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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Médiapart |10 août 2014 | François G

Combiens sont-elles dans les jungles, les broussailles et les bois des friches industrielles de Calais ou Dunkerque, ou près des parkings d’autoroute, à Norrent-Fontes ou Steenvoorde ? Deux cent peut-être ? Elles sont d’Erythrée, du Soudan, d’Ethiopie ou de Somalie. Certaines ont un enfant avec elle. Arrivées ces dernières semaines, elles n’ont pas trouvé de place dans les hébergements insuffisants que les autorités sont supposées proposer.

A Calais, une soixantaine de femmes vivent dehors, car la Maison des Femmes, un local du Secours Catholique réquisitionné par la Mairie de Calais suite à l’expulsion du squat de la rue Victor Hugo, ne peut en accueillir qu’un nombre limité. Elles dorment sous des bâches ou des abris faits de palettes et de plastique noir, regroupées pour se protéger quand elles n’ont pas de compagnon ou de frère, ce qui est le cas de la très grande majorité. Elles ne peuvent pas se laver, ni nettoyer leur linge car l’eau a été coupée par l’entreprise Tioxide, dont un terrain héberge la principale jungle des Erythréens. Elles sont mal abritées des intempéries, qui sont maintenant arrivées sur Calais après un bel été. Elles ont faim, comme les hommes, car le seul repas distribué chaque jour par les associations l’Auberge des Migrants et Salam est insuffisant. Pourtant, elles sourient, elles accueillent gentiment le visiteur de passage, qui vient leur apporter un peu de farine, un morceau de savon ou une couverture. Leur rêve les aide à survivre : passer en Angleterre.

Les témoignages qui suivent ont été recueillis par Maya, engagée dans l’association Auberge des Migrants. Les prénoms des femmes rencontrées ont été changés.

Sarah, Myriam, Ayana, Aamina et Gabra ont toutes de 22 à 25 ans, sauf l’une d’elles, qui a 40 ans et une petite fille de 5 ans. Trois ont commencé des études supérieures. Sarah et Myriam sont amies depuis toujours, elles ont voyagé ensemble depuis l’Erythrée. Les autres se sont rencontrées ces derniers jours ici, à Calais, dans la jungle. Elles sont là depuis quinze jours à un mois seulement, cherchant à trouver un passage vers l’Angleterre. Elles ne savaient pas que c’était difficile et que la compétition était devenue féroce pour monter dans un camion, surtout depuis quelques semaines.

Ces cinq Erythréennes m’ont abordée la semaine dernière sur le lieu de distribution des repas pour me dire leur détresse de ne pas pouvoir prendre de douche. Il y a 7 douches pour 1 200 migrants. Le minibus du Secours Catholique qui fait la navette entre la jungle et les douches réussit, les bons jours, à satisfaire les besoins de 60 personnes. Pour faire partie de ce lot gagnant, il faut être plus rapide ou plus malin que les autres ! Et les hommes ne donnent pas facilement leur place aux femmes. Dans la jungle, la solidarité a des limites.

Après avoir prévenu le responsable du Secours Catholique, j’ai promis de conduire ces cinq jeunes femmes moi-même au lieu de douche. Entre femmes, les liens se nouent très vite. Ce qui a commencé par un geste de soutien banal de ma part se transforme vite en partage volubile. Elles se sentent en confiance, et me racontent leur histoire dans la voiture.

Elles faisaient leurs études tranquillement, mais l’armée les a réquisitionnées pour le service militaire. N’y voyant pas de fin, et ne pouvant soutenir leur famille financièrement, elles s’enfuient. Le mari de Gabra est à l’armée depuis des années, il n’a jamais été payé et n’a donc jamais pu lui envoyer d’argent. Elle avait trop de mal à survivre et a décidé de partir seule avec sa petite fille. Aamina a laissé ses deux fils derrière elle, âgés de 4 et 6 ans, pour tenter sa chance en Europe. Sa mère a pris les enfants en charge, en attendant les retours. Leurs familles se sont saignées à blanc pour trouver de l’argent pour les aider à partir vers la Terre Promise qu’est l’Angleterre, c’est un lourd investissement. A leur arrivée, elles trouveront facilement du travail, paieront les dettes, et pourront soutenir toute la famille : tout le monde en est sûr.

