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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Fermez les Centres de Rétention !

La secrétaire générale de La Cimade dénonce : les enfermements arbitraires, les violences et les mises à l’isolement répétées, un climat de stigmatisation grandissante, les expulsions illégales

Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : InfoMigrants - Julia Dumont - 19/11/2021

Entre le 9 et le 13 novembre, InfoMigrants a rencontré dans l’est de la Pologne des Syriens qui venaient d'entrer dans le pays depuis la Biélorussie. Ils évoquent les violences qu’ils ont subies de la part des soldats biélorusses et les difficultés de rebrousser chemin vers Minsk.

Julia Dumont, envoyée spéciale en Pologne.

Youssef a encore le visage teinté d’hématomes jaunes et violets et des marques de vaisseaux éclatés dans le blanc des yeux. Les coups qu’il a reçus remontent à deux semaines, lorsqu’il a cherché à entrer illégalement en Pologne, depuis la Biélorussie, avec trois amis. Le soir tombe, la forêt est partout. Youssef sait qu'il faut être prudent : les soldats sont réputés violents.

"Une voiture de soldats biélorusses s’est mis à nous poursuivre", explique Youssef. "Nous avons couru mais ils nous ont rattrapés. Ils nous ont dit de nous agenouiller et de croiser nos mains derrière notre tête", se souvient-il.

>> À lire : De plus en plus de violences à la frontière entre la Pologne et la Biélorussie

 

Deux semaines après son agression, Youssef a encore le visage marqué par des hématomes. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Deux semaines après son agression, Youssef a encore le visage marqué par des hématomes. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

 

Youssef s’exécute, comme le reste du groupe, mais un soldat biélorusse lui assène un violent coup de pied au visage. "Je me suis évanoui au premier coup mais mes amis m’ont dit qu’il avait continué à me battre alors que j’étais inconscient", raconte le Syrien de 37 ans. Selon lui, les gardes biélorusses battent parfois les migrants pour leur extorquer de l'argent.

>> À lire : Une centaine de migrants arrêtés en Pologne après avoir franchi la frontière

Youssef et ses amis décident alors de rebrousser chemin. "Epuisés, nous avons demandé aux soldats biélorusses si nous pouvions rentrer dans notre pays. Ils nous ont dit : ‘Non, vous allez en Pologne et, puis vous pourrez renter dans votre pays ensuite’". 

Plusieurs témoignages font effectivement état de l'impossibilité de repartir librement vers Minsk. Les gardes déposent Youssef et ses amis devant les clôtures de barbelés qui séparent la Biélorussie de la Pologne. “Nous ne savions pas où la voiture allait, il faisait sombre. Ils nous ont fait sortir, ont levé la clôture et nous ont dit ‘Partez !’”, se souvient Youssef.

Rendu presque aveugle par les coups reçus au visage, ce père de deux petites filles franchit donc la frontière accroché au sac à dos d’un ami qui le guide dans la forêt. Son ami Houssam n’est pas loin mais, au milieu des dizaines de personnes qui traversent en même temps qu’eux, la végétation est de plus en plus dense. Les amis finissent par se perdre de vue.

"Les Biélorusses prennent tout ce que vous avez"

Saer a, lui aussi a été frappé au moment de passer la frontière. Le jeune homme aux yeux clairs est hébergé au centre d’hébergement polonais de Bialystok. Il dit avoir reçu de très violents coups au thorax, "les soldats biélorusses prennent tout ce que vous avez : votre argent, vos cigarettes et même votre chocolat".

 

Saer a été emmené jusqu'à la frontière lituanienne par des soldats biélorusses. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants
Saer a été emmené jusqu'à la frontière lituanienne par des soldats biélorusses. Crédit : Mehdi Chebil pour InfoMigrants

 

Les bénévoles des associations qui viennent en aide aux exilés dans l’est de la Pologne ont l’habitude de ces récits de violences commises à la frontière. Selon Anna Chmielewska, de la fondation Ocalenie, le phénomène tend même à s’amplifier : "En août, nous ne recevions pas d’informations [à ce sujet]. Cela a commencé en septembre-octobre".

"Certaines personnes ont également été mordues par les chiens des soldats biélorusses", raconte Małgorzata Nowosad, porte-parole de l’association Medicy na granicy (Médecins à la frontière) et chirurgienne de formation.

"Continuons à marcher"

Pendant trois jours, après avoir franchi la frontière, Youssef, son ami au sac à dos et deux autres personnes survivent comme ils peuvent dans la forêt, buvant l’eau des marécages et mangeant quelques morceaux de sucre abandonnés par un groupe passé là avant eux.

