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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : La Cimade - Rafael Flichman - 7/5/2020

À Béziers et à Massy, La Cimade accompagne des personnes en demande d’asile et réfugiées dans des foyers où les équipes poursuivent leurs missions malgré le confinement. Interview croisée pour mieux cerner les enjeux, mais aussi les problématiques spécifiques rencontrées.

Dans le centre provisoire d’hébergement (CPH) pour personnes réfugiées de Massy et dans le centre pour demandeurs d’asile (Cada) de Béziers, les équipes de La Cimade poursuivent leurs missions pour accompagner les personnes hébergées malgré les mesures de confinement. Elles sont confrontées à une réalité complexe, un travail social redessiné, à des contraintes et des missions nouvelles. Dans des lieux de vie collectifs où les personnes sont hébergées dans des chambres de moins de 7 à 9 mètres carrés, avec cuisines et sanitaires partagées, le confinement strict est-il impossible ? Réponses de Laetitia Mounier, éducatrice spécialisée au CPH, et Pascal Dhoyer, intendant du Cada.

COMMENT SE DÉROULE LE TRAVAIL NON-CONFINÉ ?

Pascal Dhoyer : Nous avons définit collectivement une nouvelle manière de fonctionner, nous ne sommes pas en permanence au centre et certains collègues sont en télétravail. Ainsi, il y a une personne sur place les lundi, mercredi et vendredi, de 10h à 15h ou 16h selon les besoins. Moi, qui suis plus dans la partie technique qu’administrative et juridique, je suis aussi en réserve. Je me rends sur place à ce rythme là, tout en étant aussi un peu d’astreinte pour les coup durs : des pannes ou des incidents quelconques sur les locaux ou appartements, ça arrive régulièrement…

J’y vais à la demande. Pour compenser le fait que j’interviens moins régulièrement, j’essaye d’organiser mon boulot en m’appuyant sur des prestataires ou des personnes extérieures qui peuvent m’appuyer ou m’aider. Ça peut être des problèmes de chaudière, de chauffage, d’eau chaude ou d’infiltration.

Le travail d’équipe se fait en réunion par visioconférence, trois fois par semaine, dans la mesure des disponibilités de chacun·e, comme en temps normal. Ça participe à maintenir le suivi et ça m’aide bien pour entretenir les liens avec les résident·e·s sur des problématiques autres que techniques. Ma fonction me laissait parfois éloigné de leurs vies, puisque c’est le reste de l’équipe est dans l’accompagnement social, administratif et juridique des demandeurs d’asile. C’est intéressant pour moi, autant pour les mauvaises infos que pour les bonnes.

Laetitia Mounier : Nous avons complètement transformé notre façon de travailler. Pour préserver à la fois les personnes accueillies au centre et les salarié·e·s, nous ne fonctionnons que par binôme par jour travaillé, toujours les mêmes binômes. Et il y a une partie de l’équipe qui ne peut pas se rendre sur place et continue en télétravail. Et ce pour pour plusieurs raisons : la distance et la prévention des risques de transmission du virus dans les transports en commun, mais aussi la charge de famille. En effet, notre profession, bien que réquisitionnée par l’État pour poursuivre notre mission, n’a pas accès au mode de garde organisé, par exemple, pour le personnel sanitaire pendant le confinement.

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Des résidents du Cada de La Cimade à Béziers, mai 2020. © La Cimade

QU’EST-CE QUI A DÛ ÊTRE MIS EN PLACE ?

L. M. : Nous avons mis en « stand-by » le travail social, sauf les urgences qui sont assurées, comme l’accès ou le maintien des droits de personnes. Et surtout, nous avons réalisé un nombre important d’aménagements dans un centre d’hébergement qui ne s’y prête pas du tout : nous avons créé deux zones de vie confinée. Une première zone pour les personnes qui présentent des symptômes, mais qui ne sont pas testées, a été montée dès la première semaine. Et la deuxième semaine, une deuxième zone pour les personnes testées positives au covid-19.

Ce que nous faisons et que nous ne faisions pas avant ?

