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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Médiapart - Nejma Brahim - 19/10/2020

Fin septembre, le Financial Times et le Guardian révélaient les projets « fous » du gouvernement britannique pour empêcher les migrants et demandeurs d’asile de pénétrer sur son territoire, en passant par des vagues artificielles ou des centres de traitement des demandes d’asile « flottants ».

Les propositions font froid dans le dos. Le 29 septembre dernier, le quotidien Financial Times révélait que Priti Patel, ministre de l’intérieur britannique, envisageait de construire un centre de traitement des demandes d’asile dans les îles de l’Ascension et de Saint-Hélène, en plein Atlantique sud.

Mais, après consultation du ministère des affaires étrangères, l’idée d’envoyer des demandeurs d’asile à 6 000 kilomètres du Royaume-Uni, sur des îles volcaniques appartenant au territoire britannique d’outre-mer, aurait finalement été abandonnée pour des raisons pratiques évidentes.

« Cela s’inscrit dans une logique d’extra-territorialisation de la demande d’asile, soulève François Gemenne, chercheur à l’Université de Liège et spécialiste des migrations. Il s’agit de ne plus permettre que la demande d’asile soit déposée sur le territoire, ce qui rejoint l’esprit du pacte migratoire européen, qui propose d’extra-territorialiser la procédure dans des pays tiers. »

Priti Patel s’inspire également du modèle australien, qui « exporte » déjà depuis longtemps ses demandeurs d’asile sur l’île papouasienne de Manus et à Nauru. La difficulté pour l’Angleterre, c’est qu’il n’y a pas beaucoup d’endroits à proximité où délocaliser le traitement de la demande d’asile. « D’où ces propositions farfelues et délirantes de les envoyer sur les îles de Saint-Hélène ou l’Ascension », poursuit le chercheur.

La plage de Tardinghen voit chaque jour des migrants tenter la traversée de la Manche pour rejoindre le Royaume-Uni. © SAMEER AL-DOUMY / AFP
La plage de Tardinghen voit chaque jour des migrants tenter la traversée de la Manche
pour rejoindre le Royaume-Uni. © SAMEER AL-DOUMY / AFP
 

En parallèle, Downing Street, le cabinet du premier ministre, aurait envisagé de créer des centres de traitement de demande d’asile au Maroc, en Moldavie ou en Papouasie-Nouvelle-Guinée, selon les révélations du Guardian, qui s’est procuré des documents confidentiels du ministère où figuraient les mentions « officiel » et « sensible ».

Pour Rossella Pagliuchi-Lor, représentante au Royaume-Uni de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR), la délocalisation du traitement des demandes d’asile a eu « un effet extrêmement préjudiciable sur les réfugiés et les demandeurs d’asile pendant des années, en Australie notamment ».

« La grande majorité détenue à l’étranger par l’Australie a obtenu l’asile et a pourtant été condamnée à vivre dans des conditions lamentables. Depuis 2013, treize personnes sont décédées, près de 50 enfants ont passé leurs premières années à ne connaître aucun autre environnement et 85 % des réfugiés et des demandeurs d’asile souffrent d’anxiété, de dépression ou d’autres problèmes de santé mentale entraînant des taux alarmants d’automutilation, y compris chez les plus jeunes », alerte celle qui bénéficie d’une expérience vieille de trente ans dans l’humanitaire et l’accueil des réfugiés.

Un point que confirme François Gemenne : « Les pratiques liées au modèle australien sont régulièrement dénoncées, avec des violations des droits l’homme et des conditions de détention inhumaines », rappelle-t-il. Experte des droits humains et rapporteure spéciale des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, Agnès Callamard compare le système de traitement « offshore » à un « internement indéfini et prolongé pour les réfugiés et les migrants irréguliers, exacerbé par l’absence de soins médicaux appropriés, qui constitue un traitement cruel, inhumain et dégradant selon les normes internationales des droits humains »« Leur séquestration crée un environnement préjudiciable à la jouissance de leur droit à la santé physique et mentale. »

