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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Liberté - SAMIA LOKMANE-KHELIL - 23/08/2020

Spécialiste de l’histoire de la guerre d’indépendance de l’Algérie, Raphaëlle Branche a mené l’enquête sur les anciens appelés de l’armée française, un sujet encore tabou en France. Dans cet entretien, elle analyse aussi les enjeux du contentieux mémoriel entre l’Algérie et la France.

Liberté :  Après  les  questions  de  torture, de violence et de guerre coloniale, vous traitez sous la forme d’une enquête inédite un autre sujet sensible, celui des anciens appelés. Le livre “Papa qu’as-tu fait en Algérie ?” sortira début septembre. Pourquoi avez-vous éprouvé le besoin de l’écrire ?
Raphaëlle Branche : Je me suis rendu compte depuis que j’ai commencé à travailler sur la guerre d’Algérie dans les années 90 que le sujet des conscrits et des appelés du contingent n’était pas simple à aborder, surtout dans les familles des concernés où il est souvent considéré comme un tabou compte tenu de ce qui s’est passé. Les appelés ne parlaient pas de ce qu’ils ont vécu et fait en Algérie car les conditions d’écoute n’existaient pas. Les familles ne voulaient pas ou n’étaient pas intéressées de savoir ce qui s’est passé.

Comment avez-vous conçu votre enquête ?
Mon enquête se base sur des témoignages familiaux. Elle englobe la période qui a précédé le départ des appelés en Algérie et celle qui suit leur retour. Beaucoup pensaient partir faire leur service militaire, mais revenaient très mal dans leur peau ou pas contents de ce qu’ils ont fait.

Leur récit de la guerre d’Algérie s’est ensuite adapté pendant les décennies suivantes à l’évolution des contextes familial et social. Mon livre montre à quel point l’expérience de la guerre d’Algérie est importante dans la société française, même si elle est assez invisible. 

La honte est-elle une des raisons qui expliquent l’omerta autour de l’histoire des appelés ? Certains pouvaient ne pas parler de leur expérience pour ne pas être associés aux violences de l’armée française en Algérie...
Cette vision des choses pourrait s’appliquer aux quinze dernières années, très marquées par les révélations sur les pratiques de torture et sur les exactions qui n’avaient pas été très visibles auparavant par la société et par les familles. Mais après l’indépendance de l’Algérie, les appelés étaient plutôt perçus comme étant du côté des vaincus, embarqués dans une guerre dont l’issue était inéluctable.

À cette époque, beaucoup ont trouvé aberrant d’avoir envoyé des jeunes gens défendre l’Algérie française alors que la page de l’empire colonial était en train d’être tournée. Aujourd’hui, deux idées cohabitent. Les anciens appelés sont considérés comme des victimes, mais en même temps, il y a l’inquiétude de certaines familles qui veulent savoir si leurs proches ont été responsables de crimes de guerre. 

Nous avons tendance à penser qu’il existe deux catégories d’anciens appelés : ceux qui ont pris part aux violences et ceux qui les ont rejetées au point de déserter. Qu’en est-il réellement ?
Ces deux catégories existent, mais il manque tous les autres, ceux qui ne se sont pas révoltés ou qui n’ont pas vu le problème et ceux qui n’ont pas connu de manière permanente les violations. Ces appelés représentent le plus gros de la troupe. Ils sont très jeunes, peu politisés et ont été élevés dans une société habituée aux discriminations.

Les violences quotidiennes de la colonisation vont choquer un certain nombre, mais d’autres ne verront pas le problème car on leur a appris qu’en Algérie, on peut faire un certain nombre de choses, arrêter des gens, les torturer, voler dans les mechtas… Dans mon livre, certains reconnaissent avoir rapporté des objets provenant de pillages, sans avoir conscience encore aujourd’hui qu’ils avaient commis des vols.

