction de quitter le département, ensuite assouplie en une interdiction de quitter le territoire). Pour le soutenir, outre une poignée d'amis, la plupart membres de Roya Citoyenne ou de Défends Ta Citoyenneté, il y a Martine (Landry)[2] et Teresa (Maffeis), poursuivies elles aussi, l’une en France, dans le même tribunal, l’autre en Italie (où elle est en procès pour avoir participé, l’été dernier, à une manifestation pro-migrants). Cédric Herrou, un habitué des lieux, où il doit bientôt comparaître à nouveau, a préféré attendre dehors, dans un café. Comme d’habitude dans ces cas-là, cependant, dans la vaste salle d’attente du tribunal, une ambiance joyeuse règne entre nous.

L’après-midi sera bien chargé. Un cas de harcèlement sexuel entre deux mineurs, avec une très longue, presque deux heures, audience en huis-clos – relaxe. La famille de la plaignante éclate en sanglots. Puis deux pauvres bonhommes, qui arrivent escortés par des policiers et des infirmiers, l’un sur au fauteuil roulant, l’autre en clopinant. L’un a une jambe cassée, l’autre les deux bras dans le plâtre. Sans-abris venus d’Italie, ils se sont fait attraper tandis qu’ils s’étaient introduits dans un appartement inoccupé, le propriétaire étant en vacances : surpris par un voisin, ils n’ont hélas pour eux rien trouvé de mieux que de sauter par la fenêtre, du deuxième étage. Ils sont bien esquintés. Ils ne parlent pas français, et une traductrice doit les aider. Malgré leur état, il s’est trouvé un médecin légiste pour les déclarer aptes à la garde à vue. Pendant deux jours, ils n’ont donc pas reçu les soins nécessaires. L’un des deux dit qu’au commissariat, il est tombé au sol et qu’il a dû attendre des heures avant qu’on l’aide à se relever. Il dit aussi qu’il n’a rien pu manger. Ils font de la peine. La proc’ demande à ce qu’ils soient maintenus en détention - c'est son travail : réclamer le pire et voir ce que ça donne. Leurs avocats soulignent que, vu leur état, les risques d’évasions sont minimes, et s’inquiètent du respect de leurs droits, leurs droits humains notamment, pendant la garde à vue. Ils seront finalement remis en liberté avant leur procès, en avril.    

Voyant tout ça, je repense à la séquence d’introduction du magnifique Marche de nuit sans lune, d’Abdel Hafed Benotman, trop tôt disparu, dans une chambre correctionnelle, avec son « avocat général qui réclame la peine exemplaire de 1224 francs qu’il ne tente même pas de convertir en euros », le président et ses « dents serrées », « momie en robe juchée sur son trône » et, face à eux, tassés, ses « hébergés d’États, tous signataires d’un bail dont aucun ne retrouvera sa caution, locataires d’une cellule pour laquelle le loyer est payable chaque seconde d’un morceau de vie ».

Puis c’est au tour de Loïc, qui rejoint la barre. « Madame le président », comme on dit ici étrangement, commence à lui poser des questions. Elle déballe tout. A commencer par ses déclarations lors de la garde à vue : effectivement, angoissé, il s'est ce soir-là, sans aucun doute, mal exprimé, et a de plus ratifié un P.V. dans lequel il ne reconnait pas ses propos. Tout y passe. Ses engagements. Son militantisme. Son portable a fait l’objet d’une perquisition, et la présidente (manifestement bienveillante, du reste) y a sélectionné quelques messages, qu’elle lit à haute voix, farfouillant dans son mince dossier. Dans le public, parmi nous, reconnaissant les divers destinataires, on pouffe. Il y a là des aimables paroles de soutien à Martine, lors de son procès ; d’autres sont des demandes d’aide pour tel ou tel étranger en difficulté ; de quoi, soit montrer à quel point Loïc est un brave garçon (ce qui sera, spoiler, la conclusion en fin de journée), soit (comme cela sera plutôt le cas à Aix en appel) prouver l’existence, pourtant non dissimulée par ceux qui y participent, d’un réseau d’entraide dans le département –de là à parler de "crime en bande organisée", il n’y a qu’un pas… Que certains, à Nice, du côté des pouvoirs publics, le sieur Ciotti en tête, seraient sans doute ravis de franchir.

