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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Solidarite avec Mimmo Lucano

Médiapart |10 août 2014 | François G

Combiens sont-elles dans les jungles, les broussailles et les bois des friches industrielles de Calais ou Dunkerque, ou près des parkings d’autoroute, à Norrent-Fontes ou Steenvoorde ? Deux cent peut-être ? Elles sont d’Erythrée, du Soudan, d’Ethiopie ou de Somalie. Certaines ont un enfant avec elle. Arrivées ces dernières semaines, elles n’ont pas trouvé de place dans les hébergements insuffisants que les autorités sont supposées proposer.

A Calais, une soixantaine de femmes vivent dehors, car la Maison des Femmes, un local du Secours Catholique réquisitionné par la Mairie de Calais suite à l’expulsion du squat de la rue Victor Hugo, ne peut en accueillir qu’un nombre limité. Elles dorment sous des bâches ou des abris faits de palettes et de plastique noir, regroupées pour se protéger quand elles n’ont pas de compagnon ou de frère, ce qui est le cas de la très grande majorité. Elles ne peuvent pas se laver, ni nettoyer leur linge car l’eau a été coupée par l’entreprise Tioxide, dont un terrain héberge la principale jungle des Erythréens. Elles sont mal abritées des intempéries, qui sont maintenant arrivées sur Calais après un bel été. Elles ont faim, comme les hommes, car le seul repas distribué chaque jour par les associations l’Auberge des Migrants et Salam est insuffisant. Pourtant, elles sourient, elles accueillent gentiment le visiteur de passage, qui vient leur apporter un peu de farine, un morceau de savon ou une couverture. Leur rêve les aide à survivre : passer en Angleterre.

Les témoignages qui suivent ont été recueillis par Maya, engagée dans l’association Auberge des Migrants. Les prénoms des femmes rencontrées ont été changés.

Sarah, Myriam, Ayana, Aamina et Gabra ont toutes de 22 à 25 ans, sauf l’une d’elles, qui a 40 ans et une petite fille de 5 ans. Trois ont commencé des études supérieures. Sarah et Myriam sont amies depuis toujours, elles ont voyagé ensemble depuis l’Erythrée. Les autres se sont rencontrées ces derniers jours ici, à Calais, dans la jungle. Elles sont là depuis quinze jours à un mois seulement, cherchant à trouver un passage vers l’Angleterre. Elles ne savaient pas que c’était difficile et que la compétition était devenue féroce pour monter dans un camion, surtout depuis quelques semaines.

Ces cinq Erythréennes m’ont abordée la semaine dernière sur le lieu de distribution des repas pour me dire leur détresse de ne pas pouvoir prendre de douche. Il y a 7 douches pour 1 200 migrants. Le minibus du Secours Catholique qui fait la navette entre la jungle et les douches réussit, les bons jours, à satisfaire les besoins de 60 personnes. Pour faire partie de ce lot gagnant, il faut être plus rapide ou plus malin que les autres ! Et les hommes ne donnent pas facilement leur place aux femmes. Dans la jungle, la solidarité a des limites.

Après avoir prévenu le responsable du Secours Catholique, j’ai promis de conduire ces cinq jeunes femmes moi-même au lieu de douche. Entre femmes, les liens se nouent très vite. Ce qui a commencé par un geste de soutien banal de ma part se transforme vite en partage volubile. Elles se sentent en confiance, et me racontent leur histoire dans la voiture.

Elles faisaient leurs études tranquillement, mais l’armée les a réquisitionnées pour le service militaire. N’y voyant pas de fin, et ne pouvant soutenir leur famille financièrement, elles s’enfuient. Le mari de Gabra est à l’armée depuis des années, il n’a jamais été payé et n’a donc jamais pu lui envoyer d’argent. Elle avait trop de mal à survivre et a décidé de partir seule avec sa petite fille. Aamina a laissé ses deux fils derrière elle, âgés de 4 et 6 ans, pour tenter sa chance en Europe. Sa mère a pris les enfants en charge, en attendant les retours. Leurs familles se sont saignées à blanc pour trouver de l’argent pour les aider à partir vers la Terre Promise qu’est l’Angleterre, c’est un lourd investissement. A leur arrivée, elles trouveront facilement du travail, paieront les dettes, et pourront soutenir toute la famille : tout le monde en est sûr.

Il faut d’abord traverser la frontière du Soudan, très dangereuse. Puis payer un passeur 600 $ pour aller de Kassala à Khartoum, dans un camion bâché. Il faut encore payer pour la suite du voyage, 1 000 $ de Khartoum à la Méditerranée, 800 $ pour la traversée jusqu’à Lampedusa. Pour recevoir ces sommes énormes, elles font appel à un membre de la famille qui a déjà émigré, ou elles appellent au village. Elles disent combien il leur faut, elles reçoivent l’argent sous quelques jours ou bien elles attendent plusieurs mois, survivant tant bien que mal pendant l’attente, dormant dehors, se cachant de la police et des mafias en tous genres.

Elles téléphonent à leur famille de temps en temps mais elles ne disent jamais où elles sont, elles ne donnent jamais aucun détail sur ce qu’elles vivent au jour le jour : « Sinon, nos familles seraient trop désespérées… ». Elles appellent juste le temps de dire que « tout va bien » et elles raccrochent : « C’est trop dur de ne rien pouvoir raconter ».

