En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des services adaptés.

cdv logo  

Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

logo EGM Toulouse

Médiapart |10 août 2014 | François G

Combiens sont-elles dans les jungles, les broussailles et les bois des friches industrielles de Calais ou Dunkerque, ou près des parkings d’autoroute, à Norrent-Fontes ou Steenvoorde ? Deux cent peut-être ? Elles sont d’Erythrée, du Soudan, d’Ethiopie ou de Somalie. Certaines ont un enfant avec elle. Arrivées ces dernières semaines, elles n’ont pas trouvé de place dans les hébergements insuffisants que les autorités sont supposées proposer.

A Calais, une soixantaine de femmes vivent dehors, car la Maison des Femmes, un local du Secours Catholique réquisitionné par la Mairie de Calais suite à l’expulsion du squat de la rue Victor Hugo, ne peut en accueillir qu’un nombre limité. Elles dorment sous des bâches ou des abris faits de palettes et de plastique noir, regroupées pour se protéger quand elles n’ont pas de compagnon ou de frère, ce qui est le cas de la très grande majorité. Elles ne peuvent pas se laver, ni nettoyer leur linge car l’eau a été coupée par l’entreprise Tioxide, dont un terrain héberge la principale jungle des Erythréens. Elles sont mal abritées des intempéries, qui sont maintenant arrivées sur Calais après un bel été. Elles ont faim, comme les hommes, car le seul repas distribué chaque jour par les associations l’Auberge des Migrants et Salam est insuffisant. Pourtant, elles sourient, elles accueillent gentiment le visiteur de passage, qui vient leur apporter un peu de farine, un morceau de savon ou une couverture. Leur rêve les aide à survivre : passer en Angleterre.

Les témoignages qui suivent ont été recueillis par Maya, engagée dans l’association Auberge des Migrants. Les prénoms des femmes rencontrées ont été changés.

Sarah, Myriam, Ayana, Aamina et Gabra ont toutes de 22 à 25 ans, sauf l’une d’elles, qui a 40 ans et une petite fille de 5 ans. Trois ont commencé des études supérieures. Sarah et Myriam sont amies depuis toujours, elles ont voyagé ensemble depuis l’Erythrée. Les autres se sont rencontrées ces derniers jours ici, à Calais, dans la jungle. Elles sont là depuis quinze jours à un mois seulement, cherchant à trouver un passage vers l’Angleterre. Elles ne savaient pas que c’était difficile et que la compétition était devenue féroce pour monter dans un camion, surtout depuis quelques semaines.

Ces cinq Erythréennes m’ont abordée la semaine dernière sur le lieu de distribution des repas pour me dire leur détresse de ne pas pouvoir prendre de douche. Il y a 7 douches pour 1 200 migrants. Le minibus du Secours Catholique qui fait la navette entre la jungle et les douches réussit, les bons jours, à satisfaire les besoins de 60 personnes. Pour faire partie de ce lot gagnant, il faut être plus rapide ou plus malin que les autres ! Et les hommes ne donnent pas facilement leur place aux femmes. Dans la jungle, la solidarité a des limites.

Après avoir prévenu le responsable du Secours Catholique, j’ai promis de conduire ces cinq jeunes femmes moi-même au lieu de douche. Entre femmes, les liens se nouent très vite. Ce qui a commencé par un geste de soutien banal de ma part se transforme vite en partage volubile. Elles se sentent en confiance, et me racontent leur histoire dans la voiture.

Elles faisaient leurs études tranquillement, mais l’armée les a réquisitionnées pour le service militaire. N’y voyant pas de fin, et ne pouvant soutenir leur famille financièrement, elles s’enfuient. Le mari de Gabra est à l’armée depuis des années, il n’a jamais été payé et n’a donc jamais pu lui envoyer d’argent. Elle avait trop de mal à survivre et a décidé de partir seule avec sa petite fille. Aamina a laissé ses deux fils derrière elle, âgés de 4 et 6 ans, pour tenter sa chance en Europe. Sa mère a pris les enfants en charge, en attendant les retours. Leurs familles se sont saignées à blanc pour trouver de l’argent pour les aider à partir vers la Terre Promise qu’est l’Angleterre, c’est un lourd investissement. A leur arrivée, elles trouveront facilement du travail, paieront les dettes, et pourront soutenir toute la famille : tout le monde en est sûr.