>> À lire : "Ils boivent de l'eau souillée" : en Pologne, des migrants terrifiés par les renvois en Biélorussie

"J’avais presque des hallucinations. À chaque fois que l’on faisait une pause, je perdais connaissance. Tout ce dont je me souviens, c’est la voix de mon ami qui me demandait : ‘Youssef, est-ce que ça va ?’. Moi, à chaque fois, je lui répondais : ‘Ca va, continuons à marcher’".

Quand ils finissent pas tomber sur des militaires polonais, Youssef est emmené à l’hôpital. Il est aujourd'hui en convalescence dans le centre d’hébergement de Bialystok, où il a trouvé refuge. L’ami dont il avait tenu le sac à dos pour passer la frontière, lui, est renvoyé en Biélorussie.

Saer, aussi, a connu la faim, la soif et le froid dans la forêt polonaise. Mais avant cela, il a tenté trois fois d’entrer dans le pays. Au cours de ces tentatives, le jeune Syrien a même été emmené par des soldats biélorusses jusqu’à la frontière de Lituanie, voisine de la Pologne. "Nous ne savions pas que nous allions en Lituanie, nous avons vu le réseau changer sur nos téléphones", se souvient-il.

 

Saer (au centre) s'adresse à des médias après avoir contacté une association polonaise d'aide aux exilés. Crédit : Photo: Romain Lemaresquier / RFI
Saer (au centre) s'adresse à des médias après avoir contacté une association polonaise d'aide aux exilés. Crédit : Photo: Romain Lemaresquier / RFI

Sa tentative de passage via la Lituanie est infructueuse. Avec mille précautions pour ne pas se faire remarquer, le jeune homme et ses amis parviennent à revenir à Minsk afin de s’équiper pour faire face au froid.

Quelques jours plus tard, ils retournent à la frontière polonaise, c’est le même ballet qui se répète : la violence, l'organisation du passage par les gardes biélorusses, la peur d'être repéré par les Polonais. Cette nouvelle tentative est la bonne pour Saer. Après des jours dans la forêt, il est arrêté et hospitalisé en Pologne. Aujourd’hui, dans le centre d’hébergement de Bialystok, il s’amuse presque en se remémorant ce manège qui aurait pu lui coûter la vie : "Les Biélorusses ne connaissent que trois mots ‘Go to Poland’".

 

 

Vite dit

06/06/2022 - Archarnement administratif, ca suffit !

« Comment peut-on croire qu'on sera plus heureux en faisant du mal à d'autres ? » (Hervé le Tellier – L'anomalie)

Ce mardi 7 juin 2022, Gideon est convoqué au tribunal judiciaire de Toulouse. Combien de juges a-t-il vu depuis le jour où il a été interpellé au commissariat de Pamiers ?

Au moins 7.

Le 3 mai, ce jeune gabonais de 18 ans, a été placé au centre de rétention de Cornebarrieu pour un vol prévu le 4 mai vers Libreville. Ce placement rendu possible par la loi (Article L 740-1 CESEDA) a été concrétisé par la préfecture de l'Ariège.

Il a refusé d'embarquer car toute sa famille vit en France de manière régulière. Il est scolarisé au lycée de Lavelanet et n'a plus du tout d'attache au Gabon.

Le 5 mai, le juge de la liberté et de la détention (JLD) décide de la prolongation de sa rétention (Article L742-3 CESEDA) permettant ainsi à l'administration d'organiser un nouvel 'éloignement'.

C'est le 27 mai qu'aura lieu cet 'éloignement' mais cette fois avec des techniques coercitives musclées (GTPI). Monté de force dans l'avion, Gidéon sera ligoté et molesté jusqu'au moment où le commandant de bord exigera son débarquement.

Mais s'opposer à son expulsion est un délit. Gidéon passera le soir même devant le procureur en CRPC (Comparution sur Reconnaissance Préalable de Culpabilité) et sera puni d'une peine de prison de 3 mois avec sursis et 5 ans de mise à l'épreuve.

A 100 km de Toulouse, la préfète de l'Ariège reste inflexible : Gidéon doit rester enfermé pour être expulsé.

Le 2 juin, la juge JLD rendra un avis légèrement plus conciliant en lui permettant de rejoindre famille mais en l'obligeant à signer tous les jours au commissariat.

La préfecture de l'Ariège n'a pas apprécié cette décision. Elle a fait appel et l'audience aura lieu ce mardi 7 juin à 9h45 au palais de justice de Toulouse.

Si vous venez à cette audience, vous ne verrez pas le ou la signataire de cet appel. Il ou elle se fera représenter par un ou une porte-parole bien obéissant.e.

On sait qu'un nouveau vol a été demandé par la préfecture et si Gidéon le refuse, il risque cette fois 3 ans d’emprisonnement et une interdiction du territoire de 10 ans.

Depuis ses 18 ans, Gidéon vit sous la menace d'une arrestation, d'une expulsion !

Ce 6 juin, c'est son anniversaire. Il a 19 ans.

 

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