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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Source : Mediapart - Daniel Gros - 7/10/2019

Alors que le parlement remet sur le tapis la question de l’immigration qui obsède le pouvoir, à Mayotte une jeunesse fait face et dénonce l’état de sous-France dans lequel elle est retenue ; frappée de dérogations aux droits, éloignée de la nationalité, mise à l’écart de la communauté nationale, elle accuse le pouvoir de laisser en souffrance, de ne pas traiter, qui est une façon de maltraiter.

Beaucoup de choses ont été dites au sujet de Mayotte qu’il faut garder à l’esprit et sans cesse répéter : son taux de pauvreté qui ferait honte à n’importe quelle nation. Imaginer que seule une infime partie de la population (15 %) vit au-dessus du seuil de pauvreté dépasse l’entendement.

C’est dans un tel contexte que les jeunes étudiants étrangers de Mayotte ont décidé de faire face et de dénoncer l’état de sous-France dans lequel ils sont retenus. Cette « sous-France » ne désigne pas l’éloignement géographique ; il accuse surtout le déni de droit et l’abandon dont ils sont les victimes . Au-delà de l’astuce, la dénonciation d’une sous-France réactive le sens courant du terme qui renvoie à une population qui souffre – et surtout celui plus ancien – de laisser en souffrance : c’est-à-dire ne pas traiter, qui est une façon de maltraiter.

L’année de ses 18 ans, comme partout en France, le jeune ou la jeune française obtient son baccalauréat et commence sa vie d’adulte. A Mayotte où la part étrangère représente près de 45% de la population, près de la moitié des jeunes doit également régulariser sa situation administrative. Sans titre de séjour seule est possible la clandestinité. L’anniversaire célébré inaugure une série d’épreuves difficile à relever.

Déjà il aura dû surmonter bien des obstacles : faire valoir ses droits à l’éducation à l’âge de 6 ans ; suivre une scolarité malgré des conditions économiques d’un territoire où le salaire mensuel médian ne dépasse pas 350 € ; poursuivre l’école en lycée une fois le brevet des collèges en poche malgré un manque de places qui incite les familles françaises à confier leur enfant à des parents à La Réunion ou en métropole.

A Mayotte, où l’exiguïté de l’île et les multiples dérogations au Droit national offrent un effet de loupe sur les obsessions politiques, les prétentions républicaines ne peuvent plus faire illusion.  A l’issue de leur minorité, les jeunes sont distingués selon leur statut personnel. Pour certains, majorité signifie traitement inégalitaire, entrave à la liberté de circulation, absence de fraternité citoyenne. L’imprécision du terme « étranger » dont la notion déborde les seuls aspects juridiques vers des enjeux idéologiques, durcit ce passage à l’âge adulte.

Le jeune majeur doit prouver qu’il est français. S’il ne répond pas aux critères mouvants d’accès à la nationalité, il lui faudra obtenir de l’administration l’autorisation de demeurer sur cette terre où il a grandi. L’instruction de sa demande s’étalera sur plusieurs mois voire années au cours desquels il sera initié aux stratégies de survie en clandestinité.

L’apprentissage de la révolte et de la revendication

2016 fut l’année de la révélation. Peu après les résultats du bac, durant les mois de juillet et d’août, les nouveaux lauréats ont soudain refusé leur sort.

Il n’avait pas suffi d’une enfance sans cesse menacée par la reconduite à la frontière d’un parent, par la crainte du deuil lors d’un retour par mer périlleux ; il n’avait pas suffi des problèmes financiers insolubles pour faire face à une scolarité couteuse s'ajoutant à la satisfaction au quotidien des besoins fondamentaux ; il n’avait pas suffi de l’obstination à étudier dans le logement d’une seule pièce, sans lumière, sans table, alors que la nuit tombe tous les soirs à 18 heures ; et se lever tous les jours à 4 heures du matin pour rejoindre l’établissement ou l’arrêt du transport scolaire, souvent éloignés, pour une prise des cours avant 7 heures. (1)

Il a fallu de surcroît que surviennent l’abomination, la formation de meutes et de milices villageoises décidées à s’en prendre à tout « étranger » désigné ou supposé ; il a fallu en plus les processions d’une populace excitée précédée par des enfants déchaînés tapant sur le cul de gamelle, engagées dans la destruction de quartiers pauvres et le déplacement des populations. Toutes opérations effectuées sous le regard passif des forces de police mobilisées à l’occasion.