Loïc se met alors à parler, un peu maladroitement, certes, il s’embrouille, perd ses mots. C’est que la situation est particulière : le dossier est vide, et la juge compte bien faire son travail, c’est-à-dire, s’en tenir aux pièces –qui sont inexistantes. Le jeune homme transporté a disparu en Italie. Il n’y a rien dans le dossier. Dans ces conditions, que peut dire Loïc ? Pourquoi même parler, d’ailleurs ? Alors, il tangue un peu, et nous avec lui. Comment encore avoir de l’espoir, après tant de poursuites, tant d’hypocrisies, tant d’humiliations imposées à ceux qui luttent comme ils peuvent contre la fatalité de la barbarie sécuritaire ?

Puis vient la première partie de la plaidoirie de Zia, celle concernant la requête en nullité qu’il souhaite obtenir, arguant du fait que, tout du long de cette affaire, les procédures (arrestation, procès-verbal –qui est falsifié-, confrontation -qui n'a pas eu lieu, le jeune homme ayant été raccompagné directement et illégalement à la frontière après avoir pourtant statué de sa situation de gardé à vue) n’ont pas été respectées, les chefs d’accusation ne se fondant en somme, comme bien souvent dans ces cas-là, que sur des suppositions –mais les suppositions ne sont pas des faits- et les propres déclarations de Loïc en garde à vue.

« N’avouez jamais ! », s’était exclamé l’assassin Avinain en montant sur l’échafaud, en 1867.

Zia détaille son argumentaire, puis c’est au tour de la proc’ de faire son réquisitoire. Elle rejette catégoriquement la nullité de la poursuite. Ce faisant, elle fait d’ailleurs une remarque que nous fûmes tous cruellement déçus de ne pas avoir enregistrée : « On a fait comme on fait systématiquement, on l’a renvoyé directement en Italie » -avant même, donc, la possibilité de procéder à une demande d’asile. Un aveu accablant. Passons : elle poursuit son réquisitoire. Reconnaissant de bonne grâce que notre ami Loïc est un garçon sympathique et qu’il a agi par bon cœur, elle insiste néanmoins sur le fait qu’aider un homme, quel qu’il soit, en situation irrégulière, c’est illégal, c’est un crime, et que cela doit être jugé et puni. Point. De façon très étonnante, cependant, elle requiert beaucoup moins que de coutume dans de tels cas : 40 jours-amende à 10 euros de TIG avec sursis. Comme elle s’emmêle un peu les pinceaux dans ses phrases, on pense avoir mal compris, mais c’est bien ça –non les trois, quatre mois de sursis souvent réclamés, et bien trop souvent, également, obtenus.  

Puis vient le gros morceau, la substantifique moelle du procès : la deuxième partie de la plaidoirie de Zia. Il commence avec une parabole imparable : la pub Free. Souvenez-vous, c’était il y a pas mal d’années, dans les débuts d’internet, quand il fallait un cédérom pour l’installer sur son ordinateur. Free laissait donc ces CDs en libre-service dans ses magasins, et avait fait une publicité humoristique, dans laquelle était mis en scène un homme qui, dans une boutique, cachait ce Cédérom sous sa veste et s’en allait, honteux, persuadé d’avoir commis un crime, tandis que s’affichait ce message : « Rassurez-vous, c’est gratuit » (ou quelque chose d’approchant, je dois avouer que je n’ai pas revu la pub). Après cette accroche surprenante, Zia embraye : mon client est dans le même cas que l’homme de la pub, dit-il. S’il a dit, en garde à vue, craindre courir un risque au niveau du droit, c’est qu’il avait pris peur, mais il ne faisait en réalité rien d’illégal. Car qu’est-ce qui est interdit ? Aider une personne en situation irrégulière à passer la frontière. D’accord. Mais… dans le cas qui nous occupe aujourd’hui, qu’est-ce qui nous prouve que cet Éthiopien était effectivement en situation irrégulière ? Rien du tout. N’oublions pas que c’est au parquet d’apporter des preuves de ses assertions, et non au prévenu. Or, dans cette affaire, de quoi dispose la justice pour étayer son assertion selon laquelle ce jeune homme était illégalement présent sur le territoire ? De rien du tout. On ne sait même pas s’il était inscrit sur le registre européen, puisque aucune recherche n’a été faite. Renvoyé de l’autre côté de la frontière par la police, sans qu’aucune audition n’ait été faite, il a ensuite purement et simplement disparu. Or, tant qu’un réfugié, un « migrant » (un terme assez problématique), n’a pas vu sa demande d’asile rejetée ou acceptée, il est ce qu’il est administrativement (et on ne parle même plus de loi) : un demandeur d’asile, et en tant que tel tout à fait autorisé à circuler dans le territoire où sa demande est en cours. Point barre.

