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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Médiapart - Nejma Brahim - 10/11/2020

Entre 2 000 et 2 500 personnes exilées sont installées dans un camp de fortune à proximité de la station de métro Porte-de-Paris, à Saint-Denis, en pleine crise sanitaire. Toutes attendent l’évacuation prévue et espèrent une prise en charge digne et pérenne.

C’est un énième camp de migrants que les autorités ont laissé s’agrandir, malgré la crise sanitaire liée au Covid-19 et la deuxième vague à laquelle la France doit faire face. Il suffit de traverser le pont, dans le prolongement des arrêts de tramway et de métro Porte-de-Paris à Saint-Denis, pour entrevoir les nombreuses tentes qui se suivent et se ressemblent.

Ici, les notions de confinement et de gestes barrières perdent tout leur sens. Assis sur un muret face au Stade-de-France, sous l’autoroute, une vingtaine d’hommes discutent pour combler le vide ce jeudi 5 novembre, profitant du soleil venu rehausser les températures peu clémentes des dernières semaines.

« On suit la situation ici depuis l’arrivée des premiers exilés l’été dernier », souffle Kerill en s’enfonçant dans les méandres de ce qui ressemble aujourd’hui à une base de vie, le confort en moins. Le coordinateur de l’association Utopia56, qui vient en aide aux exilés depuis 2015, en profite pour saluer les occupants des lieux sur son passage. « Faute d’intervention des autorités, on constate que les gens se sont organisés et qu’on n’est plus dans quelque chose de l’ordre du temporaire. »

L’entrée et le centre du campement, majoritairement occupés par des hommes seuls de nationalité afghane ou iranienne, ont vu naître depuis peu des stands de cuisine improvisés, le brasero faisant office de gazinière. L’odeur de charbon et de bois brûlé est prégnante. Des restes de feux de camp, çà et là, permettent d’imaginer ce qui sert à la fois de chauffage et de lumière à la nuit tombée.

 

Plusieurs stands de cuisine ont récemment vu le jour sur le camp situé Porte-de-Paris, à Saint-Denis. © NB.
Plusieurs stands de cuisine ont récemment vu le jour sur le camp situé Porte-de-Paris, à Saint-Denis. © NB.
 

« On n’a pas vraiment peur du coronavirus, lance Niazai, 21 ans. Notre vie est déjà compliquée de manière générale. On vit dans des tentes, on doit subir le froid et la pluie, on n’a pas toujours à manger. » Une semaine plus tôt, ses amis installaient un coin-cuisine afin de préparer des sandwichs pour les exilés du camp. Plusieurs stands de ce type ont ainsi pris forme et viennent en soutien des distributions alimentaires organisées notamment par le collectif Solidarité migrants Wilson.

« Pour rentrer dans nos frais, on les vend un euro. Mais pour les personnes qui n’ont pas les moyens d’acheter, c’est gratuit », précise Hayatola, tout en plongeant une pâte faite maison dans l’huile brûlante. Une fois le pain cuit, le jeune homme s’empare d’une poignée de frites qu’il insère dedans, avant de l’emballer et de le poser dans une bassine en plastique, en attendant les clients.

« Je trouve que c’est une bonne initiative, sourit son comparse. Notre quotidien est très dur ici, alors c’est important qu’il y ait un peu d’entraide. » Tous sont iraniens et sont passés par l’Allemagne avant de venir en France. Certains ont appris l’allemand sur place grâce aux cours dispensés aux demandeurs d’asile, d’autres, comme Niazai, l’ont appris seuls sur YouTube.

Pour Arif, 22 ans et enfant de Jalalabad, à 150 kilomètres de Kaboul en Afghanistan, l’urgence est de poursuivre sa scolarité et d’apprendre la langue de Molière. « Tout ce que je souhaite, c’est de pouvoir étudier pour ensuite travailler, peu importe le secteur. Il n’y a donc pas de cours de français proposés en ce moment ? », interroge-t-il en voyant passer Angèle, du pôle « hommes seuls » à Utopia56.

