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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : L'Humanité - Kareen Janselme - 18/12/2020

Après dix ans de terrain, la géographe a écrit les Damnées de la mer, un ouvrage dans lequel elle retrace le parcours de femmes qui ont traversé la Méditerranée. Une réflexion critique et féministe à partir de récits rares, particulièrement précieuse à l’occasion de la Journée internationale des migrants.

C’est le cœur de votre ouvrage les Damnées de la mer (1) : il existe peu de récits de femmes migrantes, ni de recherche sous ce prisme, pourquoi ? Sont-elles moins intéressantes ? Moins nombreuses ?
camille SchmollCamille Schmoll
Il est vrai que les chercheurs et les chercheuses travaillent moins la question des migrations féminines que celle des migrations masculines, même si mon livre s’inscrit dans la continuité d’autres travaux d’historiennes et de sociologues, depuis trente ans, sur la part des femmes dans l’immigration. Or, les femmes migrantes sont plutôt majoritaires en Europe, et constituent presque la moitié des migrants dans le monde (48 %). Mais ce sont souvent les récits dont on parle le moins. Du coup, nous restons encore attachés à des clichés, à une représentation de la femme migrante qui ne serait pas forcément une travailleuse, ni une personne autonome, c’est-à-dire qui partirait seule et non en suivant un mari. C’est complètement lié aux représentations binaires que nous pouvons avoir des genres, avec l’idée d’une femme attachée au foyer, à la sédentarité, et d’un homme qui partirait chercher l’aventure. Pourtant, si on commence à s’intéresser à la situation des femmes en migration, on voit que celle-ci est extrêmement diverse, et les profils très différents. Elles viennent de nombreux pays, tout comme les hommes, et leur migration même est le signe d’une transformation de la place des femmes dans les sociétés de départ.

 

 
Durant leur parcours, ces femmes subissent un continuum de violences, peu prises en considération lors de l’examen des demandes d’asile. Quelle est la part de responsabilité des politiques migratoires européennes ?

Camille Schmoll Il faut rappeler le contexte politique de ces migrations, avec le durcissement des politiques migratoires européennes. Certains chercheurs parlent d’illégalisation aujourd’hui des trajectoires migratoires. Par le passé, on arrivait en Europe par avion ou par voiture, avec un visa ou des papiers en règle. Aujourd’hui, il y a une dynamique d’illégalisation qui fait que cette trajectoire est de plus en plus longue, de plus en plus dure, de plus en plus coûteuse. C’est dans ce contexte qu’il faut aborder le continuum de violence. On a souvent tendance à stigmatiser les autres pays, les passeurs, etc. Or, il m’intéressait de montrer comment ce continuum de violence est, avant toute chose, le fruit d’une politique migratoire qui force les gens à prendre la route dans les pires conditions possibles. Si les gens avaient les moyens et la possibilité d’accéder à un visa, ils ne viendraient pas dans de telles circonstances.

Ces violences, par ailleurs, ne s’arrêtent pas une fois ces femmes arrivées au camp d’accueil…

