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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : basta - Louise Rocabert - 25/5/2020

Elles sont femmes de chambre et ont fait grève pendant de longs mois pour un travail justement payé et mettre fin aux discriminations. Le confinement a suspendu le mouvement, sans y mettre fin. Retour sur la lutte de ces femmes employées par un sous-traitant du groupe Accor et bien décidées à obtenir l’égalité.

Elles faisaient grève depuis le 17 juillet 2019. Huit mois plus tard exactement, le 17 mars 2020, la France entrait en confinement. Les vingt grévistes de l’hôtel Ibis Batignolles, dans le 17ème arrondissement de Paris, se sont retrouvées contraintes de suspendre leur mouvement. La crise sanitaire a mis la grève entre parenthèses. La lutte, elle, n’a pas cessé.

Embauchées par la société de sous-traitance SAS-STN, elles sont femmes de chambre ou gouvernantes, métiers qui constituent le cœur d’activité de l’hôtellerie : gérer, nettoyer et préparer les chambres qui accueilleront les clients. Avec elles, un seul homme, Aboubacar, qui a en charge le nettoyage des parties communes de l’hôtel. Pendant huit mois de grève, de rassemblements, de manifestations, de fêtes de soutien, de meetings, leur vie quotidienne, leurs relations entre collègues ont été bouleversées. Six jours sur sept sur le piquet, devant l’hôtel, à interpeller les clients et chanter des slogans. Et du jour au lendemain, pour cause d’épidémie, le retour à la maison. Elles sentaient pourtant qu’elles étaient prêtes à gagner, que le groupe hôtelier était sur le point de craquer.

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Mariama et Sandra, femmes de chambre. © Louise Rocabert.

Les grévistes, soutenues par le syndicat CGT-HPE (pour "hôtels de prestige"), dont elles sont membres, ont pour revendication principale leur intégration à l’hôtel Ibis, afin que leurs conditions de travail soient déterminées par les conventions collectives de l’hôtellerie. Parmi toutes les améliorations matérielles qu’entraînerait ce changement d’employeur, il y aurait une meilleure prise en charge des maladies professionnelles, courantes dans leur métier, et des conventions d’avancement dans leur carrière. Surtout, la disparition de la cadence des trois chambres et demi à l’heure qui est au centre des revendications.

« Je travaille sept heures par jour, et à la fin du mois, je ne suis payée que pour cinq »

Cette contrainte donne exactement 17 minutes aux travailleuses pour nettoyer et préparer chaque chambre. Pour Tiziri Kandi, animatrice de la CGT-HPE, il est clair que « 17 minutes pour faire une chambre, c’est irréalisable ». Alors, les femmes de chambre font systématiquement des heures supplémentaires, pouvant aller pour certaines d’entre elles jusqu’au double de leurs heures déclarées. Touré, qui travaille sur le site de Batignolles depuis un an et demi, raconte : « Le travail est très dur, ils ne nous respectent pas. Mon contrat est de cinq heures par jour mais j’en travaille sept, et à la fin du mois, je ne suis payée que pour cinq. »

Le métier de femme de chambre est éreintant : pousser le chariot de ménage est rude pour les épaules et les lombaires ; faire la literie en tirant les draps et en levant les matelas cause de nombreuses tendinites aux mains et endolorit les épaules ; laver les miroirs et la salle de bain en étirant les bras génère des douleurs à la nuque. La manipulation de détergents toxiques favorise le développement de maladies chroniques et potentiellement mortelles. À l’instar de nombreux métiers féminisés, les risques d’accidents du travail des femmes de chambre sont sous-évalués et les maladies professionnelles mal reconnues.

valerie mama

                  Mama, femme de chambre : « Il faut que les gens sachent que sous-traitance, ça veut dire maltraitance ».
                  Valérie, gouvernante : « Il faut qu’on nous respecte, qu’on arrête de nous traiter comme des moins que rien. »
                                                                                  © Louise Rocabert.

Pour Rachel, embauchée en 2003, « Le travail de l’hôtellerie, c’est un travail très difficile. » Elle souffre d’une tendinite. « Souvent j’ai mal ! Je me suis fait mal aussi au dos. Ce boulot, ça abîme. Si on était directement embauchées par Accor, je pense que ça irait mieux. Ceux qui travaillent directement avec les hôtels, ils ne font pas 30, même 40 chambres par jour comme nous. » Ces difficultés, toutes les femmes de chambre les connaissent. Depuis une dizaine d’années, un groupe de salariés de STN s’organise sur le site de l’Ibis Batignolles. De nombreux conflits ont éclaté au fil des ans entre la direction et le service de l’hébergement, en particulier autour de la surcharge de travail des femmes de chambre. À chaque changement d’entreprise de sous-traitance qu’elles ont connues, Sin & Stes, Elior, Sogepark puis STN, leur charge de travail s’est alourdie.