Zia fait appel à une jurisprudence, le dossier C-534 11-CJE, si ma mémoire est bonne. Il termine sa plaidoirie, se permettant, comme à son habitude, quelques traits d’humour. Dans la salle, parmi nous, une rumeur monte, et l’espoir nous envahit.

Pour terminer, Loïc reprend la parole, pour quelques derniers mots. Il a repris confiance en lui. Il insiste, sobrement et sans chercher à dramatiser à outrance son propos, sur la situation très difficile du jeune demandeur d’asile auquel il est venu en aide, psychologiquement très troublé, après ses échecs répétés à entrer en France suite à des entraves aux droits à la frontière (et non pas car il était non-admissible), et qui songeait même au suicide. Il dit que, durant sa carrière militante, déjà longue malgré son jeune âge, il a eu à croiser des gens qui souhaitaient, quant à eux, mener des actions illégales pour des raisons idéologiques, mais que cela lui semblait déjà, à l’époque, une erreur, et qu'il n’avait, lui, jamais cherché à aller volontairement contre la loi. Qu’il voulait simplement rendre service. Que dans la voiture, oui, il savait qu’il risquait d’avoir des ennuis (car la PAF ne respecte plus le droit, rappelons-le), mais qu’il l’avait fait pour aider, rien que pour aider. Comme n’importe quel être humain qui a du cœur peut et doit, selon lui, aider un autre être humain qui se trouve dans la merde -il n’emploie pas ce mot, bien sûr. La juge paraît un peu émue, du moins, c’est ce qu’il a semblé à certains d’entre nous.

Nous sortons tous, le temps que passe une ultime affaire (un jeune type qui vient de passer sa journée, tout seul, assis dans la salle) et que les juges délibèrent. Nous sommes tous enthousiastes, même si nous sommes bien peu à croire en la relaxe qui demeure, malgré la plaidoirie parfaite de Zia, hautement improbable. Comme après un match de foot, on revient sur les belles actions, les moments forts, on compte les points, on commente les fautes. Zia, très en forme, enchaîne blague sur blague, détaillant avec fierté comment lui est venue l’idée de la pub Free. Loïc, entouré par sa famille, est souriant, et encaisse sans broncher nos moqueries bienveillantes.  

Puis, après encore une petite heure d’attente : « -Alors ?

-Relaxe ! Relaxe ! »

« la culpabilité ne peut être retenue sur la seule base de l’auto-incrimination, le délit poursuivi n’apparaît pas suffisamment caractérisé en l’absence d’enquête sur la situation administrative de l’étranger visé à la procédure », a conclu le tribunal.

Peu après, dans les alentours de 21 heures, nous allons tous fêter ça au Diane’s. Cédric, qui nous a rejoint, plaisante : « Merde alors ! Trois mois pour moi, et rien pour lui ? Zia, qu’est-ce que t'as foutu ? » Il faut avoir un peu d’humour, et ironiser sur ce qui nous arrive, quand le quotidien devient un peu trop violent pour beaucoup trop d’entre nous… Le rire, tendre ou un peu vache, reste une belle arme, et nous ne gênons pas pour l'utiliser. Cédric passera lui aussi quelques temps plus tard en procès – le préfet l’avait attaqué pour injure publique suite à une comparaison faite sur Facebook entre la déportation des Juifs et le traitement réservé aux réfugiés (voir mon papier sur cette affaire). Tandis que nous fumons une clope dans l’air frais de la petite ruelle du Vieux-Nice, il me dit que ses clients, ceux qui lui achètent des œufs, de la tapenade, se font emmerder par la police. Récemment, beaucoup ont été appelés, suspectés de financer ses criminelles entreprises en faveur des migrants sous couvert de lui prendre de la marchandise. Il en a marre. 

Reste que ce jour-là, cette justice trop imparfaite venait de faire un grand pas en avant. Pour tous les « citoyens solidaires » de la région, c’était la perspective d'une bouffée d’air. Une jurisprudence était créée, dans les Alpes-Maritimes de messieurs Ciotti et Bettati eux-mêmes, dans le domaine de l’aide aux demandeurs d’asile. Du point de vue du gouvernement, il n’y a aucune chance que la pression s’atténue, Macron et Collomb (NB : et ce n'est évidemment pas mieux avec Castaner) ayant jeté aux orties leurs derniers vestiges d’humanité il y a longtemps déjà, quelque part à Calais ou dans un charnier du désert libyen, mais, au moins, nous disions-nous alors, une partie de la justice française commençait à s’infléchir en faveur de la résistance face aux sordides guignols aux mains sales qui pilotent les manettes d’un État qui a définitivement sombré dans la plus totale indignité. Que les juges qui ont pris ce délibéré en soient remerciés.     

