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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : France3 auvergne rhône-alpes - Yannick Kusy - 21/11/2020

Que se passe-t-il au Centre de rétention administrative de Lyon (CRA) ? Depuis quelques jours, les alertes se multiplient pour mettre en garde contre une dégradation sanitaire, liée au Coronavirus, de ces lieux de transit des étrangers en situation irrégulière. Un sénateur l'a visité ce matin.

« Je suis là depuis 18 jours. Ça se passe très mal. Après avoir fini ma peine de prison, on m’a amené ici. Je ne sais pas pourquoi. Y’a des vols tous les jours vers la Roumanie. J’ai fait mon test et il est négatif. Je ne sais pas pourquoi je reste ici. On est 108 personnes au total. Et il y a 60 personnes positives au Coronavirus.  On est dans le risque monsieur. On nous  donne un masque pour 24 heures... On le met juste avant d’aller au repas. On touche tout, les portes…il n’y a pas de désinfectant, y‘a rien ici » Ainsi parle Milcea, l’un des « retenus » d’origine roumaine -c’est ainsi que l’on nomme les personnes placées en centre de Rétention Administrative (ou CRA) à Lyon. Il a pu livrer son témoignage grâce à un téléphone portable. Seuls les mobiles sans appareil photo sont acceptés à l’intérieur.


 
C’est par l’intermédiaire du Collectif Anti CRA de Lyon que le contact a été établi avec plusieurs de ces retenus. Ces militants sont inquiets et alertent notamment les medias : « Nous sommes organisés pour soutenir les prisonniers du centre de rétention de Lyon et on lutte pour la fin de l’enfermement et la fin des expulsions. Parfois on leur rend visite, quand c’est possible » explique Charlotte, l'une d'entre eux. Impossible d'en savoir d’avantage sur ce groupe « Ca fait à peu près deux ans que l’on mène ce combat. On n’a pas très envie de parler de nous mais plutôt de la situation que nous dénonçons. C’est ça le plus important. La meilleure façon de s’en rendre compte c’est d’appeler les personnes qui se trouvent à l’intérieur en ce moment. C’est notre activité principale. On entre en contact avec elles, via les cabines téléphoniques qui sont dans le centre. On enregistre leur témoignage et on le retranscrit. »

Les choses sont graves ici et personne ne fait rienMarco, "retenu" au CRA de Lyon

Au téléphone, le ton de Marco, un autre « retenu », d’origine serbe, est plus vindicatif. « Tout est anormal. On n’a pas de protection. On nous donne seulement un masque toutes les 24 heures. Le gel, c’est uniquement quand on va manger. En plus il y a beaucoup de personnes testées positives qui sont avec nous. Ici on est 108 personnes aujourd’hui. Il y a trois blocs. Et on est presque 50 personnes par bloc. J’étais dans une chambre où il n’y avait pas de contaminés. Mais on nous a déplacés dans une autre où il y en a. .. La situation se dégrade, ça se passe vraiment mal. Les choses sont graves ici et personne ne fait rien.  Même les agents ne peuvent rien faire parce qu’ils n’ont pas les moyens de nous aider. Les seules zones où on est protégés, c’est celles où il y a des caméras… »
 
Impossible d’aller vérifier, sur place, les dires de nos interlocuteurs. Et pour cause : « Les visites sont possibles en théorie » précise Charlotte. « Mais en ce moment, d’après les témoignages que nous recueillons à Lyon et dans d’autres villes, le droit de visite est accordé de manière totalement arbitraire et s’assorti même de peines d’amende pour rupture de confinement pour les visiteurs qui se rendent sur place. » Ce que confirme en partie le Préfet délégué à la sécurité en Auvergne-Rhône-Alpes Thierry Suquet : " En ce qui concerne le CRA de Lyon, pour des raisons sanitaires, et pour privilégier la distanciation sociale, on a effectivement limité les visites de façon drastique. Mais on permet l’entrée des sacs et des colis." explique-t-il. L’accès au sein même du centre est de toute façon très réglementé. Très peu de personnes peuvent y entrer. « C’est possible uniquement pour la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté, les parlementaires et quelques personnes triées sur le volet.»
 

