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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : bondyblog - Floriane Padoan - 23/12/2020

À Toulouse, des familles sans-papiers, des enseignants, directeurs d’école, élus et associations ont lancé une campagne pour faire valoir le droit des enfants sans statuts à une éducation comme les autres. Floriane Padoan est partie à la rencontre de ces familles, qui, malgré les obstacles et l’épidémie, gardent un objectif en tête : se battre pour leur avenir de leurs enfants et leurs droits. Reportage.

« On se réveille très tôt pour être à l’heure, parce qu’on n’aime pas être retardataires. L’heure, c’est l’heure », répète Fadia*, mère de trois enfants, soucieuse de leur éducation. Avec son mari Khaled, ils sont arrivés d’Alger il y a trois ans, elle pour accoucher après des complications de santé, lui pour traiter un cancer dont il est actuellement en phase de rémission.

Depuis 2017, leur quotidien est marqué par les expulsions et la précarité. Un chaos que chacun traverse à sa manière dans la famille, mais toujours ensemble. Fadia est épuisée : « Depuis trois ans, j’ai perdu presque tous mes cheveux. Vous voyez ? tout ça c’est à cause de mes soucis. Je cherche la tranquillité, je veux juste ça. ».

Étudier malgré les expulsions et l’éloignement

Un peu après la rentrée scolaire la préfecture a fait déménager Fadia, Khaled et leurs trois enfants à 20km de Toulouse dans un hôtel situé dans la commune de Muret. Une nouvelle descente aux enfers s’amorce alors. Cet éloignement soudain vers la périphérie a pesé sur les épaules de la famille, qui avait tous ses repères au centre-ville, où elle vivait depuis cinq ans.

Du début à la fin du mois, la situation financière est difficile. La famille attend encore une évaluation de leur dossier par les services de la CAF. Fadia et son mari perçoivent uniquement les 150 euros de bourse par enfant tous les trimestres, et survivent grâce aux paniers-repas du Secours Populaire.

Quand je n’avais pas assez pour acheter un ticket, je mettais mon fils dans la poussette et je marchais. Je faisais des distances et des distances, mais je ne fraude pas.

Sans emploi, alors éloignés des associations de distribution alimentaire et autres collectifs de soutien, les deux parents se retrouvent obligés de prendre le train deux fois par jour pour emmener leurs enfants à l’école. « Les premiers jours, on fraudait dans le train », raconte Fadia, qui se souvient de sa « peur au ventre » : « quand je n’avais pas assez pour acheter un ticket, je mettais mon fils dans la poussette et je marchais. Je faisais des distances et des distances, mais je ne fraude pas. De Toulouse jusqu’à Muret, il y a 20 km. » 

Fadia se souvient encore de l’hôtel Ibis, de sa vue sur le parking, des packs de lait qui côtoient les boîtes de conserve sur la moquette. « Au début, je mettais le lait sur la fenêtre, mais l’hôtel n’a pas accepté, parce que c’est la première chose qu’on voit depuis dehors ».

Dans les deux chambres que les cinq membres de la famille occupaient, pas de quoi cuisiner mis à part une plaque chauffante à même le sol. Pas de frigo non plus, ni de lave-linge. Des sacs de linge posés à côté d’autres conserves. Dans ce quotidien chaotique, pourtant, les enfants ne perdent pas de vue leur trajectoire : réussir à l’école, quoiqu’il en coûte.

Je rentre tard et je me réveille tôt le matin avant d’aller au lycée.

Son fils Ilias, 18 ans, va passer son bac scientifique cette année. Plus tard, il veut devenir médecin. Pour arriver à 17, 60 de moyenne générale, le lycéen travaille dur : « Des fois je reste au CDI pour travailler. Je rentre tard et je me réveille tôt le matin avant d’aller au lycée ». À l’hôtel, pour réviser avant un contrôle, le jeune homme se levait à 4 heures du matin pour se coucher à minuit.

Son professeur de mathématiques, Guillaume Ducellier est l’un des soutiens de la famille : « Ilias n’a que du mérite. Moi quand j’ai appris ça, je suis tombé des nues parce qu’il ne montre rien, il a toujours le sourire, il est toujours dans le travail, a d’excellents résultats. On ne pouvait pas se douter qu’il avait un problème quelconque », explique l’enseignant.

L’année dernière, la famille avait passé dix jours dans la rue. En sous-location dans un logement aux loyers impayés par son locataire, Fadia et ses enfants se sont vus obligés de quitter l’appartement le 31 octobre 2019. Ce jour-là, seul Khaled était à la maison, alité au lendemain d’une opération. L’huissier de justice et le policier lui ont demandé de sortir l’essentiel des affaires. Quinze minutes plus tard, tout était sur le trottoir. « Un voisin a proposé de nous héberger la nuit, mais le jour on le passait dans les jardins, au centre socioculturel pour rentrer aux toilettesC’était vraiment une grande galère, avec le bébé et tout », raconte Fadia.

 On ne peut pas s’habituer à ça.

Ilias y repense parfois :« Si ça se passe maintenant, je ne pourrai pas suivre les cours ». Les nombreux déménagements, la rue… le lycéen en a toujours peur : « On ne peut pas s’habituer à ça ».

Depuis le confinement, il suit les cours en présentiel deux fois par semaine. Le reste du temps, les cours en visioconférence sont de plus en plus durs à suivre pour le jeune homme : « Il y a la connexion mais à certains moments c’est tellement chargé qu’on ne peut pas y accéder. Des fois j’entends vraiment rien, j’ai pas d’absence, mais j’entends rien », plaisante-t-il devant son prof.

