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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Médiapart - Nejma Brahim - 16/11/2020

Au cours des dernières semaines, plusieurs cas de Covid-19 ont été répertoriés dans un Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) en Île-de-France, mettant en lumière des dysfonctionnements dans la gestion des cas contacts et cas positifs durant leur isolement.

Au bout du fil, la voix est enrouée. Dans la chambre qu’elle partage avec une autre femme dans un Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) d’Île-de-France, Ines* songe aux dernières semaines qu’elle a vécues. « Ça a commencé par de la fièvre et une toux importante début octobre, se souvient-elle. Je suis allée à l’hôpital pour me faire tester, mais on m’a répondu qu’il fallait attendre une certaine période d’incubation, soit huit jours, avant de faire le test. »

Une fois le délai passé, la jeune femme se sent trop faible pour pouvoir se rendre à l’hôpital de nouveau. « J’ai demandé de l’aide au Cada pour m’emmener aux urgences, mais on m’a dit de me débrouiller et d’appeler le 15 », s’époumone Ines, entre deux toussotements. Une fois le test PCR réalisé, c’est l’Assurance-maladie qui lui apprend, par téléphone, qu’elle est positive au Covid-19.

Elle est alors placée en quatorzaine dans un immeuble appartenant à l’association Coallia, en charge du Cada où elle est hébergée [l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), qui coordonne le dispositif national d’accueil des demandeurs d’asile et réfugiés, en délègue la gestion à différents opérateurs – ndlr].

 

Le siège de l'association Coallia, qui gère 15 Cada en Île-de-France. © NB.
Le siège de l'association Coallia, qui gère 15 Cada en Île-de-France. © NB.
 

Mais à son arrivée dans le studio, c’est la douche froide. « Le logement était insalubre. C’était sale partout, les murs avaient jauni. On aurait pu récurer le sol tellement c’était crade. » Tout de suite, Ines a la désagréable sensation que le studio n’a pas été nettoyé après le départ de la personne isolée avant elle.

« La gestionnaire qui m’accompagnait pour l’installation était très étonnée. Elle a soupiré “Oh, il n’a pas nettoyé !”, puis a essayé de cacher sa surprise », assure la demandeuse d’asile, ajoutant que l’accompagnatrice aurait elle-même changé les draps après avoir constaté que le linge de lit du locataire précédent était resté en l’état.

Diallo*, un autre résident du Cada considéré comme cas contact, a lui aussi été placé en quarantaine dans ce même logement. Son colocataire a été testé positif au Covid-19 et contraint à l’isolement dans leur chambre collective. « C’était dégueulasse à mon arrivée, la peinture des murs était en piteux état. Mais je ne pouvais pas dormir dehors, je n’avais pas le choix. J’ai demandé à ce qu’on me ramène des produits désinfectants et j’ai nettoyé moi-même le sol. »

Pour Nordine Djebarat, directeur régional de Coallia en Île-de-France, la notion d’insulabrité est démesurée. « On parle d’hébergements financés par la puissance publique. Que les locaux ne soient pas flambant neufs, peut-être. Mais si le lieu doit servir à la quarantaine, cela me semble impossible que Coallia ait mis à disposition des chambres dans un tel état », argue-t-il. Selon lui, pour le nettoyage, les établissements ont le choix de faire appel à un catalogue spécialisé ou à leurs propres équipes de service.

L’association a mis en place, dès le début de la crise sanitaire en mars dernier, un « plan de continuité de l’activité » avec l’objectif de repenser l’accompagnement social et la relation à l’usager dans le respect des gestes barrières notamment. « Du gel hydroalcoolique et des masques nous sont fournis par la Direction régionale et interdépartementale de l'hébergement et du logement (Drihl), à la fois pour nos salariés et les usagers », rappelle le responsable de Coallia.

Sur le plan sanitaire, l’opérateur de l’Ofii doit rester en lien étroit avec l’Agence régionale de santé (ARS) du département et suivre un protocole clair en cas de contaminations dans un Cada ou un Huda (Hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile) : une fois l’ARS alertée, la personne testée positive doit être isolée, soit sur la structure si celle-ci le permet, soit dans un centre Covid dédié indépendant de Coallia. Une situation déjà observée dans un Cada situé à Livry-Gargan, en Seine-Saint-Denis, où une famille testée positive a été orientée par l’ARS vers un centre le temps de sa quarantaine.

