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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Fermez les Centres de Rétention !

Face à la crise sanitaire, l’enfermement administratif des personnes étrangères doit immédiatement cesser

Les Cercle des Voisins du Centre de Rétention de Cornebarrieu a lancé cette pétition adressée à Emmanuel Macron (Président de la République française.)

 

Lire la lettre au Président      Signer la pétition

 

Médiapart | 14 août 2015 | Par RESF

Comme vous le savez si vous avez suivi la mobilisation piréenne de juin et juillet, Temuujin, un enfant de 8 ans, est menacé d’expulsion, avec sa maman Oyuna et son petit frère Tsetsen, tous trois de nationalité mongole.

Temuujin est un ami de mon fils aîné depuis 2 ans, et puisque « cela m’a remué les tripes », je me suis impliqué dans la mobilisation. Aujourd’hui, je ressens le besoin d’exprimer quelques opinions personnelles (donc, qui n’engagent que moi !) sur le sujet… C’est un peu long, désolé, mais on ne peut pas toujours tout faire tenir en deux phrases !

Rappel des faits

Mais auparavant, si vous n’avez pas tout suivi, un petit rappel des faits depuis le début de la mobilisation :

Le lundi 8 juin 2015, nous avons appris qu’Oyuna était convoquée à la gendarmerie le mercredi 10 pour « mise à exécution de la mesure d’éloignement ». Nous avons alors pris quelques renseignements (4 ans de présence en France, à Rennes, Bourgbarré, Piré sur Seiche ; une demande d’asile rejetée ; un titre de séjour accordé pour maladie, puis non renouvelé ; un travail saisonnier chez un producteur de tomates, qui lui propose un nouveau contrat ; Temuujin scolarisé depuis le début ; Tsetsen, né en France, inscrit à l’école pour la rentrée), et logiquement nous nous sommes mobilisés ! Pétition papier et internet, rassemblements, presse, accompagnement à la gendarmerie et pique-nique devant la préfecture.

Cela a permis d’obtenir un geste de la préfecture. Le 10 juin, l’expulsion n’a pas été mise en œuvre. A la place, une nouvelle assignation à résidence de 45 jours a été signifiée à la famille.

Sentant bien que ce délai n’était pas forcément prévu pour réétudier le dossier, mais probablement pour expulser la famille pendant les congés scolaires, nous avons organisé un concert de soutien le 8 juillet, et avons cherché à obtenir le soutien d’élus locaux. Certains sont intervenus plus ou moins directement, plus ou moins discrètement, mais en tout cas nous savons que nous avons eu des soutiens.

Et puis Oyuna a été convoquée à la gendarmerie le 16 juillet, donc nous nous sommes de nouveau mobilisés devant la préfecture puis devant la gendarmerie, mais cette fois lui a été signifiée son expulsion le mercredi 22 juillet à 2h30 du matin. Nous avons organisé un nouveau pique-nique devant la préfecture le mardi 21, et un rassemblement nocturne à l’heure H …

Mais Oyuna a fait le choix de la clandestinité. Elle n’était pas là quand les gendarmes en gilets pare-balle sont venus la chercher…

La disproportion surréaliste

Avant de revenir sur toute l’histoire, je commence par la fin. Mercredi à 2h15 du matin, nous voyons arriver 4 véhicules de gendarmerie. Stationnement rapide et nerveux, sortie des véhicules en claquant les portes. Et voilà onze (oui, onze) gendarmes, en gilets pare-balles ! Mais bon sang, que se passe-t-il ? Eh bien, juste l’expulsion d’une femme de 30 ans et deux enfants de 8 et 3 ans, avec quelques parents d’élèves venus les soutenir. Des parents violents ? Non, des parents qui n’ont jamais fait autre chose que des pique-nique, des rassemblements -même pas sur les routes-, et un concert. Mais alors quoi ? Un risque terroriste ? Je ne vois pas bien où… Le délire, la surenchère… on montre les muscles, « parce que attention, la force publique c’est nous, c’est pas les citoyens, compris ? ». Et oui, c’est comme ça en juillet 2015. On peut vider des camions et des commerces, bloquer des autoroutes, saccager des grilles de préfecture, ou bien encore organiser des rave-party sauvages, sous les yeux de deux gendarmes en polo à manches courtes qui ne disent rien et ne prennent même pas de photos, mais pour une femme et deux enfants à conduire à l’aéroport, il y a onze gilets pare-balle. Logique… vachement proportionné à la situation et au risque. (Ceci étant dit, je trouve assez logique que des agriculteurs soient en colère, à bosser comme des dingues pour ne pas gagner de quoi survivre. Je disais cela juste pour montrer les traitements différenciés des « forces de l’ordre »).

Mais papa, c’est quoi une frontière ?

Tout cela, d’où ça vient ? Les enfants nous ont mis face à l’origine des problèmes de tous les migrants du monde. « Mais papa, pourquoi ils ne peuvent pas rester ? » « Parce qu’ils ne sont pas Français » « Et alors ? Qu’est-ce que ça peut faire ? Le papa de Untel il n’est pas Français non plus, il devra repartir dans son pays ? » « Euh… non ! Parce qu’avec ce pays-là la France n’a plus de frontière. » « Mais papa, c’est quoi une frontière ? »… rrrrrrrrrrrrraaaaaaaaaaa que c’est difficile d’expliquer des choses aussi incroyablement compliquées ! Ils ont raison nos enfants : pourquoi on s’embête avec des histoires de frontières ? Pourquoi on interdit à certains d’aller où ils veulent et pas à d’autres ? Quand établira-t-on une liberté totale de circulation sur la planète ? Voilà qui serait une belle avancée humaine.

