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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : StreetPress - Christophe-Cécil Garnier , Loana Berbedj - 10/11/2020

En France, les mineurs ont en théorie un toit et accès à l’éducation. Mais pour des milliers de migrants de moins de 18 ans, ces droits ne sont pas respectés. Le sociologue Dieudonné Kobanda, auteur d’une enquête sur ces jeunes, raconte leur quotidien.

« Lorsque les mineurs isolés ont commencé à arriver, au début des années 2000, les pouvoirs publics français et européens ne savaient pas quoi faire d’eux », se remémore Dieudonné Kobanda, auteur de l’enquête sociologique Enfants isolés étrangers : une vie et un parcours faits d’obstacles, paru en 2016. « Les législations n’avaient prévu d’accueillir que des familles et des adultes. »

Dieudonné Kobanda a consacré une partie de sa vie à aider ces migrants mineurs. L’homme de 51 ans a travaillé au sein de la protection de l’enfance à Strasbourg, avant de devenir cadre socio-éducatif en Île-de-France. Cela fait presque dix ans qu’il gère des centres d’accueil pour migrants. L’ancien réfugié de la République démocratique du Congo l’affirme avec force :

« Pour ces migrants mineurs, le cauchemar est permanent. »

Avoir moins de 18 ans devrait leur permettre d’être aidés, hébergés et scolarisés, selon la loi française. Et ce, jusqu’à leur majorité. Mais Dieudonné Kobanda dénonce le chemin de croix de ces enfants pour faire reconnaître leur âge et leurs droits. Et « la situation n’a fait que se dégrader ».

Combien y a-t-il de mineurs isolés étrangers en France ? Ils seraient 40.000 en tout selon les associations. On sait que ce nombre n’est pas fiable et qu’il augmente régulièrement. Aujourd’hui, personne ne connaît leur nombre exact, entre ceux qui sont pris en charge dans nos structures d’accueil et ceux qui sont dans la nature, sans accompagnement. On sait que certains jeunes n’osent pas aller vers les centres d’accueil. Ils ont peur des évaluations.

Pourquoi ?

Parce qu’on ne les croit pas forcément quand ils annoncent leur âge. L’administration les accuse de mentir. J’ai un exemple en tête. Au foyer pour migrants majeurs que je dirige, un jeune m’a avoué avoir 16 ans. À l’évaluation [À Paris, cela passe par le Demie, géré par la Croix-Rouge, ndlr], on lui a refusé son âge. Il a été jugé trop grand : il fait 1m87. À l’idée de me rencontrer, il pleurait déjà. Il pensait qu’on allait le mettre dehors parce qu’il n’était pas adulte. Je ne l’ai pas fait, mais il a dû avoir peur parce qu’il a disparu un jour. C’est ça le quotidien des mineurs isolés étrangers.Pourtant, il avait un acte de naissance de son pays. Il a été contesté illégalement par les pouvoirs publics français. L’article 47 du Code civil indique que l’acte d’état-civil, même produit à l’étranger, est considéré comme authentique jusqu’à ce qu’on prouve le contraire. Mais « c’est fait en Afrique, ça n’a aucune valeur ». Cette phrase n’est écrite nulle part, mais on l’entend. Une juge des enfants m’a confirmé que « si le jeune qui a l’acte a une corpulence imposante, ça pose problème ».
À LIRE AUSSI : À Paris, les drôles de critères de tri des mineurs étrangers
Tous les mineurs isolés étrangers qui arrivent ici ne sont évidemment pas que des mineurs. Certains m’ont confié qu’ils avaient déjà 18 ans lors de leur arrivée. Leur petite taille les aide à faire croire qu’ils sont mineurs. Mais certains viennent de zones de guerre. Ils ont été brimés dans leur vie d’enfants, recrutés comme soldats. J’ai rencontré des travailleurs sociaux qui étaient vraiment hermétiques à cela. Si l’évaluation ne conclut pas à la minorité du jeune, on a recours à un test osseux [une radio de la main gauche et du poignet, qui vérifie le développement des os, ndlr], qui est fortement critiqué. Pourquoi ?