2ème chapitre. Lundi 27 mars : l'appel du parquet (quel étrange titre).

Et cela aurait pu s’arrêter là. J’aurais pu écrire, en ce lundi 27 mars, après une rude mais saine journée sur un chantier, au soleil, à tailler des oliviers : « Loïc m’a appris aujourd’hui que, manifestement, c’était bon : pas d’appel. C’est donc une victoire pleine et entière ».

Mais non. Évidemment. Aujourd’hui, lors de ma pause casse-croûte de midi, j’ai reçu ce message de Loïc : « le parquet a fait appel ». C’était prévisible, même si un espoir insensé, une dizaine de jours durant, a pu nous faire croire au contraire –et le parquet s’est d’ailleurs fait une joie d’attendre jusqu’à la dernière heure avant d’annoncer la nouvelle. Le dégoût et la colère que cette décision a fait surgir en moi, en nous tous, est sans limite. Les magistrats concernés (sachant que le parquet a pour mission, selon le ministère, de "veiller à l'application de la loi au nom du respect des intérêts fondamentaux de la société") avaient devant eux, disponible, à portée de main, une occasion historique de faire honneur à la justice citoyenne qu’ils sont sensés représenter, et ils n’ont pas su, pas pu, pas voulu, quelle importance pour nous, ou pour eux, la saisir. Ils ont préféré faire le choix du déshonneur de leur fonction, et de la République elle-même.

C’est une faute qui, j’espère, quand l’horreur de tout cela sera devenue évidente aux yeux de tous, quand le roi sera enfin totalement et définitivement nu, leur sera lourdement reprochée face à un tribunal qui, lui, pour le coup, ne pardonne jamais : celui de l’Histoire, des peuples et de la justice véritable, qui pèse le poids des actes une fois passé le temps de la barbarie, et reconnait, avec retard et parcimonie certes, mais aussi souvent avec précision, qui a été du bon côté de la barricade, et qui a bradé son honneur par carence éthique, pour de médiocres contreparties, ou tout simplement par bêtise.

3ème chapitre. 1er avril 2019 : la condamnation en appel. Communiqué de l'Anafé.

Loïc, 29 ans, membre de l’Anafé, vient d’être condamné par la cour d’appel d’Aix-en-Provence à 3 000 euros d’amende avec sursis pour « aide à l’entrée d’un étranger en France » alors même qu’il avait été relaxé par le tribunal correctionnel de Nice en première instance le 14 mars 2018.

« L’Anafé apporte son soutien à Loïc, qui a été condamné alors qu’il a répondu à un élan de solidarité et d’humanité et dont la motivation au quotidien est la défense des droits des personnes à la frontière franco-italienne. Censée sanctionner les personnes et les organisations qui font du passage illégal des frontières un business hautement lucratif, exploitant les personnes étrangères qui souhaitent entrer sur le territoire français, cette pénalisation a une nouvelle fois été déviée de sa cible  », déclare Laure Palun, co-directrice de l’Anafé.

« Cette condamnation montre à quel point il est temps de changer d’approche sur la question des frontières. L’État français a la responsabilité d’administrer sa frontière. Pour autant, cela ne justifie pas que le seul franchissement irrégulier ou l’aide à un tel franchissement, sans contrepartie, puisse être considéré comme un délit, passible d’une peine de prison. C’est pourtant ce que prévoit la loi française. Et les effets produits sur les personnes sont disproportionnés. Ces questions sont de nature administrative. Elles devraient le rester », ajoute Jean-François Dubost, responsable du Programme protection des populations civiles à Amnesty International France.

Nos associations demandent à ce que la loi française soit modifiée en ce sens.

*******

La lutte continue donc. Pour Loïc, comme pour tous les autres, rien n’est encore perdu –et, que ceux qui s'opposent à eux en soient sûrs, rien ne nous fera jamais renoncer, pas même la multiplication jusqu’à l’intenable (il y a peu de temps encore, une série de perquisitions au petits matin a été menée dans la vallée) de toutes les brimades de la prétendue « justice républicaine » et de ceux qui, souvent sans même prendre la peine de s’en cacher, n’y voyant qu’un instrument commode de leur idéologie inhumaine, la pilotent droit vers le mur.