  • Nous livrons des plateaux repas, avec l’aide de la mairie de Massy, pour les personnes les plus vulnérables, celles qui présentent des risques de comorbidité, et celles qui ont été contaminées.
  • Nous sortons les poubelles [rires].
  • Nous sommes en contact avec les professeur·e·s des enfants des résidents et les différents sites Internet de l’Éducation nationale. Les personnes que nous accueillons n’ont pas toutes un bon accès à Internet, encore moins à un ordinateur ou une imprimante, et pour certaines ne savent pas utiliser les outils informatiques ou ne parlent pas français. Nous faisons le relais, nous les soutenons, nous imprimons les devoirs des enfants pour les remettre quotidiennement, ou de manière hebdomadaire, selon les organisations des enseignants.
  • Nous sommes extrêmement à l’écoute par rapport aux angoisses que le confinement ou cette crise peuvent susciter. La psychologue de l’équipe intervient régulièrement par téléphone. Le confinement est vécu comme un enfermement, et pour le public que nous accueillons dans le centre, ça peut raviver des traumatismes passés. Beaucoup de personnes ont été emprisonnées, torturées, violées. C’est important de l’avoir en tête pour penser à notre travail pendant le confinement.
  • Nous avons changé tous nos modes de mise en relation. Pour les protéger et pour nous protéger, nous évitons au maximum les contacts physiques. Nous fonctionnons beaucoup par téléphone ou par email avec certain·e·s et avec des appels vidéos.
  • Nous sommes encore plus en contact avec les interprètes, car il est essentiel qu’ils et elles soient informées, comprennent ce qui se passe.
  • Nous avons installés des distributeurs de gel hydro alcoolique sur des points stratégiques, à côté des cuisines, à côté des sanitaires, à l’entrée du centre, pour que les personnes puissent au maximum appliquer les gestes barrière. L’équipe porte des masques et des gants lorsque nous allons sur le centre faire des distributions ou pour rencontrer les personnes lorsque c’est indispensable.
  • Pour chaque geste, un ensemble de protocoles est mis en place. C’est indispensable pour les personnes qui nous accueillons, mais aussi pour nous. Nous devons nous préserver au maximum, car l’idée est de tenir sur la longueur et d’anticiper la possibilité de tomber malade.

Les quinze premiers jours ont été d’un stress énorme. Du côté des organes de tutelle et de l’État, c’était le silence radio pendant une bonne grosse semaine. Nous n’avons pas attendu, bien évidemment, pour mettre des choses en place ! Par exemple, nous avons tout de suite distribué des masques auprès des résidents et c’est peut-être grâce à ça que nous avons peu de personnes touchées par le covid-19.

L’Agence régionale de santé (ARS) a été réactive et nous a transmis des protocoles. Mais nous avions déjà les éléments, car nous avons eu la chance d’être aidés par une bénévole de La Cimade médecin, qui a notamment géré la crise du H1N1, et nous a apporté énormément de conseils très précieux. Je pense que sans son aide, nous aurions vécu une catastrophe.

Nous avons été approvisionnés extrêmement tard en masques par l’État. La Direction départementale de la cohésion sociale (DDCS) ne nous a livré que 250 masques entre le 6 avril et la fin du mois. Mais nous avions le stock périmé de l’époque de la grippe H1N1. Pour le gel hydro alcoolique, nous nous sommes débrouillés localement avec les pharmacies du coin. L’État nous a livré 2 litres au bout de 45 jours, alors que nous avons une consommation de 5 litres par semaine ! Et ce n’est pas faute de les avoir sollicités : ils connaissaient nos besoins.

Et pour les tests, c’est particulièrement choquant, nous avons 115 résidents et l’ARS nous a octroyé seulement trois tests. La deuxième semaine, nous avions trois personnes présentant des symptômes. La première personne a été testée positive, confinée dans la première zone, puis dans la deuxième dès que nous avons eu les résultats du test. Deux autres personnes présentaient les symptômes et nous avons cherché à les faire tester, mais tous les laboratoires répondaient négativement. Et nous avions peur que ça devienne très problématique en cas de hausse de contaminations dans le centre. À la fin de la deuxième semaine et après avoir beaucoup insisté, une équipe mobile de l’ARS s’est déplacée et a permis de réaliser un test qui s’est révélé positif. Donc au bout de deux semaines, nous avions utilisé deux des trois tests proposés par l’État…

À notre connaissance, deux personnes symptomatiques ont été contaminées par le covid-19 dans le centre. Deux de mes collègues ont été aussi contaminées et aucune des deux n’a pu avoir accès à des tests.

Notre système ne tient qu’à ça. Nous avons fait un très gros travail de sensibilisation. Les personnes que nous accueillons sont très sensibles à ce qui se passe, très à l’écoute, elles s’informent aussi par elles-mêmes. Et toutes les actions de sensibilisation ont été prises au sérieux, elles nous ont permis d’instaurer très rapidement les gestes barrières, que les personnes fragiles puissent porter des masques et soient le moins en contact possible avec les autres. Les enfants ont pris plus de temps à comprendre et à arrêter de jouer dans les couloirs.