thomas Dossus senateur EELV

Un sénateur s'est rendu en visite sur place

Ce samedi 21 novembre, toutefois, un élu a décidé de franchir la porte des lieux. Le sénateur EELV Thomas Dossus a exercé son droit de visite parlementaire après avoir lu l’intervention du bâtonnier de l’ordre des avocats de Lyon. Ce dernier a en effet demandé à la préfecture d'Auvergne-Rhône-Alpes de suspendre les placements au Centre de rétention administrative de Lyon-Saint Exupéry, évoquant une "situation sanitaire alarmante" : « Compte tenu de la promiscuité entre les retenus et de l'impossibilité de respecter, dans ces conditions, le protocole sanitaire, il est fort à craindre que d'autres soient également contaminés dans les jours à venir », redoute le bâtonnier.

Ils font ce qu’ils peuvent, ce n’est pas facile. Mais globalement il y a trop de monde dedansThomas Dossus, Sénateur EELV du Rhône

Des craintes confirmées par l’élu écologiste, après sa visite : « Le centre est bien blindé. Il y a vraiment du monde dans les chambres. Ils essayent de faire respecter les gestes mais c’est impossible avec le nombre de personnes se trouvant à l’intérieur. Quand il y a un cas positif, ils le mettent à l’isolement pendant 7 jours, et ensuite ils le remettent avec les autres, en estimant qu’il n’est plus contagieux. Mais il reste positif ! » Le Sénateur n’a pu que constater le risque redouté par beaucoup : « Ce que j’ai vu de l’administration, c’est qu’ils font le maximum. Ils font ce qu’ils peuvent, ce n’est pas facile. Mais globalement il y a trop de monde dedans. Au mois de mars, on avait seulement 30 personnes retenues dans ce centre, et là ils sont au moins 80. » Le centre est prévu pour recevoir au maximum 112 retenus, mais avec la crise sanitaire, la cohabitation avec l’ensemble du personnel et des associations présentes sur place, comme Forum Réfugiés, devient impossible : « On nous a parlé d’un nouveau centre, qui devrait ouvrir en 2021, avec 120 places. Celui là est un ancien hôtel. Les chambres sont restées dans leur état d’origine. C’est même très compliqué de travailler là. Clairement les conditions d’hébergement sont horribles ; les gens sont à quatre par chambre et ce n’est pas propre. Donc forcément il y a des contaminations. »

« C’est faux.» rétorque Thierry Suquet . « Il n’y a pas de mélange de flux. L’isolement d’une personne positive est de 7 jours dans ce centre, comme dans le monde extérieur. Après 7 jours d’isolement, vous êtes considéré comme non-contagieux et vous pouvez rejoindre les autres personnes

Des efforts d'organisation sanitaires récents

Assane Ndawe, de l'association Forum Refugiés, directeur adjoint du CRA de Lyon, et chargé de l’accompagnement des retenus, nuance les critiques. Selon lui, l’Etat a déjà sensiblement amélioré le dispositif : « Il est vrai que, il y a deux semaines, on était dans une situation de tension parce qu’il y avait plusieurs cas de Covid19 parmi les personnes retenues. On a diagnostiqué jusqu’à 13 cas de Covid19. Plusieurs enquêtes ont eu lieu face aux inquiétudes. Ce qui est dit depuis est un peu éloigné de la réalité. Il n’a jamais été question de ne donner qu’un masque par jour. Des masques sont disponibles pour les personnes avant que nous les recevions dans notre bureau. On refuse de recevoir qui que ce soit qui n’a pas de masque. Il y a également du liquide hydro-alcoolique, notamment dans notre salle d’attente. Les retenus qui souhaitent avoir un masque peuvent le demander au poste. En revanche, la difficulté, c’est l’accès à ce poste. Il y a des grilles, et cela complique les choses. Peut-être que les personnes peuvent dire qu’elles ont des difficultés à les demander, mais c’est faux de dire qu’il n’y a pas de masque. Tous les produits nécessaires sont là. On a même des plexiglas pour protéger tout le monde pendant les entretiens. »

