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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Médiapart - Olivier Bertrand - 23/3/2020

Mediapart consacre une série au centre de rétention de Marseille, où la France place des sans-papiers qu’elle veut expulser. Dans notre troisième épisode : les étrangers contestant leur sort ont droit, bien souvent, à une justice d’abattage.

L’audience n’a pas encore commencé au tribunal administratif de Marseille, une greffière classe des dossiers dans le hall devant la salle d’audience (cette scène se déroule juste avant le confinement général – ndlr).

Une vingtaine de policiers entrent encadrant neuf hommes menottés dans le dos, qui doivent donner leurs noms. Ils viennent du centre de rétention, contestent les obligations de quitter le territoire (OQTF) qui leur valent cet enfermement préalable aux renvois.

Un interprète traduit quelques questions. Une policière demande combien de temps va durer l’audience. Quelqu’un répond que ça ne devrait pas traîner, la juge de ce matin est surnommée « Speedy Gonzales », elle mène ses débats au pas de charge. Les policiers retirent les menottes, tout le monde s’installe dans la salle, en attendant la magistrate.

 © Benoît Guillaume

Benoît qui m’accompagne au dessin dans ces chroniques pour raconter la rétention et son environnement, aujourd’hui la justice, sort son carnet et un crayon. Un homme se retourne, observe son travail. Il s’appelle Mohcin, il est Algérien, a 34 ans et lui aussi est dessinateur. Au gré des suspensions, il nous racontera son histoire.

Il a rejoint la France et Avignon en passant par onze pays différents, en se faisant passer pour un Libyen, un Syrien. Il a pensé mourir de froid dans la neige à la frontière slovène, a pleuré de joie en voyant le drapeau italien, il était fier « d’avoir réussi ». À Avignon, le patron d’un restaurant oriental lui a confié la peinture d’une fresque sur un mur puis a mis une photo sur Facebook : « Regardez ce qu’il sait faire le blédard ! »

 © Benoît Guillaume
© Benoît Guillaume
 

Mohcin a reçu des commandes, puis il a rencontré une fille, ils ont trouvé un appartement à squatter. Elle a appris qu’elle était enceinte à l’automne dernier. « Au départ je ne voulais pas. Je n’ai pas de sous, pas de papiers. Mais elle m’a dit c’est comme ça, j’ai dit d’accord, j’étais fier. »

Un soir de janvier, au quatrième mois de grossesse, ils se font arrêter dans le tramway d’Avignon, sans billets. Mohcin dit aux contrôleurs : « Je suis clando, m’amenez pas à la police. » Ils le conduisent au commissariat, il est placé en garde à vue, sa copine ne veut pas l’abandonner, elle se rebelle et finit, raconte-t-il, par faire une fausse couche. « Ils l’ont emmenée à l’hôpital, il y avait beaucoup de sang. » Lui a été embarqué pendant ce temps à Marseille, au centre de rétention, où il est resté enfermé un mois et demi.

L’audience commence. La greffière se penche à l’oreille de la juge, coup d’œil dans notre direction. Elle la prévient de la présence de deux journalistes. Un premier homme approche à la barre. Il a le temps de dire quelques phrases, cela prend trois minutes avant qu’elle conclue : « L’instruction est close, l’affaire est mise en délibéré. »

Les autres dossiers défilent alors, chacun dure entre trois et neuf minutes. En moins d’une heure, les neuf affaires sont expédiées. L’audience suspendue, celui qui parlait tout à l’heure de « Speedy Gonzales » rigole : « Et encore, d’habitude c’est un vrai TGV, aujourd’hui je l’ai trouvée plus humaine, vous devriez venir plus souvent… »

À son retour, la juge donne en moins de deux minutes les neuf délibérés. Elle annule deux décisions d’éloignement, dont celle de Mohcin. Elle parle si vite qu’il ne comprend pas la décision, je lui fais signe qu’il va sortir, il n’y croit pas. J’ai juste le temps de lui glisser mon numéro de téléphone. Les policiers remettent les menottes, ce matin tous se comportent bien, ils semblent blasés, quelques-uns écœurés.