Saisine des Prud’hommes pour faire valoir leurs droits

D’abord syndiquées à Force ouvrière, les travailleuses de l’hôtel Ibis de Batignolles rejoignent la CGT Propreté espérant y trouver un plus grand soutien. En vain. En 2019, les salariés de STN apprennent la mutation de 13 de leurs collègues. Leur contrat de travail avec STN inclut une clause de mobilité qui permet à l’employeur de muter les salariés à tout moment. En juin, les salariées rencontrent la CGT-HPE, qui a une longue expérience des conflits dans la sous-traitance, ayant obtenu l’intégration des salariés dans 13 hôtels en France. Une trentaine de salariées se syndiquent alors, et le 17 juillet 2019, la grève démarre.

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                                                                                                       Mama, femme de chambre.
                   © Louise Rocabert.                                                                           

Lorsque l’on demande à Sylvie comment la décision a été prise de se lancer dans une grève qu’elles savaient d’avance longue et dure, elle répond : « Si tu ne te lèves pas, personne ne se lèvera pour toi. » Alors que la grève en était à ses débuts, la CGT-HPE a saisi les Prud’hommes pour les 24 grévistes de l’hôtel. La plaidoirie était prévue pour le 16 mars. Avec la crise sanitaire, elle a été repoussée. Aujourd’hui, toutes les audiences sont renvoyées et le calendrier de reprise n’est toujours pas annoncé. Les syndicalistes se préparent. Ils ont profité du confinement pour retravailler les dossiers.

La plaidoirie s’articulera autour de trois motifs : l’exigence de requalification des contrats de travail, le recours par l’hôtel au travail dissimulé, et enfin une organisation du travail considérée comme relevant du marchandage et du prêt illicite de main d’œuvre. « Il est crucial de ne pas réduire leur travail à du simple ménage. Elles livrent une prestation complète effectuée en autonomie, qui nécessite des compétences et engage leur responsabilité », explique Tiziri Kandi, de la CGT-HPE. Aujourd’hui, toutes les femmes de chambre sont classées « agents de service 1A », soit l’échelon le plus bas de la convention collective des entreprises de propreté, et cela alors même que certaines d’entre elles travaillent pour STN depuis plus de 15 ans. Elles revendiquent un changement d’échelon qui leur ferait a minima gagner une hausse de salaire de 60 centimes de l’heure. Ensuite, il s’agit de transformer deux CDD en CDI et de faire passer les temps partiels en temps complets.

kani

                     Kani, femme de chambre. « À Ibis, ils nous donnent 30, 40 chambres, 50 chambres à faire par jour et à la fin du mois,
                                                          je n’ai qu’entre 700 et 1000 euros. » © Louise Rocabert

Le recours au terme de « travail dissimulé » se justifie pour Tiziri Kandi par l’obligation des trois chambres et demi à l’heure : personne ne pouvant faire toutes ses chambres en 17 minutes ou moins, cela implique nécessairement la réalisation d’heures supplémentaires de façon quotidienne. « À Ibis, ils nous donnent 30, 40 chambres, 50 chambres à faire par jour et à la fin du mois nous n’avons qu’entre 700 et 1000 euros », explique Kani, femme de chambre.

« Nous devons êtres traitées comme tout le monde », demande Kani. « Comme tout le monde », cela veut dire comme les salarié·e·s internes à l’hôtel Ibis. C’est à cela que renvoie le motif de « marchandage et prêt illicite de main d’œuvre » de la procédure aux Prud’hommes : l’hôtel recourt à la sous-traitance dans le cadre d’un travail quotidien de femme de chambre, pour lequel l’établissement devrait employer les salariées directement.

La sous-traitance, un enjeu de discrimination raciale

Le 6 février dernier, le groupe Accor, premier groupe hôtelier de France, était épinglé par un « testing » commandé par le gouvernement français, aux côtés de six autres entreprises, pour « présomption de discrimination à l’embauche ». La campagne de testing consistait à évaluer la réponse des employeurs à des candidatures en fonction du patronyme (« consonance maghrébine » ou « consonance européenne ») et du lieu d’habitation (quartiers « prioritaires » ou pas) [1]. Accor avait déjà été pointé du doigt par le gouvernement dans un rapport similaire présenté par Myriam El Khomri en 2017 [2].

      dnejeba toure                                                       

Dnejeba et Touré, femmes de chambre.

© Louise Rocabert.