Je pense que les autorités ont eu peur.Assane Ndawe Forum Réfugiés

D’après ce responsable associatif, des tests PCR ont été mis en place avec l’aide de l’unité médicale du CRA de Lyon. Des progrès ont ensuite été réalisés pour séparer les personnes contaminées des autres retenus : « Aujourd’hui, il y a zone réservée aux personnes contaminées, qui sont passées de 13 à 5 en deux semaines. Il y a une zone réservée aux nouveaux entrants en attendant de déterminer leur situation, une zone pour les personnes qui ne sont pas positives et une petite zone pour les personnes qui refusent les tests. » Selon Assane Ndawe, ces changements sont la réponse à des problèmes constatés notamment au CRA de Marseille : « Je pense que les autorités ont eu peur. A partir du moment où les cas commençaient à se multiplier, ils ont réagi. A Marseille, il y avait la même situation, et la même organisation a été mise en place avec des quarantaines »
 
Le préfet délégué à la sécurité Thierry Suquet confirme le changement d’organisation en plusieurs zones différenciées, en fonction du statut de chacun vis à vis du virus. « Effectivement, nous avons été amenés à réorganiser le CRA de Lyon en raison de la situation sanitaire. Le but étant d’assurer la sécurité de tous, retenus comme personnels sur place. Il n’y a pas de flux entre les différentes zones. Hier, nous avions exactement 81 personnes placées en rétention. 14 étaient en zone d’admission, 58 testées négatif, 4 en refus de test –ce qui est un droit-, et 5 en zone réservée aux testés positifs. Des tests complémentaires ont été effectués pour ces derniers. Les gens sont bien dotés de masques et de gel hydroalcoolique, et les gestes barrière sont respectés. »

Des retours plus difficiles vers certains pays

Mais le problème ne s’arrête pas là, pour le sénateur EELV Thomas Dossus. « Ici, c’est globalement impossible de faire respecter le port du masque. Il y a 180 agents administratifs et policiers. Mais c’est quasiment impossible de faire en sorte que les gestes barrière soient respectés. » Pour lui le problème viendrait d’une évolution dans l’attitude des autorités face aux étrangers interpellés en situation irrégulière : « A une époque encore récente, le juge des libertés faisait gaffe et y envoyait moins de monde, et là ils ont visiblement changé de consigne sur toute la France. Et comme les frontières sont fermées, il y a un allongement de la durée de retenue, puisqu’ils ne peuvent plus renvoyer les personnes. Du coup Ils restent beaucoup plus longtemps en centre de rétention. Nous ce que l’on voit, c’est que des gens sont là depuis trop longtemps. Certains même demandent à partir mais ils en sont empêchés par les circonstances. » explique l’élu.
 
A l’intérieur du centre, les retenus perdent espoir : « La première fois qu’il y a eu la corona… ils avaient libéré tout le monde » raconte le roumain Milcea. « Mais cette fois c’est plus compliqué. En plus,  il y a des vols tous les jours mais on ne nous veut pas dans nos pays. Aidez nous… qu’est ce qu’on va faire, monsieur ? » . Même crainte pour Marco, le Serbe retenu à Lyon depuis 40 jours : « Il y avait un vol pour partir mais il a été annulé. On a demandé la libération mais cela a été refusé …Et maintenant je ne sais pas comment ca va se passer parce que la Serbie ne prend pas les personnes venant des CRA parce qu’ils savent qu’il y a des contaminations par le virus. »

Tout cela se fait sous le contrôle du jugeThierry Suquet Préfet délégué à la sécurité en Auvergne-Rhône-Alpes

Le Préfet Thierry Suquet connaît cet argument et le balaye : « On a des retours réguliers dans un certain nombre de pays, notamment par avion. Après, c’est vrai qu’il y a des conditions particulières dans certains pays. Probablement, la durée de rétention d’un certain nombre de gens est plus longue qu’elle ne l’a été dans le passé. Probablement, un certain nombre de gens pensent qu’ils ne repartiront pas. Ce n’est pas le cas. Et je vous rappelle que tout cela se fait sous le contrôle du juge. Quand celui-ci estime qu’il n’y a pas de possibilité de renvoyer les gens dans leur pays, il met fin à la rétention au profit d’un contrôle administratif et d’une assignation à domicile.» assure-t-il.
 
