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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Frustration magazine - Cassandre Solon - 3/12/2020

“Vos Frustrations” est une rubrique créée pour que nos lectrices et lecteurs nous racontent leur cri du cœur du moment, le sentiment d’injustice qui les habite ou ce qu’ils ont vécu au travail ou dans leur quotidien. Aujourd’hui, nous publions la frustration de Cassandre Solon, observateur vigilant de ce qu’il se passe à l’Assemblée nationale, et qui nous parle d’une proposition de loi complètement passée sous les radars.

La période que nous vivons est décidément pleine de (mauvaises) surprises : Une proposition de loi avec un nom à rallonge et “technique” dans un contexte de confinement, violences policières et alors que les fêtes de fin d’année approchent est discutée aujourd’hui à l’Assemblée nationale. Son but est écœurant mais simple, supprimer les réductions sur les billets dont disposent les sans-papiers pour prendre les transports.

Après un passage en Commission du Développement durable et de l’aménagement du territoire la semaine passée, l’Assemblée nationale se penche cet après-midi sur la proposition de loi de la députée LR Constance Le Grip visant à permettre l’ “Exclusion des étrangers en situation irrégulière de la tarification sociale dans les transports”. Derrière ce titre un peu pompeux, la volonté de mettre fin aux réductions tarifaires pour les sans-papiers dans les transports. Au-delà du caractère mesquin de supprimer une aide à une population en état de grande précarité, les migrants en situation irrégulière ont un besoin vital de se déplacer (démarches administratives, convocations…). Contrairement aux idées reçues, nombre d’entre eux travaillent, parfois de façon déclarée (régularisation par le travail) ou au noir. Cette seconde situation est particulièrement profitable pour de nombreux secteurs de l’économie qui ont ainsi accès à une main d’œuvre bon marché et corvéable à merci, mais enfonce les sans-papiers dans un paradoxe, nécessité de gagner de l’argent et exploitation. Or comme nombre de Français, les transports publics permettent aux réfugiés de se rendre au travail et pour éviter les amendes, mieux vaut avoir un billet.

Une droite qui tente d’exister à côté d’un président de droite

Qu’est ce qui peut bien forcer Les Républicains de l’Assemblée nationale à porter une telle mesure maintenant ? La réponse est simple, démontrer aux électeurs que dans la grande empoignade avec LREM et RN, ils sont toujours dans la course au plus racistes (pardon, on dit Patriotes !). Le but de cette PPL est donc purement électoraliste et démagogique. Face à l’offensive Macron (Sécurité globale, Séparatisme) et au RN (à qui il faut bien reconnaître une certaine maîtrise de la saloperie raciste), Les Républicains doivent hausser le ton. C’est notamment le rôle d’Eric Ciotti (premier cosignataire de la proposition de loi) qui voulait ouvrir un “Guantánamo à la française” il y a trois semaines.

Mais ce que prétendent nos députés LR, c’est que leur seule motivation est de rétablir “équité” et “justice”. Non vous ne rêvez pas, c’est dans l’exposé des motifs (préambule d’un texte de loi). Les députés Républicains veulent de l’équité, c’est-à-dire un traitement différencié en soumettant une population particulièrement exposée aux tarifications pleines. Merci de nous rappeler qu’à droite équité signifie discrimination.

Mais Madame LE GRIP a raison de vouloir garantir “le principe de justice”, elle ne sait juste pas comment s’y prendre. Quand elle ne comprend pas pourquoi on donnerait aux étrangers des “avantages” auxquels n’ont pas accès certains français, il faut répondre: “comment se fait-il que tous les pauvres de notre pays n’aient pas accès aux transports publics gratuitement ?”. Poussons l’idée, pourquoi les transports publics, service public financé avec nos impôts, ne sont-ils pas gratuits ? Selon l’INSEE, le transport est le premier ou deuxième (selon le lieu d’habitation) poste de dépense des ménages. Soyons justes, alignons les situations, mais par le haut !

