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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : StreetPress - Loana Berbedj , Yann Castanier - 3/11/2020

Plus de 500 femmes menacées d’expulsions passent chaque année au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot. Derrière ces murs, elles n’ont pas d’intimité, l’hygiène y est déplorable et certains produits de première nécessité manquent.

« Je ne pensais pas qu’au pays des droits de l’Homme, on traitait les gens comme ça », sanglote Lina (1). Cela fait 90 jours que cette immigrée congolaise a été placée au Centre de Rétention (Cra) du Mesnil-Amelot, le plus grand de France. Dans la salle de visite, où StreetPress a pu la rencontrer, la jeune femme de 22 ans témoigne des conditions sanitaires déplorables, la voix tremblante. « Je me débrouille pour nettoyer mes affaires à la main avant de les remettre, encore mouillées. Il faut voir l’état des machines à laver, le linge en sort encore plus sale. » Lina porte la même tenue depuis bientôt trois mois, un gilet par-dessus un t-shirt, legging longueur genoux et une paire de sandales. Dessous, ses cuisses sont couvertes de boutons et de rougeurs. « C’est pour ce genre de choses qu’on tombe malade… » Une situation d’autant plus inquiétante pendant la crise sanitaire actuelle.

« Si l’on attrape des infections, c’est parce qu’on vit dans la merde », s’énerve Jeanne (1), cette fois par téléphone. Sur les 24 places du bâtiment 13A, exclusivement réservé aux femmes, neuf sont occupées en ce moment. Lina, Jeanne, mais également Florence, Lou et Elise (1) ont accepté de raconter leur quotidien. « La situation n’est pas si différente de la prison. C’est même pire », commente Florence, qui poursuit :

« Nous sommes sans-papiers, mais on ne mérite pas ça. »
Conditions de détention indignes

« Aux sanitaires, c’est dégueulasse : il n’y a pas de papier W.C et on n’a pas toujours l’eau chaude pour se laver », s’indigne Jeanne, très en colère. Les retenues se passent le téléphone, les unes après les autres, pour témoigner. « Il fait de plus en plus froid, mes draps sont troués, ils n’ont jamais été lavés. Leur couleur ? Un combiné de gris et de marron », détaille Lina. Ils étaient blancs avant. « Les femmes de ménage viennent le matin mais c’est toujours très sale car il y a du passage », complète Elise.

En 2019, 560 femmes ont séjourné derrière les clôtures grillagées du Mesnil-Amelot, soit 26,4% des retenus de ce Cra. Leurs problèmes y restent invisibles, malgré les alertes des associations. La Cimade dresse notamment un portrait inquiétant de la structure. Mathilde Godoy, coordinatrice de l’équipe qui intervient sur le site, assure que « les locaux sont très dégradés, parfois insalubres ». Elle fait partie des rares associatifs à pouvoir, parfois, être témoin de ces conditions de rétention. Après une visite en mai dernier, elle explique :

« Dans certains bâtiments, une douche sur quatre était en état de fonctionnement, les toilettes sont régulièrement bouchées. Des colonies de fourmis ont été recensées en zone d’accueil des familles. »
Aucune aide

La Cimade, qui accompagne les retenues dans l’exercice de leurs droits, condamne le manque de moyens humains mis à disposition :

« On assiste à des prestations au rabais. Les équipes de nettoyage sont en sous-effectif et n’ont que très peu de temps pour nettoyer chaque bâtiment. »

L’accès à des kits d’hygiène et aux soins rudimentaires serait également obstrué par ce manque de moyens, selon la Cimade. Lou et Lina illustrent le propos avec Clara (1). L’Albanaise a été retenue avec elles, avant d’être récemment libérée. Indisposée, « Clara a déchiré un morceau de sa blouse en guise de protection. La police n’a pas voulu lui fournir plus de deux serviettes hygiéniques », se rappelle Lou. Lina termine :

« Le soir même, Clara, prise de douleurs, s’est sentie très mal. Nous avons dû contacter les secours par nos propres moyens car les policiers ont refusé de la croire. Ils disaient : “On n’est pas là pour vos conneries”. »

La Congolaise enchaîne sur une histoire personnelle. Trois semaines après son arrivée au Mesnil-Amelot, elle se plaint de violents maux au ventre et aux hanches. Toute la journée, les policiers ne l’auraient pas prise au sérieux. « Quand on demande à voir un médecin, ils n’appellent même pas. Il a fallu attendre que je sois vraiment pâle et que je me mette à convulser pour qu’ils contactent les pompiers. » Elle aurait passé la nuit à l’hôpital.

Un constat tristement régulier pour la Cimade, qui interroge la bonne volonté de la police aux frontières :

« En dehors des horaires d’ouverture de l’infirmerie du centre, tout dépend du bon vouloir des policiers. Ils ne prennent pas forcément en considération la douleur des personnes. Ils ont tendance à penser qu’elles simulent. »

« Certaines ne réclament pas d’aide. Soit parce qu’elles ne savent pas comment s’y prendre. Soit parce qu’elles ne parlent pas français. Soit parce qu’elles ont peur », complète Lou, coupée par Lina : « La police nous gronde et nous menace. C’est ce qui s’est passé après qu’on a appelé pour Clara ».