Espérons que des juges aussi clairvoyants que ceux qui ont pris le premier délibéré auront le courage de faire front contre cette manipulation politicienne, au sens le plus trivial et le plus bas du terme, de notre justice à nous, citoyen respectueux des valeurs de la République et de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Sinon, ce sera à en pleureur -ou à en vomir, au choix. 

Et concluons en chanson, avec les Têtes Raides et Noir Désir (https://www.youtube.com/watch?v=y2zQWWmtjZg) :   

Les clans des rues, les clandestins
les cris des chiens hurlent à la ronde
j'suis pas inscrit sur la mappemonde
 y a pas de pays pour les vauriens,
les poètes et les baladins,
y a pas de pays,
si tu le veux,
prends le mien…

Que Paris est beau quand chantent les oiseaux
que Paris est laid, quand il se croit français...

Avec ses sans-papiere
qui vont bientôt repartir
vers leur pays -les chiens!
On a tout pris chez eux, y a plus rien...
De rétention en cale de fond,
j'en ai même oublié mon ombre :
je promène moi dans vos décombres.
On m'a donné un bout de rien,
j'en ai fait cent mille chemins,
j'en ai fait cent
j'en ai fait un.
Un chemin de l'identité
L'idi-tenté l'idé-titan
lie tant d'idées à la ronde.
Et dans ce flot d'univériens,
j'aurai plus de nom, j'aurai plus rien ;
dis-moi c'est quand que tu reviens ?

Que Paris est beau quand chantent les oiseaux
que Paris est laid, quand il se croit français...

Avec tous ces champs de tir,
et tous ces fous du tir :
ils visent pas que les lapins !
C'est plus du gros sel,
c'est des tomahawks
ou des missiles sol-air,
ou des skuds,
et moi, avec mon pistolet à bouchon,
je pars au front…

On part au front. Ou plutôt, on y reste. Nice sera belle aussi, quand chanteront les oiseaux, que le printemps sera bel et bien là, et qu’un jeune citoyen généreux et solidaire pourra enfin y fêter gaiement sa liberté recouvrée.

Salut & fraternité,

M.D.

Et, bien sûr : à suivre…

P.S. : l'illustration du début, issue de la magnifique série Santa Manza, est l’œuvre de Maurice Maubert, artiste niçois très talentueux et qui plus est fort sympathique, dont je vous encourage, à défaut d'avoir le plaisir de le rencontrer sur une terrasse du Vieux-Nice, à visiter le site internet : http://maurice-maubert.com/ A propos de cette œuvre, Maurice écrit : "Santa manza est le nom d'un bateau cargo imaginaire [...] C'est aussi le titre d'une exposition [...] réalisée en 2008-2009 à la galerie de la Marine à Nice sur le thème : "les voyageurs ne sont pas des touristes !" [...] Les passagers de la Santa Manza sont en quête d'un rêve qui annule les frontières et s'ancre dans la vie". Merci et bravo à lui.

[1] https://blogs.mediapart.fr/amies-roya-citoyenne/blog/220118/neuvieme-detention-en-un-et-demi-pour-cedric-herrou

[2]  https://www.amediapart.fr/journal/france/140218/aide-aux-migrants-martine-landry-rejoint-cedric-herrou-au-pays-de-l-absurde

Vite dit

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 
juge
 
 5/12/2020 - Pratique illégale de la médecine par la juge

Quand un médecin, spécialiste de surcroît, justifie  après une consultation en urgence que l’état de santé d'une jeune femme enceinte de sept mois qu’il  a examinée est incompatible avec une rétention, comment le juge des libertés et de la détention et le représentant de la préfecture peuvent- ils argumenter le contraire et ainsi maintenir la privation de liberté ? Simple , le serment d’Hypocrite qui permet, sur la foi de ce que l’on pense, de s’absoudre de toutes considérations médicales. La justice avance !

Après, que penser du serment d’Hippocrate du médecin du CRA et de l'OFII si prompt à exécuter les basses œuvres des préfectures ?

Désespoir 28/11/2020 - Naître dans un Centre de rétention est ce possible ?