J’entends d’ici certains hurler au risque d’envahissement, ou au risque terroriste, ou je ne sais quelle hypothèse surréaliste… Regardez donc les exemples de zones sans frontières : que se passe-t-il en leur sein ? Aux USA, chaque Etat a ses propres lois, mais la liberté de circulation est totale. Est-ce que les Etats pauvres se dépeuplent au profit des Etats riches ? Non. Certes, il y a plus d’habitants à New-York que dans le Minnesota, mais cela ne met pas en péril la vie des New-Yorkais. Certes, quand il y a un incident grave, il y a des migrations (cyclone et inondations à La Nouvelle Orléans, crise économique à Détroit, …), mais quoi de plus naturel que d’aider des populations sinistrées à sauver leur peau ? De même en Europe. La circulation est quasi-libre au sein de l’espace « Schengen ». Est-ce que les pays riches sont envahis par les populations des pays moins riches ? Bien sûr que non ! Parce que toutes les études le montrent : les migrations massives ne sont que le fait de la misère et de la guerre. Quand des gens ont faim ou risquent de mourir, ils bougent. Et aucune frontière ne peut l’empêcher ! D’où les migrations massives en provenance de Syrie, Afghanistan, Erythrée, Soudan, etc. ainsi que des migrations moins massives mais néanmoins réelles, de pays pauvres qui ne sont pas en guerre, dont la Mongolie.

Et donc, ces migrations massives des pays en guerre et/ou dans la misère, vous pensez qu’on ne peut pas les gérer ? Vous pensez qu’on « ne peut pas accueillir toute la misère du monde » ? La France toute seule, non, mais il y a une sacrée marge ! Aujourd’hui, quelques dizaines de milliers de migrants. Imaginons quelques centaines de milliers. Ce ne serait pas possible ? Devrait-on partager la nourriture ? Non, nous en gaspillons 30%... et déjà il y a des gens qui ont faim, car on est trop bête pour la répartir… c’est sûr qu’il faudrait travailler sur ce point, cela nous mettrait face à notre idiotie ! Devrait-on partager l’eau potable ? Non, nous en gaspillons plus de 20% dans les fuites de tuyaux, et il en tombe presque 900 litres au m² chaque année en France. A peu près 15 fois plus que ce que nous consommons en la gaspillant. Notre problème, c’est qu’on ne la capte pas, pas qu’on en manque ! Devrait-on partager le travail, déjà si rare ? Eh bien, autant qu’aujourd’hui ! La quantité de travail à répartir sur les « actifs », elle est proportionnelle à la consommation. Plus on est, plus il y en a ! Donc qu’on soit plus ou moins ne change pas grand-chose au taux de chômage ! Aurait-on un problème de logement ? On en a déjà un ! Mais ce n’est pas par manque de logements ni de surfaces disponibles ! Aujourd’hui 3,8 millions de logements sont vides. Il suffirait d’en réquisitionner seulement 800 000 pour loger correctement tout le monde (cela ferait d’ailleurs baisser les loyers, ce qui ne plairait pas à tout le monde, mais ceci est encore un autre débat…). On pourrait aisément ajouter 100 ou 200 000 logements à la réquisition pour loger de nouveaux habitants, sans forcer et sans consommer de terres agricoles. En bref, on pourrait bien accueillir beaucoup plus de gens qu’aujourd’hui, sans avoir à se serrer la ceinture.

Ce n’est pas comme au Liban, un pays de 4 millions d’habitants, qui accueille sans broncher 1 million de « frères » syriens, en partageant l’eau et la nourriture devenus rares, parce que tout simplement… ce sont des frères ! La fraternité, c’est ça… C’est sans commune mesure avec ce qu’on demanderait à nos bons Français égoïstes…

Mais revenons-en à la migration de quelques familles mongoles, dont celle de Temuujin…

La Mongolie, c’est autre chose que des steppes et des yourtes

Car ce pays, la Mongolie, n’est pas qu’une carte postale avec des steppes, des yaks, et un peuple nomade vivant en yourtes. C’est surtout des bidonvilles, des mines (la principale ressource du pays) déversant comme toutes les mines du monde un flot de boues toxiques (avec arsenic, métaux lourds, etc.) dans les nappes phréatiques et les rivières, causant des troubles majeurs de santé. Voir le reportage du Monde ici : http://www.lemonde.fr/a-la-une/visuel/2014/09/06/mongolie-l-eldorado-n-existe-pas_4464498_3208.html

Et la tradition d’accueil de la France ?

Face à cette situation difficile, les Mongols obtenaient relativement facilement l’asile en France il y a quelques années. Mais voilà, depuis la présidence Sarkozy, les conditions se sont durcies… et le ministère de l’intérieur de Valls a encore durci les choses (la gauche est maintenant plus à droite que la droite sur ce sujet !!). Bref, désormais, terminé l’asile pour les Mongols !

Reste la santé…

Voilà pourquoi en 2011, c’est uniquement pour une raison de santé qu’Oyuna a pu rester un peu. Elle a donc commencé à s’insérer. L’enfant à l’école, un travail pour vivre, et des cours de Français. Puis un deuxième enfant né en France. Je précise pour couper l’herbe sous le pied de certains : donc des cotisations sociales payées, et des impôts puisqu’il y a au minimum la TVA à chaque fois que quelques courses sont faites…

Mais alors, pourquoi ?

C’est là que nous entrons dans le domaine que je maîtrise le moins (même pas du tout !). Je sais juste que le médecin de l’Agence Régionale de Santé a estimé que désormais elle pouvait être soignée en Mongolie. Et peu importe quel est l’accès réel, effectif, aux soins en Mongolie (pas de sécu…). Donc, plus de raison de santé pour rester en France. Donc fin du titre de séjour. Donc Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF en jargon du droit des étrangers). Donc au final, expulsion. Il y a eu des appels, des recours, des passages au tribunal, et nous en arrivons au 8 juin, date où l’on découvre tout cela. Et beaucoup m’ont dit : « mais Tsetsen, il est né en France, donc il est Français ! ». Et bien non, plus depuis Pasqua ! Il faut qu’il atteigne 13 ou 18 ans et qu’il prouve sa présence continue en France ! Le droit du sol est déjà quasiment mort. Il n’y a donc plus besoin de le supprimer, comme Sarkozy le propose depuis qu’il est « revenu »… bref.