Et les personnes accueillies ont fait preuve d’une énorme solidarité. Elles nous ont proposé de créer des équipes de désinfection par couloir des parties communes. Des résidents se sont aussi proposés pour préparer des bons petits plats pour les personnes contaminées pour leur remonter le moral ou leur faire des courses. Malgré les angoisses et la masse de protocoles mis en place sans toujours pouvoir communiquer dessus en temps réel, les gens ont joué le jeu, on a la chance d’avoir un super collectif dans le centre.

Chaque personne de l’équipe continue d’être en lien avec les résidents qu’elle accompagne, nous sommes dans une écoute très active pour répondre au mieux à leurs inquiétudes, utiliser tous les moyens possibles pour une bonne compréhension de la situation.

P. D. : À Béziers, nous avons la chance de n’avoir eu aucun cas de contamination par le covid-19. Une chose qui est bien, c’est qu’avec le confinement, nous avons insisté avec les résidents pour qu’ils puissent entretenir une hygiène renforcée. Nous avons retrouvé un stock de produits plus efficaces pour désinfecter. Et nous avons augmenté le rythme de lavage des appartements et des espaces de vie commune (cuisines et salles de bain).

Au départ, on est parti bosser avec nos foulards et nos gants de travail. Pour se protéger nous n’avions pas grand-chose, c’était la débrouille. J’avais pas trop envie d’aller dans toutes les chambres pour faire ce que je faisais régulièrement avant. C’est vrai que j’y allais à reculons au début et encore un peu aujourd’hui, je ne peux pas passer sur tous les espaces et toutes les chambres. Je me restreins à intervenir moins par rapport à ce que je faisais avant.

Et aujourd’hui, nous avons un peu plus de matériel de protection. Nous avons commencé avec des masques en tissu cousus par notre comptable en télétravail, il en a fait pour toute l’équipe. J’en ai deux lavables qui me vont bien et que je change périodiquement. Et avec d’anciens stocks de produits issus des hôpitaux qui permettent de bien désinfecter. Nous avons aussi retrouvé du gel hydro alcoolique et du savon. J’en ai dans mon bureau et dans ma voiture. Le Cada a aussi récupéré 100 masques et 20 flacons de gel hydro alcoolique transmis par la DDCS début avril. Et des bénévoles nous ont confectionné une vingtaines de masques en tissus et proposent de nous approvisionner encore si nécessaire.

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QUELS SONT LES IMPACTS DE LA CRISE ?

L. M. : Nous ne travaillons plus en équipe élargie sur le site et nous accompagnons énormément à distance, par téléphone et sur ordinateur, alors que ce n’est pas du tout dans nos habitudes. Ces outils génèrent une fatigue supplémentaire. Et, pour les collègues en télétravail, ça peut être très frustrant de ne plus pouvoir être sur le terrain.

Le télétravail c’est pas simple dans le travail social. Je suis la référente des deux personnes qui ont été contaminées par le covid-19. Et je les ai eu tous les jours au téléphone pour faire un point sanitaire, car nous n’avons aucun personnel médical au sein de l’équipe. La bénévole de La Cimade médecin, les médecins traitants des patients, la pharmacie et les acteurs de proximité ont tous et toutes été formidables. Mais certaines choses peuvent être très déstabilisantes, c’est déjà le cas en présentiel, alors à distance, ça peut être plus dur. Par exemple, une des femmes malades m’a donné ses dernières volontés par téléphone… Et j’avoue que j’étais pas du tout prête à ça, j’avais déjà eu une grosse journée, je me suis pris ça comme une claque dans la gueule.

Et dans un cas comme ça, c’est très difficile de ne pas être entourée de ses collègues. Quand je suis sur site, si un événement de cette violence arrive, je fais une pause, j’en parle avec mes collègues, etc. Bien sûr, ça s’est fait par téléphone, et je peux aussi contacter des psychologues si nécessaire. Mais je porte le stress et les angoisses des personnes, car je les réceptionne. Et j’ai mes propres angoisses personnelles, quand je vais au travail, je prends le risque de contaminer mon propre foyer, d’être un agent contaminateur, ça ajoute du stress. Même si nous sommes une équipe très unie, en partie en télétravail, c’est un peu bancal, mais la présence des uns et des autres me manque, et de plus en plus avec la longueur du confinement.

QUELS SONT LES BESOINS QUI NE SONT PAS COUVERTS ACTUELLEMENT ?

