En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des services adaptés.

cdv logo  

Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

logo EGM Toulouse

Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Médiapart - marie cosnay - 1/10/2020

Se peut-il que l’océan, source de vie, mange les enfants ? Des bateaux et des corps ont-ils déjà disparu ainsi, sans jamais être retrouvés ? C’est un très grand malheur, qui touche 59 et 31 familles. C’est un malheur irréparable. Toutes les personnes avec qui étaient en lien les quatre-vingt dix disparus sont dans un malheur irréparable.

J’écris ce texte avec celles et ceux dont des proches ont disparu dans les déserts, en mer et dans des villes d’Europe. Je pense et j’écris ce texte avec Marga, qui m’a dit il y a quelques mois déjà, alors que nous cherchions (en vain) quelqu’un : maintenant, c’est ça, notre travail, chercher.

Maintenant, c’est ça. Comment définir ce que nous faisions, avant, avec Marga (et d’autres) ? Notre travail, en ce lieu stratégique où nous vivons, nous le concevions ainsi : faire passer les informations. Trains, bus, délais, attente, Dublin, préfectures de régions, une nuit où dormir, deux, santé, vêtements, hospitalité, telle ou telle ville, départements accueillants pour les plus jeunes. Notre travail, c’était de faire passer les informations. D’aider les personnes qui décidaient de rester ici (d’un côté et de l’autre de la frontière) à nouer à égalité des liens durables avec les habitants d’ici. Il y avait des projets ruraux, agriculture et villages solidaires. Notre travail, en une phrase : créer, d’une façon ou d’une autre, des liens.

Soudain, disait Marga, dont la réflexion, des mois après, n’a jamais été plus juste, des personnes étaient coupées. Perdues. Disparues. Et nous étions sollicitées pour les retrouver. Notre travail : chercher, avec les familles là-bas (au pays), les familles ici et les familles en route, un membre disparu.

1er octobre 2020. Deux bateaux, sortis du Sahara occidental le 23 septembre, sont encore, en plein océan, recherchés. Route des Canaries, convoi 59 et convoi 31. Des parents, des grands frères, des petits frères, sur les bateaux perdus. Les personnes concernées demandent : y-a-t-il des chances de les trouver en vie après cette longue dérive ? Se peut-il que l’océan, source de vie, mange les enfants ? Des bateaux et des corps ont-ils déjà disparu ainsi, sans jamais être retrouvés ? Les questions, les prières, pressantes. Celle ou celui qui ose dire que c’est fini se fait insulter. C’est un très grand malheur, qui touche 59 et 31 familles. C’est un malheur irréparable. Toutes les personnes avec qui étaient en lien les quatre-vingt dix disparus sont dans un malheur irréparable.

Faire du lien : nous échouons.
Les forces qui brisent sont puissantes.
Chronique de disparitions.

Entre Irun et Hendaye. Les personnes qui passent ici ont pris la route du Maroc (après en avoir essayé d’autres, parfois). C’est important, il s’agit de personnes dont les bombes n'ont pas détruit, en général, les maisons et les liens de famille, on le leur répète assez, profitant de cela pour leur refuser  protection. Pourtant ils sont sur les routes, risquant tout. C’est que les guerres ont plusieurs manières. Il est impossible de distinguer, à moins de rentrer dans des comptes d’apothicaires contredits à peine on les a proposés, violences politiques, violences économiques et violences climatiques. Manquer d’eau, ou savoir interpréter les signes avant-coureurs du manque d’eau à venir, où qu’on en soit de la persécution : on se lève, on s’en va. Si les voies étaient légales, les passages sans danger, on chercherait à vivre, plus loin, la suite de son âge, sans affolement ni rupture. Avec possibilité de retour à tout moment car sans enfermement.