Les tripes à l’envers

Depuis le 8 juin, j’ai les tripes retournées. J’ai toujours trouvé dégueulasse de renvoyer des étrangers dans un pays où les conditions de vie sont difficiles. J’ai toujours trouvé idiot d’avoir des frontières, donc des règles incroyablement compliquées pour savoir qui pouvait ou ne pouvait pas les franchir. J’ai toujours trouvé dévastateur de renvoyer des enfants et des familles en train de s’intégrer. Mais là, aujourd’hui, ce n’est plus à la radio ou dans mon journal (je ne regarde plus la télé depuis longtemps !), c’est un ami de mon fils. Je lui dis bonjour presque tous les jours, j’entends parler des jeux dans la cour, des lectures en classe, des blagues faites aux filles, etc. etc. Mais bon sang, on ne peut pas laisser passer cela ! Les tripes à l’envers… Et les tripes à l’envers, cela me donne une énergie étrange, qui me pousse à la lutte sans pouvoir m’en empêcher. L’injustice provoque chez moi la révolte, un devoir d’indignation comme dirait Stéphane Hessel. Notre devoir d’humain, c’est de nous élever contre ce qui est injuste. Nous en sommes là…

Personnellement, je trouve cette situation injuste parce que pour moi on ne devrait interdire à personne d’habiter où il veut. Pour d’autres, cette situation est injuste parce que cette famille fait des efforts d’intégration et travaille. Quelle que soit la façon de voir (universaliste, ou par une distinction entre « bons » et « mauvais » immigrés), c’est impossible d’accepter cette expulsion. PS : je pourrais demander à mon pote Fab de vous refaire le sketch des Inconnus sur les bons et les mauvais chasseurs. J’y pense souvent quand on me parle de bons et de mauvais immigrés ! Bref…

La mobilisation… plus forte qu’espéré !

Alors, chacun avec ses raisons, s’est mobilisé. Cela a donné de beaux rassemblements, de solidarité, d’ouverture à l’autre, de respect des différences, et de tolérance. J’ai été et je suis toujours admiratif de l’élan qui s’est créé autour de cette famille. Je n’imaginais pas que tant de gens à Piré et aux alentours seraient touchés et se sentiraient concernés. Tout d’abord, c’est l’occasion pour moi de remercier tous ceux qui ont fait un geste, petit ou grand, unique ou répété, pour soutenir Oyuna et les enfants. Ensuite, je dois dire qu’au vu des résultats électoraux que j’analyse depuis 10 ans de vie à Piré, je m’étais fait à l’idée d’une terre « de droite », donc alignée sur les thèses « de droite » en matière d’immigration. Alors aux premières heures de la mobilisation, je me disais que ce serait difficile de trouver suffisamment de soutiens. Eh bien heureusement, cela n’est pas si simple qu’une analyse « droite-gauche »!… A l’occasion de ces diverses mobilisations, j’ai rencontré des gens « de droite » sur certains sujets mais très « à gauche » sur d’autres. De quoi nuancer bien des votes… Et puis j’ai vu aussi que même les gens qui assument la notion de frontière et de strict contrôle à l’entrée, considèrent qu’une fois qu’il y a un début d’intégration, il faut arrêter d’embêter les immigrés… On peut ajouter que la « gauche » au pouvoir actuellement est quand même très « à droite » sur de nombreux sujets, en matière d’immigration comme sur tant d’autres. « Avant », la gauche assouplissait les règles, quand la droite les durcissait. Aujourd’hui, la gauche durcit les règles déjà strictes de la droite…

En voilà assez pour briser toutes les frontières idéologiques ! Tiens, une histoire de frontières, encore… brisons-les donc une bonne fois pour toutes, ces frontières !

La loi c’est la loi

On en est arrivé à se révolter contre une situation d’injustice, alors que la loi est respectée. Voilà une sacrée leçon pour nos enfants. On leur apprend à respecter les règles, donc la loi. On leur apprend que ces règles, la loi, sont définies démocratiquement en France (enfin… mais cela est une autre histoire), et que donc il faut respecter ces règles. Et là, on a une situation légale mais complètement injuste. Personnellement j’avais prévu d’expliquer à mes enfants aux alentours de l’adolescence, que parfois il y a des situations « légales mais pas morales » (les copains de Thomson se souviendront…), et qu’on peut alors s’insurger, pour faire changer la règle, et parfois même pour ne pas la respecter… Eh bien voilà, la leçon est désormais faite, à 6 et 8 ans, ils ont compris en un seul jour. Le cadet a même dit à la maîtresse, qui décrivait l’expulsion comme un fait inéluctable, que « nous, on n’est pas d’accord ». Le 9 juin, alors que je disais à un parent que ça pourrait faire un sujet de philo pour le bac « ce qui est légal est-il légitime ? », une enfant de 10 ans a répondu du tac-au-tac : « ben non, la preuve ! ». Nos enfants ont grandi, ont mûri d’un coup. La loi c’est la loi, mais ce n’est pas une boussole. En particulier quand la loi de la République Française ne respecte aucun des 3 piliers de la devise : ni liberté, ni égalité, ni fraternité, dans ce cas précis.