Il faut d’abord traverser la frontière du Soudan, très dangereuse. Puis payer un passeur 600 $ pour aller de Kassala à Khartoum, dans un camion bâché. Il faut encore payer pour la suite du voyage, 1 000 $ de Khartoum à la Méditerranée, 800 $ pour la traversée jusqu’à Lampedusa. Pour recevoir ces sommes énormes, elles font appel à un membre de la famille qui a déjà émigré, ou elles appellent au village. Elles disent combien il leur faut, elles reçoivent l’argent sous quelques jours ou bien elles attendent plusieurs mois, survivant tant bien que mal pendant l’attente, dormant dehors, se cachant de la police et des mafias en tous genres.

Elles téléphonent à leur famille de temps en temps mais elles ne disent jamais où elles sont, elles ne donnent jamais aucun détail sur ce qu’elles vivent au jour le jour : « Sinon, nos familles seraient trop désespérées… ». Elles appellent juste le temps de dire que « tout va bien » et elles raccrochent : « C’est trop dur de ne rien pouvoir raconter ».

Elles sont collées l’une à l’autre dans ma voiture, un petit cocon chaud, confortable, amical. Je suis instantanément devenue une sorte de mère pour elles. Elles parlent du présent, des difficultés de la vie dans la jungle, de leurs besoins de tout, mais surtout du futur, du prochain pas à faire. Il y a trop de monde qui essaie de passer en Angleterre, trop peu de chance de réussir, ces satanés chiens policiers les trouvent à coup sûr. Payer un passeur est désormais hors de question, elles ont plus qu’épuisé toutes les ressources de leurs familles et contacts divers.

Elles pensaient que tout serait facile une fois arrivées en Italie. De Lampedusa, on les a tout de suite envoyées dans un camp plus au Nord. Là, au bout de deux jours, on les a encouragées à partir « où elles voulaient, loin, si possible ». Elles ont trouvé belle cette liberté, on n’a même pas pris leurs empreintes digitales. Elles ont traversé l’Europe à toute vitesse, en train, sans payer, via Rome, Milan, Vintimille, Nice et Paris.

Et maintenant, elles sont à Calais. Presque au but, mais la dernière étape, ce minuscule bras de mer de 30 km, parait impossible à traverser. Elles me supplient : « What can we do ? Where should we go? Can you give us some advice ?” J’essaie de leur dire un peu de la vérité sur les difficultés à travailler au noir en France et dans la plupart des pays d’Europe, qu’en effet, ça semble un peu plus facile en Angleterre, mais je leur explique aussi qu’elles risqueront l’expulsion, qu’elles devront faire attention à la police. Elles s’en fichent, la police européenne, aussi violente qu’elle soit, n’est rien à côté de ce qu’elles ont vécu. Et puis, l’important, c’est d’envoyer de l’argent dès que possible, quoiqu’il leur en coûte. Elles veulent savoir si ce serait plus facile pour elles en Belgique ou dans les pays scandinaves. Je ne peux pas leur répondre que rares seront celles qui réussiront à se faire une vraie vie, avec un boulot stable, des papiers et une famille, dans quelque pays d’Europe. Briser leur rêve, c’est sans doute presque les tuer. Elles survivent grâce à leur rêve, il sert de nourriture, de calmant ou d’excitant selon les besoins du moment.

