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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Le Monde | 09.09.2015 | Par Marion Van Renterghem

Les villageois ont appris la chose en ouvrant leur boîte aux lettres, un jour de mai 2014. Un courrier de leur maire, Joachim Mertes, commençait par cette phrase étonnante, entre prêche religieux et constat politique : « Maintenant, la misère du monde nous a rejoints. » Et puis cette annonce : « Cinq jeunes hommes d’Egypte et de Syrie vont s’installer en tant que réfugiés dans notre village de Buch, où nous disposons de logements vacants. Ils sont les bienvenus. » Les habitants de la petite bourgade allemande étaient conviés dans la salle des fêtes, le jeudi suivant, pour de plus amples informations.

Ils sont aujourd’hui seize réfugiés à Buch, commune de 1 000 habitants, venus d’Erythrée, de République centrafricaine et du Kosovo

Un léger vent d’émotion a soufflé, bien que l’émotion ne soit pas bruyante dans ce village paisible où personne ne sort flâner. Buch : 1 000 habitants, sa mairie, son église, son charcutier, son boulanger, son coiffeur, sa brasserie et c’est tout. Une grande rue en lacets, quelques autres adjacentes, de grosses maisons rustiques et colorées avec jardin. Des fermes, des champs, des poules, des vaches. Un coin perdu à une heure ou deux de route de Coblence, de Ludwigshafen, de Francfort ou de Mayence, la capitale. Tout autour, le joli paysage rural de Rhénanie-Palatinat, ce Land frontalier de la France, de la Belgique et du Luxembourg, célèbre pour ses vignobles, ses bords de Rhin, son industrie chimique et les quelques « people » qui y virent le jour : Johannes Gutenberg, Karl Marx, Helmut Kohl et Valéry Giscard d’Estaing.

« Aujourd’hui, l’Allemagne, c’est l’Egypte biblique »

Joachim Mertes, bon vivant au rire sonore et à la silhouette conforme, est un pilier local du Parti social-démocrate (SPD) et le président du Parlement de Rhénanie-Palatinat. En vieux routier de la politique, il sait trouver les mots pour plaire et dans cette partie du Land, les mots qui plaisent sont catholiques. L’église n’attire plus qu’une cinquantaine de fidèles le dimanche, mais à quelques exceptions près, chacun continue à s’y marier et à y faire baptiser ses enfants. Le maire non plus n’est pas très assidu en matière spirituelle. Mais ce jeudi 22 mai, il cite la Bible et parle comme un curé.

« La situation peut vous sembler nouvelle, mais elle ne l’est pas, dit-il devant les quelques dizaines de villageois venus l’écouter. De tout temps, la fuite et l’expulsion ont été les conséquences de la violence. » Il raconte l’histoire du cruel roi Hérode et de l’ange qui apparaît en songe à Joseph. Sans que personne ne s’en étonne, le maire récite solennellement l’Evangile selon Matthieu : « Lève-toi, dit l’ange, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Egypte, et restes-y jusqu’à ce que je te parle ; car Hérode cherchera le petit enfant pour le faire périr. » Voilà, conclut-il, « c’était il y a deux mille ans et aujourd’hui l’Allemagne, c’est l’Egypte. Nous, à Buch, nous devons accueillir ceux qui doivent fuir le roi Hérode. Nous montrerons que l’humanité et l’aide du prochain font partie des valeurs européennes que sont la démocratie, la liberté et la solidarité. Nous souhaitons la bienvenue à nos hôtes. »

Tout le monde applaudit. Ceux qui n’approuvent pas l’initiative n’osent pas le dire tout haut : c’est gagné. « Ce n’était pas forcément facile pour les gens, observe Joachim Mertes, mais je savais que des chrétiens ne pouvaient qu’être réceptifs à un appel à l’humanité. Un discours politique, c’est comme une mélodie : ça dépend de la première note. Si les gens ne sont pas concernés, c’est fichu. Si on leur dit quelque chose qui leur rappelle leur éducation, ça résonne en eux. » Il s’approche et nous chuchote à l’oreille, avec l’air de celui qui a réussi son coup : « On peut le faire car on est un pays catholique… il n’y a pas la laïcité comme en France ! » Content de son effet, il part dans un bon gros rire.

« Je me demandais ce qu’ils attendraient de moi, comment ils se comporteraient, comment on vivrait ensemble. La peur de l’inconnu, quoi »

« Je reconnais que j’ai eu peur des réfugiés », dit l’énergique Birgit Wagner, présidente du conseil paroissial. Elle n’a certes écouté que son devoir mais, il faut bien le dire, sans s’en trouver follement enthousiaste. « Je me demandais ce qu’ils attendraient de moi, comment ils se comporteraient, comment on vivrait ensemble. La peur de l’inconnu, quoi. » Birgit passe maintenant ses journées à aider sans compter les réfugiés, pour ne caser son métier d’infirmière que dans le temps qui lui reste la nuit. Elle les appelle « nos enfants ».