Cela se passa en mai et juin 2016. Des enfants furent chassés de l’école communale ; les adolescents continuèrent à fréquenter leur collège ou leur lycée malgré l’éloignement imposé. Ils prenaient le car à Mamoudzou depuis la place de la République où les familles sinistrées s’étaient regroupées. Certains s’obstinèrent à retourner après les cours dans les ruines de leur maison plus proche de leur établissement. (2)

Les jeunes bacheliers nés à l’étranger ont alors fait savoir qu’ils n’acceptaient plus les délais de traitement de leur régularisation. Arrivés le plus souvent en bas âge à Mayotte où ils ont effectué l’ensemble de leur scolarité, ils revendiquent les mêmes conditions que leurs camarades de classe et leur droit à une régularisation administrative dès leur majorité ; de l'obligation à présenter dès l’âge de 18 ans un titre de circulation, ils font une revendication à un droit de régularisation dans les délais. De cette façon, ils ne subiront plus les obstacles à leur insertion et à leurs études.

Faire face et négocier

Ainsi refusent-ils de subir plus longtemps les années de clandestinité dans l’isolement. Las d’attendre une réponse à leur demande de titre de séjour et de visa, certains se sont regroupés en un Collectif dont la manifestation du 31 Août 2016 constitua l’événement fondateur. (3)

A la suite de cette démonstration, une délégation fut reçue par le Secrétaire général de la préfecture. Une réelle volonté d’améliorer le traitement des demandes et de faciliter la poursuite des études des jeunes bacheliers a progressivement débouché sur la mise en place d’une collaboration des services de la préfecture et du Vice-rectorat (4). Il reste cependant difficile de mesurer les effets de cette bienveillance déclarée tant le nombre de jeunes en attente est demeuré élevé à la rentrée universitaire 2017, première période où le protocole aurait pu être évalué.

Si le contact fut maintenu contre vents et marées entre les jeunes et le Secrétaire général, le protocole négocié entre la préfecture et le Vice-rectorat fut neutralisé par les mouvements sociaux de 2018. Durant les mois qu’ont duré les événements, le bureau des étrangers de la préfecture ferma ses portes et ne reçut que sur convocation téléphonique, ne traitant aucun dossier nouveau. Il fut alors impossible de demander un premier titre de séjour.

Le 26 juillet 2018, privés de tout accès au bureau des étrangers comme l’ensemble de la population, les jeunes bacheliers ont décidé de se rassembler devant la préfecture dans l’attente d’être reçus. Au terme d’une négociation, un accord fut trouvé qui fit long feu.

En effet dès le lendemain, un collectif hostile à la présence des comoriens sur l’île de Mayotte a organisé la paralysie de la préfecture en installant le bivouac permanent d’une douzaine de femmes sur place. Le siège dura jusqu’au 12 octobre sans que les représentants de l’État ne manifestassent la moindre intention d’y mettre fin. Au contraire, une voiture de police stationnée devant l’entrée du bâtiment trahit une connivence entre les activistes et les garants de la continuité du service public.

De nombreux titres de séjour n’ont pu être renouvelés, si bien qu’en six mois de paralysie près de la moitié de la population étrangère en situation régulière a été privée de documents en cours de validité, faisant peser sur elle des menaces sur leur sécurité lors des contrôles et limitant leur liberté de circulation ; sans parler des pertes d’emploi ; de la suspension des droits sociaux, etc.

Face à cette situation de blocage, le 23 août, les jeunes étudiants ont envoyé une lettre ouverte au préfet de Mayotte, par voie de presse (6) et sous pli recommandé. Sans réponse. Ils ont alors fait appel à leurs professeurs. Les syndicats de l’Éducation nationale ont appelé à une journée de grève et de mobilisation le 20 septembre pour soutenir les étudiants dans leur lutte. Une délégation de jeunes bacheliers et de professeurs a été reçue par le cabinet du Vice-recteur qui dégagea sa responsabilité, et ultérieurement par le Secrétaire général de la préfecture qui demanda de patienter.  Pour la plupart des jeunes l’année universitaire avait déjà été sacrifiée.