La loi, on l’applique comme ça arrange

Entre le 8 juin et aujourd’hui, on en apprend des choses… Je suis encore très loin de m’y connaitre en matière de « droit des étrangers », mais j’ai déjà découvert que chaque préfecture a une marge de manœuvre pour faire du cas par cas. Officiellement c’est pour prendre en compte des situations personnelles, humaines, voire humanitaires. Mais en pratique, cela semble être pour réguler… réguler des quantités de population par nationalité, éviter des regroupements lorsqu’il y a eu des affaires de délinquance impliquant telle ou telle communauté, faire de la place pour certaines nationalités quand le Président s’est engagé sur la scène internationale mais qu’il ne faut pas que le chiffre total d’immigrés augmente, etc. Je répète que ce que j’écris ici n’engage que moi, et que ce ne sont que des impressions, des suppositions même. Mais bon, de drôles d’impressions tout de même… Comment expliquer que toutes les préfectures n’ont pas les mêmes façons d’appliquer les mêmes règles ? Comment expliquer que les critères soient si différemment appréciés ? Comment expliquer que les chiffres soient maintenus si bas alors que le nombre de situations catastrophiques augmente (Syrie, Afghanistan, Erythrée, Soudan, etc) ?

Des non-dits insupportables

Donc, je sens qu’Oyuna, Temuujin, et Tsetsen sont victimes de phénomènes qui les dépassent. Ce sont toutes ces questions de « régulation » évoquées précédemment, mais aussi probablement des questions liées à leur entourage proche. Je peux le dire ici, puisque Ouest-France a rendu publique l’information. Le papa des enfants, Mongol lui aussi, est en prison. J’entends vos « pourquoi ? ». Mais je ne sais pas ce qu’il a fait, et cela ne m’intéresse pas, même s’il y a des rumeurs à Piré. Du reste, si je le savais je ne le dirai pas. Ce que je sais, c’est qu’Oyuna et les enfants n’ont rien à voir avec cela. De plus Oyuna et lui ne sont pas mariés, et ils ne sont plus « ensemble ». Donc ce sont des situations disjointes. Mais je ne peux m’empêcher de penser que la préfecture expulse probablement la famille pour éviter que le papa ne reste là une fois qu’il sera sorti de prison. Voilà encore une très mauvaise raison d’expulser ! Encore une injustice contre laquelle nous devrions nous insurger, si elle était avérée ! Si un papa fait des bêtises, qu’il aille en prison, ok, mais pourquoi punir les enfants ? Pourquoi leur retirer toute chance d’aller à l’école, de vivre décemment ? Si un papa français fait des bêtises, est-ce qu’on éloigne la maman et les enfants de leur ville ? Evidemment non, on ne condamne pas des gens qui n’ont rien à voir ! Et je pousse plus loin : quand le délinquant « étranger » a purgé sa peine, pourquoi ne peut-il pas vivre où bon lui semble ? S’il fait d’autres bêtises, traduisons-le à nouveau devant un tribunal ! Ne punissons pas les enfants qui n’ont rien demandé !

J’entends aussi qu’en Ille-et-Vilaine, les critères se sont durcis pour les Mongols. Je ne peux m’empêcher de penser au démantèlement récent de réseaux délinquants impliquant des Mongols… Je ne peux m’empêcher de faire un lien, mais j’espère que je me trompe. On ne peut pas imaginer qu’on évite l’arrivée de Mongols parce qu’il y a eu d’autres Mongols délinquants. Non cela doit être impossible. C’est comme si je disais : « il y a des Mongols délinquants, donc tous les Mongols sont suspects ». Incroyable ! Dans cette phrase, si je remplace Mongol par une ethnie ou une religion, cela rappelle des heures sombres de notre histoire, et je crois même que cela est répréhensible par la loi. Donc cela ne peut pas être ainsi dans une préfecture, n’est-ce pas ?

Une sensation de déjà-vu…

Pour revenir à mes tripes, je dois dire que je retrouve des impressions déjà rencontrées. C’était un tout autre contexte, dont on pourrait dire a priori qu’il n’a rien à voir. Mais les tripes, elles, trouvent que c’est pareil ! C’était il y a 5 ans exactement, en 2010, lors de la lutte contre la « restructuration » et le PSE à Thomson. Le même sentiment d’injustice, la même colère qui pousse à lutter « à fond », les mêmes réflexes dans la rédaction de communiqués, dans l’organisation d’actions (sauf qu’on ne peut pas faire grève !), dans les contacts avec la presse, dans les prises de parole en public, etc. La même difficulté à conserver uni un mouvement dont les membres ont des motivations et des souhaits divers… Mais aussi et surtout, la même surdité chez l’autorité décisionnaire, le même décalage insupportable entre ceux qui ont le pouvoir, qui pensent qu’ils ont forcément raison, qui n’imaginent pas un instant pouvoir se tromper, et ceux de la vie réelle, au plus près de la situation concrète, qui croient en leurs convictions, en la force de la démocratie et de la citoyenneté revendiquée.

La révolte, toujours et encore

J’oserais dire, en l’assumant totalement, que même s’il n’y a pas ici de « propriété du capital », on retrouve le même décalage « de classe » entre les possédants (du pouvoir) et le peuple. En me lisant vous pourriez me taxer de communisme primaire… eh bien vous n’auriez pas totalement tort ! Les analyses de Marx et Engels sur le fonctionnement « bourgeois » sont toujours terriblement actuelles. Relisez-les ! Sauf que je ne revendique pas ici la dictature du prolétariat, mais rien de moins qu’un truc de fou : la démocratie ! La démocratie n’existe pas en entreprise, seul le propriétaire décide. Cela s’appelle le capitalisme, et nous vivons dans ce système (on pourrait imaginer un autre système, mais c’est un autre débat). En principe, d’après ce qu’on nous apprend et ce qu’on nous rabâche dans les médias, nous devrions être en démocratie en dehors de l’entreprise. Eh bien moi j’ai ce sentiment étrange que dans le cas présent, le représentant local de la République –le préfet-, ne respecte pas la volonté des habitants de ma commune. Vous pourriez me répondre que la démocratie de la Nation toute entière s’impose à ma petite commune. C’est la fameuse « autorité de l’Etat », formule à l’emporte-pièce qu’on sort quand on n’a plus d’argument ! Mais je vous rétorque sans ciller : avons-nous voté pour cette politique-là en 2012 ? L’autorité de l’Etat ne serait-elle pas plus naturelle, plus saine, mieux acceptée, si elle tenait compte réellement de la volonté du peuple ? Est-ce de l’autorité ou de l’autoritarisme ? Je pourrai parler de politique économique, de politique sociale, des grands projets inutiles comme l’aéroport NDDL, etc etc. C’est partout et toujours la même façon de gérer, éloignée de la volonté du peuple. Mais ne mélangeons pas tout, et revenons à ce qui nous préoccupe ici.