On sait d'ores et déjà qu'il est possible de passer beaucoup de temps dans un Centre de Rétention (jusqu'à 3 mois), d'être relâché puis d'y revenir plusieurs fois.
On sait qu'on peut y mourir (CRA de Rennes, de Vincennes, de Cornebarrieu...)
On sait aussi qu'on peut séparer une maman allaitante de son bébé de 20 jours pendant 4 jours avant de la libérer (CRA de Cornebarrieu).A notre connaissance, nous n'avons pas encore connu une naissance mais cela sera peut-être le cas prochainement au CRA de Cornebarrieu.
En effet, une jeune femme enceinte de 6 mois y est actuellement enfermée depuis presque 2 mois, par la volonté du préfet des Alpes Maritimes.
Comment une femme peut-elle mener une grossesse sereine dans cet univers angoissant ?
Manger, dormir, se laver, se reposer, tout est difficile voire impossible.
Alors avoir un suivi de grossesse adéquat, c'est un luxe impossible. On ne s'en occupeque quand il y a urgence, une hémorragie et des contractions anormales à ce stade de la grossesse.

« Comme je perdais du sang, on m'a emmenée à l'hôpital et depuis mon retour au CRA une infirmière de la PMI m'a téléphoné ».
L’État français fait de belles déclarations au sujet des violences faites aux femmes mais les traite avec mépris et inhumanité dès qu'il s'agit de femmes sans-papiers.
Relayé par les porte-paroles des préfectures et par les juges des libertés et de la détention, le discours est toujours : « le service médical du CRA est compétent ! ».

Alors, une naissance ou une fausse-couche prochainement au CRA de Cornebarrieu ?
Et quels papiers aura le bébé ?

Désespoir

 18/10/2020 - Bienvenue en France, pays du mépris et de l'indignité

Il habite en Haute-Loire, il s'est fait interpeller pour non-port du masque et se retrouve enfermé au centre de rétention de Cornebarrieu. Libéré par le juge 48h après son arrivée, les policiers en charge de la surveillance du centre ouvrent les grilles du centre de rétention, appliquant ainsi la décision judiciaire. Passé les grilles, ce n'est plus leur problème ! Comme beaucoup d'autres personnes enfermées là, cet homme n'a pas d'argent pour repartir chez lui, la batterie de son téléphone est proche de 0% et il ne connaît personne dans la région.

Mais cet homme là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres retenus du centre. C'est ce qui a amené un policier de la Police de l'Air et des Frontières (PAF), ce samedi là et dès l'annonce de la décision du juge au palais de justice, à s'approcher d'un membre du Cercle des Voisins auquel on avait interdit d'assister à l'audience, pour l'informer de cette libération et lui demander de l'aide.

Car ce retenu là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres prisonniers du centre. Ce qu'il a de plus c'est une paire de béquilles, ce qu'il a de moins c'est une jambe ! Pour le reste, il est semblable à tous ceux et celles qui passent dans ce camp.

Nous prenons acte de ce geste d'humanité de la part du policier qui a pris conscience de la fragilité de la personne libérée  mais nous continuons de dénoncer la talentueuse application de l'administration française à maltraiter ceux et celles qui demandent à être régularisés. Nos dirigeants sont à même de déployer des moyens exorbitants pour enfermer des personnes que, lorsqu'elles sont libérées par décision de justice, ils mettent à la rue comme des chiens. Avec une durée d'enfermement de plus en plus longue (jusqu'à 3 mois), quasiment systématique et sans discernement des pathologies physiques et mentales des personnes, l’État français démontre un comportement irresponsable et xénophobe.

Les expulsions sont souvent violentes mais les libérations par décisions de justice ou préfectorales  peuvent aussi l'être quand sont libérées des personnes vulnérables. D'autant que ces centres d'enfermement continuent de fonctionner en cette période de fermeture des frontières et de pandémie, devenant ainsi de nouveaux foyers épidémiques. D'autres policiers sont-ils prêts à aborder cette question avec nous ?

 

 

 

Désespoir
 21/6/2020 - Qui a jeté Tatiana à la rue ? ou Chronique du mépris ordinaire

Tatiana, jeune russe, aux activités malheureusement habituelles sur la Canebière, s'est faite arrêter par la police cannoise. Dans sa « tenue de plage », elle est transférée à la Police aux Frontières à Nice pour un longue garde à vue. L'Obligation de Quitter le Territoire Français tombe et la rétention est demandée par le Préfet des Alpes-Maritimes. Tatiana, toujours dans sa tenue très légère, est transférée en voiture à 580 km de la Promenade des Anglais.
Dans cette tenue de plage, la très jeune femme passera 48 heures au centre de rétention de Cornebarrieu en Haute-Garonne sans que des policiers ou des agents de l’OFII chargé d'accompagner les retenus ne lui trouvent de quoi se vêtir. Elle est présentée samedi 20 juin devant un juge en visio-conférence qui ordonne sa libération. A 18h30, le jour même , Tatiana , toujours dans la même tenue , est jetée à la rue devant le CRA de Cornebarrieu, sans argent, sans téléphone.
Merci les Pousses-aux-Crimes !
Tatiana erre pendant 24 h autour de l'aéroport de Blagnac avant que deux bénévoles du Cercle des Voisins la prennent en charge et la mettent à l'abri.