Il faut d’abord traverser la frontière du Soudan, très dangereuse. Puis payer un passeur 600 $ pour aller de Kassala à Khartoum, dans un camion bâché. Il faut encore payer pour la suite du voyage, 1 000 $ de Khartoum à la Méditerranée, 800 $ pour la traversée jusqu’à Lampedusa. Pour recevoir ces sommes énormes, elles font appel à un membre de la famille qui a déjà émigré, ou elles appellent au village. Elles disent combien il leur faut, elles reçoivent l’argent sous quelques jours ou bien elles attendent plusieurs mois, survivant tant bien que mal pendant l’attente, dormant dehors, se cachant de la police et des mafias en tous genres.

Elles téléphonent à leur famille de temps en temps mais elles ne disent jamais où elles sont, elles ne donnent jamais aucun détail sur ce qu’elles vivent au jour le jour : « Sinon, nos familles seraient trop désespérées… ». Elles appellent juste le temps de dire que « tout va bien » et elles raccrochent : « C’est trop dur de ne rien pouvoir raconter ».

Elles sont collées l’une à l’autre dans ma voiture, un petit cocon chaud, confortable, amical. Je suis instantanément devenue une sorte de mère pour elles. Elles parlent du présent, des difficultés de la vie dans la jungle, de leurs besoins de tout, mais surtout du futur, du prochain pas à faire. Il y a trop de monde qui essaie de passer en Angleterre, trop peu de chance de réussir, ces satanés chiens policiers les trouvent à coup sûr. Payer un passeur est désormais hors de question, elles ont plus qu’épuisé toutes les ressources de leurs familles et contacts divers.

Elles pensaient que tout serait facile une fois arrivées en Italie. De Lampedusa, on les a tout de suite envoyées dans un camp plus au Nord. Là, au bout de deux jours, on les a encouragées à partir « où elles voulaient, loin, si possible ». Elles ont trouvé belle cette liberté, on n’a même pas pris leurs empreintes digitales. Elles ont traversé l’Europe à toute vitesse, en train, sans payer, via Rome, Milan, Vintimille, Nice et Paris.

Et maintenant, elles sont à Calais. Presque au but, mais la dernière étape, ce minuscule bras de mer de 30 km, parait impossible à traverser. Elles me supplient : « What can we do ? Where should we go? Can you give us some advice ?” J’essaie de leur dire un peu de la vérité sur les difficultés à travailler au noir en France et dans la plupart des pays d’Europe, qu’en effet, ça semble un peu plus facile en Angleterre, mais je leur explique aussi qu’elles risqueront l’expulsion, qu’elles devront faire attention à la police. Elles s’en fichent, la police européenne, aussi violente qu’elle soit, n’est rien à côté de ce qu’elles ont vécu. Et puis, l’important, c’est d’envoyer de l’argent dès que possible, quoiqu’il leur en coûte. Elles veulent savoir si ce serait plus facile pour elles en Belgique ou dans les pays scandinaves. Je ne peux pas leur répondre que rares seront celles qui réussiront à se faire une vraie vie, avec un boulot stable, des papiers et une famille, dans quelque pays d’Europe. Briser leur rêve, c’est sans doute presque les tuer. Elles survivent grâce à leur rêve, il sert de nourriture, de calmant ou d’excitant selon les besoins du moment.