« Le BAAM [Bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants] propose habituellement des cours mais c’est compliqué en ce moment. Avec le Covid-19 et le confinement, ils ont dû les interrompre. On saura la semaine prochaine s’il est possible de les relancer en respectant les mesures sanitaires », soupire-t-elle.

Après six années passées outre-Rhin, Arif a dû quitter l’Allemagne à la suite de problèmes administratifs dans le cadre de sa demande d’asile. Il vient de retrouver son frère à Paris, qu’il avait perdu durant le parcours migratoire, et partage désormais sa tente avec lui.

Depuis trois mois maintenant, le camp n’a cessé de grandir : environ 2 000 migrants vivent là, dans une précarité qui ne permet certainement pas de faire barrière au virus terrassant le monde depuis le printemps dernier. « Avec 1 000 tentes et un ratio de deux personnes par tente, on compte aujourd’hui entre 2 000 et 2 500 exilés sur le camp. Le Covid circule partout en France, il n’y a pas de raison que ce lieu en particulier soit épargné », relève Louis Barda, coordinateur chez Médecins du Monde, en charge de ce campement.

Pour l’heure, aucun cas grave n’a été détecté là, il y aurait une « majorité d’asymptomatiques ». Pas d’eau durant plus de deux mois, gestes barrières impossibles à respecter, manque de masques, promiscuité dans les tentes… « Toutes les conditions sont favorables à ce que le Covid se répande. Les conditions de vie des personnes exilées à la rue étaient déjà scandaleuses avant l’épidémie, mais là on atteint un niveau de honte inégalé. On est pourtant chez les plus vulnérables des vulnérables, c’est une question de santé publique », dénonce-t-il, ajoutant que la situation aurait pu créer un cluster violent.

Comment tester, retrouver puis isoler les cas-contacts et cas positifs dans un campement de cette taille ? « On ne fait pas de tests PCR car, à nos yeux, la mise à l’abri est la seule solution pérenne pour une campagne de dépistage efficace. Plus on attend, plus le camp grandit, moins c’est gérable. L’inaction des pouvoirs publics mène à une mise en danger et à des situations insolubles comme celle qu’on a aujourd’hui. » L’évacuation du camp, annoncée par des bruits de couloir pour jeudi 12 novembre, aurait été décalée à la semaine suivante selon nos informations.

Depuis quelque temps, cinq ou six familles originaires d’Afghanistan, de Somalie, du Soudan ou encore du Pakistan se sont installées dans le campement. « C’est une solution de dernier recours pour elles car elles ne se sentent pas forcément en sécurité ici, explique Kerill, d’Utopia56. Mais à force d’être délogées et repoussées de Paris, elles n’ont pas eu le choix. » Début octobre à Aubervilliers, les associations d’aide aux migrants dénonçaient une « chasse à l’homme » orchestrée par les forces de l’ordre pour mieux éloigner les exilés de la capitale.

« Le Covid n’est pas une préoccupation pour nous »

Au fond du campement sur la droite, Abdur, un Pakistanais, s’est occupé d’aménager l’espace tant bien que mal avec le matériel qu’il a pu dénicher. Des barrières recouvertes de tissu gris délimitent l’enclos, positionné contre un buisson face au canal. Seul un petit espace permet d’en sortir et, discrètement, sa fille se faufile pour aller jouer au-dehors.

Abdur a créé son propre espace à l'intérieur du camp pour mettre en sécurité sa famille. © NB.
Abdur a créé son propre espace à l'intérieur du camp pour mettre en sécurité sa famille. © NB.
 
« En un mois ici, j’ai construit une maison avec une première chambre de ce côté, une autre en face, et un coin-douche derrière ! », ironise le père de famille tout en rappelant sa petite dernière à l’ordre afin qu’elle ne s’éloigne pas. En réalité, les chambres montrées du doigt ne sont que des tentes – dont une pour ses trois enfants – et le coin-douche est une simple bâche suspendue, dont la seule utilité est de protéger des regards indiscrets lors de la toilette.