Camille Schmoll Les migrantes ont toutes subi des violences sexuelles, elles ont toutes été violées et arrivent souvent enceintes du fait de ces violences. Il s’agit à la fois de violences spécifiques dues au fait d’être une femme, et de violences généralisées qui touchent toutes les personnes qui entreprennent cette route. Souvent, elle existe dès le départ (violence domestique ou liée à une situation de guerre), et va déclencher le fait de partir. Ensuite, cette violence s’égrène au fil du trajet, jusqu’à l’arrivée en Europe, où malheureusement elle ne cesse pas. C’est à la fois une violence physique, brutale, mais aussi une violence lente et symbolique. En Europe, si ces femmes sont en théorie à l’abri des agressions terribles qu’elles ont subies pendant leur trajectoire, et notamment en Libye, elles vivent en réalité une situation de suspension dans des centres « d’accueil », de rétention, de « hub », etc. Dans ces situations-là, elles ne sont pas en mesure de se reconstruire, ni d’aller de l’avant. C’est une violence qu’on pourrait qualifier de douce, de lente, liée à la suspension du projet migratoire. Il leur est impossible d’avoir accès à un certain nombre de soins. C’est complètement fou parce qu’on parle de personnes qui ont vécu des horreurs. Dans la plupart des centres que j’ai visités, quand il existe une aide psychologique, elle est dispensée par des volontaires qui circulent d’un centre à un autre, une heure par mois dans chaque lieu, rencontrant toutes les femmes : ce n’est absolument pas suffisant. L’accès à la santé sexuelle et reproductive est un problème énorme pour ces femmes, comme l’accès à l’avortement, à la contraception, aux soins pour les femmes enceintes ou pour celles ayant contracté des maladies en route ou à l’arrivée. Ces femmes sont aussi infantilisées : un comble pour des personnes qui ont entrepris un tel voyage et ont fait preuve d’une telle force de volonté ! C’est complètement paradoxal : une fois arrivées en Europe, on les assigne à la passivité, on entrave leur vie sociale, leur accès à un travail, à une autonomie.

En quoi hommes et femmes migrants sont-ils traités différemment par rapport à l’accès à l’autonomie ?

Camille Schmoll Les personnes sont placées dans des lieux d’attente, qui sont très souvent des lieux isolés. Ça peut correspondre à une stratégie d’invisibilisation, comme à Malte. En parallèle, il y a un intérêt économique, car l’accueil est un vecteur d’emploi pour les locaux. Il y a une accessibilité aussi à certains emplois pour les personnes hébergées, mais segmentés selon le genre : travaux agricoles et bâtiment pour les hommes, travail domestique pour les femmes. Mais depuis quelque temps en Italie, les ménages préfèrent avoir des femmes européennes (roumaines, polonaises, bulgares) dans leurs foyers. Ça tient à une série de clichés, inscrits dans une longue histoire d’imaginaire exotique et colonial, et d’autant plus ironiques et surprenants que les femmes africaines ont été les premières à entrer dans les foyers italiens avec la décolonisation.

Comment combattre un discours victimisant sur les migrantes sans tomber dans le cliché inverse présentant la migration comme une émancipation ?

Camille Schmoll C’est vraiment un paradoxe. Quand on travaille sur les migrations, on est toujours frappé par la représentation des femmes migrantes comme victimes, alors qu’on observe des personnes meneuses de leur trajectoire. C’est pourquoi j’ai souhaité, au début du livre, restituer une grande partie de la trajectoire d’une femme. Julienne est partie parce qu’elle subissait des violences, certes, mais elle avait mis en même temps de l’argent de côté depuis des années : elle était aussi dans la tactique. Je voulais restituer la complexité des trajectoires, évoquer cette « autonomie en tension » qui se crée entre les difficultés rencontrées et une volonté forte d’amélioration qui pousse ces femmes vers l’avant. Si on ne parle que d’émancipation par la migration, on rate toute une partie d’une histoire faite aussi de violences, d’inégalités. En même temps, si on ne s’en tient qu’à l’image de la victime, on ne voit pas la force qui est la leur. L’idée est aussi de montrer qu’aujourd’hui, les politiques de migration marchent sur la tête. Si on laissait un temps soit peu d’autonomie à ces femmes pour réaliser leurs projets, elles s’en sortiraient mieux. Au fil de leur trajectoire, elles rencontrent des personnes qui vont générer des opportunités, elles vont savoir vers qui se tourner en fonction de la situation. Elles vont réussir à trouver du travail, retrouver des proches qui vont les aider. Mais elles sont sans cesse entravées dans leur trajectoire par des politiques d’asile trop longues et trop restrictives, qui assignent ces femmes au premier pays d’entrée, et les placent dans l’impossibilité de rejoindre leurs proches ailleurs en Europe. C’est une succession d’obstacles contre-productifs du point de vue de la situation de ces femmes et aussi de ce qu’elles pourraient apporter à la société. Mais ces politiques ont malheureusement une cohérence : faire peur aux gens, créer des ennemis derrière la figure des migrants parce qu’on a besoin de boucs émissaires.