Sollicité par Mediapart, le cabinet du premier ministre n’a pas donné suite. Mercredi 30 septembre, à la suite des révélations du Financial Times, il a toutefois confirmé réfléchir à la création d’un centre de traitement des demandes d’asile « offshore » pour les migrants souhaitant rejoindre le Royaume-Uni. « Nous élaborons des plans pour réformer nos politiques de migration illégale et d’asile afin de pouvoir continuer à fournir une protection à ceux qui en ont besoin, tout en empêchant les abus du système et la criminalité », a déclaré un porte-parole de Boris Johnson.

Mais les élucubrations du gouvernement britannique ne s’arrêtent pas là. Des centres « flottants », qui permettraient de maintenir les demandeurs d’asile à bord de ferries hors d’usage au large en mer, ont été envisagés. « Cela s’apparente aux sites de traitements offshore mais pose des questions additionnelles de juridictions dans la mesure où les ferries seraient probablement en haute mer et gérés par des acteurs privés, en dehors de tout territoire. Dans une telle situation, cependant, la responsabilité directe de la Grande-Bretagne demeurerait engagée puisque leur responsabilité de protéger s’applique extra-territorialement », analyse l’experte des droits humains Agnès Callamard.

Selon une source interne aux délibérations qui s’est confiée au Financial Times, une autre idée débattue serait de déployer des gros bateaux qui généreraient des vagues en vue de repousser les migrants en mer vers les côtes françaises. Un scénario digne d’un film d’épouvante.

« En vertu du droit maritime, sauver des vies est une priorité. Les candidats potentiels qui ont pénétré dans les eaux territoriales britanniques sont sous la juridiction britannique et ont le droit de présenter leur demande aux autorités britanniques. Les empêcher de le faire serait contraire au droit international », commente Rossella Pagliuchi-Lor.

Car de telles mesures correspondraient à des techniques de refoulement, également appelées « push back », interdites par la Convention de Genève et les conventions relatives aux droits humains. « Un tel emploi de la force non létale par les agents de la police des frontières viole le principe de non-refoulement, confirme Agnès Callamard. Il constitue aussi un emploi excessif de la force parce que les fonctionnaires placent intentionnellement et sciemment des réfugiés ou des migrants dans des situations où ils pourraient être tués ou voir leur vie mise en danger. »

Et François Gemenne d’ajouter : « Ne pas secourir les migrants en mer ou criminaliser les sauveteurs est une chose. Tenter de les faire chavirer et les mettre en danger en est une autre ! Sans parler du coût gigantesque que ces machines à vagues artificielles peuvent entraîner. Priti Patel a l’air d’un méchant de James Bond, c’est particulièrement cynique. »

« Servir de marketing de l’horreur pour promouvoir une politique migratoire plus sécuritaire »

Depuis le Calaisis, le député Pierre-Henri Dumont (Les Républicains) avoue observer la situation avec une certaine lassitude. Des fuites – et des annonces – qui apparaissent dans le contexte particulier du Brexit, à une période où les autorités britanniques ont enregistré une hausse des traversées de la Manche en small boats, ces petites embarcations de fortune à bord desquelles les migrants tentent de rejoindre le Royaume-Uni.

Coordinateur de l’association d’aide aux migrants Utopia56 à Calais, Pierre Roques voit en ces propositions des effets d’annonces « dont le seul but est de servir de marketing de l’horreur pour promouvoir une politique migratoire plus sécuritaire »« Quand on évoque des machines à vagues pour repousser les embarcations, on oublie qu’il y a des êtres humains à bord, que la Manche n’est pas une piscine et que la volonté “d’empêcher d’atteindre le Royaume-Uni” se traduit par une mise en péril de vies humaines en pleine mer », assène-t-il.