Depuis que des rampes de robinets ont été installées non loin de là par l’association Solidarités International, deux semaines plus tôt, la famille peut se laver à l’eau froide. Derrière leur abri dénué de toit, les hommes défilent pour venir faire leur lessive au point d’eau, laissant ensuite leurs vêtements sécher, accrochés aux troncs d’arbre qui longent le canal. Les dix cabines de W.-C. posées à l’entrée du camp ne suffisent pas et Ruhman, la mère, doit se retenir jusqu’au soir pour trouver un coin caché et se soulager.

« Le Covid n’est pas une préoccupation pour nous », assurent les parents, qui se présentent comme une équipe. Leur mariage « d’amour » leur a valu de nombreux conflits avec leurs proches. « On pense avant tout à avoir un toit au-dessus de nos têtes et à maintenir nos enfants en bonne santé. Nous, on peut sauter des repas. Mais pas eux. » Leurs pieds sont nus et, faute de chaussettes, affichent des extrémités d’une couleur bleuâtre.

Arrivés en France en début d’année, le couple et ses enfants ont déposé une demande d’asile en mars. Ils attendent un retour de l’OFPRA, l’office chargé d’étudier les demandes. « Attendre”, c’est le tout premier mot que j’ai appris en français, lâche Abdur dans un éclat de rire. Il faut toujours attendre. » Si Utopia56 leur propose régulièrement des solutions de mise à l’abri pour une ou plusieurs nuits, les parents refusent. « On a accepté une fois et à notre retour sur le camp, on nous avait volé l’une de nos tentes. On ne veut plus de solution temporaire. On est usés », chuchote Ruhman en passant le paquet de chips à sa fille âgée de 4 ans.

« Le niveau de détresse est énorme »

 

Ces derniers temps, son mari ne ferme pas l’œil de la nuit pour surveiller les alentours de leur abri. Une minorité d’hommes isolés crée parfois des tensions après avoir consommé de l’alcool ou de la drogue le soir venu. Un homme a d’ailleurs été retrouvé inanimé sur le camp et serait décédé après son transport à l’hôpital. « Il s’agirait d’une crise cardiaque. Il était connu pour sa consommation d’alcool et de drogue. Les gens évoluent dans un climat hostile et sont à bout », note le coordinateur d’Utopia56.

Médecins du Monde propose une permanence psychologique aux personnes identifiées grâce à ses cliniques mobiles, organisées trois fois par semaine. « Le niveau de détresse est énorme. Ces personnes ont souvent quitté leur pays pour fuir des violences qu’elles retrouvent sur leur parcours migratoire. Arrivées en France, elles sont criminalisées, ballottées d’un endroit à l’autre. Cela donne lieu à des situations de décompensation et d’addictions, voire des tendances suicidaires. »

Une atmosphère qui participe de ce sentiment d’insécurité chez les familles et les femmes célibataires originaires de Somalie, installées au fond du camp. Un endroit mal choisi, car en voulant se mettre à l’écart et en sécurité, elles ont en fait opté pour la parcelle qui servait de toilettes aux occupants du camp, avant l’installation des W.-C.

Des femmes et familles originaires de Somalie se sont installées sur le camp, faute de solution alternative. © NB.
Des femmes et familles originaires de Somalie se sont installées sur le camp, faute de solution alternative. © NB.
 

« C’est encore plus difficile pour nous, en tant que femmes seules. Le soir, certains boivent et se bagarrent. Entre le bruit et le froid, c’est impossible de dormir. Je n’ai qu’une couverture pour mes deux bébés et moi, ils pleurent toute la nuit », confie Hanane, 29 ans, depuis l’intérieur de sa tente. Après des tensions avec son époux durant le parcours migratoire, celui-ci les a abandonnés. Cela fait une semaine qu’elle est en France.

« Ça a été une grosse surprise pour moi de découvrir ce camp. Je n’avais jamais vu ça de ma vie auparavant, même dans mon pays. » Les 100 euros qui constituaient ses économies se sont déjà envolés en fumée dans l’achat de lait et de médicaments. Amal, une autre Somalienne âgée de 29 ans, vit avec deux autres femmes dans une tente. L’une de ses amies, dont la prothèse à la jambe est cassée, se retrouve dans un camp alors qu’elle a obtenu le statut de réfugié.