Mais ce n’est pas seulement un rêve. Il y a aussi la nécessité absolue que ce rêve se réalise : toutes les cinq doivent gagner de l’argent aussi vite que possible, impérativement. Leur honneur vis-à-vis de la famille, et la survie de celle-ci en dépendent. Quatre d’entre elles sont des ainées de famille, avec de nombreux petits frères et sœurs. Les adultes restés au pays comptent sur elles. Elles sont pressées, stressées et angoissées par l’urgence. Elles me posent des questions : pourquoi les empêche-t-on de passer en Angleterre ? Elles ne comprennent pas que l’Angleterre ne veut pas vraiment d’elles. Pourquoi doivent-elles dormir dans les bois, sans toilettes et sans eau ? Pourquoi est-ce si difficile d’avoir accès à une douche ? Elles sont en Europe, en France, le pays des Droits de l’Homme, et elles n’ont pas plus de confort que dans le pays natal qu’elles ont quitté. Elles sont presque arrivées dans l’Eldorado qu’est sûrement l’Angleterre, puisque « tous ceux qui y sont le disent ». Elles pensent toutes que là-bas elles trouveront du travail facilement, elles parlent déjà un peu anglais, elles ont entendues que tout va bien là-bas pour ceux de leur pays qui y vivent. Mais le dernier pas à franchir est le plus difficile, le plus impossible, surtout en ce moment. Elles se sentent perdues...

Gabra, la plus âgée, prend la parole en Tigrinya. Elle parle plusieurs minutes, Myriam traduit. Elle explique qu’elles toutes, elles ont de la chance, qu’il ne faut pas se décourager. Oui, c’est difficile, mais elles sont arrivées jusque Calais, elles sont encore vivantes, elles ont survécu à toutes les horreurs du voyage, elles sont fortes. Elle parle de ceux et celles qui sont morts dans le désert, asphyxiés dans le camion surchargé qui les transportait au Soudan, ou tombés et abandonnés dans le désert libyen. Chacune a dû appeler la famille au moins une fois pour annoncer que quelqu’un du même village ou de la même famille, est décédé en route. Elles n’ont pas raconté pas le pourquoi ni le comment et surtout elles ont menti sur le fait qu’il n’y a pas eu de funérailles : « La famille ne supporterait pas de le savoir »…Leurs voix se figent au souvenir de cette horreur. Elles n’ont eu personne avec qui parler pendant le voyage, chacun s’interdisait de ressentir les choses, il fallait conserver ses forces pour continuer, pour survivre….Dans la chaleur de la voiture, elles laissent les souvenirs et les images remonter à la surface, au moins un peu. A entendre Gabra parler de son amie partie avec elle avec ses 4 enfants et morte au Soudan, «ils se sont retrouvés tout seuls dans un pays étranger et hostile, je ne sais pas ce qu’ils sont devenus », les autres femmes se rappellent celui ou celle qu’elles ont vu mourir devant elles. Gabra, la première, a les larmes aux yeux. Tout le monde se met à pleurer. Puis elles essuient discrètement les larmes sur leurs joues.

Que deviendront ces femmes et toutes leurs sœurs ? Quel avenir devant elles, elles qui ont quitté leur pays justement parce qu’elles étaient en danger et n’avaient aucun espoir de vie décente ? Elles ne demandent qu’à travailler, elles ont de l’énergie, du courage, le désir de réussir…elles pourraient être un atout pour raviver une Europe fatiguée. Quel pays va se rendre compte de leurs qualités, les accueillir, leur donner une chance, et se donner la chance de les avoir comme citoyennes ?