Vous décrivez la migration comme une épreuve du corps, mais ce corps peut être aussi transformé, renforcé par la migration. Comment ?

Camille Schmoll On considérait souvent que la géographie politique était une question de relations entre États et on observait les choses à l’échelle internationale. Des géographes politiques inspirés par le féminisme se sont intéressés au corps pour montrer comment regarder les choses autrement. À l’échelle des corps des hommes et des femmes, on a une autre lecture possible des relations internationales, de la situation dans le monde, en portant l’accent sur les sensations, les émotions, les expériences. Il me paraissait important de restituer la part des corps dans cette histoire. C’est aussi un corps qui vit l’expérience migratoire, un corps qui se transforme et que les femmes transforment au fur et à mesure de leur expérience. Le sociologue Jean-François Laé dit : « Quand il ne nous reste plus rien, il nous reste le corps. » Le corps c’est aussi notre « chez-nous », quand on n’a pas de maison. C’est aussi un lieu de reconstruction, un lieu de réassurance. J’attache beaucoup d’importance à la fois au soin du corps par ces femmes (leurs techniques de beauté, le rituel corporel qui peut passer par des rituels religieux ou alimentaires), mais aussi à la mise en scène des corps. Il y a quelque chose à saisir dans la façon dont ces personnes se mettent en scène sur les réseaux sociaux qui a trait à la réappropriation d’une trajectoire, la réappropriation d’une image de soi, qui permet de se réassurer quant à la possibilité d’un horizon meilleur. Et cela fonctionne : Internet est aussi un lieu où on tisse des liens, où on rencontre des gens, où on peut montrer ce qui réussit.

Dès le premier chapitre, vous citez la féministe américaine bell hooks, puis Isabelle Stengers, Vinciane Despret… En quoi votre approche est-elle féministe ? Que signifie féminiser le regard en tant que géographe ?

Camille Schmoll Ce que j’aime chez ces autrices, c’est leur approche féministe et politique. Je défends un féminisme situé, incorporé. Je veux décrire comment la politique migratoire marque le corps de ces femmes et comment ces femmes, par des microtactiques, essaient de se saisir de formes de pouvoir pour transformer les choses. Les rapports sociaux de genre, mais aussi de race jouent dans cette migration. Pour moi, c’était très important de me référer à bell hooks parce qu’elle s’intéresse aussi à l’espace et qu’une entrée intersectionnelle est fondamentale quand on s’intéresse aux questions de migration. Féminiser le regard, c’est à la fois restituer la part des femmes dans les migrations, puisqu’elles n’y étaient pas ou peu, et jeter une lumière différente, subvertir les discours habituels sur la migration. Avec la perspective féministe, on ajoute la dimension corporelle et expérientielle, la dimension relationnelle. Je pense ainsi à la réflexion féministe sur le care, à cette attention à l’autre. Je dis souvent que la migration est une expérience collective parce que les femmes ne sont jamais seules. Il ne s’agit jamais d’individus isolés : elles sont inscrites dans des familles, dans des voisinages, dans des relations de sororité, dans des alliances. Elles sont toujours connectées à d’autres femmes. 

Camille Schmoll

(1) Les Damnées de la mer. Femmes et frontières en Méditerranée, de Camille Schmoll, la Découverte, 248 pages, 20 euros
Les damnées de la mer et de la terre

Enseignante-chercheure à l’université de Paris, Camille Schmoll est aussi cofondatrice du Groupe international d’experts sur les migrations (Giem). Dans cette recherche au long cours menée aux marges de l’Europe, à Malte et en Italie, et publiée aujourd’hui aux éditions de la Découverte, la géographe décrit le quotidien de ces migrantes africaines qui ont traversé la Méditerranée, enduré la violence, leur autonomie toujours en tension, puis leur transformation.

 

 

Vite dit

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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