La CGT-HPE fait le lien entre les résultats de ces rapports et l’embauche en sous-traitance des femmes de chambre. Tiziri Kandi explique : « Le groupe Accor sait faire le nettoyage, car il y a des hôtels où cela se fait en interne. Mais il refuse de l’internaliser ici, bien évidemment car cela permet de faire des économies sur le dos des femmes de chambre, mais pas seulement. Car s’il n’y avait que des raisons économiques, ils auraient pu sous-traiter un autre service : le service de restauration ou de réception par exemple. En fait, s’ils choisissent délibérément de sous-traiter ce service-là en priorité, c’est qu’il y a là très majoritairement des travailleuses d’origine africaine, qu’ils estiment plus exploitables. C’est une corrélation d’arguments économiques et de racisme qui motivent ici le recours à la sous traitance. »

Avant le confinement, la CGT-HPE devait déposer un recours pénal contre le groupe hôtelier pour « discrimination raciale systémique » en s’appuyant sur un jugement rendu le 17 décembre dernier en première instance par le tribunal de Paris, dans une affaire de discrimination raciale contre des salariés du BTP. La crise sanitaire a repoussé le recours, mais les syndicalistes assurent qu’ils le déposeront dès que possible.

À cause du système de sous-traitance, impossible de faire reconnaître les heures supplémentaires

Si la sous-traitance permet aux hôtels de réduire les coûts salariaux, pour la CGT-HPE, elle est aussi utilisée pour « détruire la solidarité », explique l’animatrice syndicale Tiziri Kandi, notamment via l’usage de la clause de mobilité, utilisée « de façon discrétionnaire » par le patronat pour déplacer les salariés d’un hôtel à l’autre, dès qu’un salarié dérange. La multiplicité des statuts sur un même site fait aussi que les salariés ont des conditions de travail et des salaires différents, selon qu’ils soient en sous-traitance ou internalisés.

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Rachel, femme de chambre : « Nous serons fortes, la lutte continue
et ce n’est pas le coronavirus qui va nous déstabiliser ». © Louise Rocabert

Par exemple, à Batignolles, le prix du ticket restaurant pour les salariés de STN est, à salaire égal, cinq fois plus cher que pour les autres employés de l’hôtel. Et comme ce sont des encadrants d’Ibis qui contrôlent leur travail, mais des personnels du sous-traitant qui les paient, les femmes de chambre n’arrivent pas à faire reconnaître leurs heures supplémentaires. Elles exigent donc la pose d’une pointeuse à l’hôtel. C’est arrivé dans un hôtel voisin où travaillent aussi des employés de STN. « À partir du moment où ils ont mis la pointeuse, nos collègues nous appelaient et nous disaient “Nous avons 1500 euros, nous avons 2000 euros !" » rapporte Rachel.

Si les grévistes visent bien l’intégration au personnel d’Ibis, elles pourraient aussi obtenir, comme ce fut le cas pour les grévistes de l’hôtel du Park Hyatt Vendôme en 2018, une simple harmonisation de leurs conditions de travail avec les salariés internes. Pour la CGT-HPE, c’est Accor qui est avant tout responsable de la situation des femmes de chambre : c’est le groupe hôtelier qui bénéficie dans les faits de leur travail et qui tire vers le bas leurs conditions de travail en mettant en concurrence les entreprises de sous-traitance entre elles.

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Aurélia et Mariam avec son fils Aboubacar.

© Louise Rocabert

De la grève au chômage partiel

Début février, le syndicat avait eu écho par STN que le groupe hôtelier Accor, qui possède les hôtels Ibis, était prêt à ouvrir des négociations tripartites avec l’entreprise de sous-traitance et les grévistes. La grève aurait pu prendre fin à ce moment-là. Finalement, Accor a refusé de s’engager par écrit sur le montant qu’il était disposé à débloquer. STN a alors estimé que les conditions n’étaient plus réunies pour entamer les négociations. Pour les grévistes, il n’était pas question de s’arrêter.

Pendant les huit mois de grève, remplir la caisse de grève était une des préoccupations principales du conflit. Le but étant d’arriver à ce que chaque gréviste ait de quoi tenir jusqu’au mois suivant. Tout au long du mouvement, les femmes de chambre grévistes ont toutes pu toucher un salaire pour chaque mois de grève. Même si elles restaient moins bien payées que lorsqu’elles travaillaient. Et la grève ne fut pas de tout repos, les grévistes la décrivant autant comme une épreuve que comme une libération.

Avec la crise sanitaire, les grévistes ont vu les dons de la caisse diminuer. « C’est normal. Si les gens ne donnent pas, ce n’est pas par égoïsme, mais parce qu’ils ne savent pas combien ils vont avoir à la fin du mois en ce moment », estime Tiziri Kandi. Deux jours avant la déclaration du confinement, les grévistes se sont réunies avec les animateurs de la CGT-HPE. Ensemble, elles décident de suspendre leur mouvement. Pour autant, pas question d’abandonner leurs revendications.