François G

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Vite dit

15/7/2019 - L'esclavage, mauvaise surprise ou politique économique officieuse ?
La France accueille de nombreuses personnes étrangères fuyant des guerres ou cherchant une vie meilleure. Elles sont motivées, le travail ne leur fait pas peur, mais, sans papiers, elles ne peuvent travailler n'importe où et dans n'importe quoi. Malgré tout, certaines réussissent à trouver un travail saisonnier, difficile et mal payé, mais un travail quand même.
Mme D. fait partie de ceux-là. Elle a trouvé du travail au Château de Plaimont. En situation de faiblesse, n'ayant pas de papiers, son employeur n'a pas trouvé utile de lui établir un contrat de travail comme la loi l’exige.
Quand Mme D. arrête son travail et demande à être payée, son employeur lui rétorque une fin de non-recevoir. Cet employeur a profité de la situation de faiblesse administrative de Mme D., sans papiers et constamment sous la menace d'une expulsion, pour la traiter comme une esclave.
Ce serait déjà extrêmement grave si c'était un cas isolé, mais malheureusement ce n'est pas le cas. Des employeurs sans scrupules, se sachant presque intouchables, profitent régulièrement de personnes faibles pour les exploiter puis empocher le fruit de leur travail. L'OFII (Office français d'Immigration et d'Intégration) a la responsabilité de récupérer ces sommes pour le compte de ces travailleurs, mais rares sont les étrangers qui savent ça, et encore plus rares ceux qui demandent à l'OFII de le faire, et les employeurs comptent là-dessus.
Pour ma part, tout le vin produit par le Chateau de Plaimont a tourné, lui donnant un arrière-goût d'esclavage insupportable.
Pour en savoir plus lisez ceci.

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2/7/2019 - La fin d'une vie, la fin d'un rêve
Difficile d'imaginer l'état de désespoir dans lequel doit se trouver une personne pour décider de mettre fin à ses jours.
Quand de surcroit cette personne est un jeune mineur, qui par définition a toute sa vie devant lui pour se remettre des accidents de la vie et se construire un futur digne, aucune excuse, aucun prétexte ni aucune explication ne peuvent dédouaner les responsables.
X, jeune mineur étranger isolé de 17 ans, placé conformément à la loi sous la protection de l'État, décide de mettre fin à ses jours. Hébergé dans une chambre d'hôtel lugubre, abandonné par l'État sans suivi, ni accompagnement, ni éducation, avec juste le nécessaire pour s'acheter un ou deux repas simples par jour, n'a plus pu le supporter et est passé à l'acte.
La phrase tant répétée par nos dirigeants : "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde" perd ici tout son sens, et laisse apparaître à la vue de tout le monde le cynisme et l'hypocrisie d'une politique migratoire inhumaine qui, s'appuyant sur des considérations de confort économique, ou pire encore, électorales, trahi les valeurs fondamentales de la République, et viole les conventions internationales des droits de l'homme et des enfants que la France a signées.
L'État avait la responsabilité de la sécurité et du bien être de ce jeune, mais elle l'a abandonné, le laissant sombrer dans le désespoir. L'État et ses dirigeants doivent rendre des comptes. Ne rien faire signifierait que la France considère la mort inutile et injustifiable d'un jeune mineur comme un simple fait divers, et cela signifierait officiellement la fin de la "France, pays des droits de l'homme".
Pour en savoir plus, lisez ceci.

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29/6/2019 - Voyage dans le temps.
Je lisais un article, à priori d'actualité, mais les mots qui ressortaient : rafle, expulsion collective, familles déchirées, rétention, transports en charter, m'ont fait douter. Est-ce un article historique de la 2e guerre mondiale ? Incrédule, je regarde la date de l'article. Eh ben non ! Il s'agit bien d'un article d'actualité qui parle d'une action de l'état visant à se débarrasser rapidement d'un grand nombre de personnes n'ayant pas encore obtenu un titre de séjour en France. Je croyais faire un mauvais rêve !
L'État pense avoir trouvé un moyen "efficace" pour se débarrasser rapidement des personnes qu'il considère indésirables ? Efficace, peut-être, mais outre l'inhumanité de cette action consistant à expulser de personnes vulnérables vers un pays, la Géorgie, qui est loin d'être un pays sûr, elle est aussi illégale. Illégale parce que les expulsions collectives sont prohibées en vertu de l'article IV du protocole 4 à la Convention européenne des droits de l’homme. Illégale parce que parmi les personnes mises en rétention il y avait des enfants, ce qui est contraire à toutes les conventions internationales des droits des enfants signées par la France. Mais ce n'est pas tout. Cette opération a été exécutée sans qu'aucun juge ne soit saisi, et "pour un certain nombre de cas, avant que le juge administratif n’ait statué sur la légalité des obligations de quitter le territoire français prononcées à l’encontre de ces demandeurs d’asile".
ATTENTION ! "Efficacité" peut peut-être rimer avec économies, mais aussi avec totalitarisme.
Pour en savoir plus, lisez ici et ici.