L. M. : Nous avons besoin de dictionnaires, d’ordinateurs et de tablettes pour les enfants. Ce sont des outils essentiels pour l’école, ils n’en ont pas, et en cette période, il n’est pas possible d’en acheter. L’école à distance c’est très compliqué ici… Les enfants sont aussi victimes de la fracture numérique.

Et nous avons besoin de tests ! Car si jamais des personnes sont contaminées en plus grand nombre, notre système ne tiendra pas.
Nous avons besoin de gel hydro alcoolique, de masques ou d’argent pour en acheter. Tout ça c’est des surcoûts qui ne sont pas prévus dans le budget du centre.

QU’EST CE QUI EST LE PLUS DIFFICILE ?

P. D. : Le plus difficile c’est de ne pas pouvoir intervenir plus souvent parce que nous sommes tout de même censés êtres confinés et parce qu’il faut faire en sorte de limiter la prise de risques. Donc je prends du retard sur l’entretien et d’ici peu ça va ressurgir avec des conséquences plus graves. Je suis plus rassuré aujourd’hui pour mon intervention personnelle, nous sommes mieux protégés, sachant que je suis une personne à risque, j’ai plus de 60 ans. Mais les résident·e·s du Cada respectent les distances de sécurité. Quand j’interviens, je demande aux gens de sortir faire un tour et je suis assez pointilleux pour faire attention aux risques de contamination indirectes. J’essaye de ne pas me frotter ou me rouler par terre, mais parfois pour changer un robinet on est bien obligé de se mettre à quatre pattes… mais bon après je suis très attentif et je suis maintenant moins anxieux dans mes interventions.

L. M. : En tant que travailleuse sociale, aujourd’hui, ma difficulté c’est de continuer à faire mon travail avec un système complètement effondré. Avec cette crise, nous réalisons qu’en temps normal, faire respecter les droits des personnes réfugiées et précaires c’est très compliqué, mais là, aujourd’hui, ça devient un marasme total. Nous nous occupons de personnes que la société ne souhaite pas trop voir, et nous devenons nous-même des « invisibles ». Pour l’avenir, si les choses pouvaient s’améliorer, ça serait indispensable de donner un message d’espoir après tout ça. Nous faisons partie des secteurs où nous ne pouvons pas être rentables, ce n’est pas possible ! Ça fait vingt ans que je travaille dans le social, je constate ce glissement, on nous demande de devenir rentables avec de l’humain. C’est tout simplement impossible. Il faut vraiment un changement de paradigme. Aujourd’hui, les travailleurs et travailleuses sociaux sont épuisées. Elles puisent dans leur résilience, mais il arrive un moment où la résilience n’est pas un puit sans fin. De plus en plus de salarié·e·s finissent en burn-out. Là, c’est le dur de la crise, on tient avec les nerfs. Mais mon inquiétude c’est le « après », quand ça va retomber. Avec le déconfinement, les administrations vont se réveiller, les partenaires aussi, la surcharge de travail va arriver, et il va falloir continuer.

QU’EST CE QUI CONTINUE À VOUS MOTIVER DANS LE TRAVAIL EN CETTE PÉRIODE DE CRISE ?

L. M. : C’est pouvoir travailler en mettant l’humain au centre de tout, avec beaucoup de bienveillance. Et à La Cimade, nous disposons encore de cette possibilité ! Dans beaucoup d’autres structures et associations, ce n’est plus le cas, je l’ai constaté dans ma carrière. Je pourrais parler de la maltraitance qui s’institutionnalise envers les publics accueillis et les salarié·e·s. Ce qui me motive ? C’est les moments de partage, les fous-rires avec les réfugié·e·s, avec les collègues, tous les échanges de savoir aussi. Nous accompagnons des personnes qui ont des accidents de parcours et un vécu impressionnant. Ce qui me motive dans le travail, ce sont les rencontres qui m’aident à mettre les choses en perspective tous les jours.

P. D. : Tout le monde prend soin des autres et je pense que les résident·e·s le sentent. Je ne peux que me raccrocher à offrir le confort le plus grand possible pour les résidents. Sinon dans un autre contexte, j’aurais peut-être moins envie d’aller au boulot. Avoir un meilleur confort en cette période difficile c’est important. Être confiné dans une chambre qui fait 7 ou 8 mètres carrés, c’est très dur à vivre. Si on a vingt chambres dans un couloir, c’est beaucoup plus dur que quand moi je suis dans ma maison, et même si je n’ai pas une grande maison, j’ai de l’air autour de moi et je peux rester seul si j’en ai l’envie.