Le village se mobilise. « Ils viennent de pays très chauds, ils vont avoir froid ! » Des montagnes de vêtements sont collectées. On vide les placards, on trie les ustensiles de cuisine, on va au garage chercher des meubles et des vieux jouets. Le club de football déniche des tenues de sport et des ballons. On se cotise pour acheter aux réfugiés des bicyclettes, car dans ce trou perdu de Buch, à part pour le pain et les saucisses, il faut faire les courses à quatre kilomètres de là, à Kastellaun, « la grande ville » de 5 000 habitants. C’est là que se trouvent les médecins, les pharmacies et surtout le supermarché Rewe, haut lieu de distraction et de retrouvailles.

Rescapés des pires épreuves de la vie

Ils arrivent. Cinq jeunes garçons d’Egypte et de Syrie, comme l’annonçait le maire. Le bourg a loué une maison pour les héberger. Les volontaires sont aux petits soins pour leur donner des cours d’allemand, les guider dans leur processus de demande d’asile, les amener chez le médecin. D’autres se contentent de leur sourire en les croisant chez le charcutier et font avec fierté le récit de leur bonne action quand ils en ont pris un en auto-stop.

Il y a des couacs : normal, c’est le début. La collecte des vêtements et des objets connaît un énorme succès mais personne n’a pensé à l’organisation et au stockage. Les dons en trop grand nombre finissent abandonnés un peu partout. Une villageoise tombe sur une page Facebook où deux des réfugiés posent en photo derrière des tas de billets de banque, gagnés on ne sait comment. Une autre fois, l’un des garçons prend mal de se voir donner des ordres, surtout par une femme, sur le tri sélectif des ordures : « Je t’explique, lui dit-elle, ici, on ne met pas le plastique et les déchets dans la même poubelle… »

Cette autorité pédagogique n’a pas plu au jeune Egyptien. Une mise au point a été nécessaire, raconte Joachim Mertes : « Ici, il n’y a pas une sœur, une mère ou une grand-mère qui va nettoyer pour toi, tu dois le faire toi-même. » Un fonctionnaire du Land le résume encore mieux, en français avec un bel accent allemand : « Il a vallu leur expliguer gue chez nous, c’est auzi les nanas qui dézident ! »

Les groupes suivants se sont intégrés à Buch avec plus d’harmonie. « On a fait des progrès depuis le premier », reconnaît Birgit. Ils sont aujourd’hui seize réfugiés à Buch, venus d’Erythrée, de République centrafricaine et du Kosovo, rescapés des pires épreuves de la vie, le regard lourd de ce qu’ils ont vu et traversé, les passeurs véreux, les gangsters, les parents massacrés, une sœur violée et torturée à mort sous leurs yeux.

Une famille syrienne s’est aussi installée à Buch. Un habitant du village, Werner Link, un infirmier à la retraite de 63 ans, veuf et père de deux enfants, a écrit aux autorités administratives du Land pour les informer qu’il avait la possibilité de ne pas habiter sa maison et qu’il la mettait gratuitement à disposition de réfugiés de guerre. « C’est la moindre des choses », dit-il simplement. Le sort a désigné pour l’habiter une famille de Damas, victimes ordinaires de la barbarie : un conducteur de poids lourds sunnite, sa femme chiite, leurs cinq filles et un gendre. Leur maison a été détruite par les bombes, des cousins sont morts à leurs côtés. L’une des filles, Sara, 18 ans, porte encore les blessures de la balle qui a traversé son flanc. Ils sont passés par un camp de réfugiés au Liban, ont pu prendre l’avion jusqu’en Allemagne sous protection de l’ONU, puis des bus. En juin 2014, ils sont arrivés à Buch. Angoissés, timides, sans dire un mot.