Avec Marga, nous cherchions une soeur, à la demande d’un frère. La jeune femme était sur un convoi, route des Canaries, départ de Dakhla, selon le frère. Le 21 janvier, elle s’est connectée, du bateau. Le numéro ne répond plus. Le frère était à ce moment-là déjà arrivé en Espagne, où il attend, depuis, sa soeur. Début 2020, avant la pandémie et le confinement, les transferts des îles Canaries à la péninsule espagnole ne se faisaient plus systématiquement. Pas de hot-spot ici, comme sur les îles grecques, bâti à coup d’accord (bancal) entre l’UE et la Turquie. Jusqu’ici, les transferts avaient lieu, de Las Palmas à la péninsule. Puis les arrivées, plus nombreuses que ces dernières années (ni à Tanger ni à Nador on ne passait plus), ont commencé à changer la donne, le covid-19 a suivi. En janvier, le frère a dû se débrouiller pour partir : payer, jouer d’un alias. Quoi qu’il en soit, il attend sa soeur à la frontière espagnole. Il imagine qu’elle est retenue sur une des sept îles, qu’elle ne sait pas se débrouiller, il pense que son téléphone ne vaut rien et que l’argent qu’elle avait, on le lui a volé. Il ne sait rien des délais raisonnables. Il ne sait pas où finit l’attente. Huit mois après (septembre 2020), il espère. Ne comprend pas. C’est quand même simple, dit-il à Marga et moi, prenez la photo et allez faire le tour des sept îles, vous allez la trouver. Ses amis me disent qu’il doit accepter la vérité. La vérité ? Si la soeur ne fait pas signe, c’est qu’elle est au fond de la mer. Quelqu’un prononce le fond de la mer. Elle est sans doute au fond de la mer. Soit elle n’est plus en vie soit elle est au fond de l’eau, me dit quelqu’un d’autre, qui a voyagé le même jour qu'elle. Alors qu’il n’y a plus d’espoir, continuer à formuler deux hypothèses. Comme deux hypothèses. On cherche l’air.

Ce sur quoi je veux insister : l’impossibilité, pour Amadou, Marga et moi, de recevoir la moindre information. Nous avons appelé les sauveteurs qui étaient sur la zone ce jour-là. Nous avons appelé et appelé et rappelé la Croix Rouge, qui nous a fait le même coup que chaque fois : d’abord ils ne peuvent pas dire, ensuite il y a quelqu’un qui dira, qui téléphonera, jamais personne ne téléphone. Nous avons appelé un collectif de Las Palmas. Qui s'étonnait : la Croix Rouge donnait aux rescapés un téléphone afin de prévenir les familles qu’ils étaient sains et saufs. Un sauveteur disait qu’ils n’avaient pas les noms des personnes sauvées, sauf s’ils avaient eu des contacts privilégiés, une autre ONG qu’ils n’avaient pas le droit de communiquer les noms, en accord avec le gouvernement espagnol, la Croix Rouge disait oui quand je demandais, plus tard, s’il y avait une liste des noms des morts identifiés, puis silence radio. Tous, Croix Rouge, collectifs, sauveteurs, tous disaient la même chose : et si la soeur n’est pas une soeur ? Et si, soeur ou pas, elle avait profité de la traversée pour couper les ponts ? Si le frère était un exploiteur ? Bien sûr, Marga et moi avions évoqué cette hypothèse. Mais hypothèse pour hypothèse, nous préférions tenter de connaître son sort. Si nous la retrouvions, elle choisirait. Il nous semblait si exceptionnel que dans un monde où tout était surveillé (empreintes, drones, militaires, garde-côtes et PAF), une soeur puisse ainsi disparaître, avec, comme épitaphe, les appels au secours d’un frère qui ne peut prouver qu’il est frère, et notre bonne conscience : peut-être fuyait-elle la domination masculine et/ou quelque réseau de prostitution.

Je n’arrivais pas à dire à Amadou : ne la cherche plus, elle est sans doute au fond de l’eau. Je ne pouvais pas penser non plus : je ne la cherche plus, elle a sans doute voulu disparaître. Frère ou pas, celui-ci était bien le seul pour qui comptait cette femme-là. Sans lui, son nom, sa photo, sa date de naissance auraient sombré dans l’inconnu, sans lui on n’aurait pas passé des heures et des heures à la chercher, passant ainsi des coups de téléphone, au Maroc, à Abidjan, aux Canaries, en Espagne, sur la péninsule.

D’autres fois, la Croix Rouge invoquait la protection des données. Il s’agissait de mineurs, on ne pouvait les exposer. Rarement (mais c’est arrivé) l’Aide Sociale à l’Enfance de France appelait les centres de mineurs en Espagne, cherchant le passé européen (l’empreinte sociale) de tel jeune, tel autre. Ne trouvait pas. On aurait dit un tas de petits poucets rêveurs enfuis. Bien sûr, dans ce cas-là, quelque chose comme de la joie : la vie est nombreuse, elle est possible, elle est libre. Les alias sont des ruses destinées à détourner les contrôles et les fixations. Après ce petit coup de romantisme, on voyait vite l’envers. Ce que justement on ne voit jamais, tellement ces voyages-là sont interdits, tellement ils interdisent. Obscurs, sombres, ils sombrent.