Au total en Île-de-France, Coallia gère 15 Cada d’une capacité totale de 1 810 places et 10 Huda (891 places). Au cœur de la deuxième vague le 9 novembre, 83 résidents étaient touchés par le Covid-19 et 114 étaient considérés comme cas contacts. Des chiffres en augmentation depuis deux semaines, selon le directeur régional. « Aucun décès n’est à déplorer. Je considère donc pour l’instant que nous sommes relativement épargnés, même si ces chiffres ne sont que déclaratifs. »

Problème, l’état de non-propreté du logement dédié à la quarantaine, dénoncé par les deux demandeurs d’asile, se serait accompagné de dysfonctionnements dans la livraison des denrées alimentaires. Car dans le cadre du protocole, Coallia doit, en plus d’isoler les cas contacts et cas positifs, assurer les repas des personnes concernées, qui reçoivent la consigne de ne pas sortir.

« Quand ils m’ont emmené dans cet immeuble, ils m’ont dit de ne rien prendre avec moi, y compris la nourriture, alors que j’avais des provisions dans ma chambre, relate Diallo. Les repas qu’ils m’ont apportés les deux premiers jours étaient pré-cuits et devaient être réchauffés pour pouvoir être mangés. Sauf que ni le frigidaire ni les plaques électriques ne fonctionnaient. »

« J’étais tellement désespéré que je suis allé demander à manger aux voisins »

Même son de cloche pour Ines, qui s’aperçoit très vite que les plaques électriques ne fonctionnent pas. « Un jour, j’ai voulu faire bouillir de l’eau tout un après-midi, en vain, se souvient-elle. C’était justement pour réchauffer les plats pré-cuits en barquette qu’on m’avait apportés les premiers jours. Je me suis plainte auprès du Cada pour leur expliquer que c’était immangeable en l’état. On m’a répondu que je pouvais les laisser au frigo si je n’en voulais pas. »

Surpris par ces déclarations, Nordine Djebarat, le directeur régional de Coallia, rappelle que deux scénarios sont possibles pour la livraison des repas. « Soit la personne a de quoi réchauffer le plat chez elle, soit le repas doit être servi chaud. Dans le deuxième cas, la règle, c’est qu’il ne peut pas y avoir de distribution de plateau froid. C’est à un voisin, un travailleur social ou un salarié de Coallia de faire réchauffer le plat et de le déposer devant la porte », affirme-t-il, évoquant un « probable dysfonctionnement » si les faits sont avérés.

Julie*, la colocataire de chambre d’Ines, a elle aussi été mise en quarantaine car considérée comme cas contact. Restée au Cada, elle raconte avoir été confrontée au même problème durant plusieurs jours, sans pouvoir se rendre à la cuisine collective au risque de contaminer d’autres personnes. « Les plats qu’on m’apportait devaient être réchauffés huit minutes avant consommation. Nous n’avons pas d’électroménager dans la chambre, c’était donc impossible à manger. »

« S’il n’y avait eu que ça…, soupire Ines. Il se trouve que je suis aussi restée deux ou trois jours sans manger parce qu’on ne m’a rien livré. La première semaine, je n’ai rien eu toute la journée du jeudi et de vendredi, jusqu’à tard le soir où quelqu’un est venu m’apporter de la nourriture. La deuxième semaine, j’ai passé trois jours sans repas. J’ai téléphoné au Cada, on m’a dit que mon travailleur social était absent. Ils m’ont dit qu’ils allaient en parler à la directrice mais il n’y a rien eu jusqu’au jeudi, date à laquelle ma quarantaine prenait fin. »

« Ça a été la même chose pour moi lorsque j’ai été placé en quarantaine dans cet endroit. Je suis resté une semaine sans livraison de repas, et je n’ai même pas pu me plaindre car mon téléphone était tombé en panne », râle Diallo. Les deux résidents affirment avoir dû quémander de la nourriture chez les voisins, Ines auprès d’une dame lorsqu’elle l’a entendue passer dans le couloir, Diallo auprès des voisins habitant l’appartement d’en face. « La voisine m’a commandé un repas que j’ai divisé en plusieurs parts pour tenir jusqu’à la fin de ma quarantaine », explique la première.

Et le second d’ajouter : « J’étais tellement désespéré que je suis allé frapper chez eux. Je leur ai expliqué la situation, ils sont entrés dans mon logement et ont constaté que rien ne fonctionnait, puis ils m’ont apporté des repas à plusieurs reprises. Ils m’ont vraiment aidé. » Julie, la colocataire d’Ines à l’isolement au Cada, serait elle aussi restée sans livraison de repas plusieurs jours d’affilée durant la deuxième semaine de sa quarantaine, contrainte « de manger des cacahuètes et du chocolat » qu’il lui restait de ses propres provisions.