A tout point de vue donc, dans les grands principes comme dans les détails concrets, je retrouve les mêmes sensations qu’en 2010. Les tripes ont de la mémoire… et elles se révoltent encore !

Et donc, maintenant ?

Bon, maintenant que j’ai dit tout cela, je n’ai aucune idée de ce qui peut se passer ou ne pas se passer pour Oyuna et les enfants. Je pourrai tenter de lister les possibilités juridico-administratives, ou même les alternatives illégales comme ce qu’elle vit actuellement. A coup sûr je me tromperai, car je ne connais pas assez le « droit des étrangers ». De plus, permettez-moi de ne pas m’immiscer là-dedans ni dans les choix d’Oyuna…

Respectons ses choix

Depuis la dernière convocation à la gendarmerie, j’entends certaines personnes comparer les situations, échafauder des plans et des stratégies, faire des suppositions sur les « pensées » des fonctionnaires préfectoraux, tout cela pour tenter de voir ce qui serait mieux pour la famille. Je me permets de leur dire amicalement que cela ne sert à rien… D’abord, parce qu’une avocate et (au moins) une association suit la famille. Sur le plan juridico-administratif, laissons faire les professionnels et les spécialistes. Nous ne serons pas meilleurs qu’eux. A eux le juridique et l’administratif, à nous le soutien et la mobilisation. Ensuite, parce que nous ne sommes pas à la place d’Oyuna. Nous ne savons pas ce qu’est la vie en Mongolie, ni quelle est son histoire personnelle, ni qui sont ses amis, ni où ils sont, etc. Nous ne ferons jamais de meilleur choix qu’elle. Enfin, il faut aussi être compréhensif quand elle semble longue à faire un choix. Ce doit être incroyablement difficile de faire des choix sous la menace d’une expulsion, ou comme aujourd’hui dans une situation clandestine. Elle vit avec un pistolet sur la tempe, sous la peur des gendarmes, qui utilisent des moyens surréalistes. Elle est acculée à choisir entre des solutions toutes mauvaises (la misère ou la clandestinité). Forcément, c’est difficile. Elle a du mérite de ne pas craquer, de continuer à assumer… on aurait tous du mal dans cette situation, c’est évident…

Toujours là

Donc, personnellement, je veux dire à Oyuna, comme à vous tous, et aussi à la préfecture et aux forces de « l’ordre », que je suis et serai toujours là pour aider la famille. Cet été s’il le faut, à la rentrée, après la rentrée, dans un an, ou n’importe quand. Je serai là parce que…

Parce que je conteste toujours cette volonté d’expulser des étrangers, cette politique du chiffre, cette chasse démagogique aux migrants et aux étrangers, cette course idéologique derrière l’extrême droite alors même que cela ne fait pas revenir ses électeurs, et plus généralement tout ce fatras inextricable de règles basées sur la notion de frontière ;

Parce que, quoi qu’on pense de cette politique en matière d’immigration, la famille dont on parle s’intègre parmi nous à Piré, et personne ne s’en plaint ;

Parce qu’on ne peut pas à la fois dire à des gens « intégrez-vous », et leur dire au bout de 4 ans qu’ils le font, « partez ! » ;

Parce que Temuujin et Tsetsen ont droit à la scolarisation et à un avenir décent comme mes propres enfants ;

Parce qu’Oyuna a des (oui, des !) propositions de travail (au passage, du travail que les « bons français » ne veulent pas faire… mais c’est encore un autre sujet…), parce qu’elle a cotisé, parce qu’elle le pourrait à nouveau, parce qu’elle paye chaque jour des impôts comme nous tous ;

Parce qu’Oyuna prend des cours de Français, a surtout un problème de timidité pour progresser à l’oral, et que la timidité ne peut être un motif d’expulsion, et parce qu’on n’apprend pas tous à la même vitesse ;

Parce qu’il serait indécent et scandaleux de lier sa situation à celle de compatriotes délinquants et même à celle de son ex-conjoint.

Parce que certains ne devraient pas oublier comment leurs parents ou eux-mêmes sont entrés en France, ni dans quelle langue sonne leur nom. C’est tout de même un comble que ce soient des enfants d’immigrés (suivez mon regard), et même des immigrés (suivez mon deuxième regard) qui définissent et appliquent une politique aussi dure en matière d’immigration…

Parce que les grands Hommes « issus de l’immigration » sont nombreux, et que Temuujin et Tsetsen sont peut-être de prochains grands scientifiques, artistes, préfets ou ministres, ou tout simplement d’honnêtes hommes, aussi méritants que chacun d’entre nous…

Parce que quelle que soit la situation d’Oyuna vis-à-vis du droit, quels que soient ses choix de vie, je resterai solidaire, fraternel au sens de la Fraternité de notre devise Républicaine.