Surveillées par des hommes

C’est au tour de Jeanne de prendre le téléphone. Peu après son arrivée au centre, elle raconte qu’une nuit, alors qu’elle dort, les policiers seraient entrés brusquement dans sa chambre. Ils lui annoncent une convocation devant le tribunal administratif. « J’ai été réveillée en sursaut, je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Deux policiers m’ont crié dessus : “Tu te crois où ? À l’hôtel ? Habille-toi !” ». Elle s’exécute :

« J’étais nue, ils n’ont pas quitté la chambre et m’ont regardée m’habiller. J’étais gênée et humiliée. »

Ce serait aussi arrivé à Lina :

« Ils ne se sont même pas excusé d’avoir volé mon intimité. Ils ne détournaient pas le regard. »

Exclusivement surveillées par des hommes, les cinq retenues confient « ne pas se sentir en sécurité ». « Il n’y a pas de verrou sur les portes quand on se douche ou aux toilettes. N’importe qui peut entrer. On est obligé de chanter pour signaler notre présence », renchérit amèrement Florence avant de reprendre :

« On mérite un minimum de respect. Nous sommes des sans-papiers mais nous restons avant tout des femmes. »
Et le Covid ?

« C’est déplorable », conclut Lina. « Déplorable », c’est aussi l’adjectif utilisé par l’ancienne Contrôleure générale des lieux de privation de liberté, pour qualifier les dispositions sanitaires. Dans un communiqué, publié après une visite au Mesnil-Amelot au mois d’avril, Adeline Hazan réclamait la fermeture temporaire du centre de rétention où « la sécurité [n’était] pas correctement assurée » et ne permettait pas le respect des gestes barrières censés lutter contre le coronavirus.

À LIRE AUSSI : Derrière les grilles de la plus grande prison pour sans-papiers de France

Lorsqu’un premier cluster s’était déclaré cet été au Cra, la Cimade y avait interrompu sa présence et demandé la libération des occupants du centre :

« C’est criminel de laisser des gens se contaminer entre eux alors qu’on ne dispose pas des moyens de les tester. Aujourd’hui, le PCR est proposé car nécessaire à la préfecture pour organiser le renvoi des personnes retenues. »

(1) Les prénoms ont été changés
Contactée, l’administration du Mesnil-Amelot a renvoyé vers le Sicop, qui a renvoyé vers la préfecture de la Seine-et-Marne. Le 3 novembre, nous n’avions toujours pas de réponse à ce sujet.

 

 

Vite dit

06/06/2022 - Archarnement administratif, ca suffit !

« Comment peut-on croire qu'on sera plus heureux en faisant du mal à d'autres ? » (Hervé le Tellier – L'anomalie)

Ce mardi 7 juin 2022, Gideon est convoqué au tribunal judiciaire de Toulouse. Combien de juges a-t-il vu depuis le jour où il a été interpellé au commissariat de Pamiers ?

Au moins 7.

Le 3 mai, ce jeune gabonais de 18 ans, a été placé au centre de rétention de Cornebarrieu pour un vol prévu le 4 mai vers Libreville. Ce placement rendu possible par la loi (Article L 740-1 CESEDA) a été concrétisé par la préfecture de l'Ariège.

Il a refusé d'embarquer car toute sa famille vit en France de manière régulière. Il est scolarisé au lycée de Lavelanet et n'a plus du tout d'attache au Gabon.

Le 5 mai, le juge de la liberté et de la détention (JLD) décide de la prolongation de sa rétention (Article L742-3 CESEDA) permettant ainsi à l'administration d'organiser un nouvel 'éloignement'.

C'est le 27 mai qu'aura lieu cet 'éloignement' mais cette fois avec des techniques coercitives musclées (GTPI). Monté de force dans l'avion, Gidéon sera ligoté et molesté jusqu'au moment où le commandant de bord exigera son débarquement.

Mais s'opposer à son expulsion est un délit. Gidéon passera le soir même devant le procureur en CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) et sera puni d'une peine de prison de 3 mois avec sursis et 5 ans de mise à l'épreuve.

A 100 km de Toulouse, la préfète de l'Ariège reste inflexible : Gidéon doit rester enfermé pour être expulsé.

Le 2 juin, la juge JLD rendra un avis légèrement plus conciliant en lui permettant de rejoindre famille mais en l'obligeant à signer tous les jours au commissariat.

La préfecture de l'Ariège n'a pas apprécié cette décision. Elle a fait appel et l'audience aura lieu ce mardi 7 juin à 9h45 au palais de justice de Toulouse.

Si vous venez à cette audience, vous ne verrez pas le ou la signataire de cet appel. Il ou elle se fera représenter par un ou une porte-parole bien obéissant.e.

On sait qu'un nouveau vol a été demandé par la préfecture et si Gidéon le refuse, il risque cette fois 3 ans d’emprisonnement et une interdiction du territoire de 10 ans.

Depuis ses 18 ans, Gidéon vit sous la menace d'une arrestation, d'une expulsion !

Ce 6 juin, c'est son anniversaire. Il a 19 ans.

 

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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