Forum Réfugiés partage ce constat et réclame aussi une trêve dans le fonctionnement des CRA : « La situation est loin d’être parfaite. Elle n’est pas acceptable dans la mesure où les personnes sont enfermées sans perspective concrète. Pour vous donner un exemple : l’Algérie a fermé ses frontières. Mais depuis le début du confinement, les Algériens continuent à être enfermés ici. Il y a plusieurs pays dans le même cas, et pourtant on continue de retenir enfermés les personnes. La situation ne peut pas être acceptable. Les autorités doivent arrêter les placements, au moins pour ces pays où on a une certitude que les personnes ne seront pas éloignées. ». Assane NDawe estime que le risque pandémique devrait tout de même infléchir davantage les décisions préfectorales : « On ne peut pas continuer à gérer les choses comme ça. Il y a deux poids deux mesures : à l’extérieur, on interdit à tout le monde de se rassembler, mais on crée les conditions de rassemblement des personnes enfermées dans les CRA. Vu la situation, je pense qu’il faudrait suspendre les placements et fermer les centres le temps de l’épidémie. »
 

Les centres de rétention ressemblent de plus en plus à des prisonsDominique Simmonot, Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté

Le Sénateur Thomas Dossus craint que la situation puisse devenir problématique sur le plan mental: « L’absence de perspective de retour au pays entraîne aussi une dégradation de l’état psychologique des retenus. Entre les frontières fermées et la crainte de la Covid, l’enfermement devient un enfer à vivre pour eux » constate-t-il. Un sentiment partagé par la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté Dominique Simmonot : « Les centres de rétention ressemblent de plus en plus à des prisons. Avec des barbelés, des surveillants… C‘est un univers très carcéral et sécuritaire, qui d’emblée donne une impression d’étouffement. »

ce que lon sait de la situation du Centre de Retention Administrative de Lyon 2

Dominique Simonnot contrôleuse générale des lieux de privation de liberté © BERTRAND GUAY / AFP
Les étrangers délinquants ciblés par les autorités

L’avenir immédiat des personnes en situation irrégulière aurait-t-il fait l’objet de consignes particulières ? C’est ce que croit Dominique Simmonot, la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté. Observatrice indépendante de ces sites, son rôle est de les visiter et de faire des observations – destinées aux responsables du centre, et puis ensuite aux ministres. « En espérant qu’elles sont suivies d’effet », précise-t-elle. «  Dans le cas contraire, j’alerte la presse. » Selon elle, le gouvernement aurait donné de nouvelles consignes dans un but précis : « Dans ces centres, on trouve effectivement des étrangers qui ont des nationalités qui rendent impossible leur retour au pays en ce moment. Donc on se demande : à quoi bon ? Il y a là tous les sortants de prison, que l’on amène là dès qu’ils finissent leur peine, quelle que soit leur nationalité, et pour 90 jours maximum. J’ai fini par comprendre que les autorités espèrent trouver certaines personnes parmi eux. Cela répond à des « instructions » ministérielles. Ils espèrent y trouver des « dublinés », c’est à dire des gens qui ont laissé leur empreinte dans un autre pays d’Europe, avant d’arriver en France, et vers lesquels on peut donc les expulser. »
 

Les délinquants seront raccompagnés et sont donc placés dans les CRA avec cet objectif.Thierry Suquet, Préfet délégué à la sécurité en Auvergne-Rhône-Alpes

Le Préfet à la sécurité dément une partie de ces allégations. Il rappelle que les « Dublinés » qui sont demandeurs d’asile dans un autre pays européen à l’intérieur de l’espace Schengen sont «des gens que l’on cherche à identifier déjà depuis longtemps. Donc il n’y a pas de consigne récente. En revanche, il peut effectivement y avoir dans les CRA des gens qui sont des « sortants de prison » qui ont posé des problèmes d’ordre public sur lesquels on considère que la reconduite est un impératif, compte-tenu des difficultés que ces gens posent. Il y a là-dessus, en effet, un travail de fond. Le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin s’est exprimé plusieurs fois sur ce sujet. Les délinquants seront raccompagnés et sont donc placés dans les CRA avec cet objectif.» rappelle-t-il.