Parce que j’ai les tripes à l’envers…

Dany Hulot

RESF 35

Vite dit

Désespoir

 18/10/2020 - Bienvenue en France, pays du mépris et de l'indignité

Il habite en Haute-Loire, il s'est fait interpeller pour non-port du masque et se retrouve enfermé au centre de rétention de Cornebarrieu. Libéré par le juge 48h après son arrivée, les policiers en charge de la surveillance du centre ouvrent les grilles du centre de rétention, appliquant ainsi la décision judiciaire. Passé les grilles, ce n'est plus leur problème ! Comme beaucoup d'autres personnes enfermées là, cet homme n'a pas d'argent pour repartir chez lui, la batterie de son téléphone est proche de 0% et il ne connaît personne dans la région.

Mais cet homme là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres retenus du centre. C'est ce qui a amené un policier de la Police de l'Air et des Frontières (PAF), ce samedi là et dès l'annonce de la décision du juge au palais de justice, à s'approcher d'un membre du Cercle des Voisins auquel on avait interdit d'assister à l'audience, pour l'informer de cette libération et lui demander de l'aide.

Car ce retenu là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres prisonniers du centre. Ce qu'il a de plus c'est une paire de béquilles, ce qu'il a de moins c'est une jambe ! Pour le reste, il est semblable à tous ceux et celles qui passent dans ce camp.

Nous prenons acte de ce geste d'humanité de la part du policier qui a pris conscience de la fragilité de la personne libérée  mais nous continuons de dénoncer la talentueuse application de l'administration française à maltraiter ceux et celles qui demandent à être régularisés. Nos dirigeants sont à même de déployer des moyens exorbitants pour enfermer des personnes que, lorsqu'elles sont libérées par décision de justice, ils mettent à la rue comme des chiens. Avec une durée d'enfermement de plus en plus longue (jusqu'à 3 mois), quasiment systématique et sans discernement des pathologies physiques et mentales des personnes, l’État français démontre un comportement irresponsable et xénophobe.

Les expulsions sont souvent violentes mais les libérations par décisions de justice ou préfectorales  peuvent aussi l'être quand sont libérées des personnes vulnérables. D'autant que ces centres d'enfermement continuent de fonctionner en cette période de fermeture des frontières et de pandémie, devenant ainsi de nouveaux foyers épidémiques. D'autres policiers sont-ils prêts à aborder cette question avec nous ?

 

 

 

Désespoir
 21/6/2020 - Qui a jeté Tatiana à la rue ? ou Chronique du mépris ordinaire

Tatiana, jeune russe, aux activités malheureusement habituelles sur la Canebière, s'est faite arrêter par la police cannoise. Dans sa « tenue de plage », elle est transférée à la Police aux Frontières à Nice pour un longue garde à vue. L'Obligation de Quitter le Territoire Français tombe et la rétention est demandée par le Préfet des Alpes-Maritimes. Tatiana, toujours dans sa tenue très légère, est transférée en voiture à 580 km de la Promenade des Anglais.
Dans cette tenue de plage, la très jeune femme passera 48 heures au centre de rétention de Cornebarrieu en Haute-Garonne sans que des policiers ou des agents de l’OFII chargé d'accompagner les retenus ne lui trouvent de quoi se vêtir. Elle est présentée samedi 20 juin devant un juge en visio-conférence qui ordonne sa libération. A 18h30, le jour même , Tatiana , toujours dans la même tenue , est jetée à la rue devant le CRA de Cornebarrieu, sans argent, sans téléphone.
Merci les Pousses-aux-Crimes !
Tatiana erre pendant 24 h autour de l'aéroport de Blagnac avant que deux bénévoles du Cercle des Voisins la prennent en charge et la mettent à l'abri.

 

 

Désespoir

17/4/2020 - COVID-19 : CRA zone de non droit - agissons pour leur fermeture

Comme certains autres centres de rétention, le CRA de Toulouse-Cornebarrieu n'est toujours pas vide et ne le sera sans doute jamais car il semble servir de déversoir pour les préfets qui continuent de délivrer des Ordres de Quitter le Territoire Français, ordre absurde s'il en est vu la fermeture actuelle des frontières.
Les centres de rétention sont des zones où il est difficile de savoir réellement ce qui s'y passe. C'est ce qui avait déjà été dénoncé en 2012 pendant la campagne inter-associative 'Ouvrez les portes, on a le droit de savoir' avec Migreurop, Alternatives européennes et Reporters sans frontières auquel le Cercle des Voisins avait participé http://www.migreurop.org/article2106.html
Ces espaces fermés et surveillés par la police sont d'autant plus effrayants pendant cette période de confinement que toute visite devient maintenant impossible.
Les associations d'aide juridique se sont retirées( la Cimade pour le CRA de Cornebarrieu), l'agent de l'Office Francais de l'Immigration et de l'Intégration (OFII ) ne montre son nez que quelques heures par semaine mais son aide se résume à permettre 2 appels téléphoniques aux retenus qui le demandent. Pas de retrait d'argent impossible car selon eux les bureaux de poste sont fermés. Or sans argent, comment acheter des cigarettes, des cartes de téléphone...

Samedi 11 avril, le centre comptait 3 retenus et ce jeudi 16 avril, 5 hommes et une femme y sont maintenant enfermés. Les portes ne semblent s'ouvrir que dans un seul sens !
Le centre de Cornebarrieu compte 3 secteurs hommes, un secteur femme et un secteur famille. Dans chaque secteur, il y a un téléphone public où il est normalement possible de joindre les retenus depuis l'extérieur.
Les 5 hommes sont tous rassemblés au secteur D mais c'est le seul dans lequel il est impossible de les joindre car le téléphone est hors service.
Les retenus ont demandé à changer de secteur mais cela leur a été refusé.

