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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Source : Mediapart - Nicolas Cheviron - 22/12/2019

Depuis la victoire de l’opposition sociale-démocrate à Istanbul, lors des municipales du 23 juin, la police turque multiplie les rafles contre les réfugiés

Istanbul (Turquie), de notre correspondant.– Depuis le début de l’été, la vie est devenue encore un peu plus difficile pour les réfugiés syriens installés à Istanbul. À l’origine de leurs maux : la défaite subie lors des municipales du 23 juin par le parti du président Recep Tayyip Erdogan, qui a mis fin à vingt-cinq ans de mainmise islamo-conservatrice sur le cœur économique de la Turquie et ses 15 millions d’habitants. Cet échec cuisant, le Reis et son Parti de la justice et du développement (AKP) en ont imputé la responsabilité aux réfugiés syriens installés dans la métropole, dont le nombre, selon eux, excessif et les frictions qu’ils occasionnent seraient venus à bout de la patience des Stambouliotes.

« En raison des réactions provenant des citoyens, nous avons besoin d’élaborer de nouvelles politiques pour les Syriens. Nous allons les encourager à rentrer. Les criminels seront déportés », a ainsi annoncé, mi-juillet, le chef de l’État. La question des réfugiés syriens a en effet été utilisée pendant la campagne par le candidat social-démocrate victorieux, Ekrem Imamoglu. Et, fin juin, une fausse rumeur concernant l’agression sexuelle d’une fillette turque par un jeune Syrien a conduit à l’attaque, par une foule en colère, de commerces tenus par des Syriens dans l’arrondissement stambouliote de Küçükçekmece.

Istanbul héberge, selon les experts, quelque 750 000 Syriens – soit environ 20 % de la population syrienne en Turquie – dont 550 000 sont dûment enregistrés comme résidents de la ville avec un statut de « protection temporaire ». Le 22 juillet, la préfecture d’Istanbul a annoncé que tous les Syriens non enregistrés dans la métropole devaient quitter son territoire, faute de quoi ils seraient déportés vers leur ville de rattachement, ou, en l’absence de papiers, vers le centre de transit de Kilis, près de la frontière syrienne, pour y être régularisés puis envoyés en province.

Entre cette annonce et le 15 novembre, 6 414 Syriens sans papiers ont été transférés à Kilis, selon les statistiques de la préfecture. Celle-ci ne communique pas sur le nombre des départs de Syriens déjà enregistrés dans une autre ville, qui avaient jusqu’au 30 octobre pour quitter Istanbul par leurs propres moyens avant d’en être chassés par la force publique. Si le nombre d’expulsions reste à ce stade limité, la multiplication des contrôles policiers et des arrestations n’en a pas moins a semé la panique parmi les réfugiés et rendue plus ardue la vie déjà précaire de la plupart des familles syriennes.

Le 6 novembre, un convoi de cinq bus affrétés par la mairie d'arrondissement stambouliote d'Esenyurt s'apprête à prendre la route avec à son bord 200 réfugiés syriens candidats au retour dans leur pays. © NC 

Dans le salon d’Emine, une veuve originaire d’Alep qui vit avec huit membres de sa famille dans un petit deux pièces en sous-sol à Gaziosmanpasa, un arrondissement populaire du nord-ouest d’Istanbul, chacun y va de son commentaire. Il y a Nurettin, le petit frère, qui a fait un mariage religieux trois jours plus tôt avec une jeune Syrienne arrivée clandestinement, mais qui ne peut pas régulariser leur union, par peur de voir sa belle interpellée dès qu’elle mettra le pied à la mairie. « Pour être en règle, il faudrait qu’elle se fasse enregistrer, mais pas à Istanbul où ils ne prennent plus personne », explique le jeune homme, qui travaille comme repasseur dans une laverie. « Ensuite, on pourrait se marier officiellement et demander un rapprochement familial, mais ça va prendre un temps fou, pendant lequel on sera séparés. »

Il y a Bekir, le beau-frère d’Emine, enregistré à Adana, dans le sud de la Turquie, qui ne peut plus travailler en raison de douleurs au dos et de rhumatismes au genou mais ne peut pas non plus se faire soigner à l’hôpital public, par crainte d’être raflé. Zekerya, un ami de la famille, vit sans papiers à Istanbul depuis trois ans, accumulant les petits boulots dans la construction. Mais désormais, la peur du policier l’empêche d’aller sur certains chantiers. « Pour éviter les contrôles, je vais partout en marchant, je ne prends plus les transports en commun. J’évite aussi les grandes avenues et les lieux très surveillés » en centre-ville, indique le célibataire.