« Ils nous apportent beaucoup »

Buch est l’un des villages d’Allemagne qui accueille le plus de réfugiés proportionnellement à la population, et la Rhénanie-Palatinat le Land qui compte le plus de volontaires pour les réfugiés : 41 %. La situation frontalière favorisait l’ouverture au monde, la présence des réfugiés bouleverse les mentalités. « Ils nous apportent beaucoup, note le jeune maire conservateur, Tobias Vogt (CDU), élu il y a un an à la suite de Joachim Mertes qui, après trente années de service, a passé la main. On s’occupe d’eux, ils créent du lien, les villageois se parlent plus qu’avant, c’est extraordinaire. »

Fracassés, seuls et loin de chez eux, les réfugiés gardent leur regard triste. La gentillesse exceptionnelle de Werner Link et des habitants de Buch ne suffit pas. Les jeunes s’adaptent, les parents tournent en rond. Abd Al-Karim, le père, voudrait exercer son métier de conducteur de camions, mais son permis de conduire syrien n’est pas valable ici. Il doit le repasser, mais comment faire à 45 ans, sans maîtriser l’allemand ? Il prend des cours depuis plus d’un an, en vain. « Il ne parlera jamais assez bien la langue pour pouvoir conduire », dit son gendre qui, lui, a appris l’anglais et l’allemand à grande vitesse.

La famille vient de quitter la maison de Buch pour louer un quatre-pièces à Kastellaun, où, au moins, tout est à proximité. Werner Link et leurs voisins de Buch passent les voir, les volontaires s’activent pour eux, mais ils dépriment. « En Syrie, c’est plus facile quand on ne travaille pas, dit Abd Al-Karim. Tu vas dans la rue, tu discutes, tout le monde prend un thé chez tout le monde… »

Il dit aussi : « Si on avait eu le choix, on aurait préféré aller dans un pays islamique. » La mosquée la plus proche est à 20 kilomètres. Le silence des rues de Buch, le froid de l’automne qui s’annonce, les cigarettes qu’il ne peut pas fumer dans les cafés le plongent dans la mélancolie. Il ne comprend pas les codes. Sa fille Sara, le visage cerné par un foulard au motif panthère, dit d’un air joyeux qu’elle aimerait être hôtesse de l’air. Abd Al-Karim, lui, ne pense qu’à « rentrer chez [eux] ». Buch et la généreuse Allemagne ne peuvent rien à son chagrin. Le regard rivé sur la télévision syrienne, il attend la chute de Bachar Al-Assad.

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Vite dit

17/5/2018 - Boite postale trop petite ? - Un morceau d’anthologie lors d'une audience du JLD étrangers, auxquelles nous assurons une permanence citoyenne, lorsqu’est évoquée une assignation à résidence... à une boite postale. Cela concernait l'épouse d'un retenu et son enfant, mais sans que l'assignation n'ait été envisagée pour le retenu lui-même.

Est-ce la boite postale qui était trop petite pour héberger toute la famille, ou est-ce l'administration, débordée par une machine de chasse aux étrangers qui n'a même plus le temps d'une seconde de pause pour réfléchir à ce qu'elle fait ?

Pour celle-ci et plusieurs autres irrégularités, la juge à décidé de libérer le retenu, mais il avait déjà passé plusieurs jours en rétention.

La liberté des êtres humains a perdu à tel point de l'importance aux yeux de nos dirigeants que la privation de liberté ressemble plus à un jeu de roulette qu'à de la justice.
Faites vos jeux !  Vous perdrez de toute façon.

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10/05/2018 - Des juges ou des magiciens ? Avant un procès au JLD, la préfecture prépare un dossier contenant tous les éléments en sa possession pour justifier un maintien en rétention, puis elle le dépose au tribunal, et une copie est envoyée à l'avocate du retenu pour lui permettre de préparer sa défense. L'avocate constate que le dossier manque des pièces importantes, ce qui normalement devrait rendre la procédure irrégulière, mais c'est sans compter avec la magie du tribunal.
En effet, en soulevant cette irrégularité devant le juge l'avocate se voit opposer une fin de non-recevoir, le juge, avec la préfecture, lui disent que les pièces sont bel et bien dans le dossier ! Magie !!
Magie ?! Je n'y crois pas plus que vous, l'avocate non plus et elle insiste sur ce que les pièces ne sont effectivement pas dans le dossier.
Il est évident que soit les pièces manquantes n'ont pas été délivrées, soit la préfecture les a délivrées tardivement avant l'audience et ont été ajoutées au dossier par le tribunal, en "négligeant" d'informer l'avocate. Vous l'avez compris, cette procédure est aussi irrégulière, et il ne s'agit pas d'un cas isolé !
Alors, magie ou connivence ?

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Parler de manque compréhension, d'humanité, de compassion... ça ne vaut plus la peine, je ne me fais plus aucune illusion, par contre, des cas où les juges valident des irrégularités de procédure de l'administration sont de plus en plus nombreux, allant jusqu'à des juges qui s'appuient justement sur le fait que cela arrive tout le temps et partout pour les justifier : la récidive en tant que circonstance atténuante !
La gravité d'une faute ne doit pas être mesurée par le fait lui-même, mais par ses conséquences. Une procédure visant à priver un être humain de sa liberté se doit d'être irréprochable, autrement le mot liberté perd tout son sens.