Mais ce n’est pas seulement un rêve. Il y a aussi la nécessité absolue que ce rêve se réalise : toutes les cinq doivent gagner de l’argent aussi vite que possible, impérativement. Leur honneur vis-à-vis de la famille, et la survie de celle-ci en dépendent. Quatre d’entre elles sont des ainées de famille, avec de nombreux petits frères et sœurs. Les adultes restés au pays comptent sur elles. Elles sont pressées, stressées et angoissées par l’urgence. Elles me posent des questions : pourquoi les empêche-t-on de passer en Angleterre ? Elles ne comprennent pas que l’Angleterre ne veut pas vraiment d’elles. Pourquoi doivent-elles dormir dans les bois, sans toilettes et sans eau ? Pourquoi est-ce si difficile d’avoir accès à une douche ? Elles sont en Europe, en France, le pays des Droits de l’Homme, et elles n’ont pas plus de confort que dans le pays natal qu’elles ont quitté. Elles sont presque arrivées dans l’Eldorado qu’est sûrement l’Angleterre, puisque « tous ceux qui y sont le disent ». Elles pensent toutes que là-bas elles trouveront du travail facilement, elles parlent déjà un peu anglais, elles ont entendues que tout va bien là-bas pour ceux de leur pays qui y vivent. Mais le dernier pas à franchir est le plus difficile, le plus impossible, surtout en ce moment. Elles se sentent perdues...

Gabra, la plus âgée, prend la parole en Tigrinya. Elle parle plusieurs minutes, Myriam traduit. Elle explique qu’elles toutes, elles ont de la chance, qu’il ne faut pas se décourager. Oui, c’est difficile, mais elles sont arrivées jusque Calais, elles sont encore vivantes, elles ont survécu à toutes les horreurs du voyage, elles sont fortes. Elle parle de ceux et celles qui sont morts dans le désert, asphyxiés dans le camion surchargé qui les transportait au Soudan, ou tombés et abandonnés dans le désert libyen. Chacune a dû appeler la famille au moins une fois pour annoncer que quelqu’un du même village ou de la même famille, est décédé en route. Elles n’ont pas raconté pas le pourquoi ni le comment et surtout elles ont menti sur le fait qu’il n’y a pas eu de funérailles : « La famille ne supporterait pas de le savoir »…Leurs voix se figent au souvenir de cette horreur. Elles n’ont eu personne avec qui parler pendant le voyage, chacun s’interdisait de ressentir les choses, il fallait conserver ses forces pour continuer, pour survivre….Dans la chaleur de la voiture, elles laissent les souvenirs et les images remonter à la surface, au moins un peu. A entendre Gabra parler de son amie partie avec elle avec ses 4 enfants et morte au Soudan, «ils se sont retrouvés tout seuls dans un pays étranger et hostile, je ne sais pas ce qu’ils sont devenus », les autres femmes se rappellent celui ou celle qu’elles ont vu mourir devant elles. Gabra, la première, a les larmes aux yeux. Tout le monde se met à pleurer. Puis elles essuient discrètement les larmes sur leurs joues.

Que deviendront ces femmes et toutes leurs sœurs ? Quel avenir devant elles, elles qui ont quitté leur pays justement parce qu’elles étaient en danger et n’avaient aucun espoir de vie décente ? Elles ne demandent qu’à travailler, elles ont de l’énergie, du courage, le désir de réussir…elles pourraient être un atout pour raviver une Europe fatiguée. Quel pays va se rendre compte de leurs qualités, les accueillir, leur donner une chance, et se donner la chance de les avoir comme citoyennes ?

François G

Vite dit

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 
juge
 
 5/12/2020 - Pratique illégale de la médecine par la juge

Quand un médecin, spécialiste de surcroît, justifie  après une consultation en urgence que l’état de santé d'une jeune femme enceinte de sept mois qu’il  a examinée est incompatible avec une rétention, comment le juge des libertés et de la détention et le représentant de la préfecture peuvent- ils argumenter le contraire et ainsi maintenir la privation de liberté ? Simple , le serment d’Hypocrite qui permet, sur la foi de ce que l’on pense, de s’absoudre de toutes considérations médicales. La justice avance !