 

 

Désespoir

17/4/2020 - COVID-19 : CRA zone de non droit - agissons pour leur fermeture

Comme certains autres centres de rétention, le CRA de Toulouse-Cornebarrieu n'est toujours pas vide et ne le sera sans doute jamais car il semble servir de déversoir pour les préfets qui continuent de délivrer des Ordres de Quitter le Territoire Français, ordre absurde s'il en est vu la fermeture actuelle des frontières.
Les centres de rétention sont des zones où il est difficile de savoir réellement ce qui s'y passe. C'est ce qui avait déjà été dénoncé en 2012 pendant la campagne inter-associative 'Ouvrez les portes, on a le droit de savoir' avec Migreurop, Alternatives européennes et Reporters sans frontières auquel le Cercle des Voisins avait participé http://www.migreurop.org/article2106.html
Ces espaces fermés et surveillés par la police sont d'autant plus effrayants pendant cette période de confinement que toute visite devient maintenant impossible.
Les associations d'aide juridique se sont retirées( la Cimade pour le CRA de Cornebarrieu), l'agent de l'Office Francais de l'Immigration et de l'Intégration (OFII ) ne montre son nez que quelques heures par semaine mais son aide se résume à permettre 2 appels téléphoniques aux retenus qui le demandent. Pas de retrait d'argent impossible car selon eux les bureaux de poste sont fermés. Or sans argent, comment acheter des cigarettes, des cartes de téléphone...

Samedi 11 avril, le centre comptait 3 retenus et ce jeudi 16 avril, 5 hommes et une femme y sont maintenant enfermés. Les portes ne semblent s'ouvrir que dans un seul sens !
Le centre de Cornebarrieu compte 3 secteurs hommes, un secteur femme et un secteur famille. Dans chaque secteur, il y a un téléphone public où il est normalement possible de joindre les retenus depuis l'extérieur.
Les 5 hommes sont tous rassemblés au secteur D mais c'est le seul dans lequel il est impossible de les joindre car le téléphone est hors service.
Les retenus ont demandé à changer de secteur mais cela leur a été refusé.

L'un deux est au centre depuis 45 jours (en provenance de Lyon), un autre depuis 21 jours, deux autres sont arrivées plus récemment (le 13/04 après un contrôle à Perpignan et un autre ce jeudi 16 avril).
Une jeune femme arrivée dans le centre il y a 3 jours se retrouve complètement isolée dans son secteur. Elle a 19 ans. Elle ne mange pas.
Et bien sûr, pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, un peit savon
Vous qui êtes français et pendant ce confinement, vous avez du expérimenter une ou plusieurs fois des contrôles policiers visant à vérifier votre attestation de déplacement. Vous avez peut-être tester l'arbitraire de certains contrôles comme ce qui est décrit dans cet article
https://www.bastamag.net/attestation-controle-deplacement-PV-amendes-violences-policieres-confinement-covid
Imaginez ce que peut-être l'arbitraire policier quand vous le subissez 24h/24 dans un centre fermé ! La parole du prisonnier.e ou du "retenu.e" (euphémisme utilisé par l'administration) a -t-elle la même valeur que celle de l’homme ou de la femme en uniforme ?
https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/l-inegalite-des-vies-en-temps-d-epidemie_1782169

Les audiences devant le juge des libertés où nous nous avions l'habitude de nous poster en tant qu'observateur nous sont maintenant inaccessibles. Elles fonctionnent par visio-conférence. Aucune présence citoyenne donc.
Joint sur son propre téléphone, un homme nous dit que les policiers les menacent s'ils évoquent les conditions de leur rétention pendant l'audience.Lui-même a été malade, fiévreux, avait du mal a respirer et a appelé les services d'urgence avec son propre téléphone. C'est un homme en veste rouge de la société ONET qui est venu et a estimé qu'il simulait. Il a ensuite subi la répression policière. Il a été frappé et mis à l'isolement.

