En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des services adaptés.

cdv logo  

Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

logo EGM Toulouse

Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Le Monde - Julia Pascual - 28/3/2019

Dans la cinquième ville de France, des centaines de personnes attendent une solution, ce qui durcit l’épreuve de force entre la mairie et le gouvernement.

Difficile de savoir ce qui, dans son récit, l’a fait craquer. Les conditions dans lesquelles il vit depuis une semaine, dans une tente, avec sa femme. Les appels vains au 115, les deux mois d’attente pour obtenir un rendez-vous en préfecture pour enregistrer sa demande d’asile. Ou les raisons pour lesquelles il a quitté la Guinée, en laissant son enfant derrière lui. Thierno pleure. Cet homme de 24 ans est à bout. A côté de lui, un Erythréen s’énerve. « Vous allez me trouver une maison ? Vous allez m’aider ? », demande-t-il, avec le ton de celui qui n’interroge plus mais exhorte. Il dit avoir déjà passé quatre mois sous une tente. Ses nerfs lâchent.

Dans la banlieue pavillonnaire de Nantes, à Saint-Herblain (Loire-Atlantique), une mer de toiles en polyester a investi le gymnase d’un ancien lycée catholique. Des demandeurs d’asile dans leur écrasante majorité, originaires du Soudan, d’Erythrée, de Somalie ou de Guinée, squattent les lieux depuis le 27 octobre, faute de s’être vu proposer un hébergement par l’Etat.

Ils étaient à peine soixante au départ. Ils sont désormais plus de 250. Certains viennent de traverser l’Espagne, pays par lequel ils ont gagné l’Europe, d’autres ont déjà vécu plusieurs années en Suisse, où ils n’ont pas obtenu l’asile, d’autres encore arrivent de campements parisiens récemment démantelés. Ils ont atterri à Nantes par hasard, ou parce que la rumeur leur a laissé croire qu’ils pourraient être logés.

Cohabitation exiguë et précaire

Ici, un repas par jour est distribué par des bénévoles du collectif L’Autre Cantine. Il n’y a pas de douche et quatre toilettes chimiques à l’extérieur. Des quignons de pain, des brosses à dents et des mégots s’amoncellent par terre, stigmates d’une cohabitation exiguë et précaire. Un homme répare un compteur électrique à la hâte. Des femmes s’organisent un peu d’intimité en tendant des couvertures. « Ça ne peut pas continuer comme ça, assure Lamine, un demandeur d’asile guinéen arrivé en France en juillet 2018. Je veux un endroit où dormir. »

Jeudi 28 mars, le tribunal administratif de Nantes devait décider s’il fait droit à la demande d’expulsion du propriétaire des lieux, le diocèse de Nantes. Une autre maison squattée, cette fois dans le quartier Motte-Rouge de Nantes, doit aussi être vidée d’ici à l’été. Une vingtaine de personnes y vivent, des familles exclusivement. Il y a cette femme congolaise, arrivée par le Portugal en octobre 2018 avec ses deux enfants, de 12 et 2 ans. Elle attend que passe le délai de six mois au terme duquel, si elle n’a pas été renvoyée au Portugal, elle pourra faire examiner sa demande d’asile par la France. Mariam et Ibrahim sont, eux, « dublinés » en Italie. C’est-à-dire qu’ils ont été enregistrés dans cet autre Etat membre de l’UE, qui est donc responsable de l’examen de leur situation (sauf si la France n’est pas parvenue à les renvoyer dans ce pays au bout d’un délai s’échelonnant de six à dix-huit mois). Elle était infirmière au Tchad et lui vétérinaire. L’activisme du mari en faveur des droits de l’homme les aurait obligés à fuir.

Lumière crue sur les conditions d’accueil en France

Où iront toutes ces personnes après les opérations d’évacuation ? Ni la préfecture ni les élus locaux ne savent répondre à cette question. Dans la cinquième ville de France, depuis plusieurs mois, la présence de migrants à la rue jette une lumière crue sur les conditions d’accueil des demandeurs d’asile en France. Il n’existe pas de décompte officiel et le phénomène fluctue d’un jour à l’autre, mais, selon plusieurs sources associatives, il y aurait entre 1 000 et 1 500 personnes migrantes à Nantes non hébergées par l’Etat et disséminées entre des squats plus ou moins tolérés, des logements financés par la mairie, des domiciles de citoyens « solidaires » ou la rue.