Joint par téléphone, Muhammed, 29 ans, dit user des mêmes ruses de Sioux pour éviter les contrôles. Mais il a la chance de travailler dans un atelier de couture proche de son domicile, dans l’arrondissement périphérique de Bagcilar. « On travaille en fermant à clé la porte de l’atelier et avec les volets clos », affirme le jeune homme, enregistré à Bursa, dans le nord-ouest de la Turquie. « Bien sûr que j’ai peur d’être expulsé, parce que je suis le seul à pouvoir m’occuper de ma famille, ici. Mon aîné a à peine huit ans et le plus petit est un nourrisson », ajoute le couturier, qui fait vivre sa femme et ses cinq enfants avec un salaire de 2 500 livres turques (390 euros) par mois et doute de sa capacité de trouver un logement et du travail à Bursa, où il ne connaît personne.

Les nouveaux contrôles policiers, qui visent aussi les lieux de travail, ont coûté son emploi dans la construction au père de Mecit, pourtant enregistré à Istanbul. « À cause des contrôles, le patron ne peut plus faire travailler les Syriens au noir, mais il ne veut pas non plus les régulariser et payer des cotisations sociales pour eux, alors il les a virés », affirme le lycéen, qui rêve de faire des études de médecine pour pouvoir se mettre au service des habitants de son pays.

Le transfert forcé vers une ville turque de province n’est pas le seul risque encouru par les Syriens d’Istanbul. « Si le Syrien qui se fait arrêter ne pose pas de problème, s’il lui manque juste des papiers, on l’envoie à Kilis. Mais s’il est impliqué dans des histoires, alors ils le renvoient en Syrie », résume Zekerya. Un rapport publié fin octobre par Amnesty International rapporte les témoignages de 20 Syriens renvoyés de force en Syrie entre le 25 mai et le 13 septembre après avoir été poussés par la tromperie ou la contrainte – parfois la violence physique – à signer un formulaire de « retour volontaire » en Syrie.

Dans chaque cas « les personnes expulsées ont affirmé qu’il y avait plusieurs dizaines d’autres personnes (entre 35 et 60) dans chacun de leurs bus, ce qui représente un échantillon représentatif de plusieurs centaines de personnes », affirme l’organisation de défense des droits de l’homme, soulignant que les passagers « avaient les mains liées avec des liens en plastique » et ont été victimes de « mauvais traitements infligés par les gendarmes armés qui les accompagnaient ». Pour Andrew Gardner, chercheur d’Amnesty International basé à Istanbul, ces retours forcés ne sont pas des incidents marginaux mais relèvent d’une « politique organisée » et d’initiatives locales approuvées par les autorités nationales visant à « traiter tout mauvais comportement, tout délit mineur ou trouble à l’ordre public en punissant leurs auteurs d’un retour en Syrie, ce qui est totalement inacceptable ».

« Jamais on ne retournera vivre en Syrie tant qu’Assad sera là »

Or, dans les cas documentés, les expulsés ne sont même pas des petits délinquants, mais « des gens qui ont eu un conflit avec leur propriétaire et ce dernier est allé se plaindre à la police », souligne l’activiste. « Quel que soit ce qui est écrit sur votre permis de résidence, vous courez le risque d’un renvoi de Turquie. » À ces expulsions punitives s’ajoute le projet présenté fin septembre par Erdogan devant l’assemblée générale de l’ONU d’installer deux millions de réfugiés syriens dans une « zone de sécurité » de 30 km sur 480 dans le nord-est de la Syrie, sur des territoires pris par l’armée turque et ses supplétifs syriens aux Forces démocratiques syriennes (FDS), accusées par Ankara de soutenir le terrorisme kurde en Turquie.

Près de deux mois après le lancement de son offensive, la Turquie est loin d’avoir atteint son objectif – elle contrôle moins du tiers de la région ciblée et aucune des 150 villes et communes nouvelles prévues ne semble en mesure de sortir de terre dans un avenir proche. Mais le « rapatriement volontaire des Syriens » était encore à l’ordre du jour de discussions mi-novembre entre diplomates turcs et responsables du Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), et la Turquie pousse pour l’organisation d’un forum international de donateurs, censés financer ce retour.