 © Benoît Guillaume
© Benoît Guillaume
 

Ils ont l’habitude, pourtant, de cette justice expéditive. Lorsqu’ils accompagnent les retenus devant le juge des libertés et de la détention (chargé de prolonger ou non les rétentions), c’est la même impression d’une justice d’abattage. Les débats ont lieu dans une salle située tout contre le centre de rétention (ce qui n’empêche pas les policiers de mettre systématiquement les menottes aux hommes qui doivent effectuer ces quelques mètres, pour éviter les risques de fuite, disent-ils – même quand les retenus sont en claquettes).

Depuis le métro, il faut enjamber des ordures, respirer les parfums d’urine, pour arriver à ce tribunal relégué. Un matin, devant la grille d’accès, il y a un slip sale et un préservatif usagé. L’audience a déjà commencé quand un policier vient ouvrir. C’est très souvent le cas, aux suspensions d’audience aussi.

À Marseille, des militants de la Cimade se relaient pour assister à ces débats à peine publics, ils publient des comptes rendus. « Ce qui nous a frappés d’entrée, dit l’un des membres du groupe, c’est la connivence entre les juges et les représentants du préfet. Parfois, ils arrivent dans la même voiture. »

La préfecture ne devrait être qu’une des parties à l’audience, mais la balance est complètement déséquilibrée. Pendant les suspensions, tout le monde quitte la salle, sauf les représentants du préfet, qui restent et devisent avec les greffières et la juge. Ils sont là tous les jours, sont comme des collègues de travail. Les frontières de l’audience sont déplacées.

L’iniquité se retrouve dans la conduite des débats. Le même homme intervient souvent pour la préfecture. Il y met beaucoup de cœur mais il parle à voix très basse, il marmonne, souvent seules les juges comprennent ce qu’il dit. Elles ne l’interrompent jamais. Puis quand les étrangers tentent à leur tour de s’expliquer, certaines des magistrates (elles sont quatre à se relayer) coupent la parole, abrègent, excédées.

« Pas de bon augure pour une vie de couple »

Certaines sont plus correctes. L’une dit parfois « Bon courage ! » à ceux qu’elle renvoie en rétention. Au fil des audiences, elles semblent effectuer un tri, conscient ou non, entre bons et mauvais étrangers. Un matin, une médecin syrienne passe à la barre. La magistrate remarque : « Vous êtes cultivée, vous parlez très bien français. »

À la suspension d’audience, elle l’autorise à voir rapidement son mari qui se trouve dans la salle, et demande que l’on mette un bureau à leur disposition un instant car il fait froid dehors.

Quelques jours plus tard, Rabah, jeune Algérien (lire le deuxième épisode de notre série), se présente à son tour. Il est beaucoup moins cultivé, lui sort de prison, sa compagne est présente dans la salle avec leur bébé, Rabah demande s’il peut embrasser son enfant. La juge répond que ce n’est pas le lieu.

 © Benoît Guillaume
© Benoît Guillaume
 

L’une des JLD (juges des libertés et de la détention) multiplie à longueur d’audiences les commentaires moralistes, les questions sans rapport avec la décision à prendre. À un retenu congolais : « Mais pourquoi vous voulez absolument venir en France et abandonner votre famille ? » À un Algérien qui explique que sa compagne ne va pas bien : « Ah ! c’est sûr, un compagnon condamné et sans papiers, ce n’est pas de bon augure pour une vie de couple ! »

On sent beaucoup de mépris, dans les phrases et les regards. La répétitivité des dossiers, la quasi-absence de public, a installé une justice partisane, dans un tribunal des indésirables, à l’abri des regards (contactée pour répondre aux questions sur ces audiences JLD, la présidente du tribunal judiciaire de Marseille n’a pas souhaité donner suite).

Plusieurs fois depuis le début de la grève liée à la réforme des retraites, des avocats membres de la commission droit des étrangers sont venus plaider en masse aux audiences JLD du centre de rétention. Certaines juges fulminaient, peu habituées aux plaidoiries structurées dépassant deux minutes.

À l’une des avocates, qui plaidait un matin, une magistrate lance : « Vous avez un chewing-gum, maître ! » L’avocate ne se dégonfle pas : « Vous aussi, madame la juge. » La magistrate bredouille : « Heu, non, moi c’est un bonbon ! » Ce matin-là, les rétentions de tous les hommes ont été prolongées.