« Le gros problème qu’on a, c’est que notre protection universelle maladie [Puma] a expiré. Tout le monde nous parle de la pandémie, mais on n’arrive même pas à se faire soigner pour des maux du quotidien », regrette-t-elle, précisant que cinq bébés vivent dans cet espace et qu’elle souffre elle-même de difficultés respiratoires.

« En période de crise sanitaire, en plus des aspects délétères de la vie à la rue sur la santé, c’est hallucinant qu’on retrouve des campements de cette envergure, sans aucune anticipation malgré l’expérience de la première vague », peste Louis Barda, de Médecins du Monde. La semaine précédente, une famille ayant obtenu une solution de mise à l’abri par le biais du 115 s’est vu refuser la sortie du camp par la police à cause du confinement, selon Utopia56.

Une autre conséquence a été l’invisibilisation d’un certain nombre de familles prises en charge par le Samu social les premiers soirs du confinement, puis remises à la rue malgré le contexte. Chaque soir, l’équipe d’Utopia56 organise des mises à l’abri pour les nouveaux arrivants et les personnes refusant d’aller au camp de Saint-Denis.

Le rendez-vous est fixé à 19 heures dans le XIXe arrondissement de Paris, tout près de la porte d’Aubervilliers, à peu près en même temps qu’une distribution alimentaire proposée à Rosa Parks. Les solutions de mise à l’abri peuvent aller du 115 à l’hébergement solidaire chez des particuliers, en passant par la formation d’un camp temporaire non loin de là, avec obligation de quitter les lieux à l’aube le lendemain.

« Entre jeudi et vendredi, juste avant le confinement, l’effectif des exilés présents à Rosa Parks a été divisé par deux, détaille Noémie, responsable du pôle « familles » à Utopia56. On a donc eu très peu de monde pendant le week-end. Cependant, en rappelant les familles par la suite, on s’est rendu compte que certaines solutions 115 n’étaient que pour quelques nuits et que les familles concernées pensaient qu’Utopia ne faisait plus de mises à l’abri à cause du confinement. On a donc rappelé tout le monde et le nombre de familles a augmenté de nouveau. »

Ce jeudi 5 novembre, boulevard Macdonald, Kerill retrouve son équipe pour préparer la mise à l’abri quotidienne. À 19 h 30, 21 personnes sont présentes, dont 13 familles et des mineurs. Beaucoup de familles ont été prises en charge grâce au système d’hébergement solidaire mis en place par l’association, qui compte quelque 250 volontaires. « Au début, avec la peur du virus, ça a été très compliqué. Mais on voit cette fois-ci que ça repart, on a même eu un soir où tout le monde a pu être hébergé », se réjouit Kerill.

Le confinement, qui a poussé certains habitants de Paris à partir en province, a permis de récupérer les clés de certains logements vides pour accueillir des exilés. C’est Utopia qui gère l’entrée et la sortie des lieux, ainsi que le suivi des familles sur place. Ce soir, en plus de l’hébergement solidaire chez les particuliers, la structure va pouvoir loger six à huit personnes dans une paroisse voisine.

« Principalement des femmes seules », indique Kerill. Car la semaine passée, cinq exilées ont subi une tentative de viol de nuit alors qu’elles dormaient dans le camp éphémère installé pont du Landy. « Un groupe d’hommes a essayé de s’introduire dans leurs tentes, elles ont réussi à se défendre et à les faire partir. Ça a été traumatisant pour elles. »

Diallo, un demandeur d’asile bénévole de l’association, donne le top départ à 20 heures. Trois femmes le suivent tandis qu’il presse le pas pour rejoindre l’arrêt de bus, porte d’Aubervilliers. Après cinq minutes de trajet, celui-ci s’arrête place de Torcy, face à la paroisse Saint-Denys de la Chapelle.

La paroisse Saint-Denys de la Chapelle va accueillir des femmes exilées tout au long du confinement. © NB.
La paroisse Saint-Denys de la Chapelle va accueillir des femmes exilées tout au long du confinement. © NB.
 