Mais les policiers semblent aussi se donner du bon temps avec grillades et bières au menu dans la cour du CRA. Peut-être que les journalistes pourraient aller y faire un tour au moment des repas pour vérifier la fumée.
Mas d'autres distractions policières sont encore moins amusantes et pourraient faire l'objet d'une enquête, comme dire à un retenu de rassembler ses affaires car il est libérable et le traiter de mongole quand il se présente avec son sac, avec ordre de regagner sa cellule.

 

Désespoir

15/4/2020 - Coronavirus et manifestation au CRA du Mesnil-Amelot : le choix de la répression

Ce mardi 14 avril, Christophe Castaner était l'invité du grand entretien sur France Inter. A une question sur la régularisation des sans-papiers, comme l'a fait le Portugal, le ministre de l'intérieur répond: "Si l'on regarde bien ce qu’a fait le Portugal, on s’aperçoit que nous avons le même dispositif, et que nous l’avons même fait avant le Portugal. Là-bas, il s’agit d’une régularisation temporaire de personnes arrivées avant le 18 mars. Nous, nous avons mis ça en place de façon systématique et pour tout le monde : nous n’avons pas besoin de prendre des mesures temporaires parce que les soins urgents sont assurés pour tous. S’agissant des situations administratives, nous avons prolongé de 90 jours tous les titres. Pour faire simple : nous avons fait comme le Portugal, mais avant le Portugal."

Aucune réaction des journalistes Léa Salamé et Nicolas Demorand !

Désespoir

Monsieur Castaner et ses interlocuteurs ne peuvent pourtant pas ignorer ce qu'a déclaré Adeline Hazan, le contrôleure des lieux de privation de liberté le 11 avril sur cette même radio.

"Aucun plan n’avait été envisagé pour faire face aux conséquences d’une épidémie en prison"
Ce même 11 avril, Monsieur Castaner ne pouvait pas ignorer que les prisonniers du CRA du Mesnil-Amelot en grève de la faim pour réclamer leur liberté ont été durement réprimés ce même 11 avril. C'est lui qui a donné l'ordre aux CRS de mater la rébellion.
C'est encore lui qui a autorisé le transfert de ces hommes dans d'autres centres de rétention (Lille, Rouen).

Alors, cessez de mentir Monsieur Castaner : La France n'a pas régularisé les sans-papiers comme l'a fait le Portugal.
Cessez de participer à la propagande gouvernementale, messieurs les journalistes!

 

 

 

Désespoir20/1/2020 - Eux c'est Nous et tout ce qui est humain est notre !
Je souffre devant tant de malheurs et d'injustices. Il faut que je parle, que j'écrive ma colère :
Un jour, en visite au CRA (Centre de Rétention Administrative) il m'a été répondu que le CRA n'était pas un hôtel : que le retenu ne pouvait pas choisir sa chambre, ni son voisin de lit, ni son repas !
Non seulement le retenu est arbitrairement privé de liberté et c'est scandaleux, mais en plus il est jugé de façon inégale, mais en plus il n'a pas droit à la même défense, mais en plus il ne trouve pas autour de lui autant de sollicitude et d'attention qu'il en aurait besoin !!!
Et oui, au CRA on ne peut pas avoir sa valise de fringues avec soi, au CRA on n'a pas forcément l'eau chaude, au CRA on n'a pas assez de couvertures, au CRA on est en souffrance, au CRA on doit subir l'autorité violente de la police et on est INNOCENT.
C'est une prison plus violente que la prison parce qu'on est innocent.
Pas de médecin sans frontière pour défendre MR N., malade, qui va être expulsé vers le pays qu'il fuit ;
Pas d'avocat sans frontière pour Mme M., qui a eu l'audace de traverser une rue pour se faire coiffer et écope de 5 mois d'emprisonnement en France alors qu'elle travaillait depuis plus de 2 ans en Suisse, sans avoir subi aucun contrôle,
Pas de défenseur sans frontière des droits de l'homme pour D., 21 ans, le sourire aux lèvres, qui après avoir été prisonnier 90 jours en Lybie, sera 60 jours prisonnier en France avant de prendre un avion pour l'Italie !
J'espère que H., que nous avons vu ce matin retrouve la liberté cet après-midi ; il est en plein désarroi, abasourdi par ce qui lui est arrivé et par les conséquences qui en découlent sur sa famille .
Cependant :
Eux c'est Nous et tout ce qui est humain est notre !

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Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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