Votre livre a-t-il pour vocation d’éclairer davantage sur ce qui s’est passé en Algérie pendant la guerre d’indépendance ?
Il y a une dimension assez intéressante qui consiste à savoir qui était cette armée française et de quoi elle était faite, de gens souvent ordinaires qui n’étaient pas des professionnels de la guerre et qui ne connaissaient presque rien de l’Algérie. On est loin d’une représentation à la Bigeard ou à la Massu. La société française a, par exemple, refusé pendant longtemps de voir que les gens qui pratiquaient la torture en Algérie étaient des hommes ordinaires. 

Une des clés du silence des appelés autour de leur expérience en Algérie provient justement de leur difficulté de se penser dans la lignée de leurs parents et de leurs grands-parents qui ont pris part aux Deux Guerres mondiales. Les anciens combattants ne vont, d’ailleurs, pas reconnaître les soldats revenus d’Algérie. 

Vous êtes parvenue à recueillir des témoignages à un moment ou, paradoxalement, l’accès aux archives sur la guerre d’Algérie devient compliqué pour les historiens. Comment réagissez-vous à cela ?
Il faut savoir que l’ouverture des archives publiques dépend théoriquement d’une loi votée en 2008 et qui rend accessible depuis 2012 tous les documents de la guerre d’Algérie, à l’exception des procédures judiciaires. Cela nous a permis de travailler dans des conditions d’ouverture inégalées. Mais aujourd’hui, les choses ont de nouveau changé.

Une instruction interministérielle appliquée de manière abusive rend, encore une fois, inaccessibles les documents sensibles de la guerre d’indépendance de l’Algérie. Selon l’instruction interministérielle, les documents portant la mention “secret” doivent être déclassifiés individuellement avec de nouveaux tampons. 

S’agit-il d’une mesure bureaucratique ou politique ?
La circulaire est appliquée de manière bureaucratique. Lorsque nous posons la question en tant qu’historiens, on nous répond que c’est une procédure purement technique. À la suite de notre mobilisation, l’État a reconnu que le double tamponnage est un peu absurde et chronophage.

Il a donc décidé de remplacer le tamponnage des documents par celui des cartons qui les contiennent. Mais cette nouvelle procédure s’applique uniquement aux archives d’avant-1954. Ce qui est étrange et pose question.

Ce verrouillage n’est-il pas en totale contradiction avec les préconisations du président Emmanuel Macron sur l’ouverture des archives sur la guerre d’Algérie ?
C’est effectivement contradictoire. Il y a une partie de l’État qui fait exactement le contraire de ce que dit l’autre partie. Le président de la République a donné un signal très clair et très fort en septembre 2018 concernant l’ouverture des archives.

Mais d’un autre côté, les services de l’État, en particulier le Premier ministère, le secrétariat général pour la Défense nationale et la Sécurité élaborent une instruction ministérielle qui ralentit l’accès aux documents. Tout le monde peut être frappé par le fait que la parole présidentielle n’ait pas autant de force que ce qu’on pourrait penser.

Peut-on conclure que certaines parties au sein de l’État français veulent taire encore aujourd’hui des choses concernant la guerre d’Algérie ?
Certains secteurs, pour des raisons historiques, ne sont pas très désireux qu’on dise les choses, des parties de l’armée par exemple. Mais c’est minoritaire à l’échelle de l’État. Je pense que globalement, des avances ont été réalisées. Les déclarations de M. Macron sur l’accès aux archives, mais surtout sur la reconnaissance de l’État des pratiques illégales de l’armée ont été plutôt consensuelles. 

L’historien Benjamin Stora a été missionné par le président Macron pour élaborer un rapport qui lui permettra d’éclaircir les questions du contentieux mémoriel avec l’Algérie. Êtes-vous optimiste ?
Des rapports qui font des propositions, on en a vu d’autres. Cependant, la publicité faite autour de cette mission, le calendrier très court donné à Benjamin Stora pour faire des recommandations et le contexte politique laissent penser que le président Macron ne va pas se contenter de paroles et va prendre des décisions.