L'un deux est au centre depuis 45 jours (en provenance de Lyon), un autre depuis 21 jours, deux autres sont arrivées plus récemment (le 13/04 après un contrôle à Perpignan et un autre ce jeudi 16 avril).
Une jeune femme arrivée dans le centre il y a 3 jours se retrouve complètement isolée dans son secteur. Elle a 19 ans. Elle ne mange pas.
Et bien sûr, pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, un peit savon
Vous qui êtes français et pendant ce confinement, vous avez du expérimenter une ou plusieurs fois des contrôles policiers visant à vérifier votre attestation de déplacement. Vous avez peut-être tester l'arbitraire de certains contrôles comme ce qui est décrit dans cet article
https://www.bastamag.net/attestation-controle-deplacement-PV-amendes-violences-policieres-confinement-covid
Imaginez ce que peut-être l'arbitraire policier quand vous le subissez 24h/24 dans un centre fermé ! La parole du prisonnier.e ou du "retenu.e" (euphémisme utilisé par l'administration) a -t-elle la même valeur que celle de l’homme ou de la femme en uniforme ?
https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/l-inegalite-des-vies-en-temps-d-epidemie_1782169

Les audiences devant le juge des libertés où nous nous avions l'habitude de nous poster en tant qu'observateur nous sont maintenant inaccessibles. Elles fonctionnent par visio-conférence. Aucune présence citoyenne donc.
Joint sur son propre téléphone, un homme nous dit que les policiers les menacent s'ils évoquent les conditions de leur rétention pendant l'audience.Lui-même a été malade, fiévreux, avait du mal a respirer et a appelé les services d'urgence avec son propre téléphone. C'est un homme en veste rouge de la société ONET qui est venu et a estimé qu'il simulait. Il a ensuite subi la répression policière. Il a été frappé et mis à l'isolement.

Mais les policiers semblent aussi se donner du bon temps avec grillades et bières au menu dans la cour du CRA. Peut-être que les journalistes pourraient aller y faire un tour au moment des repas pour vérifier la fumée.
Mas d'autres distractions policières sont encore moins amusantes et pourraient faire l'objet d'une enquête, comme dire à un retenu de rassembler ses affaires car il est libérable et le traiter de mongole quand il se présente avec son sac, avec ordre de regagner sa cellule.

 

Désespoir

15/4/2020 - Coronavirus et manifestation au CRA du Mesnil-Amelot : le choix de la répression

Ce mardi 14 avril, Christophe Castaner était l'invité du grand entretien sur France Inter. A une question sur la régularisation des sans-papiers, comme l'a fait le Portugal, le ministre de l'intérieur répond: "Si l'on regarde bien ce qu’a fait le Portugal, on s’aperçoit que nous avons le même dispositif, et que nous l’avons même fait avant le Portugal. Là-bas, il s’agit d’une régularisation temporaire de personnes arrivées avant le 18 mars. Nous, nous avons mis ça en place de façon systématique et pour tout le monde : nous n’avons pas besoin de prendre des mesures temporaires parce que les soins urgents sont assurés pour tous. S’agissant des situations administratives, nous avons prolongé de 90 jours tous les titres. Pour faire simple : nous avons fait comme le Portugal, mais avant le Portugal."

Aucune réaction des journalistes Léa Salamé et Nicolas Demorand !

Désespoir

Monsieur Castaner et ses interlocuteurs ne peuvent pourtant pas ignorer ce qu'a déclaré Adeline Hazan, le contrôleure des lieux de privation de liberté le 11 avril sur cette même radio.

"Aucun plan n’avait été envisagé pour faire face aux conséquences d’une épidémie en prison"
Ce même 11 avril, Monsieur Castaner ne pouvait pas ignorer que les prisonniers du CRA du Mesnil-Amelot en grève de la faim pour réclamer leur liberté ont été durement réprimés ce même 11 avril. C'est lui qui a donné l'ordre aux CRS de mater la rébellion.
C'est encore lui qui a autorisé le transfert de ces hommes dans d'autres centres de rétention (Lille, Rouen).

Alors, cessez de mentir Monsieur Castaner : La France n'a pas régularisé les sans-papiers comme l'a fait le Portugal.
Cessez de participer à la propagande gouvernementale, messieurs les journalistes!

 

 

 

Désespoir20/1/2020 - Eux c'est Nous et tout ce qui est humain est notre !
Je souffre devant tant de malheurs et d'injustices. Il faut que je parle, que j'écrive ma colère :
Un jour, en visite au CRA (Centre de Rétention Administrative) il m'a été répondu que le CRA n'était pas un hôtel : que le retenu ne pouvait pas choisir sa chambre, ni son voisin de lit, ni son repas !
Non seulement le retenu est arbitrairement privé de liberté et c'est scandaleux, mais en plus il est jugé de façon inégale, mais en plus il n'a pas droit à la même défense, mais en plus il ne trouve pas autour de lui autant de sollicitude et d'attention qu'il en aurait besoin !!!
Et oui, au CRA on ne peut pas avoir sa valise de fringues avec soi, au CRA on n'a pas forcément l'eau chaude, au CRA on n'a pas assez de couvertures, au CRA on est en souffrance, au CRA on doit subir l'autorité violente de la police et on est INNOCENT.
C'est une prison plus violente que la prison parce qu'on est innocent.
Pas de médecin sans frontière pour défendre MR N., malade, qui va être expulsé vers le pays qu'il fuit ;
Pas d'avocat sans frontière pour Mme M., qui a eu l'audace de traverser une rue pour se faire coiffer et écope de 5 mois d'emprisonnement en France alors qu'elle travaillait depuis plus de 2 ans en Suisse, sans avoir subi aucun contrôle,
Pas de défenseur sans frontière des droits de l'homme pour D., 21 ans, le sourire aux lèvres, qui après avoir été prisonnier 90 jours en Lybie, sera 60 jours prisonnier en France avant de prendre un avion pour l'Italie !
J'espère que H., que nous avons vu ce matin retrouve la liberté cet après-midi ; il est en plein désarroi, abasourdi par ce qui lui est arrivé et par les conséquences qui en découlent sur sa famille .
Cependant :
Eux c'est Nous et tout ce qui est humain est notre !

