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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : InfoMigrants - Charlotte Oberti - 4/11/2020

Des milliers d'Haïtiens vivent aujourd’hui à Cayenne après avoir fui la misère de leur pays. Faute de régularisation, la grande majorité d’entre eux se sont installés dans des bidonvilles à la périphérie de la ville, en marge de la société guyanaise. Reportage.

Dans son smartphone, dont la coque est décorée des mots "Love" et "Be Happy", Alvin* a enregistré plusieurs vidéos de lui. Sur chacune d'entre elles, le jeune homme de 23 ans danse. Dans une pièce vide de l'association Le Refuge qui l'héberge, il fait des enjambées, il se courbe, se grandit, s'allonge au sol avec grâce. Il semble heureux de montrer ce qu'il aime faire, de pouvoir en parler. Alvin aime aussi sortir dans les rues guyanaises habillé d'un t-shirt à strass. À visage découvert. 

Pendant deux ans, dans la ville de Pétion-Ville en Haïti, Alvin avait pris soin de mettre un casque de moto sur sa tête les rares fois où il s'aventurait à l'extérieur de chez lui. "J'étais obligé parce que sinon les gens disaient 'Voilà le pédé !' et je pleurais", raconte-t-il attablé à un café du centre-ville de Cayenne. "Dans mon pays, on ne tolère pas l’homosexualité. Si t'es homo, c'est comme si t'étais malade, c'est inacceptable, c'est incompréhensible." 

 

Alvin a fui Haïti où il était persécuté parce que homosexuel. Crédit : Charlotte Oberti/InfoMigrants
Alvin a fui Haïti où il était persécuté parce que homosexuel. Crédit : Charlotte Oberti/InfoMigrants

 

En 2019, le grand frère d'Alvin tombe sur des SMS qu'il avait échangés avec son amoureux. Des messages qui viennent confirmer les rumeurs qui circulaient sur son petit frère. Il se déchaîne contre Alvin, le frappe et prévient la famille de son petit ami de leur relation. "J'ai quitté la maison", dit Alvin à voix basse. Neuf mois plus tard, le jour de son anniversaire, le père de son petit ami surgit, armé d'un pistolet, au milieu de la fête qu'il avait organisée pour l'occasion. "Il m'a dit : 'Je vais te tuer'", raconte le jeune Haïtien. Ce soir-là, Alvin s’est enfui, puis a quitté Haïti pour Saint-Domingue, a rejoint le Suriname, et pris la direction de la Guyane. Depuis le 1er octobre, il y est officiellement réfugié.

>> À (re)lire : Dans une Guyane saturée, le passage plus si secret de migrants vers la métropole

Alvin fait partie des très rares exceptions. En Guyane, les membres de la communauté haïtienne, forte de plusieurs dizaines de milliers d'âmes, n'obtiennent quasiment jamais ce statut. Dans un rapport de 2017, l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) identifiait principalement deux catégories de personnes pouvant obtenir une protection : les LGBT et les victimes du culte vaudou.

Pourtant, l'immense majorité de ceux qui décident de quitter ce pays le font pour d'autres raisons. Instabilité politique, insécurité, sécheresses à répétition, population parmi les plus pauvres au monde : Haïti est confronté à une "crise multiforme", selon l'ONU. 

Ville dans la ville

"On est venu chercher une vie meilleure." Inlassablement, les Haïtiens de Cayenne répètent cette phrase dans laquelle pointe leur déception. Car, à défaut d'une "vie meilleure", ce sont des bidonvilles miteux, où grouillent les rats et où circulent les maladies (la leptospirose, transmise par les rongeurs, le Covid-19, ...), qui attendent la plupart d'entre eux. 

 

Environ 3 000 personnes vivent dans le bidonville de Mont Baduel. Crédit : Dana Alboz/InfoMigrants
Environ 3 000 personnes vivent dans le bidonville de Mont Baduel. Crédit : Dana Alboz/InfoMigrants

 

Environ 6 000 personnes, dont "90% d'Haïtiens" selon Médecins du monde, vivent dans les bois de Mont Baduel et de Piste Tarzan, en banlieue de Cayenne, où des bidonvilles ont vu le jour au fil des années. De nouvelles arrivées sont recensées chaque semaine. Il suffit de se faufiler depuis la chaussée entre deux buissons touffus pour rejoindre Piste Tarzan. On bascule alors dans un autre décor, loin des routes goudronnées et des quartiers bétonnés. Piste Tarzan est une ville dans la ville, comme hors du temps, où ses habitants ont créé tant bien que mal une vie en vase clos : des cabanes bancales, des semblants d'épiceries, des étals de légumes. 

Ici, il faut faire la queue pour avoir accès à l'un des deux seuls points d'eau : une source naturelle, perdue au milieu d'une forêt de bambous, où un système de pompe mécanique a été installé, et un puits sommaire duquel se hissent les seaux à la force des bras. Le bruit, celui des voix, des cris, des radios, des motos, des casseroles, est par ailleurs constant dans ce bidonville.

"Le soir, quand je rentre, je dois allumer des bougies"

"On n'a pas de porte de sortie. On n'a pas de travail, on n'a pas de papiers. Ici, il n'y a pas d'électricité, il n'y a rien", lance un homme qui souhaite rester anonyme. Marié et père de famille, il vit là "provisoirement" depuis six ans. "On vit avec de petits moyens, des petits boulots comme ça". Dans le quartier, l'électricité, souvent chipée illégalement aux maisons alentours, est régulièrement coupée par les autorités.