Après, que penser du serment d’Hippocrate du médecin du CRA et de l'OFII si prompt à exécuter les basses œuvres des préfectures ?

Désespoir 28/11/2020 - Naître dans un Centre de rétention est ce possible ?

On sait d'ores et déjà qu'il est possible de passer beaucoup de temps dans un Centre de Rétention (jusqu'à 3 mois), d'être relâché puis d'y revenir plusieurs fois.
On sait qu'on peut y mourir (CRA de Rennes, de Vincennes, de Cornebarrieu...)
On sait aussi qu'on peut séparer une maman allaitante de son bébé de 20 jours pendant 4 jours avant de la libérer (CRA de Cornebarrieu).A notre connaissance, nous n'avons pas encore connu une naissance mais cela sera peut-être le cas prochainement au CRA de Cornebarrieu.
En effet, une jeune femme enceinte de 6 mois y est actuellement enfermée depuis presque 2 mois, par la volonté du préfet des Alpes Maritimes.
Comment une femme peut-elle mener une grossesse sereine dans cet univers angoissant ?
Manger, dormir, se laver, se reposer, tout est difficile voire impossible.
Alors avoir un suivi de grossesse adéquat, c'est un luxe impossible. On ne s'en occupeque quand il y a urgence, une hémorragie et des contractions anormales à ce stade de la grossesse.

« Comme je perdais du sang, on m'a emmenée à l'hôpital et depuis mon retour au CRA une infirmière de la PMI m'a téléphoné ».
L’État français fait de belles déclarations au sujet des violences faites aux femmes mais les traite avec mépris et inhumanité dès qu'il s'agit de femmes sans-papiers.
Relayé par les porte-paroles des préfectures et par les juges des libertés et de la détention, le discours est toujours : « le service médical du CRA est compétent ! ».

Alors, une naissance ou une fausse-couche prochainement au CRA de Cornebarrieu ?
Et quels papiers aura le bébé ?

Désespoir

 18/10/2020 - Bienvenue en France, pays du mépris et de l'indignité

Il habite en Haute-Loire, il s'est fait interpeller pour non-port du masque et se retrouve enfermé au centre de rétention de Cornebarrieu. Libéré par le juge 48h après son arrivée, les policiers en charge de la surveillance du centre ouvrent les grilles du centre de rétention, appliquant ainsi la décision judiciaire. Passé les grilles, ce n'est plus leur problème ! Comme beaucoup d'autres personnes enfermées là, cet homme n'a pas d'argent pour repartir chez lui, la batterie de son téléphone est proche de 0% et il ne connaît personne dans la région.

Mais cet homme là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres retenus du centre. C'est ce qui a amené un policier de la Police de l'Air et des Frontières (PAF), ce samedi là et dès l'annonce de la décision du juge au palais de justice, à s'approcher d'un membre du Cercle des Voisins auquel on avait interdit d'assister à l'audience, pour l'informer de cette libération et lui demander de l'aide.

Car ce retenu là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres prisonniers du centre. Ce qu'il a de plus c'est une paire de béquilles, ce qu'il a de moins c'est une jambe ! Pour le reste, il est semblable à tous ceux et celles qui passent dans ce camp.

Nous prenons acte de ce geste d'humanité de la part du policier qui a pris conscience de la fragilité de la personne libérée  mais nous continuons de dénoncer la talentueuse application de l'administration française à maltraiter ceux et celles qui demandent à être régularisés. Nos dirigeants sont à même de déployer des moyens exorbitants pour enfermer des personnes que, lorsqu'elles sont libérées par décision de justice, ils mettent à la rue comme des chiens. Avec une durée d'enfermement de plus en plus longue (jusqu'à 3 mois), quasiment systématique et sans discernement des pathologies physiques et mentales des personnes, l’État français démontre un comportement irresponsable et xénophobe.

Les expulsions sont souvent violentes mais les libérations par décisions de justice ou préfectorales  peuvent aussi l'être quand sont libérées des personnes vulnérables. D'autant que ces centres d'enfermement continuent de fonctionner en cette période de fermeture des frontières et de pandémie, devenant ainsi de nouveaux foyers épidémiques. D'autres policiers sont-ils prêts à aborder cette question avec nous ?