Une vétusté avérée 

« Je ne connais pas la situation à Lyon parce que je n’ai pas encore visité ce centre», tient à rappeler Dominique Simmonot, qui n'a été nommée à ce poste par Emmanuel Macron que le 5 octobre dernier. Mais elle s’est rendue dans une autre ville (qu’elle a refusé de nommer). Le constat de la contrôleuse est inquiétant. En particulier lors de la visite des locaux de mise en garde à vue, en amont du CRA : « On est tombé sur une scène désespérante. Franchement. Laisser vivre des policiers et des gardés à vue dans des algécos vieux de 10 ans où les gens claquent des dents, où les cellules contiennent ensemble deux à trois personnes. Ces gens, qui vont ensuite rejoindre un CRA, utilisent les mêmes couvertures, qui ont déjà servies et qui resserviront encore. C’est scandaleux. Et je ne vous parle même pas de toilettes dans lesquelles il y a un filet d’eau minable pour se laver les mains. La chasse d’eau ne fonctionne pas. Je vous laisse imaginer l’odeur qui se dégage. Tout ca dans une grande ville française qui accueille de nombreux migrants » insiste-t-elle. Tout en rappelant que son action aura un effet limité « A part des recommandations urgentes au ministère, on a peu de moyens d’agir. On n’a pas de pouvoir d’obligation. On ira visiter le CRA de Lyon et on dira ce qu’on a vu… »

 


 

 

Vite dit

06/06/2022 - Archarnement administratif, ca suffit !

« Comment peut-on croire qu'on sera plus heureux en faisant du mal à d'autres ? » (Hervé le Tellier – L'anomalie)

Ce mardi 7 juin 2022, Gideon est convoqué au tribunal judiciaire de Toulouse. Combien de juges a-t-il vu depuis le jour où il a été interpellé au commissariat de Pamiers ?

Au moins 7.

Le 3 mai, ce jeune gabonais de 18 ans, a été placé au centre de rétention de Cornebarrieu pour un vol prévu le 4 mai vers Libreville. Ce placement rendu possible par la loi (Article L 740-1 CESEDA) a été concrétisé par la préfecture de l'Ariège.

Il a refusé d'embarquer car toute sa famille vit en France de manière régulière. Il est scolarisé au lycée de Lavelanet et n'a plus du tout d'attache au Gabon.

Le 5 mai, le juge de la liberté et de la détention (JLD) décide de la prolongation de sa rétention (Article L742-3 CESEDA) permettant ainsi à l'administration d'organiser un nouvel 'éloignement'.

C'est le 27 mai qu'aura lieu cet 'éloignement' mais cette fois avec des techniques coercitives musclées (GTPI). Monté de force dans l'avion, Gidéon sera ligoté et molesté jusqu'au moment où le commandant de bord exigera son débarquement.

Mais s'opposer à son expulsion est un délit. Gidéon passera le soir même devant le procureur en CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) et sera puni d'une peine de prison de 3 mois avec sursis et 5 ans de mise à l'épreuve.

A 100 km de Toulouse, la préfète de l'Ariège reste inflexible : Gidéon doit rester enfermé pour être expulsé.

Le 2 juin, la juge JLD rendra un avis légèrement plus conciliant en lui permettant de rejoindre famille mais en l'obligeant à signer tous les jours au commissariat.

La préfecture de l'Ariège n'a pas apprécié cette décision. Elle a fait appel et l'audience aura lieu ce mardi 7 juin à 9h45 au palais de justice de Toulouse.

Si vous venez à cette audience, vous ne verrez pas le ou la signataire de cet appel. Il ou elle se fera représenter par un ou une porte-parole bien obéissant.e.

On sait qu'un nouveau vol a été demandé par la préfecture et si Gidéon le refuse, il risque cette fois 3 ans d’emprisonnement et une interdiction du territoire de 10 ans.

Depuis ses 18 ans, Gidéon vit sous la menace d'une arrestation, d'une expulsion !

Ce 6 juin, c'est son anniversaire. Il a 19 ans.

 

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

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