Le primat de la lutte contre l’immigration

Les dégâts de la carence de l’État furent considérables. L’administration du Centre Universitaire de Mayotte refusa la réinscription des étudiants étrangers dépourvus de titre de séjour en cours de validité. Une denrée rare à l’époque.  La plupart des jeunes ayant validé une première ou une seconde année universitaire furent ainsi empêchés de poursuivre leur cursus et durent supporter une année blanche dans la clandestinité. Certains professeurs choqués de cette situation absurde ont fait savoir qu’ils admettraient dans leurs cours leurs étudiants non-inscrits, sans pouvoir cependant valider les contrôles.

Tout paraissait si simple pourtant, et la solution fut maintes fois ressassée. Il suffisait de mettre en œuvre la première ligne du préambule d’une circulaire de 2002 qui rappelle que : « L'accueil des étudiants repose sur le principe d'autonomie reconnue par la loi. La décision de leur inscription revient exclusivement aux établissements d'enseignement supérieur. » (7) Les étudiants n’ont eu de cesse de réclamer l’application de ce texte en vertu de l’actualité exceptionnelle de l’île. Toujours entendus avec compréhension à tous les niveaux de l’État, direction du Centre universitaire, Vice-recteur, Préfet et même Cabinet du ministre de l’Éducation nationale en visite à Mayotte, ils n’ont pas été écoutés. Chaque interlocuteur s’avoua sensible au problème mais quel que soit son rang, aucun n’assuma la responsabilité d’une prise de décision toujours déclinée au profit d’un autre.  Ainsi il est apparu à ceux que le siège de la préfecture par quelques activistes n’avait pas convaincu, que Mayotte n’était pas administrée. L’essentiel consistait pour l’État à éviter tout geste en faveur de ressortissants étrangers, fussent-ils présents sur l’île depuis le plus jeune âge et leur droit à s’insérer en France imprescriptible. Car il importe en effet de rappeler ici que tout ressortissant étranger majeur entré en France avant l’âge de 13 ans ne peut faire l’objet d’une reconduite à la frontière.

La volonté de l’État de tenir sous l’eau la tête des jeunes majeurs s’est exercée impitoyablement dans la loi concomitante du 10 septembre 2018 « pour une immigration maîtrisée, un droit d’asile effectif et une intégration réussie ». Depuis le 1er mars 2019, jour d’application de la loi, l’accès à la nationalité française est dorénavant refusé à tout enfant né en France si lors du dépôt de sa déclaration il ne peut apporter la preuve du séjour régulier d’un de ses parents trois mois avant sa naissance, mention devant être portée sur son acte de naissance (8). Quant aux enfants nés avant l’application de cette loi, loin d’être épargnés, ils devront apporter la preuve de la situation régulière d’un des deux parents depuis au moins cinq ans.

Ainsi des jeunes majeurs assurés d’être français durant toute leur enfance se retrouvent refoulés de la communauté nationale à leur majorité, sans préavis. Dépourvus de tout document d’identité, ils doivent demander aux autorités comoriennes un certificat de nationalité pour monter leur dossier de demande de titre de séjour, demande qu'ils devront renouveler tous les ans dans un rappel incessant de leur indignité. Interdits de voyager puisque dépourvus de passeport et de titre de séjour,  ils ne peuvent davantage se rendre dans le pays qui leur est imposé.

Et tout le temps du traitement de leur demande, ils seront clandestins dans le pays de leur naissance et de leur enfance.

En souffrance.

Encore.

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Notes

[1] Plus de 21000 élèves et étudiants ont été transportés en 2013-4. Lire ici.

[2] Pour en savoir plus sur ce sujet, lire ici.

[3] Pour un historique de ce mouvement lycéen , lire ici.

[4] et (5)  Pour des précisions à ce sujet, lire ici.

[6] La lettre ouverte a été publiée à Mayotte et par L’Humanité en métropole

[7] « Conditions d'inscription des étudiants étrangers dans les établissements d'enseignement supérieur » Cliquer ici : CIRCULAIRE N°2002-214 DU 15-10-2002

[8] On peut s’interroger sur les conditions d’applicabilité d’une telle mesure. Relire à ce sujet le paragraphe « la question de l’état-civil », dans mon texte précédent : Ce dont la France est capable (1) : des enfances ostracisées.