 

 

 

Désespoir
 21/6/2020 - Qui a jeté Tatiana à la rue ? ou Chronique du mépris ordinaire

Tatiana, jeune russe, aux activités malheureusement habituelles sur la Canebière, s'est faite arrêter par la police cannoise. Dans sa « tenue de plage », elle est transférée à la Police aux Frontières à Nice pour un longue garde à vue. L'Obligation de Quitter le Territoire Français tombe et la rétention est demandée par le Préfet des Alpes-Maritimes. Tatiana, toujours dans sa tenue très légère, est transférée en voiture à 580 km de la Promenade des Anglais.
Dans cette tenue de plage, la très jeune femme passera 48 heures au centre de rétention de Cornebarrieu en Haute-Garonne sans que des policiers ou des agents de l’OFII chargé d'accompagner les retenus ne lui trouvent de quoi se vêtir. Elle est présentée samedi 20 juin devant un juge en visio-conférence qui ordonne sa libération. A 18h30, le jour même , Tatiana , toujours dans la même tenue , est jetée à la rue devant le CRA de Cornebarrieu, sans argent, sans téléphone.
Merci les Pousses-aux-Crimes !
Tatiana erre pendant 24 h autour de l'aéroport de Blagnac avant que deux bénévoles du Cercle des Voisins la prennent en charge et la mettent à l'abri.

 

 

Désespoir

17/4/2020 - COVID-19 : CRA zone de non droit - agissons pour leur fermeture

Comme certains autres centres de rétention, le CRA de Toulouse-Cornebarrieu n'est toujours pas vide et ne le sera sans doute jamais car il semble servir de déversoir pour les préfets qui continuent de délivrer des Ordres de Quitter le Territoire Français, ordre absurde s'il en est vu la fermeture actuelle des frontières.
Les centres de rétention sont des zones où il est difficile de savoir réellement ce qui s'y passe. C'est ce qui avait déjà été dénoncé en 2012 pendant la campagne inter-associative 'Ouvrez les portes, on a le droit de savoir' avec Migreurop, Alternatives européennes et Reporters sans frontières auquel le Cercle des Voisins avait participé http://www.migreurop.org/article2106.html
Ces espaces fermés et surveillés par la police sont d'autant plus effrayants pendant cette période de confinement que toute visite devient maintenant impossible.
Les associations d'aide juridique se sont retirées( la Cimade pour le CRA de Cornebarrieu), l'agent de l'Office Francais de l'Immigration et de l'Intégration (OFII ) ne montre son nez que quelques heures par semaine mais son aide se résume à permettre 2 appels téléphoniques aux retenus qui le demandent. Pas de retrait d'argent impossible car selon eux les bureaux de poste sont fermés. Or sans argent, comment acheter des cigarettes, des cartes de téléphone...

Samedi 11 avril, le centre comptait 3 retenus et ce jeudi 16 avril, 5 hommes et une femme y sont maintenant enfermés. Les portes ne semblent s'ouvrir que dans un seul sens !
Le centre de Cornebarrieu compte 3 secteurs hommes, un secteur femme et un secteur famille. Dans chaque secteur, il y a un téléphone public où il est normalement possible de joindre les retenus depuis l'extérieur.
Les 5 hommes sont tous rassemblés au secteur D mais c'est le seul dans lequel il est impossible de les joindre car le téléphone est hors service.
Les retenus ont demandé à changer de secteur mais cela leur a été refusé.