Cet examen se base sur les travaux de deux Américains – Greulich et Pyle. Il s’agit d’un examen mis en place dans les années 50, fait sur des enfants blancs issus de familles aisées. Il a été conçu pour fixer l’âge médical en vue d’opérations. Aujourd’hui, on l’utilise pour déterminer l’âge civil. Mais ses auteurs américains estiment eux-mêmes que le test est « peu fiable » pour les jeunes entre 16 et 18 ans ! Il y a une marge d’erreur de 24 mois.

Comment peut-on appliquer ce test sur des enfants qui ont subi la faim, qui viennent de zones de guerre, si les auteurs disent qu’il y a des erreurs ? L’Académie nationale de médecine elle-même est farouchement opposée à ce test, parce qu’il n’est pas fiable. Sans compter les examens du développement pubertaire.

Qu’est-ce-que c’est ?

Les examens du développement pubertaire étaient des examens médicaux autorisés jusqu’à 2016, avant d’être interdits. Eux aussi visaient à déterminer l’âge des mineurs isolés. Des enfants ont dû se mettre complètement nu devant les médecins. Ils vérifiaient la dentition, mais aussi l’alvéole des seins et la pilosité pubienne pour les filles. Pour les garçons, on leur touchait leurs testicules. C’est un examen affreux et immoral. Si c’était arrivé à des enfants français, il y aurait eu des procès…

Plusieurs jeunes m’ont aussi raconté être arrivés menottés aux tests. J’ai demandé des éclaircissements à la police, qui a refusé de me répondre. Dès lors qu’il y a un doute sur l’âge, cela doit normalement profiter aux jeunes. C’est un principe de justice. Ce n’est pas ce qui arrive.

À LIRE AUSSI : À Mayotte, les autorités falsifient volontairement l’âge de mineurs isolés pour les expulser
Vous désapprouvez le placement des mineurs isolés dans les hôtels sociaux [des endroits gérés par des assos, souvent critiqués pour leurs conditions de vie déplorables, ndlr]. Pourquoi est-ce un problème selon vous ? Dans une structure comme la mienne, il n’y a que des adultes, environ 250 places, avec des travailleurs sociaux à temps plein prévu pour ce nombre de personnes. Là, on trouve juste quelques places dans un hôtel parfois insalubre. On y met des mineurs isolés étrangers. Ils ne voient un éducateur qu’une fois par semaine. En tant que parent – j’ai trois enfants dont deux adultes – est-ce qu’on accepterait qu’un enfant soit seul dans un hôtel social ? Est-ce une éducation digne ? Pas pour moi. On les place là en attendant qu’ils aient 18 ans pour ensuite les expulser.

Entre 16 et 18 ans, le mineur isolé navigue entre l’inquiétude et le désespoir. Ils attendent là, sans qu’on leur propose un projet de vie. En tant qu’ancien éducateur spécialisé, j’ai accompagné au quotidien certains de ces jeunes. Un mineur isolé pris en charge correctement est l’avenir de la France.

Dans votre livre, vous illustrez ce point avec l’histoire d’Armando Curri, sacré meilleur apprenti de France en 2015…

C’était une histoire ubuesque. Ce jeune albanais a gagné le titre de meilleur apprenti de France. Problème : dans la tradition, le président du Sénat doit recevoir les jeunes primés. Mais voilà, cet Albanais est sans-papiers. L’affaire est embêtante, le Sénat décide de ne pas l’accueillir. Mais il y a eu un écho médiatique. Alors il a quand même été reçu. Vous imaginez ? C’est un enfant qui venait juste d’avoir 18 ans. Il a fait un effort considérable entre l’apprentissage de la langue ou du mode de vie et il est devenu le meilleur dans son domaine. Mais il apprend qu’il ne peut pas être reçu comme tout le monde, parce qu’il n’a pas de papiers. C’est très violent, surtout à cet âge-là. Comment ce jeune va-t-il analyser tout ça ?

Et il n’est pas une situation isolée d’après vous.