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12/6/2019 - Noblesse et bassesse des médias
On ne peut que remercier notre service public d'information lorsqu'il permet à un journaliste de FR3 Occitanie de relater dans le détail, de manière précise et avec des recherches de complément d'information la manière dont une famille ukrainienne a été (mal)traitée par nos autorités (voir article sur le lien).
En revanche quelle dose de cynisme faut-il au chroniqueur de France Inter pour expliquer que la Bourse se porte mieux du fait des "avancées" dans les accords commerciaux entre les États-Unis et le Mexique quand on sait que cela est dû au déploiement de la garde nationale mexicaine pour lutter contre les migrants venus d'Amérique Centrale.

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Brutalite policiere7/6/2019 - Une nouvelle arme contre la solidarité.
L'État ou la police de l'air et des frontières (PAF) ont inventé une nouvelle arme pour lutter contre la solidarité : l'humiliation physique et psychologique, avec des soupçons d'agression sexuelle.
C'est le traitement qu'a subi une membre du Collectif de soutien aux personnes sans-papiers de Rennes lors d'une visite à un retenu au CRA de Saint Jacques des Landes, en Bretagne, conforme avec la ligne politique de la peur que le gouvernement mène contre la population solidaire.
Difficile à dire ce qui serait le plus ignoble et terrifiant: un État qui a recours à des viols des droits fondamentaux de sa population pour soutenir sa politique, ou des policiers qui, se sachant intouchables, se permettent de trahir leur sermentSource : Wikipedia wikipedia
Serment des Policiers et Gendarmes : Je jure de bien et loyalement remplir mes fonctions, d'observer les devoirs et la réserve qu'elles m'imposent. Je me conformerai strictement aux ordres reçus dans le respect de la personne humaine et de la loi. Je promets de faire preuve de dévouement au bien public, de droiture, de dignité, de prudence et d'impartialité. Je m'engage à ne faire qu'un usage légitime de la force et des pouvoirs qui me sont confiés et à ne rien révéler ou utiliser de ce qui sera porté à ma connaissance lors de l'exercice de mes fonctions. » "
en abusant de leur pouvoir pour exécuter une fouille corporelle qui va bien au-delà de ce qui aurait été requis par la sécurité, la légalité, et même la décence.
Pour en savoir plus...

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systeme ecrase17/5/2019 - Encore un.e jeune brisé.e.
Rafaël, Joseph et tant d'autres. Des jeunes venus en France motivés par l'espoir d'apprendre un métier, d'être autonomes, de participer positivement à notre société.
Pas assez pour l'administration française, qui les poursuit, les place en rétention, puis les expulse vers un futur incertain dans leurs pays, dont ils savent qu'ils n'auront que peu d'espoir de s'y épanouir et d'y vivre dignement.
Pas assez quoi ?

Pas assez intelligents ? Ils et elles le sont.
Pas assez motivé.e.s ? Ils et elles le sont.
Pas assez travailleurs et persévérants ? Ils et elles le sont.
Pas assez français ? Non, en effet. C'est bien la France qu'ils et elles ont choisie pour s'y intégrer, et ils ont fait des efforts considérables pour y arriver, toujours appréciés par leur entourage, mais l'administration leur refuse des papiers parce que pas assez quelque chose.
En fait on les condamne pour un seul "crime" : ne pas être né.e.s en France.
Nos dirigeants aiment se gargariser de ce que la France a besoin de jeunes plus motivés, prêts à étudier et à travailler. En voilà quelques-uns.e.s. Ils et elles n'attendent que d'être reconnus comme tels par l'administration.
Emmanuel Macron (ONU, 20 septembre 2017) : "Nous passons beaucoup de temps, beaucoup d’énergie, beaucoup d’argent à régler les problèmes de ce monde et les grandes crises, mais l’éducation c’est ce qui - parmi les réponses qui sont à notre portée - permet de les régler bien plus que les autres".
Une vérité incontestable. Dommage que ce ne soient que des paroles.