« De là où je suis, je ne peux pas entendre ça, réagit le directeur régional de Coallia. Il y a des règles et des procédures à suivre, des budgets alloués et des fournisseurs choisis pour cela. Même dans le cas où le livreur ne serait pas en mesure d’apporter un repas, il y a suffisamment de denrées alimentaires de type plats froids ou sandwichs pour compenser. Cela me paraît inconcevable d’avoir laissé des personnes sans repas plusieurs jours : cela va à l’encontre de la conscience professionnelle des travailleurs sociaux et des valeurs humanistes de Coallia. »

Contacté par Mediapart, le directeur général de l’Ofii, Didier Leschi, estime que si ces dysfonctionnements étaient avérés, ils relèveraient sans doute d’un acte isolé et ne refléteraient pas la politique générale de Coallia. « Il s’agit d’une association très professionnelle, un partenaire précieux dans l’accueil des demandeurs d’asile et des réfugiés. L’encadrement de Coallia est très bienveillant », précise-t-il.

« Si c’est avéré, c’est inévitablement isolé et c’est grave, cela doit être sanctionné », prévient Nordine Djebarat. L’Agence régionale de santé d’Île-de-France n’a quant à elle pas souhaité s’exprimer, nous renvoyant vers les doctrines régionales de « préconisations en habitat » et de « procédures d’admission et de sortie » pour les populations spécifiques.

Pour Ines, ces dysfonctionnements sont à l’instar de l’ambiance générale observée au Cada. « On est confrontés au quotidien à un chantage déguisé de la part de l’équipe dirigeante qui sous-entend qu’elle a le pouvoir de glisser un mot sur nous à l’OFPRA [l’office chargé d’étudier les demandes d’asile – ndlr] et qui nous rabâche que tout est gratuit pour nous dissuader de nous plaindre en cas de problème », confie la demandeuse d’asile. Un témoignage corroboré par un autre résident, qui affirme que « tout le monde a peur de parler en cas de souci et se méfie ».

« Si l’équipe éducative de Coallia se permettait de tels agissements, ce serait très grave. Cela caractériserait un double traumatisme pour des personnes qui ont fui leur pays pour rechercher la protection en France et qui retrouveraient des menaces ici », souligne le directeur régional de Coallia, à la fois dubitatif et gêné par la description de cette dimension managériale. Pour faire entendre la voix des demandeurs d’asile, Ines envisage de faire un signalement à l’Ofii dans les prochaines semaines.

 

 

Vite dit

06/06/2022 - Archarnement administratif, ca suffit !

« Comment peut-on croire qu'on sera plus heureux en faisant du mal à d'autres ? » (Hervé le Tellier – L'anomalie)

Ce mardi 7 juin 2022, Gideon est convoqué au tribunal judiciaire de Toulouse. Combien de juges a-t-il vu depuis le jour où il a été interpellé au commissariat de Pamiers ?

Au moins 7.

Le 3 mai, ce jeune gabonais de 18 ans, a été placé au centre de rétention de Cornebarrieu pour un vol prévu le 4 mai vers Libreville. Ce placement rendu possible par la loi (Article L 740-1 CESEDA) a été concrétisé par la préfecture de l'Ariège.

Il a refusé d'embarquer car toute sa famille vit en France de manière régulière. Il est scolarisé au lycée de Lavelanet et n'a plus du tout d'attache au Gabon.

Le 5 mai, le juge de la liberté et de la détention (JLD) décide de la prolongation de sa rétention (Article L742-3 CESEDA) permettant ainsi à l'administration d'organiser un nouvel 'éloignement'.

C'est le 27 mai qu'aura lieu cet 'éloignement' mais cette fois avec des techniques coercitives musclées (GTPI). Monté de force dans l'avion, Gidéon sera ligoté et molesté jusqu'au moment où le commandant de bord exigera son débarquement.

Mais s'opposer à son expulsion est un délit. Gidéon passera le soir même devant le procureur en CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) et sera puni d'une peine de prison de 3 mois avec sursis et 5 ans de mise à l'épreuve.

A 100 km de Toulouse, la préfète de l'Ariège reste inflexible : Gidéon doit rester enfermé pour être expulsé.

Le 2 juin, la juge JLD rendra un avis légèrement plus conciliant en lui permettant de rejoindre famille mais en l'obligeant à signer tous les jours au commissariat.

La préfecture de l'Ariège n'a pas apprécié cette décision. Elle a fait appel et l'audience aura lieu ce mardi 7 juin à 9h45 au palais de justice de Toulouse.

Si vous venez à cette audience, vous ne verrez pas le ou la signataire de cet appel. Il ou elle se fera représenter par un ou une porte-parole bien obéissant.e.

On sait qu'un nouveau vol a été demandé par la préfecture et si Gidéon le refuse, il risque cette fois 3 ans d’emprisonnement et une interdiction du territoire de 10 ans.

Depuis ses 18 ans, Gidéon vit sous la menace d'une arrestation, d'une expulsion !

Ce 6 juin, c'est son anniversaire. Il a 19 ans.

 

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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