« Les juges, soupire Philippe Pérollier, co-président de la commission droit des étrangers au barreau de Marseille, sont sensibles à la théorie de l’appel d’air, par conviction ou par crainte d’alimenter les populismes. »

Depuis l’attentat de la gare Saint-Charles en octobre 2017 (un homme avait tué deux jeunes filles juste après que l’administration avait choisi de ne pas le placer en rétention et Gérard Collomb, ministre de l’intérieur, avait limogé le préfet), les JLD ne prennent plus aucun risque. Certains sont aussi au bord du burn out, fatigués de leur fonction. Le droit des étrangers est devenu répétitif, dévalorisé, déshumanisé.

D’ordinaire, les avocats ne bousculent guère cette routine. Ils ou elles se contentent d’écouter l’argumentaire de la préfecture, avant de répéter : « Je m’en rapporte à votre tribunal », quel que soit le dossier. L’aide juridictionnelle rapporte 128 euros par affaire en droit des étrangers. Ridicule pour celui qui s’investit, mais d’un très bon rapport quand on se contente d’assister aux audiences sans travailler.

« On est une profession qui s’autocontrôle très peu, déplore Anaïs Leonhardt, coprésidente de la commission droit des étrangers. Certains confrères prennent de l’argent en plus de l’aide juridictionnelle, pour ensuite ne faire aucun travail. Les magistrats nous renvoient au visage le manque d’investissement de quelques-uns, cet amalgame les arrange. Mais quand on dénonce cela au barreau, on nous répond qui êtes-vous pour juger le travail de vos confrères ? »

 © Benoît Guillaume
© Benoît Guillaume
 

L’investissement de l’avocat ne pèse de toute façon guère dans la décision. Quasiment toutes les prolongations sont accordées, même quand les possibilités d’éloignement sont nulles (en droit, la rétention devrait être jugée illégale quand il n’existe pas de perspective raisonnable d’éloignement).

Même la pandémie actuelle, dont se sont saisis des magistrats pour libérer des retenus, n’a rien changé à Marseille. Ici, les retenus appellent les juges « Bonjour, trente jours ». Quand l’un d’entre eux est cependant libéré, il est difficile de comprendre pourquoi. Il arrive que deux dossiers strictement similaires reçoivent deux réponses opposées.

« Tant mieux pour ceux qui gagnent, murmure Philippe Pérollier. Mais c’est un total arbitraire. Ce droit est désormais totalement insécurisé. »

À cette loterie, Mohcin a gagné cette fois. En fin d’après-midi, j’ai reçu un texto. Il s’apprêtait à repartir pour Avignon. Le jour déclinait quand nous nous sommes installés en terrasse d’un café juste en face de la gare. Il nous a raconté en détail son périple, en dessinant sur une grande feuille les pays traversés, les frontières.

Il a trouvé les policiers grecs « très durs », comme les Bosniaques et les Croates. « Ils tapent les gens, ils cassent les téléphones, ils enlèvent les vêtements et vous jettent dans des rivières. »

C’était pourtant avant qu’Erdogan envoie les réfugiés se faire durement refouler par la Grèce. En l’écoutant, je me demande si les magistrats qui expédient leurs audiences en droit des étrangers font le lien avec ces images quand ils regardent la télévision.

Mohcin ne semble pas marqué. Il est fatigué mais joyeux, parle des rencontres en chemin, des solidarités. Il est le temps d’attraper le train. Il est gêné que je lui propose de lui prendre un billet. Il avait été arrêté à Avignon mais on l’a relâché devant le centre de rétention de Marseille, sans un euro en poche, sans un papier pour prendre un train.

***

Post-scriptum. Avec un temps de retard, le CRA de Marseille s’est vidé largement cette semaine à cause des risques liés au Covid-19. Il restait huit personnes samedi 21 mars : la préfecture veut garder le centre ouvert pour y placer les sortants de prison qu’elle souhaite éloigner après la pandémie. Les demandeurs d’asile en revanche sont sortis et assignés à résidence. Mais plusieurs d’entre eux sont obligés de prendre les transports en commun tous les jours, en plein confinement, pour venir pointer au CRA.

 

 

 

Vite dit

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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