Elles sont collées l’une à l’autre dans ma voiture, un petit cocon chaud, confortable, amical. Je suis instantanément devenue une sorte de mère pour elles. Elles parlent du présent, des difficultés de la vie dans la jungle, de leurs besoins de tout, mais surtout du futur, du prochain pas à faire. Il y a trop de monde qui essaie de passer en Angleterre, trop peu de chance de réussir, ces satanés chiens policiers les trouvent à coup sûr. Payer un passeur est désormais hors de question, elles ont plus qu’épuisé toutes les ressources de leurs familles et contacts divers.

Elles pensaient que tout serait facile une fois arrivées en Italie. De Lampedusa, on les a tout de suite envoyées dans un camp plus au Nord. Là, au bout de deux jours, on les a encouragées à partir « où elles voulaient, loin, si possible ». Elles ont trouvé belle cette liberté, on n’a même pas pris leurs empreintes digitales. Elles ont traversé l’Europe à toute vitesse, en train, sans payer, via Rome, Milan, Vintimille, Nice et Paris.

Et maintenant, elles sont à Calais. Presque au but, mais la dernière étape, ce minuscule bras de mer de 30 km, parait impossible à traverser. Elles me supplient : « What can we do ? Where should we go? Can you give us some advice ?” J’essaie de leur dire un peu de la vérité sur les difficultés à travailler au noir en France et dans la plupart des pays d’Europe, qu’en effet, ça semble un peu plus facile en Angleterre, mais je leur explique aussi qu’elles risqueront l’expulsion, qu’elles devront faire attention à la police. Elles s’en fichent, la police européenne, aussi violente qu’elle soit, n’est rien à côté de ce qu’elles ont vécu. Et puis, l’important, c’est d’envoyer de l’argent dès que possible, quoiqu’il leur en coûte. Elles veulent savoir si ce serait plus facile pour elles en Belgique ou dans les pays scandinaves. Je ne peux pas leur répondre que rares seront celles qui réussiront à se faire une vraie vie, avec un boulot stable, des papiers et une famille, dans quelque pays d’Europe. Briser leur rêve, c’est sans doute presque les tuer. Elles survivent grâce à leur rêve, il sert de nourriture, de calmant ou d’excitant selon les besoins du moment.

Mais ce n’est pas seulement un rêve. Il y a aussi la nécessité absolue que ce rêve se réalise : toutes les cinq doivent gagner de l’argent aussi vite que possible, impérativement. Leur honneur vis-à-vis de la famille, et la survie de celle-ci en dépendent. Quatre d’entre elles sont des ainées de famille, avec de nombreux petits frères et sœurs. Les adultes restés au pays comptent sur elles. Elles sont pressées, stressées et angoissées par l’urgence. Elles me posent des questions : pourquoi les empêche-t-on de passer en Angleterre ? Elles ne comprennent pas que l’Angleterre ne veut pas vraiment d’elles. Pourquoi doivent-elles dormir dans les bois, sans toilettes et sans eau ? Pourquoi est-ce si difficile d’avoir accès à une douche ? Elles sont en Europe, en France, le pays des Droits de l’Homme, et elles n’ont pas plus de confort que dans le pays natal qu’elles ont quitté. Elles sont presque arrivées dans l’Eldorado qu’est sûrement l’Angleterre, puisque « tous ceux qui y sont le disent ». Elles pensent toutes que là-bas elles trouveront du travail facilement, elles parlent déjà un peu anglais, elles ont entendues que tout va bien là-bas pour ceux de leur pays qui y vivent. Mais le dernier pas à franchir est le plus difficile, le plus impossible, surtout en ce moment. Elles se sentent perdues...

Gabra, la plus âgée, prend la parole en Tigrinya. Elle parle plusieurs minutes, Myriam traduit. Elle explique qu’elles toutes, elles ont de la chance, qu’il ne faut pas se décourager. Oui, c’est difficile, mais elles sont arrivées jusque Calais, elles sont encore vivantes, elles ont survécu à toutes les horreurs du voyage, elles sont fortes. Elle parle de ceux et celles qui sont morts dans le désert, asphyxiés dans le camion surchargé qui les transportait au Soudan, ou tombés et abandonnés dans le désert libyen. Chacune a dû appeler la famille au moins une fois pour annoncer que quelqu’un du même village ou de la même famille, est décédé en route. Elles n’ont pas raconté pas le pourquoi ni le comment et surtout elles ont menti sur le fait qu’il n’y a pas eu de funérailles : « La famille ne supporterait pas de le savoir »…Leurs voix se figent au souvenir de cette horreur. Elles n’ont eu personne avec qui parler pendant le voyage, chacun s’interdisait de ressentir les choses, il fallait conserver ses forces pour continuer, pour survivre….Dans la chaleur de la voiture, elles laissent les souvenirs et les images remonter à la surface, au moins un peu. A entendre Gabra parler de son amie partie avec elle avec ses 4 enfants et morte au Soudan, «ils se sont retrouvés tout seuls dans un pays étranger et hostile, je ne sais pas ce qu’ils sont devenus », les autres femmes se rappellent celui ou celle qu’elles ont vu mourir devant elles. Gabra, la première, a les larmes aux yeux. Tout le monde se met à pleurer. Puis elles essuient discrètement les larmes sur leurs joues.

Que deviendront ces femmes et toutes leurs sœurs ? Quel avenir devant elles, elles qui ont quitté leur pays justement parce qu’elles étaient en danger et n’avaient aucun espoir de vie décente ? Elles ne demandent qu’à travailler, elles ont de l’énergie, du courage, le désir de réussir…elles pourraient être un atout pour raviver une Europe fatiguée. Quel pays va se rendre compte de leurs qualités, les accueillir, leur donner une chance, et se donner la chance de les avoir comme citoyennes ?

François G

Vite dit

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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