 

 

Vite dit

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 
juge
 
 5/12/2020 - Pratique illégale de la médecine par la juge

Quand un médecin, spécialiste de surcroît, justifie  après une consultation en urgence que l’état de santé d'une jeune femme enceinte de sept mois qu’il  a examinée est incompatible avec une rétention, comment le juge des libertés et de la détention et le représentant de la préfecture peuvent- ils argumenter le contraire et ainsi maintenir la privation de liberté ? Simple , le serment d’Hypocrite qui permet, sur la foi de ce que l’on pense, de s’absoudre de toutes considérations médicales. La justice avance !

Après, que penser du serment d’Hippocrate du médecin du CRA et de l'OFII si prompt à exécuter les basses œuvres des préfectures ?

Désespoir 28/11/2020 - Naître dans un Centre de rétention est ce possible ?

On sait d'ores et déjà qu'il est possible de passer beaucoup de temps dans un Centre de Rétention (jusqu'à 3 mois), d'être relâché puis d'y revenir plusieurs fois.
On sait qu'on peut y mourir (CRA de Rennes, de Vincennes, de Cornebarrieu...)
On sait aussi qu'on peut séparer une maman allaitante de son bébé de 20 jours pendant 4 jours avant de la libérer (CRA de Cornebarrieu).A notre connaissance, nous n'avons pas encore connu une naissance mais cela sera peut-être le cas prochainement au CRA de Cornebarrieu.
En effet, une jeune femme enceinte de 6 mois y est actuellement enfermée depuis presque 2 mois, par la volonté du préfet des Alpes Maritimes.
Comment une femme peut-elle mener une grossesse sereine dans cet univers angoissant ?
Manger, dormir, se laver, se reposer, tout est difficile voire impossible.
Alors avoir un suivi de grossesse adéquat, c'est un luxe impossible. On ne s'en occupeque quand il y a urgence, une hémorragie et des contractions anormales à ce stade de la grossesse.

« Comme je perdais du sang, on m'a emmenée à l'hôpital et depuis mon retour au CRA une infirmière de la PMI m'a téléphoné ».
L’État français fait de belles déclarations au sujet des violences faites aux femmes mais les traite avec mépris et inhumanité dès qu'il s'agit de femmes sans-papiers.
Relayé par les porte-paroles des préfectures et par les juges des libertés et de la détention, le discours est toujours : « le service médical du CRA est compétent ! ».

Alors, une naissance ou une fausse-couche prochainement au CRA de Cornebarrieu ?
Et quels papiers aura le bébé ?

Désespoir

 18/10/2020 - Bienvenue en France, pays du mépris et de l'indignité

Il habite en Haute-Loire, il s'est fait interpeller pour non-port du masque et se retrouve enfermé au centre de rétention de Cornebarrieu. Libéré par le juge 48h après son arrivée, les policiers en charge de la surveillance du centre ouvrent les grilles du centre de rétention, appliquant ainsi la décision judiciaire. Passé les grilles, ce n'est plus leur problème ! Comme beaucoup d'autres personnes enfermées là, cet homme n'a pas d'argent pour repartir chez lui, la batterie de son téléphone est proche de 0% et il ne connaît personne dans la région.

Mais cet homme là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres retenus du centre. C'est ce qui a amené un policier de la Police de l'Air et des Frontières (PAF), ce samedi là et dès l'annonce de la décision du juge au palais de justice, à s'approcher d'un membre du Cercle des Voisins auquel on avait interdit d'assister à l'audience, pour l'informer de cette libération et lui demander de l'aide.

Car ce retenu là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres prisonniers du centre. Ce qu'il a de plus c'est une paire de béquilles, ce qu'il a de moins c'est une jambe ! Pour le reste, il est semblable à tous ceux et celles qui passent dans ce camp.