Quand je cherchais Ismaël à Tanger, j’allais de coup de téléphone en coup de téléphone, jusqu’au dernier, impossible : celui qui aurait pu me dire qu’il avait pris la mer - et qui ne me le dirait pas. C’était trop dangereux. Et celles.ceux qui préfèrent qu’on ne dise pas d’où partent les convois, afin qu’ils ne soient pas empêchés. Les disparus sont ainsi des sacrifices (horriblement douloureux) faits à la nécessité de la route, à sa poursuite (tant que possible, tant que l’île n’est pas devenue prison, tant que les vagues ne sont pas celles de l’hiver, tant que l’Europe ne trouve pas de militaires incorruptibles). Espace sombre où sombrer, pas d’autre choix : se faire mort (ou double, invisible, évanoui) pour vivre (revivre, revenir).

Ce jeune homme (vingt-trois ans), pas encore de situation établie ici mais cela ne tardera pas : il rappelle soudain la présence du corps de l’ami, dans la grotte du Maroc, où il attendait de boza. Le corps raide et froid du frère, de l’ami. Qui aura appris à la famille du jeune homme que tout s’est arrêté ici, dans une grotte, brusquement, par manque d’eau, par épuisement ? Ici, on n’a pas le droit de téléphoner, on se fait assez souvent déloger et violenter par les Marocains, les forces auxiliaires.

En mars 2019, en France, une circulaire du ministère de la Justice encadre la reconnaissance d’un enfant mineur par un ressortissant, père ou mère, étranger. En annexe 1 : un demandeur d’asile, muni (en toute légalité) d’un seul récépissé, ne pourra plus reconnaître son enfant. L’État civil empêche la filiation au nom du soupçon de familles fausses. Rappel de ce que faisait, de manière moins agressive bien sûr, la Croix-Rouge, quand nous cherchions la soeur d’Amadou.

Disparition, numéro 2. A la fin du mois de septembre, deux-cent quarante personnes ont quitté les côtes d’Algérie. Ils sont sans doute arrivés à Mallorca. Car on ne peut pas, n’est-ce pas, dans cette mer d’Alboran, disparaître de corps ? Ils n’ont pas, en ce début octobre, encore donné de leurs nouvelles. Croix rouge, CEAR (procédures d’asile), CIE (Centros de Internamiento de Extranjeros), confinement à l’hôpital (information trouvée dans le journal de Mallorca, diaro de Mallorca), transferts sur la péninsule : même les gens sur place ne peuvent pas dire pourquoi, une semaine après, personne n’est en mesure de donner de ses nouvelles.

Disparition, numéro 3. Parfois c’est quand on est arrivé qu’on disparaît. Loin de nous l’idée qu’on ne peut pas souhaiter disparaître, couper les ponts. N'empêche. J’ai cherché, avec Marga, pendant des mois, Alphonse. Alphonse est arrivé à Bilbao en juin 2018. Disparu un an après. Nous avons suivi sa trace, des pistes, émis quantité d’hypothèses. Nous avons retracé les fragments de sa vie avant, celle où il était people, de sa vie pendant, à Bilbao, où il l’était autant, lui avons découvert un mini scandale (c’est qu’Alphonse ne passait pas inaperçu), de nombreux liens, un enfant, des amis rivaux, nous avons été aussi surprises du silence de ceux et celles qui l’entouraient à Bilbao que peinées de la peine de ceux-là seuls qui le cherchaient encore, sa famille, même père même mère, ses tout proches - ceux-là mêmes que peut-être, nous disait-on, il préférait, pour tout un tas de raisons, oublier. Nous avons été peinées de la peine immense de ceux-là seuls qui le cherchaient encore, de leur désespoir et de leur impuissance, à Yaoundé ou à Tanger. Comment, de là, rendre justice à Alphonse ? Comment, de là, comprendre que personne, parmi les ami.e.s qui l’ont, de Tanger à Bilbao, accompagné, n’a voulu aider à chercher le disparu ? Aucune instance (police, CEAR, ambassade, etc) n’a pu donner d’information, sans doute parce qu’Alphonse, avec ces instances, pour échapper à l’expulsion, avait rusé.

Notre question commune : comment peut-on disparaître si absolument, que ce soit dans une grotte, dans les eaux, ou dans l’indifférence de ceux qui pourtant aident (la Croix Rouge dans le cas espagnol, les ONG), de ceux qui pourtant aiment (les ami.e.s d’Alphonse) ?

Il fallait (en grande urgence), prendre conscience de ce que risque (en mer, désert et villes piégeuses) une grande partie de la population mondiale, maintenue sans droit, sans nom, sans lien, à présent sans enfants reconnus, avec qui on refuse de partager la terre à habiter : la disparition.

 

 

 

Vite dit

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

Archive

Powered by mod LCA