Dans la cave-appartement d’Emine, l’évocation d’un retour en Syrie provoque un « tss ! » de réprobation unanime. « Dans la zone de sécurité, il n’y aura pas de travail, pas de moyens de vivre. À Alep, on avait une maison, mais les gens [du président syrien Bachar al-] Assad l’ont prise », explique la veuve. « Si on doit y retourner, je vais avoir des problèmes avec le régime. Mon fils ainé est tombé en martyr là-bas – il avait à peine 15 ans », poursuit Emine, avant de conclure avec fermeté : « Même si les Turcs veulent renvoyer de force deux millions de personnes, jamais on ne retournera vivre en Syrie tant qu’Assad sera là. »

Directeur du Centre de recherches sur les migrations et l’intégration à l’Université turco-allemande (TAU) d’Istanbul, Murat Erdogan déplore la nouvelle politique du gouvernement à l’égard des réfugiés syriens, dominée selon lui par des enjeux politiciens – comme celui de masquer les vraies raisons de l’échec de l’AKP à Istanbul – et largement inefficace.

Le 6 novembre, un convoi de cinq bus affrétés par la mairie d'arrondissement stambouliote d'Esenyurt s'apprête à prendre la route avec à son bord 200 réfugiés syriens candidats au retour dans leur pays. © NC 

« La Turquie a laissé les Syriens s’installer où ils le voulaient et comme ils le voulaient. Cela a conduit à de grands déséquilibres d’une ville à l’autre. Mais lancer aujourd’hui des travaux uniquement pour Istanbul n’est pas logique », déclare le chercheur, qui souligne le fait que les Syriens, même en prenant en compte les non-enregistrés, ne représentent que 5 % de la population stambouliote, contre 25 % à Gaziantep, 30 % à Hatay et 80 % à Kilis, trois départements frontaliers de la Syrie, et 4,5 % de la population nationale.

« Les possibilités pour les Syriens de trouver du travail dans ces villes sont très limitées. C’est bien pour cela qu’ils viennent à Istanbul. S’ils retournent là-bas, ils vont constituer un fardeau supplémentaire pour la population locale », ajoute-t-il. Quant aux projets de retours massifs en Syrie, le scientifique les considère irréalistes. Pour Murat Erdogan, il n’y a qu’une seule solution viable : « Il faut commencer par admettre la réalité. Et la réalité, c’est qu’au moins 80 % des Syriens vont rester avec nous. Dès lors, nous devons mettre en place une politique d’intégration. C’est très important pour l’avenir de la Turquie, pour sa sécurité et sa sérénité. Les déclarations politiques sur le renvoi des Syriens ne font que raviver les tensions. »

La perspective d’un tel retour des réfugiés fait dresser les cheveux sur la tête des militants des droits humains. Dans un récent rapport, l’organisation Human Rights Watch (HRW) dénombre au moins sept exécutions sommaires dans la « zone de sécurité » tenue par les milices syriennes pro-turques, trois civils kurdes abattus alors qu’ils tentaient de regagner leur domicile et trois travailleurs humanitaires portés disparus. Elle conclut à l’absence, « sans ambiguïté », de sécurité dans ce secteur.

L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) affirme pour sa part avoir recensé 1 916 cas d’arrestations de Syriens à leur retour en Syrie entre 2014 et 2019, dont des réfugiés en provenance de Turquie. Parmi eux, 638 ont disparu et 15 sont morts sous la torture, affirme l’observatoire. « En ce moment, il n’y a aucune zone en Syrie qui soit suffisamment sûre pour permettre un retour des réfugiés », résume Andrew Gardner.

En dépit de ces recommandations, les rafles se poursuivent à un rythme soutenu, et les Syriens ne sont pas les seuls étrangers à être pris dans les filets de la police. Entre le 1er janvier et le 13 novembre, les forces de sécurité turques ont arrêté 395 900 étrangers en situation irrégulière, établissant un nouveau record national. Parmi les interpellés, les Syriens, au nombre de 49 100, ne figurent qu’en troisième position, loin derrière les Afghans (176 500) et les Pakistanais (61 400). Le durcissement post-électoral se reflète d’ailleurs dans les statistiques de l’administration des migrants : alors que les interpellations mensuelles ne dépassaient pas le chiffre de 30 000 au niveau national pendant le premier semestre, elles ont été de 49 700 en juillet, 55 500 en août, 67 300 en septembre, 60 500 en octobre.