Nous prenons acte de ce geste d'humanité de la part du policier qui a pris conscience de la fragilité de la personne libérée  mais nous continuons de dénoncer la talentueuse application de l'administration française à maltraiter ceux et celles qui demandent à être régularisés. Nos dirigeants sont à même de déployer des moyens exorbitants pour enfermer des personnes que, lorsqu'elles sont libérées par décision de justice, ils mettent à la rue comme des chiens. Avec une durée d'enfermement de plus en plus longue (jusqu'à 3 mois), quasiment systématique et sans discernement des pathologies physiques et mentales des personnes, l’État français démontre un comportement irresponsable et xénophobe.

Les expulsions sont souvent violentes mais les libérations par décisions de justice ou préfectorales  peuvent aussi l'être quand sont libérées des personnes vulnérables. D'autant que ces centres d'enfermement continuent de fonctionner en cette période de fermeture des frontières et de pandémie, devenant ainsi de nouveaux foyers épidémiques. D'autres policiers sont-ils prêts à aborder cette question avec nous ?

 

 

 

Désespoir
 21/6/2020 - Qui a jeté Tatiana à la rue ? ou Chronique du mépris ordinaire

Tatiana, jeune russe, aux activités malheureusement habituelles sur la Canebière, s'est faite arrêter par la police cannoise. Dans sa « tenue de plage », elle est transférée à la Police aux Frontières à Nice pour un longue garde à vue. L'Obligation de Quitter le Territoire Français tombe et la rétention est demandée par le Préfet des Alpes-Maritimes. Tatiana, toujours dans sa tenue très légère, est transférée en voiture à 580 km de la Promenade des Anglais.
Dans cette tenue de plage, la très jeune femme passera 48 heures au centre de rétention de Cornebarrieu en Haute-Garonne sans que des policiers ou des agents de l’OFII chargé d'accompagner les retenus ne lui trouvent de quoi se vêtir. Elle est présentée samedi 20 juin devant un juge en visio-conférence qui ordonne sa libération. A 18h30, le jour même , Tatiana , toujours dans la même tenue , est jetée à la rue devant le CRA de Cornebarrieu, sans argent, sans téléphone.
Merci les Pousses-aux-Crimes !
Tatiana erre pendant 24 h autour de l'aéroport de Blagnac avant que deux bénévoles du Cercle des Voisins la prennent en charge et la mettent à l'abri.

 

 

Désespoir

17/4/2020 - COVID-19 : CRA zone de non droit - agissons pour leur fermeture

Comme certains autres centres de rétention, le CRA de Toulouse-Cornebarrieu n'est toujours pas vide et ne le sera sans doute jamais car il semble servir de déversoir pour les préfets qui continuent de délivrer des Ordres de Quitter le Territoire Français, ordre absurde s'il en est vu la fermeture actuelle des frontières.
Les centres de rétention sont des zones où il est difficile de savoir réellement ce qui s'y passe. C'est ce qui avait déjà été dénoncé en 2012 pendant la campagne inter-associative 'Ouvrez les portes, on a le droit de savoir' avec Migreurop, Alternatives européennes et Reporters sans frontières auquel le Cercle des Voisins avait participé http://www.migreurop.org/article2106.html
Ces espaces fermés et surveillés par la police sont d'autant plus effrayants pendant cette période de confinement que toute visite devient maintenant impossible.
Les associations d'aide juridique se sont retirées( la Cimade pour le CRA de Cornebarrieu), l'agent de l'Office Francais de l'Immigration et de l'Intégration (OFII ) ne montre son nez que quelques heures par semaine mais son aide se résume à permettre 2 appels téléphoniques aux retenus qui le demandent. Pas de retrait d'argent impossible car selon eux les bureaux de poste sont fermés. Or sans argent, comment acheter des cigarettes, des cartes de téléphone...

Samedi 11 avril, le centre comptait 3 retenus et ce jeudi 16 avril, 5 hommes et une femme y sont maintenant enfermés. Les portes ne semblent s'ouvrir que dans un seul sens !
Le centre de Cornebarrieu compte 3 secteurs hommes, un secteur femme et un secteur famille. Dans chaque secteur, il y a un téléphone public où il est normalement possible de joindre les retenus depuis l'extérieur.
Les 5 hommes sont tous rassemblés au secteur D mais c'est le seul dans lequel il est impossible de les joindre car le téléphone est hors service.
Les retenus ont demandé à changer de secteur mais cela leur a été refusé.