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2/4/2019 - Quoi ? Encore !?!? La loi est pourtant bien claire là-dessus en disposant que les séances du JLD sont publiques.
Publiques ! Cela veut dire que quiconque ne portant pas d'armes ou assimilables armes, a le droit d'assister aux audiences, à l'heure prévue, et durant toute la durée, jusqu'à ce que la ou le juge disent : "L'audience est levée".
Ce n’est pas compliqué non ? Et pourtant, le Cercle des Voisins doit se battre encore et encore pour que nos membres puissent assister aux permanences que nous assurons aux audiences. Mais cela ne concerne pas que nous. Des familles et ami.e.s de retenu.e.s peuvent aussi être bloqués aux portes du tribunal.
Est-ce le gouvernement ou le président du TGI qui ont ainsi décidé ? Ben non, ce sont de simples vigiles, d'une société privée qui assure la sécurité de l'entrée au tribunal, qui s'autodésignent policiers, juges et bourreaux, et décident, en fonction de leur propre
s imagination ou idéologie, si tel ou tel a ou pas le droit d'assister aux audiences.
Société privée ça passe encore, mais une justice privée ?
Le tribunal n'aurait donc pas le contrôle de ses troupes ? Ce serait difficile à croire, mais une chose est certaine, "quelqu'un" doit faire le nécessaire pour que ces violations répétées du Droit cessent.

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9/3/2019 - Respect des êtres humains ? Bof !
Cet AM, la PAF du CRA de Cornebarrieu a appelé Alain et Catherine, militants du Cercle des Voisins. Mr X, retenu au CRA, était dehors, soi-disant suite à une décision de justice.
Alain et Catherine sont allés le récupérer; en guise de dossier médical les policiers de la PAF leur dont donné une enveloppe vide et 2 comprimés de Doliprane, mais comme Mr X est atteint d'une maladie psychiatrique grave, il a absolument besoin d'un traitement contre la schizophrénie, ils l'ont amené aux urgences psy.
Après 2h30 aux urgences psy, ils sortent avec 2 Temesta (Lorazépam) et rassurés (+ou- ) sur un éventuel comportement dangereux. Il passe la nuit chez nos militants sans problème. Le lendemain matin re-problème. La PAF du CRA ignore ou se trouve son dossier médical. Après une dizaine d’appels, ils obtiennent une réponse peu coopérante au début : venez lundi (ça rouspète dur !!!), mais finalement ils les rappellent : l’infirmière avait préparé le dossier avec 5 jours de traitement, mais les policiers de service ne le savaient pas (et c’est bien le dernier de leur souci).... Ils sont donc allés chercher ce dossier avec, bien évidemment, Mr X. Retour à la maison et achat d’un billet sur OUI BUS pour la destination qu'il souhaitait. Ils l'ont laissé devant le bus.
Un cas exceptionnel ? Malheureusement non. Les policiers de la PAF et l'État français déchargent leur responsabilité régulièrement sur les associations de soutien aux retenus avec une désinvolture qui ne peut qu'être assimilé à la mise en danger d'autrui, ou du moins à la non-assistance à personne en danger.
Jusqu'à quand, sous prétexte de protéger la France de cette "horde d'étrangers envahissants", allons-nous permettre au gouvernement de violer et piétiner les droits fondamentaux des êtres humains, ces droits mêmes qui feraient de la France le grand pays qu'elle prétend être ?

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