Le dispositif national d’accueil, avec ses quelque 86 000 places réparties sur le territoire, est saturé. Résultat : seul un demandeur d’asile sur deux est hébergé. Les Pays de la Loire comptent 5 200 places d’hébergement, mais, rien qu’en 2018, « 5 354 personnes ont enregistré une demande d’asile dans la région, soit une hausse de 89 %, témoigne le secrétaire général de la préfecture de Loire-Atlantique, Serge Boulanger. « Depuis décembre 2017, les flux migratoires ont explosé sur le département. On compte entre 450 et 500 personnes nouvelles tous les mois et on ne peut pas en permanence créer des places. »

Cette inadéquation des besoins et des moyens a poussé la mairie socialiste de Nantes à engager un bras de fer avec le gouvernement à l’été 2018. A l’époque, un campement se constitue en plein centre-ville, dans le square Jean-Baptiste-Daviais. « Les arrivées massives ont correspondu à des évacuations de campements parisiens », se souvient François Prochasson, retraité de la fonction publique et membre du Collectif de soutien migrants Nantes, qui organise des « réquisitions citoyennes » de bâtiments vides. Des centaines de tentes s’offrent soudainement au regard des Nantais. La maire socialiste, Johanna Rolland, refuse de demander l’expulsion, comme l’y presse la préfecture. Elle écrit à Edouard Philippe pour lui demander de créer des places d’accueil. A l’automne, environ 650 personnes migrantes sont décomptées dans le square, « à plus de 90 % des demandeurs d’asile », précise Aïcha Bassal, adjointe à la maire.

Finalement, une évacuation a lieu en septembre 2018. Malgré une décision du tribunal administratif qui enjoint à l’Etat de prendre en charge les personnes, celui-ci n’en reloge que 150. La maire décide alors de mettre à l’abri plus de 768 personnes. Les deux tiers le sont encore aujourd’hui. Il s’agit essentiellement de Soudanais, majoritairement « dublinés ».

« Sisyphe »

Ce faisant, d’autres migrants sont arrivés à Nantes et des campements ont réapparu. Avant d’être évacués et de renaître ailleurs. « C’est le mythe de Sisyphe, résume Carine Rolland, de Médecins du monde Nantes. Et la clé est dans une politique d’accueil digne. » « Le problème est national, corrobore Aïcha Bassal. L’Etat doit prendre ses responsabilités. » La ville a d’ailleurs adressé une facture de plus de 4 millions d’euros au gouvernement, correspondant aux frais de mise à l’abri engagés depuis l’automne 2018. Edouard Philippe a pour l’instant refusé la note : « Ces dépenses correspondent à un choix libre et assumé de la municipalité », a-t-il écrit à l’édile. « On ne peut pas dire “tout le monde peut venir” et ensuite présenter la facture à l’Etat », a encore taclé, dans une interview à Ouest-France le 3 mars, François de Rugy, ministre de la transition écologique et solidaire.

Là où élus et militants dénoncent une carence de l’Etat, la préfecture préfère insister sur le fait que les personnes à la rue sont pour beaucoup « de jeunes migrants économiques » et « dublinables ». « Ils sont déjà passés par l’Espagne ou l’Italie, ont essayé de demander l’asile en Suisse ou en Allemagne, assure Serge Boulanger. La France est un choix par défaut. » « Même s’ils sont dublinés, ils sont demandeurs d’asile et doivent être hébergés », rétorque Djamel Cheridi, de l’association Aurore, qui gère deux lieux de mises à l’abri pour la mairie.

Serge Boulanger assure qu’il s’échine à dégager des places. « On a fait sept transferts Dublin vers l’Espagne la semaine dernière, cinq vers l’Italie celle d’avant, six vers l’Italie celle d’encore avant, énumère-t-il. Et on travaille sur les dossiers de trente-deux personnes qui ont vocation à rejoindre la Suisse. » Il évoque aussi des expulsions vers la Géorgie, l’Azerbaïdjan ou certains pays d’Afrique. Et des efforts pour permettre à des réfugiés de trouver des logements dans le droit commun pour libérer des places. En outre, 264 nouvelles places d’hébergement devraient être créées dans la région en 2019. Le compte est encore loin. « Il y a une vraie politique du non-accueil au nom du risque d’appel d’air, alors qu’on sait que les personnes seront très peu expulsées, regrette Carine Rolland, de Médecins du monde. On les installe dans une errance permanente, en Europe et de ville en ville. »

Julia Pascual (envoyée spéciale à Nantes)

 

Vite dit

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

Archive

Powered by mod LCA