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20/11/2019 - Gouverner, c’est créer des numéros verts
Le gouvernement a trouvé la méthode universelle pour résoudre les problèmes d'accès aux services publics : créer un numéro d’appel.

Vous êtes un étudiant précaire qui n’arrive plus à s’en sortir ? La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal a annoncé la création d'un numéro d'appel afin de mettre en relation les étudiants en difficulté financière avec une assistante sociale qui pourra … les informer.

Les urgences sont saturées ? La ministre de la Santé, Agnès Buzyn a annoncé la création d’un « numéro unique d'accès aux soins » qui vous aiguillera très certainement vers … les urgences.

Des soupçons de radicalisation ? Appelez le 0 800 005 696, vous pourrez y dénoncer votre voisin barbu ou votre voisine voilée comme vous y a invité le président de la République.

Vous êtes réfugié et vous voulez déposer une demande d’asile ? Fini les longues files d’attente, vous pouvez désormais appeler une plateforme téléphonique de prise de rendez-vous (appel payant). Celle-ci est saturée et vous raccroche au nez 45 minutes et 5 euros plus tard ? Renouvelez votre appel (et payez) autant de fois que nécessaire (voir ici). Vous n’avez pu obtenir de rendez-vous dans les délais (raccourcis par la loi Asile et Immigration) ? Dommage, vous êtes désormais en situation irrégulière et vous serez expulsé car vous n’avez « plus rien à faire là » comme dit le président de la République.

Il fut un temps où les services publics fonctionnaient correctement. Après des années de coupes budgétaires pour compenser les baisses d’impôts pour les grandes entreprises et les plus fortunés, les dysfonctionnements se multiplient alors que les besoins augmentent en raison d’une plus grande précarité.

La solution serait-elle de redonner des moyens aux services publics et de prendre des mesures pour réduire la précarité ? Non, vous n’y êtes pas du tout. La solution, c’est de créer un numéro d’appel en amont des services publics déficients pour vous faire patienter. A moins que ce ne soit pour vous faire comprendre comment vous en passer.

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22/10/2019 - C'est l'histoire d'une famille, et plus particulièrement d'un papa qui n'a pas les papiers pour vivre sur le territoire français. C'est surtout  l'image de notre société, de notre façon de vivre, de notre indifférence qui est évoquée ici.  "Ici",  c'est le palais de justice de Toulouse, mais ce pourrait être celui de Nantes ou de Paris,  puisque les récits entendus sont similaires. Le début de la mésaventure de ce papa se situe à proximité d'un centre commercial, et plus précisément à côté du conteneur poubelle, l'endroit où sont jetés les produits périmés invendables.  Endroit convoité par tous les sans droits de nos sociétés. Endroit choisi par la police pour guetter ceux qui oseraient " voler" les déchets et les invendus divers.  Ce papa n'a pas été pris la main dans la poubelle, on l'a juste suspecté de vouloir le faire.  Pour cela il a été interpellé, arrêté, incarcéré en centre de rétention, séparé de sa femme et de ses 4 enfants. Heureusement, le juge aujourd'hui a décidé de le remettre en liberté suite à des irrégularités de procédure.
Quoi qu'il en soit, la réalité reste: nous vivons dans un monde de bêtes féroces où ceux qui peuvent consomment aveuglément et sans limites laissant les autres à la rue, avec comme seule pitance les déchets des poubell
es, qui de surcroit leur sont interdits.

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23/9/2019 - D’où viennent les « migrants économiques » ?
(Citation extraite d’un article de Toni Morrison publié en mars 2015 par l’hebdomadaire The Nation)

"Pendant la majeure partie des cinq derniers siècles, l’Afrique a été considérée comme pauvre, désespérément pauvre, en dépit du fait qu’elle est outrageusement riche en pétrole, or, diamants, métaux précieux, etc. Mais comme ces richesses n’appartiennent pas en grande partie à ceux qui y ont vécu toute leur vie, elles sont restées dans l’esprit de l’Occident dignes de dédain, de douleur et, bien sûr, de pillage. Nous oublions parfois que le colonialisme était et est toujours une guerre, une guerre pour contrôler et posséder les ressources d’un autre pays, c’est-à-dire l’argent. Nous pouvons aussi nous leurrer en pensant que nos efforts pour « civiliser » ou « pacifier » d’autres pays ne sont pas une question d’argent. L’esclavage a toujours été une question d’argent: du travail gratuit produisant de l’argent pour les propriétaires et les industries. Les « travailleurs pauvres » et les « pauvres sans emploi » contemporains sont comme les richesses dormantes de « l’Afrique coloniale la plus sombre » – disponibles pour le vol des salaires et le recel des biens, et appartenant à des entreprises métastatiques qui étouffent les voix dissidentes."

À la lumière de ce texte, qui décrit une réalité incontestable, qui peut dès lors prétendre être surpris que des milliers de personnes décident d'abandonner leurs vies, leurs familles, leur histoire pour chercher une vie meilleure ailleurs?
Qui peut dès lors, la main sur le cœur, prétendre que c'est nous, les pays du "premier monde", qui sommes "injustement envahis" par des hordes de "profiteurs parasites" alors que seule une toute petite partie de ces exilé.e.s s'installent dans nos pays?
Qui peut dès lors leur refuser le droit de chercher une vie meilleure, dont nous les avons privés dans leurs propres pays?

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Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

FB IMG 1602173167488On marche vers l’Élysée !

Des sans-papiers marcheront à partir du 19 septembre des quatre coins du pays pour atteindre Paris en une grande manifestation le samedi 17 octobre.

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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