« Il y a eu récemment la présentation de la nouvelle loi immigration par Priti Patel au dernier congrès conservateur, pour laquelle nous n’avons pas encore de détails », complète l’élu. « Bien sûr, ces propositions sont exagérées. Il y a à la fois une réponse aux Européens et une réponse à l’opinion publique, paniquée de voir des migrants amenés par la Border Force [police aux frontières] au port de Douvres. Ce n’est pas anodin, ils sont plus nombreux (près de 000 depuis le début de l’année) et moins diffus que lorsqu’ils venaient par camion. »

L’une des solutions, selon le député du Pas-de-Calais, serait d’ouvrir la possibilité de déposer une demande d’asile au Royaume-Uni tout au long du parcours migratoire. « Dans les ambassades, les consulats ou d’autres lieux dédiés. Cela éviterait aux migrants de prendre le risque de traverser la Manche et de tomber sous la coupe de réseaux mafieux. Si la demande est acceptée, le Royaume-Uni peut leur offrir une route sûre et une prise en charge », suggère Pierre-Henri Dumont, qui rappelle que l’objectif premier et commun doit être de ne pas transformer la Manche en Méditerranée.

« Dans le cas contraire, ils pourraient tenter leur chance dans un pays de l’Union européenne, car même si l’on sait que ce n’est pas leur premier choix, ils peuvent avoir une chance d’obtenir l’asile chez nous. » De quoi, par ailleurs, désengorger Calais, où entre 1 000 et 1 500 personnes exilées attendent actuellement de pouvoir rejoindre le Royaume-Uni.

Du côté du HCR, Rossella Pagliuchi-Lor préfère tempérer et faire preuve d’optimisme. « Nous avons compris que certaines des mesures rapportées par les deux quotidiens britanniques peuvent ne plus être à l’étude. Nous restons prêts à travailler avec le gouvernement pour élaborer une politique pour un processus d’asile humain et efficace. Le Royaume-Uni a une longue tradition d’accueil des réfugiés, nous espérons que cela continuera. »

« On atteint tout de même un niveau de violence inédit, nuance François Gemenne. On a l’impression que tous les tabous ont sauté pour absolument empêcher les migrants d’atteindre le Royaume-Uni. Ce sont des propositions que l’extrême droite n’oserait jamais formuler et elles proviennent pourtant d’un gouvernement démocrate et conservateur, d’une ministre [Priti Patel] elle-même fille de réfugiés politiques. »

Le spécialiste des migrations voit dans ces mesures « très spectaculaires » une raison électorale d’abord, avec la volonté de prouver le déterminisme du gouvernement dans son action, mais aussi une raison plus pragmatique : la difficulté d’expulser et le coût des mesures d’éloignement.

Une position « hypocrite » aux yeux de Pierre-Henri Dumont. « D’un côté, il y a le besoin d’une immigration irrégulière pour faire tourner l’économie au Royaume-Uni, de l’autre côté ils montrent les gros bras pour dire qu’ils n’en veulent pas. Tout l’enjeu est de permettre aux personnes potentiellement réfugiées, parce que provenant de pays en guerre, d’accéder à l’asile au Royaume-Uni. C’est de séparer les migrants humanitaires des migrants économiques. »

« L’ennui, c’est que l’asile est devenu le seul moyen légal de pénétrer sur le territoire, abonde François Gemenne. Cqui est censé être un instrument de protection humanitaire devient un instrument de contrôle des migrations. Notre incapacité à penser la politique d’immigration à l’échelle européenne, ce qui est vrai également pour le Royaume-Uni, fait que l’asile est complètement dévoyé. »

Si de telles pratiques pourraient constituer un tournant dans la politique migratoire britannique, Agnès Callamard estime que celui-ci a déjà été pris par le passé et à plusieurs reprises. « Cela fait des années que les États européens diabolisent les réfugiés et les migrants, les assimilent à des criminels. Ils ont élaboré des politiques fondées sur la dissuasion, la militarisation et l’extra-territorialisation qui, implicitement ou explicitement, peuvent aller jusqu’à tolérer le risque de mort de migrants dans le cadre d’un contrôle efficace des entrées sur leur territoire », conclut-elle.

 

 

Vite dit

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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