L'un deux est au centre depuis 45 jours (en provenance de Lyon), un autre depuis 21 jours, deux autres sont arrivées plus récemment (le 13/04 après un contrôle à Perpignan et un autre ce jeudi 16 avril).
Une jeune femme arrivée dans le centre il y a 3 jours se retrouve complètement isolée dans son secteur. Elle a 19 ans. Elle ne mange pas.
Et bien sûr, pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, un peit savon
Vous qui êtes français et pendant ce confinement, vous avez du expérimenter une ou plusieurs fois des contrôles policiers visant à vérifier votre attestation de déplacement. Vous avez peut-être tester l'arbitraire de certains contrôles comme ce qui est décrit dans cet article
https://www.bastamag.net/attestation-controle-deplacement-PV-amendes-violences-policieres-confinement-covid
Imaginez ce que peut-être l'arbitraire policier quand vous le subissez 24h/24 dans un centre fermé ! La parole du prisonnier.e ou du "retenu.e" (euphémisme utilisé par l'administration) a -t-elle la même valeur que celle de l’homme ou de la femme en uniforme ?
https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/l-inegalite-des-vies-en-temps-d-epidemie_1782169

Les audiences devant le juge des libertés où nous nous avions l'habitude de nous poster en tant qu'observateur nous sont maintenant inaccessibles. Elles fonctionnent par visio-conférence. Aucune présence citoyenne donc.
Joint sur son propre téléphone, un homme nous dit que les policiers les menacent s'ils évoquent les conditions de leur rétention pendant l'audience.Lui-même a été malade, fiévreux, avait du mal a respirer et a appelé les services d'urgence avec son propre téléphone. C'est un homme en veste rouge de la société ONET qui est venu et a estimé qu'il simulait. Il a ensuite subi la répression policière. Il a été frappé et mis à l'isolement.

Mais les policiers semblent aussi se donner du bon temps avec grillades et bières au menu dans la cour du CRA. Peut-être que les journalistes pourraient aller y faire un tour au moment des repas pour vérifier la fumée.
Mas d'autres distractions policières sont encore moins amusantes et pourraient faire l'objet d'une enquête, comme dire à un retenu de rassembler ses affaires car il est libérable et le traiter de mongole quand il se présente avec son sac, avec ordre de regagner sa cellule.

 

Désespoir

15/4/2020 - Coronavirus et manifestation au CRA du Mesnil-Amelot : le choix de la répression

Ce mardi 14 avril, Christophe Castaner était l'invité du grand entretien sur France Inter. A une question sur la régularisation des sans-papiers, comme l'a fait le Portugal, le ministre de l'intérieur répond: "Si l'on regarde bien ce qu’a fait le Portugal, on s’aperçoit que nous avons le même dispositif, et que nous l’avons même fait avant le Portugal. Là-bas, il s’agit d’une régularisation temporaire de personnes arrivées avant le 18 mars. Nous, nous avons mis ça en place de façon systématique et pour tout le monde : nous n’avons pas besoin de prendre des mesures temporaires parce que les soins urgents sont assurés pour tous. S’agissant des situations administratives, nous avons prolongé de 90 jours tous les titres. Pour faire simple : nous avons fait comme le Portugal, mais avant le Portugal."

Aucune réaction des journalistes Léa Salamé et Nicolas Demorand !

Désespoir

Monsieur Castaner et ses interlocuteurs ne peuvent pourtant pas ignorer ce qu'a déclaré Adeline Hazan, le contrôleure des lieux de privation de liberté le 11 avril sur cette même radio.

"Aucun plan n’avait été envisagé pour faire face aux conséquences d’une épidémie en prison"
Ce même 11 avril, Monsieur Castaner ne pouvait pas ignorer que les prisonniers du CRA du Mesnil-Amelot en grève de la faim pour réclamer leur liberté ont été durement réprimés ce même 11 avril. C'est lui qui a donné l'ordre aux CRS de mater la rébellion.
C'est encore lui qui a autorisé le transfert de ces hommes dans d'autres centres de rétention (Lille, Rouen).

Alors, cessez de mentir Monsieur Castaner : La France n'a pas régularisé les sans-papiers comme l'a fait le Portugal.
Cessez de participer à la propagande gouvernementale, messieurs les journalistes!

 

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

Archive

Powered by mod LCA