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bizutage17/4/2018 - La porte de la salle III du palais de justice de Toulouse s’ouvre. Trois retenus et quatre policiers entrent et s'installent à leurs places respectives. Un jeune policier stagiaire se relève aussitôt pour demander à un premier gardien de la paix l’autorisation d’aller aux toilettes. Celui-ci le renvoie aussitôt à une supérieure en grade visiblement, et seule apte à donner cette autorisation. Le jeune policier lui fait la même demande et se voit infliger un refus glaçant. Le stagiaire confus reprend sa place face à cette cheftaine. Il se passe dix bonnes minutes avant que le juge entre et que les audiences commencent. Pendant 30 minutes, le policier va gigoter sur sa chaise, suer à grosses gouttes tout en croisant constamment le regard hautain de la faiseuse de rois. L’audience se termine, le "bleu" réitère sa demande au policier le plus près de lui qui le renvoie de nouveau à la patronne du jour. Celle-ci finit par accepter. À peine la porte de la salle d’audience franchie par ce jeune policier, ses trois collègues se mettent à pouffer de rire. Perversité vous dites ? Quand on peut martyriser comme ça un collègue, que peut-on faire à quelqu'un que l'on considère à peine humain ? Combien de plaintes déposées pour mauvais traitements aux retenus au centre de rétention de Mesnil-Amelot et combien de classées sans suite ?

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Injustice16/4/2018 - Depuis plus de 20 ans les différents gouvernements ont empilé pour les étrangers des tas de droits toujours plus restrictifs, pour s'abriter derrière un état de Droit qui cache mal les droits de l’État à réprimer et expulser.

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11/4/2018 - Monsieur X est un jeune guinéen qui s'est fait malheureusement prendre dans un coup de filet de la police au grand ramier, où les personnes sans domicile ont leur adresse postale, et pont Saint-Michel. Si l'homme de Neandertal savait où pêcher et où chasser, le policier en chasse sait où poursuivre les sans-papiers. Il suffit d'aller là où ils mangent, se lavent, lavent leur linge, parfois y dorment et bien sûr l'endroit où ils vont chercher leur courrier. Il est comme cela le policier en chasse, il suit son instinct et les ordres nauséabonds de sa hiérarchie. La Cimade, dans son mémoire en défense au JLD, a soulevé le côté déloyal de l'arrestation, mais pour la juge une boîte aux lettres ne peut constituer un lieu de vulnérabilité incontestable, et maintient donc ce gamin au CRA 28 jours de plus.

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6/4/2018 - Le ministre de l'Intérieur M. Collomb a obtenu le passage de la période de rétention de 45 à 90 jours, se félicitant de cette "avancée" qu'il a qualifié "d'équilibrée".
Examinons ça de plus près.
La période maximale de rétention aujourd'hui est de 45 jours. Ceux qui sont effectivement expulsés le sont dans les 12 premiers jours de rétention, le pourcentage d'expulsions après ces 12 jours est statistiquement négligeable, mais ils continuent à être incarcérés, et la France paye environ 60€/jour pour chacun d'entre eux, et cela sachant à l'avance que la grande majorité sera libérée à la fin de la période de 45 jours, donc, résultat nul. Il en ressort qu'ajouter 45 jours supplémentaires coutera non seulement la liberté à toutes ces personnes, mais aussi la bagatelle de 2 700€ de plus à l'état, donc nous, pour chaque retenu qui restera pendant la totalité de la période.
Vous disiez équilibré monsieur le ministre ? Non seulement cette loi est déséquilibrée, mais aussi tous ceux qui vont la voter.

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vd acharnement policier1/4/2018 - La bande de Gaza, sous le contrôle brutal d'Israël et actuellement sous le feu de son armée, est de toute évidence considérée comme un lieu sûr par la préfecture de la Haute-Garonne, qui cherche à expulser vers là-bas un Palestinien demandeur d'asile.
Il y a peu de chances qu'il soit finalement expulsé, mais en attendant il perd sa liberté, et sera retenu au CRA pour la période maximale de 45 jours, puis libéré, pour être très probablement arrêté à nouveau pour recommencer le cycle arrestation-impuissance-libération.
France, terre d'asile ?

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Formation CESEDA

Le Cercle des voisins a proposé deux sessions de formation sur la nouvelle loi CESEDA animées par Maître Benjamin Francos (ADE) les samedi 19 novembre et 10 décembre 2016.
Nous vous proposons ici les vidéos et bandes sonores réalisés lors des séances.

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