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Mademou, femme de chambre, et Valérie,gouvernante.
© Louise Rocabert
« Le piquet de grève me manque ! »

Durant le confinement, les délégués et animateurs syndicaux de la CGT-HPE se sont battus pour obtenir un paiement à taux plein du chômage partiel, et contre la suppression des congés. Le syndicat a réussi à obtenir le paiement des indemnités à hauteur de 100 % – et non à 84 %, comme le prévoit le dispositif – pour les vingt travailleuses de l’hôtel Ibis qui avaient fait grève pendant huit mois.

Les grévistes, elles, sont restées en lien. Comme Rachel et Sylvie, qui ont hâte de reprendre la lutte. « Le piquet de grève, l’ambiance, voir les gens qui viennent nous soutenir, parler avec eux de notre lutte, tout ça me manque ! », nous dit Rachel. Elle a passé le confinement à la maison avec quatre de ses cinq enfants. Son mari a continué à travailler à la sécurité du centre commercial de Créteil. Sylvie, elle, vit avec son fils de huit ans dans un deux-pièces à Bondy. L’arrêt du travail et du piquet n’ont pas fait disparaître ses douleurs aux dos, aux pieds et aux mains.

sylvie
                  Pour Sylvie, l’arrêt du travail et du piquet de grève à cause du confinement n’a pas fait disparaître ses douleurs aux dos,
                  aux pieds et aux mains.
                  © Louise Rocabert

Pendant le confinement, 75 % des hôtels du groupe Accor ont cessé leur activité [3]. Aujourd’hui, alors que la réouverture des hôtels s’annonce, les chantiers de l’aménagement des conditions de travail pour garantir la sécurité des salariés et celui de la lutte des grévistes de l’hôtel Ibis redeviennent d’actualité. Les grévistes, comme les syndicalistes, craignent que le patronat de l’hôtellerie ne prenne prétexte de la crise sanitaire pour renforcer l’exploitation des salariés. « Accor va bénéficier des 300 milliards que Macron va distribuer, mais les salariés devraient baisser leurs rémunérations ? » demande Tiziri Kandi.

La grève des travailleuses de l’Ibis de Batignolles reprendra très probablement au moment où l’hôtel rouvrira. « Nous serons fortes, la lutte continue et ce n’est pas le coronavirus qui va nous déstabiliser », assure Rachel.

Texte et photos : Louise Rocabert

Portefolio. Pour faire défiler le diaporama

 
 

Vite dit

06/06/2022 - Archarnement administratif, ca suffit !

« Comment peut-on croire qu'on sera plus heureux en faisant du mal à d'autres ? » (Hervé le Tellier – L'anomalie)

Ce mardi 7 juin 2022, Gideon est convoqué au tribunal judiciaire de Toulouse. Combien de juges a-t-il vu depuis le jour où il a été interpellé au commissariat de Pamiers ?

Au moins 7.

Le 3 mai, ce jeune gabonais de 18 ans, a été placé au centre de rétention de Cornebarrieu pour un vol prévu le 4 mai vers Libreville. Ce placement rendu possible par la loi (Article L 740-1 CESEDA) a été concrétisé par la préfecture de l'Ariège.

Il a refusé d'embarquer car toute sa famille vit en France de manière régulière. Il est scolarisé au lycée de Lavelanet et n'a plus du tout d'attache au Gabon.

Le 5 mai, le juge de la liberté et de la détention (JLD) décide de la prolongation de sa rétention (Article L742-3 CESEDA) permettant ainsi à l'administration d'organiser un nouvel 'éloignement'.

C'est le 27 mai qu'aura lieu cet 'éloignement' mais cette fois avec des techniques coercitives musclées (GTPI). Monté de force dans l'avion, Gidéon sera ligoté et molesté jusqu'au moment où le commandant de bord exigera son débarquement.

Mais s'opposer à son expulsion est un délit. Gidéon passera le soir même devant le procureur en CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) et sera puni d'une peine de prison de 3 mois avec sursis et 5 ans de mise à l'épreuve.

A 100 km de Toulouse, la préfète de l'Ariège reste inflexible : Gidéon doit rester enfermé pour être expulsé.

Le 2 juin, la juge JLD rendra un avis légèrement plus conciliant en lui permettant de rejoindre famille mais en l'obligeant à signer tous les jours au commissariat.

La préfecture de l'Ariège n'a pas apprécié cette décision. Elle a fait appel et l'audience aura lieu ce mardi 7 juin à 9h45 au palais de justice de Toulouse.

Si vous venez à cette audience, vous ne verrez pas le ou la signataire de cet appel. Il ou elle se fera représenter par un ou une porte-parole bien obéissant.e.

On sait qu'un nouveau vol a été demandé par la préfecture et si Gidéon le refuse, il risque cette fois 3 ans d’emprisonnement et une interdiction du territoire de 10 ans.

Depuis ses 18 ans, Gidéon vit sous la menace d'une arrestation, d'une expulsion !

Ce 6 juin, c'est son anniversaire. Il a 19 ans.

 

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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