Face aux difficultés du quotidien et à la menace constante d’une interpellation, certains Syriens ont fait le choix d’un retour dont la nature volontaire est discutable. Après six ans passés en Turquie, Rachid, un cordonnier quadragénaire originaire d’Alep, a ainsi pris place avec 200 compatriotes, début novembre, dans un convoi affrété par la mairie d’arrondissement d’Esenyurt, une lointaine banlieue d’Istanbul. « J’avais du travail, ici, mais je ne suis pas enregistré à Istanbul. Ils veulent m’envoyer à Adana, mais je n’ai rien à faire là-bas, je ne connais personne. Alors, autant rentrer en Syrie », explique le réfugié au milieu des ballots et des adieux déchirants. L’homme, qui emmène avec lui son épouse et ses quatre enfants, veut croire que le calme est revenu dans le quartier aleppin où il habitait. Sans en être tout à fait convaincu. Comme lui, quelque 365 000 Syriens ont « choisi » de quitter la Turquie pour rentrer au pays.

 

 

Vite dit

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 
juge
 
 5/12/2020 - Pratique illégale de la médecine par la juge

Quand un médecin, spécialiste de surcroît, justifie  après une consultation en urgence que l’état de santé d'une jeune femme enceinte de sept mois qu’il  a examinée est incompatible avec une rétention, comment le juge des libertés et de la détention et le représentant de la préfecture peuvent- ils argumenter le contraire et ainsi maintenir la privation de liberté ? Simple , le serment d’Hypocrite qui permet, sur la foi de ce que l’on pense, de s’absoudre de toutes considérations médicales. La justice avance !

Après, que penser du serment d’Hippocrate du médecin du CRA et de l'OFII si prompt à exécuter les basses œuvres des préfectures ?

Désespoir 28/11/2020 - Naître dans un Centre de rétention est ce possible ?

On sait d'ores et déjà qu'il est possible de passer beaucoup de temps dans un Centre de Rétention (jusqu'à 3 mois), d'être relâché puis d'y revenir plusieurs fois.
On sait qu'on peut y mourir (CRA de Rennes, de Vincennes, de Cornebarrieu...)
On sait aussi qu'on peut séparer une maman allaitante de son bébé de 20 jours pendant 4 jours avant de la libérer (CRA de Cornebarrieu).A notre connaissance, nous n'avons pas encore connu une naissance mais cela sera peut-être le cas prochainement au CRA de Cornebarrieu.
En effet, une jeune femme enceinte de 6 mois y est actuellement enfermée depuis presque 2 mois, par la volonté du préfet des Alpes Maritimes.
Comment une femme peut-elle mener une grossesse sereine dans cet univers angoissant ?
Manger, dormir, se laver, se reposer, tout est difficile voire impossible.
Alors avoir un suivi de grossesse adéquat, c'est un luxe impossible. On ne s'en occupeque quand il y a urgence, une hémorragie et des contractions anormales à ce stade de la grossesse.

« Comme je perdais du sang, on m'a emmenée à l'hôpital et depuis mon retour au CRA une infirmière de la PMI m'a téléphoné ».
L’État français fait de belles déclarations au sujet des violences faites aux femmes mais les traite avec mépris et inhumanité dès qu'il s'agit de femmes sans-papiers.
Relayé par les porte-paroles des préfectures et par les juges des libertés et de la détention, le discours est toujours : « le service médical du CRA est compétent ! ».

Alors, une naissance ou une fausse-couche prochainement au CRA de Cornebarrieu ?
Et quels papiers aura le bébé ?

Désespoir

 18/10/2020 - Bienvenue en France, pays du mépris et de l'indignité

Il habite en Haute-Loire, il s'est fait interpeller pour non-port du masque et se retrouve enfermé au centre de rétention de Cornebarrieu. Libéré par le juge 48h après son arrivée, les policiers en charge de la surveillance du centre ouvrent les grilles du centre de rétention, appliquant ainsi la décision judiciaire. Passé les grilles, ce n'est plus leur problème ! Comme beaucoup d'autres personnes enfermées là, cet homme n'a pas d'argent pour repartir chez lui, la batterie de son téléphone est proche de 0% et il ne connaît personne dans la région.

Mais cet homme là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres retenus du centre. C'est ce qui a amené un policier de la Police de l'Air et des Frontières (PAF), ce samedi là et dès l'annonce de la décision du juge au palais de justice, à s'approcher d'un membre du Cercle des Voisins auquel on avait interdit d'assister à l'audience, pour l'informer de cette libération et lui demander de l'aide.