J’ai vu des situations tout aussi stupides en tant qu’éducateur. J’ai longtemps travaillé à Strasbourg et un de mes jeunes n’avait pas pu aller à un match de foot en Allemagne. C’était le meilleur buteur, mais il n’avait pas ses papiers. Il ne l’avait pas dit aux autres parce qu’il avait honte. Il a dû mentir et faire semblant de tomber malade.
À VOIR AUSSI : Un an avec le Paris d’Exil FC, une équipe de foot de jeunes migrants
Vous avez indiqué que les mineurs isolés naviguent entre l’inquiétude et le désespoir entre 16 et 18 ans. Dans votre livre, vous dites qu’avant 16 ans, c’est surtout l’espoir qui règne tandis qu’après 18 ans, c’est « le cauchemar permanent ». C’est très fort comme terme. Oui mais c’est au-delà du simple constat. Parce qu’en tant qu’éducateur spécialisé, je vis la situation au quotidien. Quand le jeune est en pleurs devant moi, je le ressens. Quand le jeune me dit qu’il n’en dort pas, je le vois sur son visage. À Strasbourg, un jeune a été arrêté par la police le jour de ses 18 ans. C’est quand même affreux. Il était parti en ville pour fêter ça. Et au moment où il rentre : contrôle d’identité juste devant le foyer… Ce jeune a été interpellé par des policiers qui le connaissaient. Un des policiers l’avait contrôlé plusieurs mois à l’avance et lui avait dit : « On se retrouve le jour de ton anniversaire ». Il a été placé en Cra près de Strasbourg. Il nous a appelés en pleurant, il disait qu’on le renvoyait à Conakry. Par chance, il a été libéré. Mais quand je l’ai revu, il était traumatisé… L’angoisse commence avant 18 ans. Il suffit d’un contrôle de police. Le cauchemar est permanent.

 

 

Vite dit

06/06/2022 - Archarnement administratif, ca suffit !

« Comment peut-on croire qu'on sera plus heureux en faisant du mal à d'autres ? » (Hervé le Tellier – L'anomalie)

Ce mardi 7 juin 2022, Gideon est convoqué au tribunal judiciaire de Toulouse. Combien de juges a-t-il vu depuis le jour où il a été interpellé au commissariat de Pamiers ?

Au moins 7.

Le 3 mai, ce jeune gabonais de 18 ans, a été placé au centre de rétention de Cornebarrieu pour un vol prévu le 4 mai vers Libreville. Ce placement rendu possible par la loi (Article L 740-1 CESEDA) a été concrétisé par la préfecture de l'Ariège.

Il a refusé d'embarquer car toute sa famille vit en France de manière régulière. Il est scolarisé au lycée de Lavelanet et n'a plus du tout d'attache au Gabon.

Le 5 mai, le juge de la liberté et de la détention (JLD) décide de la prolongation de sa rétention (Article L742-3 CESEDA) permettant ainsi à l'administration d'organiser un nouvel 'éloignement'.

C'est le 27 mai qu'aura lieu cet 'éloignement' mais cette fois avec des techniques coercitives musclées (GTPI). Monté de force dans l'avion, Gidéon sera ligoté et molesté jusqu'au moment où le commandant de bord exigera son débarquement.

Mais s'opposer à son expulsion est un délit. Gidéon passera le soir même devant le procureur en CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) et sera puni d'une peine de prison de 3 mois avec sursis et 5 ans de mise à l'épreuve.

A 100 km de Toulouse, la préfète de l'Ariège reste inflexible : Gidéon doit rester enfermé pour être expulsé.

Le 2 juin, la juge JLD rendra un avis légèrement plus conciliant en lui permettant de rejoindre famille mais en l'obligeant à signer tous les jours au commissariat.

La préfecture de l'Ariège n'a pas apprécié cette décision. Elle a fait appel et l'audience aura lieu ce mardi 7 juin à 9h45 au palais de justice de Toulouse.

Si vous venez à cette audience, vous ne verrez pas le ou la signataire de cet appel. Il ou elle se fera représenter par un ou une porte-parole bien obéissant.e.

On sait qu'un nouveau vol a été demandé par la préfecture et si Gidéon le refuse, il risque cette fois 3 ans d’emprisonnement et une interdiction du territoire de 10 ans.

Depuis ses 18 ans, Gidéon vit sous la menace d'une arrestation, d'une expulsion !

Ce 6 juin, c'est son anniversaire. Il a 19 ans.

 

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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