 

Les cousines Daphné, 14 ans, et Lynn, 12 ans, devant leur maison. Crédit : Dana Alboz/InfoMigrants
Les cousines Daphné, 14 ans, et Lynn, 12 ans, devant leur maison. Crédit : Dana Alboz/InfoMigrants

 

Plus loin, Daphné, 14 ans, nous interpelle. "Est-ce que vous allez nous donner une vraie maison ?", demande-t-elle. Près d'elle, sa cousine Lynn, de deux ans sa cadette, explique devoir se réveiller à 4h tous les matins pour aller à l'école. "Et le soir, quand je rentre, je dois allumer des bougies."

Pour les Haïtiens, les options sont maigres. La Guyane, dépassée par l'afflux de migrants, n’a que peu d’options d’hébergements à offrir. Les structures d’urgence ou les chambres d'hôtel sont généralement réservées à d’autres demandeurs d’asile. "Environ 80-90% des personnes hébergées par la Croix-Rouge sont originaires du Moyen-Orient", constate Mathieu Tétrel, secrétaire bénévole de la Cimade. Ce public parvient davantage à se faire entendre des autorités quand les Haïtiens, eux, voient le bidonville comme la seule solution évidente. 

La Croix-Rouge française en Guyane, qui gère les centres d'hébergement, confirme les propos de la Cimade : donner l'asile aux Haïtiens "n'est pas dans la politique de l'Ofpra". Au fil du temps cette population s'est donc détournée de cette voie légale. "Très peu d'entre eux demandent l'asile, ils savent que c'est mort", commente Olivier Morel, responsable administratif et financier de l’association.

 

Des enfants se lavent à la source d'eau de Piste Tarzan. Crédit : Dana Alboz/InfoMigrants
Des enfants se lavent à la source d'eau de Piste Tarzan. Crédit : Dana Alboz/InfoMigrants

 

Si l'asile politique est un échec, beaucoup tentent alors d'obtenir des permis de séjour pour des raisons économiques, sanitaires, ou pour pouvoir faire des études - des titres de courte durée dont l'octroi est conditionné par une flopée de documents administratifs et une attente de longue haleine.

"Propriétaires"

Même pour ceux qui décrochent le précieux sésame, les bois restent l’option privilégiée. "C'est difficile de louer une maison car il leur faut un contrat de travail", explique Herminia, médiatrice en santé publique chez Médecins du monde, qui organise des maraudes dans les environs.

Ici, c'est le système D. Le long des "rues" poussiéreuses, les cabanes faites de tôle et de planches de bois ressemblent à de vraies petites maisons, équipées de fenêtres, de verrous aux portes et même, parfois, de terrasses. Un aménagement qui en dit long sur les habitants : quand ils atterrissent à Piste Tarzan, les Haïtiens savent qu'ils vont y rester longtemps. "Les personnes vivent parfois à huit dans une pièce. Cela peut durer 5 ans, 10 ans, 15 ans", dit Herminia.

 

Olivier près de la maison qu'il a construite dans le bidonville de Piste Tarzan. Crédit : Dana Alboz / InfoMigrants
Olivier près de la maison qu'il a construite dans le bidonville de Piste Tarzan. Crédit : Dana Alboz / InfoMigrants

 

Olivier, un charpentier haïtien de 28 ans, a construit sa maison avec l'aide de quelques amis : une petite pièce, une minuscule cuisine et un coin toilettes à même le sol. "La construction m'a coûté 300 euros et a duré quatre/cinq semaines", affirme-t-il. Aux yeux de la communauté, il est désormais "propriétaire", terme employé pour ceux qui ont bâti leur toit de leurs propres mains. Ceux-là peuvent ensuite louer leur logement aux nouveaux arrivants dans le quartier - tous ceux qui n'auraient pas la capacité d'en construire un à leur tour. Le tarif avoisine généralement les 100 euros par mois.

"La vie est anormale pour moi"

À son arrivée en Guyane en 2016, Olivier a vécu, dans un premier temps, dans un appartement à Cayenne. Mais après avoir été débouté de sa demande d’asile, et avoir perdu l'ADA (allocation pour demandeur d'asile), il a dû quitter son logement. 

>> À (re)lire : "Le voyage n'est jamais fini" : l'improbable exil de Syriens vers la Guyane

Il s'est retrouvé "dans la galère", sans argent, et a fini à Piste Tarzan. Grâce à un réseau et quelques contacts, Olivier, qui dit "ne pas avoir été persécuté" en Haïti mais être venu en Guyane dans l'espoir de faire des études, a réussi à obtenir une carte de séjour pour raisons économiques qui expire dans quelques mois. "On a eu du mal à survivre, à se loger, du coup j'ai été obligé de venir dans ce bidonville", explique-t-il, "là où il y a les clandestins".

 

Dans les allées de Piste Tarzan. Crédit : Dana Alboz/InfoMigrants
Dans les allées de Piste Tarzan. Crédit : Dana Alboz/InfoMigrants

 

Dans la nuit du 22 au 23 octobre, un incendie s'est déclaré à Piste Tarzan. Plusieurs cabanes ont été détruites. Marise était "propriétaire" de la sienne. "C'est un ami qui m'avait construit la maison avant de partir en France, c'était un cadeau", explique cette femme de 29 ans coiffée de tresses roses. Le logement a brûlé avec toutes ses affaires à l'intérieur. "Je n'ai plus rien, juste la robe que je porte", montre-t-elle. 

Venue en Guyane il y a quatre ans par "manque de moyens économiques" dans son pays d'origine, elle est toujours dans l'attente d'un rendez-vous avec la préfecture pour sa demande de permis de séjour. Et désormais, le peu de choses auxquelles Marise pouvait encore se raccrocher se sont écroulées. Dans tout cela, elle voit une fatalité : "La vie est anormale pour moi".

*Le prénom a été modifié.

 

 

Vite dit

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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