Car ce retenu là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres prisonniers du centre. Ce qu'il a de plus c'est une paire de béquilles, ce qu'il a de moins c'est une jambe ! Pour le reste, il est semblable à tous ceux et celles qui passent dans ce camp.

Nous prenons acte de ce geste d'humanité de la part du policier qui a pris conscience de la fragilité de la personne libérée  mais nous continuons de dénoncer la talentueuse application de l'administration française à maltraiter ceux et celles qui demandent à être régularisés. Nos dirigeants sont à même de déployer des moyens exorbitants pour enfermer des personnes que, lorsqu'elles sont libérées par décision de justice, ils mettent à la rue comme des chiens. Avec une durée d'enfermement de plus en plus longue (jusqu'à 3 mois), quasiment systématique et sans discernement des pathologies physiques et mentales des personnes, l’État français démontre un comportement irresponsable et xénophobe.

Les expulsions sont souvent violentes mais les libérations par décisions de justice ou préfectorales  peuvent aussi l'être quand sont libérées des personnes vulnérables. D'autant que ces centres d'enfermement continuent de fonctionner en cette période de fermeture des frontières et de pandémie, devenant ainsi de nouveaux foyers épidémiques. D'autres policiers sont-ils prêts à aborder cette question avec nous ?

 

 

 

Désespoir
 21/6/2020 - Qui a jeté Tatiana à la rue ? ou Chronique du mépris ordinaire

Tatiana, jeune russe, aux activités malheureusement habituelles sur la Canebière, s'est faite arrêter par la police cannoise. Dans sa « tenue de plage », elle est transférée à la Police aux Frontières à Nice pour un longue garde à vue. L'Obligation de Quitter le Territoire Français tombe et la rétention est demandée par le Préfet des Alpes-Maritimes. Tatiana, toujours dans sa tenue très légère, est transférée en voiture à 580 km de la Promenade des Anglais.
Dans cette tenue de plage, la très jeune femme passera 48 heures au centre de rétention de Cornebarrieu en Haute-Garonne sans que des policiers ou des agents de l’OFII chargé d'accompagner les retenus ne lui trouvent de quoi se vêtir. Elle est présentée samedi 20 juin devant un juge en visio-conférence qui ordonne sa libération. A 18h30, le jour même , Tatiana , toujours dans la même tenue , est jetée à la rue devant le CRA de Cornebarrieu, sans argent, sans téléphone.
Merci les Pousses-aux-Crimes !
Tatiana erre pendant 24 h autour de l'aéroport de Blagnac avant que deux bénévoles du Cercle des Voisins la prennent en charge et la mettent à l'abri.

 

 

Désespoir

17/4/2020 - COVID-19 : CRA zone de non droit - agissons pour leur fermeture

Comme certains autres centres de rétention, le CRA de Toulouse-Cornebarrieu n'est toujours pas vide et ne le sera sans doute jamais car il semble servir de déversoir pour les préfets qui continuent de délivrer des Ordres de Quitter le Territoire Français, ordre absurde s'il en est vu la fermeture actuelle des frontières.
Les centres de rétention sont des zones où il est difficile de savoir réellement ce qui s'y passe. C'est ce qui avait déjà été dénoncé en 2012 pendant la campagne inter-associative 'Ouvrez les portes, on a le droit de savoir' avec Migreurop, Alternatives européennes et Reporters sans frontières auquel le Cercle des Voisins avait participé http://www.migreurop.org/article2106.html
Ces espaces fermés et surveillés par la police sont d'autant plus effrayants pendant cette période de confinement que toute visite devient maintenant impossible.
Les associations d'aide juridique se sont retirées( la Cimade pour le CRA de Cornebarrieu), l'agent de l'Office Francais de l'Immigration et de l'Intégration (OFII ) ne montre son nez que quelques heures par semaine mais son aide se résume à permettre 2 appels téléphoniques aux retenus qui le demandent. Pas de retrait d'argent impossible car selon eux les bureaux de poste sont fermés. Or sans argent, comment acheter des cigarettes, des cartes de téléphone...

Samedi 11 avril, le centre comptait 3 retenus et ce jeudi 16 avril, 5 hommes et une femme y sont maintenant enfermés. Les portes ne semblent s'ouvrir que dans un seul sens !
Le centre de Cornebarrieu compte 3 secteurs hommes, un secteur femme et un secteur famille. Dans chaque secteur, il y a un téléphone public où il est normalement possible de joindre les retenus depuis l'extérieur.
Les 5 hommes sont tous rassemblés au secteur D mais c'est le seul dans lequel il est impossible de les joindre car le téléphone est hors service.
Les retenus ont demandé à changer de secteur mais cela leur a été refusé.