Et il y a une bonne dynamique dans l’équipe. Même avec celles et ceux qui ne sont pas sur Béziers et sont en télétravail, tout est efficace, le boulot avance très bien, autant qu’avant le confinement. Même si ça pose pas mal de difficultés avec les signatures ou la carte de paiement pour l’allocation pour demandeurs d’asile (ADA) et son renouvellement prévu depuis le 27 avril.

UN MOMENT AGRÉABLE ET POSITIF À RETENIR ?

L. M. : C’est toutes les attentions entre collègues, les petits messages sympas, tous les sourires qu’on croise auprès des résident·e·s, le fait qu’ils et elles s’inquiètent pour nous et notre famille. Et aussi les petites victoires. Par exemple, la semaine dernière j’ai essayé d’orienter vers un dentiste une personne que j’accompagne. Ça a été très compliqué, le système mis en place par l’ordre des chirurgiens-dentistes ne fonctionne pas, mais la proximité des professionnels de santé qui sont là localement, ça fonctionne. Une dentiste voisine a fait le relais et j’ai pu trouver une consultation. Toute cette solidarité qui se créé en ce moment c’est magnifique. Le réseau entre collègues, avec des anciens collègues, des copines qui fabriquent des masques en tissu pour celles et ceux qui bossent dans des structures qui jouent pas le jeu.

P. D. : Fatalement les collègues on les croise moins ! Je croise plus de résident·e·s que de collègues. Mais la dernière fois, j’étais avec quelqu’un qui ne parle pas du tout le français et c’est une personne à risque, très vulnérable, avec de gros problèmes de santé. Il avait un problème pour changer sa bouteille de gaz, je suis venu l’aider et il était tellement content d’avoir du gaz qu’il m’a offert un gâteau. Je suis reparti avec mon gâteau et ma bouteille de gaz vide et j’étais l’homme le plus heureux sur terre. C’était pas tant le gâteaux, mais le voir tellement content de pouvoir continuer à cuisiner, je me suis dit c’est bon ils sont heureux, malgré toutes leurs problématiques.

 

 

 

Vite dit

06/06/2022 - Archarnement administratif, ca suffit !

« Comment peut-on croire qu'on sera plus heureux en faisant du mal à d'autres ? » (Hervé le Tellier – L'anomalie)

Ce mardi 7 juin 2022, Gideon est convoqué au tribunal judiciaire de Toulouse. Combien de juges a-t-il vu depuis le jour où il a été interpellé au commissariat de Pamiers ?

Au moins 7.

Le 3 mai, ce jeune gabonais de 18 ans, a été placé au centre de rétention de Cornebarrieu pour un vol prévu le 4 mai vers Libreville. Ce placement rendu possible par la loi (Article L 740-1 CESEDA) a été concrétisé par la préfecture de l'Ariège.

Il a refusé d'embarquer car toute sa famille vit en France de manière régulière. Il est scolarisé au lycée de Lavelanet et n'a plus du tout d'attache au Gabon.

Le 5 mai, le juge de la liberté et de la détention (JLD) décide de la prolongation de sa rétention (Article L742-3 CESEDA) permettant ainsi à l'administration d'organiser un nouvel 'éloignement'.

C'est le 27 mai qu'aura lieu cet 'éloignement' mais cette fois avec des techniques coercitives musclées (GTPI). Monté de force dans l'avion, Gidéon sera ligoté et molesté jusqu'au moment où le commandant de bord exigera son débarquement.

Mais s'opposer à son expulsion est un délit. Gidéon passera le soir même devant le procureur en CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) et sera puni d'une peine de prison de 3 mois avec sursis et 5 ans de mise à l'épreuve.

A 100 km de Toulouse, la préfète de l'Ariège reste inflexible : Gidéon doit rester enfermé pour être expulsé.

Le 2 juin, la juge JLD rendra un avis légèrement plus conciliant en lui permettant de rejoindre famille mais en l'obligeant à signer tous les jours au commissariat.

La préfecture de l'Ariège n'a pas apprécié cette décision. Elle a fait appel et l'audience aura lieu ce mardi 7 juin à 9h45 au palais de justice de Toulouse.

Si vous venez à cette audience, vous ne verrez pas le ou la signataire de cet appel. Il ou elle se fera représenter par un ou une porte-parole bien obéissant.e.

On sait qu'un nouveau vol a été demandé par la préfecture et si Gidéon le refuse, il risque cette fois 3 ans d’emprisonnement et une interdiction du territoire de 10 ans.

Depuis ses 18 ans, Gidéon vit sous la menace d'une arrestation, d'une expulsion !

Ce 6 juin, c'est son anniversaire. Il a 19 ans.

 

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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