L'un deux est au centre depuis 45 jours (en provenance de Lyon), un autre depuis 21 jours, deux autres sont arrivées plus récemment (le 13/04 après un contrôle à Perpignan et un autre ce jeudi 16 avril).
Une jeune femme arrivée dans le centre il y a 3 jours se retrouve complètement isolée dans son secteur. Elle a 19 ans. Elle ne mange pas.
Et bien sûr, pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, un peit savon
Vous qui êtes français et pendant ce confinement, vous avez du expérimenter une ou plusieurs fois des contrôles policiers visant à vérifier votre attestation de déplacement. Vous avez peut-être tester l'arbitraire de certains contrôles comme ce qui est décrit dans cet article
https://www.bastamag.net/attestation-controle-deplacement-PV-amendes-violences-policieres-confinement-covid
Imaginez ce que peut-être l'arbitraire policier quand vous le subissez 24h/24 dans un centre fermé ! La parole du prisonnier.e ou du "retenu.e" (euphémisme utilisé par l'administration) a -t-elle la même valeur que celle de l’homme ou de la femme en uniforme ?
https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/l-inegalite-des-vies-en-temps-d-epidemie_1782169

Les audiences devant le juge des libertés où nous nous avions l'habitude de nous poster en tant qu'observateur nous sont maintenant inaccessibles. Elles fonctionnent par visio-conférence. Aucune présence citoyenne donc.
Joint sur son propre téléphone, un homme nous dit que les policiers les menacent s'ils évoquent les conditions de leur rétention pendant l'audience.Lui-même a été malade, fiévreux, avait du mal a respirer et a appelé les services d'urgence avec son propre téléphone. C'est un homme en veste rouge de la société ONET qui est venu et a estimé qu'il simulait. Il a ensuite subi la répression policière. Il a été frappé et mis à l'isolement.

Mais les policiers semblent aussi se donner du bon temps avec grillades et bières au menu dans la cour du CRA. Peut-être que les journalistes pourraient aller y faire un tour au moment des repas pour vérifier la fumée.
Mas d'autres distractions policières sont encore moins amusantes et pourraient faire l'objet d'une enquête, comme dire à un retenu de rassembler ses affaires car il est libérable et le traiter de mongole quand il se présente avec son sac, avec ordre de regagner sa cellule.

 

Désespoir

15/4/2020 - Coronavirus et manifestation au CRA du Mesnil-Amelot : le choix de la répression

Ce mardi 14 avril, Christophe Castaner était l'invité du grand entretien sur France Inter. A une question sur la régularisation des sans-papiers, comme l'a fait le Portugal, le ministre de l'intérieur répond: "Si l'on regarde bien ce qu’a fait le Portugal, on s’aperçoit que nous avons le même dispositif, et que nous l’avons même fait avant le Portugal. Là-bas, il s’agit d’une régularisation temporaire de personnes arrivées avant le 18 mars. Nous, nous avons mis ça en place de façon systématique et pour tout le monde : nous n’avons pas besoin de prendre des mesures temporaires parce que les soins urgents sont assurés pour tous. S’agissant des situations administratives, nous avons prolongé de 90 jours tous les titres. Pour faire simple : nous avons fait comme le Portugal, mais avant le Portugal."

Aucune réaction des journalistes Léa Salamé et Nicolas Demorand !

Désespoir

Monsieur Castaner et ses interlocuteurs ne peuvent pourtant pas ignorer ce qu'a déclaré Adeline Hazan, le contrôleure des lieux de privation de liberté le 11 avril sur cette même radio.

"Aucun plan n’avait été envisagé pour faire face aux conséquences d’une épidémie en prison"
Ce même 11 avril, Monsieur Castaner ne pouvait pas ignorer que les prisonniers du CRA du Mesnil-Amelot en grève de la faim pour réclamer leur liberté ont été durement réprimés ce même 11 avril. C'est lui qui a donné l'ordre aux CRS de mater la rébellion.
C'est encore lui qui a autorisé le transfert de ces hommes dans d'autres centres de rétention (Lille, Rouen).

Alors, cessez de mentir Monsieur Castaner : La France n'a pas régularisé les sans-papiers comme l'a fait le Portugal.
Cessez de participer à la propagande gouvernementale, messieurs les journalistes!

 

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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