Tout ce qui va dans le sens d’un apaisement dans les relations entre l’Algérie et la France est important. Il est important aussi que chacune des deux parties écoute l’autre en se retenant d’asséner sa propre vérité. 

Doit-on s’attendre à d’autres gestes de la part de l’État français ?
Oui, je pense. Même si les gouvernements algériens successifs ont placé la barre à un niveau tellement haut qu’il n’est pas atteignable. Concernant la question des archives par exemple, il me semble personnellement plus pertinent d’améliorer les conditions d’accès des chercheurs algériens aux archives au lieu de continuer à demander une restitution qui, techniquement, sera difficile à réaliser. Nous avons eu côté algérien, pendant des années, une surenchère dans les revendications.

En discuter médiatiquement au lieu de les exposer par voie diplomatique n’était pas la meilleure des méthodes. Actuellement, les régimes politiques des deux États se mettent en scène en bons termes. Cela a été notamment le cas concernant la restitution des ossements des combattants algériens du 19e siècle. Ce geste est extrêmement fort. Il est d’ailleurs étonnant que l’État algérien ne se soit pas saisi de l’affaire des ossements au moment où elle a été dévoilée par une pétition il y a quelques années. 

 

 

 

 

 

Vite dit

06/06/2022 - Archarnement administratif, ca suffit !

« Comment peut-on croire qu'on sera plus heureux en faisant du mal à d'autres ? » (Hervé le Tellier – L'anomalie)

Ce mardi 7 juin 2022, Gideon est convoqué au tribunal judiciaire de Toulouse. Combien de juges a-t-il vu depuis le jour où il a été interpellé au commissariat de Pamiers ?

Au moins 7.

Le 3 mai, ce jeune gabonais de 18 ans, a été placé au centre de rétention de Cornebarrieu pour un vol prévu le 4 mai vers Libreville. Ce placement rendu possible par la loi (Article L 740-1 CESEDA) a été concrétisé par la préfecture de l'Ariège.

Il a refusé d'embarquer car toute sa famille vit en France de manière régulière. Il est scolarisé au lycée de Lavelanet et n'a plus du tout d'attache au Gabon.

Le 5 mai, le juge de la liberté et de la détention (JLD) décide de la prolongation de sa rétention (Article L742-3 CESEDA) permettant ainsi à l'administration d'organiser un nouvel 'éloignement'.

C'est le 27 mai qu'aura lieu cet 'éloignement' mais cette fois avec des techniques coercitives musclées (GTPI). Monté de force dans l'avion, Gidéon sera ligoté et molesté jusqu'au moment où le commandant de bord exigera son débarquement.

Mais s'opposer à son expulsion est un délit. Gidéon passera le soir même devant le procureur en CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) et sera puni d'une peine de prison de 3 mois avec sursis et 5 ans de mise à l'épreuve.

A 100 km de Toulouse, la préfète de l'Ariège reste inflexible : Gidéon doit rester enfermé pour être expulsé.

Le 2 juin, la juge JLD rendra un avis légèrement plus conciliant en lui permettant de rejoindre famille mais en l'obligeant à signer tous les jours au commissariat.

La préfecture de l'Ariège n'a pas apprécié cette décision. Elle a fait appel et l'audience aura lieu ce mardi 7 juin à 9h45 au palais de justice de Toulouse.

Si vous venez à cette audience, vous ne verrez pas le ou la signataire de cet appel. Il ou elle se fera représenter par un ou une porte-parole bien obéissant.e.

On sait qu'un nouveau vol a été demandé par la préfecture et si Gidéon le refuse, il risque cette fois 3 ans d’emprisonnement et une interdiction du territoire de 10 ans.

Depuis ses 18 ans, Gidéon vit sous la menace d'une arrestation, d'une expulsion !

Ce 6 juin, c'est son anniversaire. Il a 19 ans.

 

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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