« Je suis déjà venue ici », s’aperçoit Fatoumata en pénétrant dans les lieux. Jean-David Carossio, le prêtre, les accueille aux côtés de deux paroissiens bénévoles. Par terre, six grands matelas gonflables – fournis par Utopia – occupent cet espace aux airs de gymnase miniature. Le trio extirpe des draps et couvertures propres d’une grande armoire en bois pour leur préparer un lit pour la nuit.

« Ça fait chaud au cœur de voir ça. Quand les associations ou des inconnus nous aident ainsi, c’est comme s’ils partageaient notre souffrance », s’émeut la quadragénaire, dont les enfants et le mari sont restés en Guinée. Ses deux amies se précipitent au fond de la pièce chauffée pour une séance d’essayages : des vêtements issus de dons leur ont été distribués ce soir et suffisent à leur redonner le sourire. Un coin-cuisine et des sanitaires sont à leur disposition.

Trois autres femmes, redirigées par Utopia, arriveront par leurs propres moyens avant 21 heures. Toutes pourront être hébergées à la paroisse le temps du confinement, sauf deux nuits où la paroisse s’est déjà engagée à l’avance pour un autre groupe. « Même si elles doivent quitter les lieux en journée, ça va leur offrir un peu de stabilité », précise Diallo.

« On héberge déjà des familles et des femmes seules le jeudi soir dans le cadre d’un partenariat avec Utopia56. Là, le confinement fait qu’on a moins de groupes à accueillir et qu'on peut changer de rythme. Ce lien entre Église et société civile est très précieux pour nous », souligne le prêtre, avant d’indiquer aux occupantes des lieux comment éteindre la lumière et fermer la porte d’entrée.

 

 

 

Vite dit

06/06/2022 - Archarnement administratif, ca suffit !

« Comment peut-on croire qu'on sera plus heureux en faisant du mal à d'autres ? » (Hervé le Tellier – L'anomalie)

Ce mardi 7 juin 2022, Gideon est convoqué au tribunal judiciaire de Toulouse. Combien de juges a-t-il vu depuis le jour où il a été interpellé au commissariat de Pamiers ?

Au moins 7.

Le 3 mai, ce jeune gabonais de 18 ans, a été placé au centre de rétention de Cornebarrieu pour un vol prévu le 4 mai vers Libreville. Ce placement rendu possible par la loi (Article L 740-1 CESEDA) a été concrétisé par la préfecture de l'Ariège.

Il a refusé d'embarquer car toute sa famille vit en France de manière régulière. Il est scolarisé au lycée de Lavelanet et n'a plus du tout d'attache au Gabon.

Le 5 mai, le juge de la liberté et de la détention (JLD) décide de la prolongation de sa rétention (Article L742-3 CESEDA) permettant ainsi à l'administration d'organiser un nouvel 'éloignement'.

C'est le 27 mai qu'aura lieu cet 'éloignement' mais cette fois avec des techniques coercitives musclées (GTPI). Monté de force dans l'avion, Gidéon sera ligoté et molesté jusqu'au moment où le commandant de bord exigera son débarquement.

Mais s'opposer à son expulsion est un délit. Gidéon passera le soir même devant le procureur en CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) et sera puni d'une peine de prison de 3 mois avec sursis et 5 ans de mise à l'épreuve.

A 100 km de Toulouse, la préfète de l'Ariège reste inflexible : Gidéon doit rester enfermé pour être expulsé.

Le 2 juin, la juge JLD rendra un avis légèrement plus conciliant en lui permettant de rejoindre famille mais en l'obligeant à signer tous les jours au commissariat.

La préfecture de l'Ariège n'a pas apprécié cette décision. Elle a fait appel et l'audience aura lieu ce mardi 7 juin à 9h45 au palais de justice de Toulouse.

Si vous venez à cette audience, vous ne verrez pas le ou la signataire de cet appel. Il ou elle se fera représenter par un ou une porte-parole bien obéissant.e.

On sait qu'un nouveau vol a été demandé par la préfecture et si Gidéon le refuse, il risque cette fois 3 ans d’emprisonnement et une interdiction du territoire de 10 ans.

Depuis ses 18 ans, Gidéon vit sous la menace d'une arrestation, d'une expulsion !

Ce 6 juin, c'est son anniversaire. Il a 19 ans.

 

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

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