L'un deux est au centre depuis 45 jours (en provenance de Lyon), un autre depuis 21 jours, deux autres sont arrivées plus récemment (le 13/04 après un contrôle à Perpignan et un autre ce jeudi 16 avril).
Une jeune femme arrivée dans le centre il y a 3 jours se retrouve complètement isolée dans son secteur. Elle a 19 ans. Elle ne mange pas.
Et bien sûr, pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, un peit savon
Vous qui êtes français et pendant ce confinement, vous avez du expérimenter une ou plusieurs fois des contrôles policiers visant à vérifier votre attestation de déplacement. Vous avez peut-être tester l'arbitraire de certains contrôles comme ce qui est décrit dans cet article
https://www.bastamag.net/attestation-controle-deplacement-PV-amendes-violences-policieres-confinement-covid
Imaginez ce que peut-être l'arbitraire policier quand vous le subissez 24h/24 dans un centre fermé ! La parole du prisonnier.e ou du "retenu.e" (euphémisme utilisé par l'administration) a -t-elle la même valeur que celle de l’homme ou de la femme en uniforme ?
https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/l-inegalite-des-vies-en-temps-d-epidemie_1782169

Les audiences devant le juge des libertés où nous nous avions l'habitude de nous poster en tant qu'observateur nous sont maintenant inaccessibles. Elles fonctionnent par visio-conférence. Aucune présence citoyenne donc.
Joint sur son propre téléphone, un homme nous dit que les policiers les menacent s'ils évoquent les conditions de leur rétention pendant l'audience.Lui-même a été malade, fiévreux, avait du mal a respirer et a appelé les services d'urgence avec son propre téléphone. C'est un homme en veste rouge de la société ONET qui est venu et a estimé qu'il simulait. Il a ensuite subi la répression policière. Il a été frappé et mis à l'isolement.

Mais les policiers semblent aussi se donner du bon temps avec grillades et bières au menu dans la cour du CRA. Peut-être que les journalistes pourraient aller y faire un tour au moment des repas pour vérifier la fumée.
Mas d'autres distractions policières sont encore moins amusantes et pourraient faire l'objet d'une enquête, comme dire à un retenu de rassembler ses affaires car il est libérable et le traiter de mongole quand il se présente avec son sac, avec ordre de regagner sa cellule.

 

Désespoir

15/4/2020 - Coronavirus et manifestation au CRA du Mesnil-Amelot : le choix de la répression

Ce mardi 14 avril, Christophe Castaner était l'invité du grand entretien sur France Inter. A une question sur la régularisation des sans-papiers, comme l'a fait le Portugal, le ministre de l'intérieur répond: "Si l'on regarde bien ce qu’a fait le Portugal, on s’aperçoit que nous avons le même dispositif, et que nous l’avons même fait avant le Portugal. Là-bas, il s’agit d’une régularisation temporaire de personnes arrivées avant le 18 mars. Nous, nous avons mis ça en place de façon systématique et pour tout le monde : nous n’avons pas besoin de prendre des mesures temporaires parce que les soins urgents sont assurés pour tous. S’agissant des situations administratives, nous avons prolongé de 90 jours tous les titres. Pour faire simple : nous avons fait comme le Portugal, mais avant le Portugal."

Aucune réaction des journalistes Léa Salamé et Nicolas Demorand !

Désespoir

Monsieur Castaner et ses interlocuteurs ne peuvent pourtant pas ignorer ce qu'a déclaré Adeline Hazan, le contrôleure des lieux de privation de liberté le 11 avril sur cette même radio.

"Aucun plan n’avait été envisagé pour faire face aux conséquences d’une épidémie en prison"
Ce même 11 avril, Monsieur Castaner ne pouvait pas ignorer que les prisonniers du CRA du Mesnil-Amelot en grève de la faim pour réclamer leur liberté ont été durement réprimés ce même 11 avril. C'est lui qui a donné l'ordre aux CRS de mater la rébellion.
C'est encore lui qui a autorisé le transfert de ces hommes dans d'autres centres de rétention (Lille, Rouen).

Alors, cessez de mentir Monsieur Castaner : La France n'a pas régularisé les sans-papiers comme l'a fait le Portugal.
Cessez de participer à la propagande gouvernementale, messieurs les journalistes!

 

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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