Sauf qu’un autre argument est avancé par la députée : pourquoi faire disposer de réductions les sans-papiers “alors même qu’ils sont en infraction avec lois de la République” ? Pour comprendre cet argument, il faut revenir à la source de cette proposition de loi. En février 2016, l’autorité organisatrice des transports de la région Ile-de-France (devenue IDF-Mobilité) adopte une délibération mettant fin à la réduction pour les sans-papiers (Merci Pécresse!). Le 25 janvier 2018, cette décision est annulée par le Tribunal administratif car le bénéfice d’une réduction tarifaire ne peut être lié “qu’à une seule condition de ressources, et non à une condition de régularité du séjour en France“. Pour faire simple, tu es pauvre, tu y as droit.

Cette décision rappelle bien que selon la loi seul le revenu peut justifier de l’obtention de la réduction, rien d’autre. Or si l’on suit la logique de la droite, une réduction tarifaire pourrait dépendre d’autres facteurs et à ce rythme là, soyons inventifs. Elle pourrait être liée au bon comportement de la personne dans la société ce qui ferait de la suppression de cette tarification spéciale, à terme, une punition. 

Ah ! Revoilà l’argument budgétaire

Toute bonne proposition de droite doit s’accompagner, en plus de sa dose de racisme larvé, d’un bel argument budgétaire et quoi de mieux que de faire des économies sur les pauvres et encore plus s’ils sont noirs et ne parlent pas français.

Selon les chiffres optimistes, cette réduction tarifaire coûterait environ 40 millions d’euros par an à IDF-mobilité. Imaginez le gouffre financier que cela représente dans un budget de 10,5 milliards d’euros en 2018. Mais cette relativisation ne suffira pas. Il faut donc sortir l’argument ultime, LA CRISE !, d’autant que nous sommes en plein dedans et qu’il faut trouver des marges budgétaires. Sortons la planche à billet pour Airbus, Air France ou sauver le système bancaire, mais pour financer les transports publics, par contre, sucrons les aides aux plus en difficulté.

En juillet dernier, IDF-mobilité annonçait un manque à gagner dû à la crise d’environ 2,6 milliards d’euros. Face à un tel montant, on relativise les 40 millions de la mesure, surtout quand cela induit de faire payer la crise aux migrants.

Mais après tout, peut-être que les députés LR ne sont que de grands humanistes. Car oui ils osent. S’ils sucrent ces tarifications aux sans-papiers, c’est pour mettre en place une “tarification sociale et solidaire, juste et équitable, appropriée (…) envers ceux qui en ont vraiment besoin“. On passera sur l’idée que les migrants n’auraient pas vraiment besoin d’une aide financière pour retrouver ici le sempiternel argument “en France on est pauvre à cause des millions de migrants qui envahissent notre pays et nous grandremplacent”.

On retrouve ici la grande logique des néolibéraux, celle de l’opposition entre les plus démunis permettant de ne pas regarder le vrai problème en face, le sous-investissement chronique dans nos transports, le dépérissement programmé de ces derniers, la pauvreté des Français et le traitement inhumain réservé aux sans-papiers.

Une proposition de loi révélatrice

Cette proposition de loi intéresse peu de gens, et pourtant elle concentre les grands thèmes et poncifs de la droite, opposition pauvres français/migrants étrangers et besoin de faire des économies tout cela pour tirer sur une corde électoraliste rance.

Mais au fait, qu’en pense LREM ? Cette mesure d’interdiction avant d’être discutée en proposition de loi, avait été traduite en amendements lors de la loi Asile et immigration en 2018 et de la loi Orientation des mobilités en 2019. Sur ce second texte, le Gouvernement avait donné un “avis de sagesses”, c’est-à-dire qu’il avait apporté un avis ni favorable ni défavorable à cette disposition mais avait laissé les députés de la majorité choisir (ou se démerder). Belle hypocrisie du Gouvernement.

La semaine passée, certains députés LREM avaient mauvaise conscience. Face à la PPL Sécurité Globale et à la très violente évacuation de la place de la République, ils devaient bien pouvoir s’auto-convaincre qu’ils n’étaient pas totalement solidaire de l’idéologie la plus droitière. À défaut d’avoir le courage de voter contre la PPL Sécurité globale, ils ont décidé de marquer leur engagement pour les valeurs de la République (Nom de Dieu !) en votant un amendement de suppression Socialistes. Résultat, le texte a été rejeté. La même situation devrait se reproduire lors de l’examen, ce jeudi 3 décembre, en Séance publique. Comment se donner bonne conscience à peu de frais… mais pour combien de temps ?

 

 

Vite dit

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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