La maman a conscience de la fragilité de l’équilibre familial, quand chacun garde pour soi les tensions pour préserver l’unité. Ce qui fait tenir cette mère de famille debout, tout comme son mari Khaled, c’est la réussite de leurs enfants. Leur premier fils, Sabri, est parvenu, après des mois de combat, à s’inscrire à l’université de Bordeaux-Montaigne.

Derrière le droit à l’éducation des enfants, rendre visibles le sort des familles sans-papiers

Le professeur de mathématiques d’Ilias a été alerté par le Réseau éducation sans frontières 31, un ensemble de collectifs, d’associations et de membres de l’Éducation nationale mobilisés contre les expulsions de jeunes scolarisés et de leurs familles sans-papiers.

Annie Latapie, bénévole à Resf31(Réseau d’éducation sans frontières), mise sur le réseau de citoyens mobilisés pour que les situations des familles ne tombent pas dans l’indifférence : « on essaie d’avoir des référents dans chaque établissement scolaire aujourd’hui pour qu’ils puissent apporter une aide solidaire ou administrative à ces familles. »

Sur les réseaux sociaux, la campagne Déconfinons leurs droits interpelle les citoyens et les élus politiques sur la question de la régularisation des familles sans-papiers, pour un accès égal à l’éducation, qui passe par le droit au travail et au logement stable.

Quelques jours plus tôt, les enseignants d’Ilias et de son petit frère, aidés de Resf31 se sont mobilisés pour monter une cagnotte et payer des abonnements de train pour leurs parents. « On a écrit à la région, au département, à la préfecture, pour essayer de régler la situation sur Toulouse. On attend des réponses. On a fait aussi des collectes d’habits, matérielles pour qu’ils puissent cuisiner ».

Le professeur agit comme relais auprès de la direction de l’établissement pour mettre en place la gratuité complète à la cantine dont les tarifs restent à la charge de la famille sans revenus. « Ça devrait se faire, ils vont aussi recevoir une aide régulière du lycée ».

Le 15 décembre dernier, une petit répit a été offert à la famille de Fadia qui est maintenant hébergée dans le centre-ville de Toulouse par l’association Espoir , qui travaille avec les services du 115. Le 21 janvier, sera une date déterminante pour les deux parents et leurs trois enfants, qui ont rendez-vous avec la préfecture pour faire le point. Fadia craint une expulsion car son mari a terminé sa chimiothérapie. Mais pour l’heure, la famille est soulagée d’avoir quitté l’hôtel, ou la proximité empêchait l’intimité et le bon déroulement des devoirs.

La mobilisation des enseignants à Toulouse

Pour Annie Latapie de Resf31, les placement temporaires en hôtel obéissent à une logique : « aujourd’hui, quand il y a une décision d’éloignement, on sait très bien que la police peut venir à l’hôtel chercher ces familles, et ça c’est déjà arrivé ». Cette situation, Annie veut la dénoncer à l’occasion d’une nouvelle manifestation contre la précarité qui se tient l’après-midi au centre de Toulouse.

À 14h, la bénévole retrouve quelques enseignants, engagés dans la campagne Déconfinons leurs droits, dont fait partie Aurélie Guerra, professeure des écoles. « Depuis que je suis dans l’école, il y a des familles pour qui c’est compliqué, dont les enfants sont brillants », raconte l’enseignante.

On vit toujours dans la peur, qu’un jour on nous demande de partir.

Parmi les marcheurs, Henriette, venue du Cameroun il y a quatre ans, expulsée de l’hôtel où elle était hébergée lorsque sa fille a fêté ses 4 ans. Elle est toujours sans nouvelles de sa demande d’asile. Certains professeurs l’ont aidée à trouver un squat où dormir en attendant : « On vit toujours dans la peur, qu’un jour on nous demande de partir ». Henriette manifeste pour être régularisée et travailler : « gagner ce que je mérite, parce que c’est pas juste le travail non déclaré. Tu fais des heures mais on ne te paye pas comme il faut. »

 Il en a qui dorment dans leur voiture pendant des mois, et qui pourtant continuent leur scolarité impressionnante.

Le regard d’Aurélie Guerra est songeur : « On voit des enfants qui apprennent le français en très peu de temps, qui sont moteurs, qui ont envie, qui sont hyper motivés. Il en a qui dorment dans leur voiture pendant des mois, et qui pourtant continuent leur scolarité impressionnante. Les élèves sans-papiers sont parmi les meilleurs élèves de la classe ».

Jusqu’en janvier, la campagne Déconfinons leurs droits va continuer. Annie espère « pouvoir mobiliser avec cette campagne, et amener la préfecture à étudier certains dossiers. ». Jeff Mignard, membre fondateur de la Ligue des Droits de l’Homme à Toulouse est engagé dans la campagne de médiatisation, par laquelle il veut « désinvibiliser les familles sans-papiers », ces « gens qui vont nettoyer les bureaux la nuit et qui sont partis quand on arrive ».

Jeff Mignard conclut : « Le traitement des sans-papiers n’est que l’avant-propos de ce qui nous est promis si on lâche sur le droit des autres. Moins de droits pour les uns ne signifie pas plus de droits pour les autres. »

La préfecture et le rectorat ont été contactés pour obtenir des informations dans le cadre de cet articles. Nos sollicitations sont restées sans réponses. 

* Les prénoms ont été modifiés.

 

 

Vite dit

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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