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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Source : Mediapart - Yves Faucoup - 22/03/2017

Une enquête menée par la Ligue des Droits de l'Homme et des universitaires décortique la manière dont la préfecture de Haute-Garonne "accueille" les étrangers. Réquisitoire implacable, qui dénonce les incohérences et le mépris affiché par l'institution, et la peur qui règne chez les étrangers. Rapport rendu public hier à Toulouse et remis au représentant de l'État.

Prefecture de Haute Garonne maltraitance envers les etrangers

Conférence de presse :

Elle a lieu au siège de la Ligue des Droits de l'Homme de Haute-Garonne et est introduite par Jean-François Mignard, son secrétaire général. Il rappelle la mission de "vigie citoyenne" de son organisation, que ce soit envers la police, l'armée ou la justice. Ainsi un rapport a été produit sur la police, sur la mort de Rémi Fraisse, et un observatoire des pratiques policières a été récemment créé. Il a tenu à expliquer qu'il ne s'agissait pas d'un cas unique en France, et qu'au-delà des faits collectés, il faut bien comprendre que ces méthodes font système : "c'est l'effet de la politique d'accueil des étrangers en France". Compte tenu des choix qui ont été faits, rien d'étonnant à ce que notre administration les maltraite.

Conférence de presse au siège de la Ligue des Droits de l'Homme, le 21 mars à Toulouse, avec Frédéric Rodriguez, Yves Loridon, Pascale Cabrolier, Daniel Welzer-Lang, Jean-François Mignard et Monique Langevine [Ph. YF] Conférence de presse au siège de la Ligue des Droits de l'Homme, le 21 mars à Toulouse, avec Frédéric Rodriguez, Yves Loridon, Pascale Cabrolier, Daniel Welzer-Lang, Jean-François Mignard et Monique Langevine [Ph. YF]

 Pascale Cabrolier, Monique Langevine et Yves Loridon, qui ont coordonné la recherche, expliquent son déroulement. Au commencement, étaient les témoignages d'avocats et de sans-papiers qui se plaignaient de maltraitance à la Préfecture de Toulouse. D'où l'idée d'enquêter, en partenariat avec le Cercle des Voisins, le Réseau Education Sans Frontières (RESF) et d'autres associations. Il fallait que ce travail paraisse crédible, d'où l'appel à des universitaires. Des personnes dans les files d'attente ou sortant de la Préfecture ont été interviewées, des associations ont été interrogées (comme la Cimade, Act Up ou Toulouse Syrie Solidarité, CGT Sans-papiers) ainsi que des travailleurs sociaux. L'objectif n'était pas de dénoncer des agents, mais de relever qu'il y a défaut de formation et qu'ils subissent des contraintes insoutenables, comme limiter les entretiens à 10 minutes, en l'absence de traducteurs. Après présentation du contenu du rapport (voir ci-dessous), des propositions pour améliorer la situation ont été faites, que le rapport recense.

Daniel Welzer-Lang, sociologue, auteur de plusieurs ouvrages de référence, a évoqué la gageure que représente la réalisation d'un rapport élaboré conjointement par des militants associatifs et des chercheurs et la richesse de cette complémentarité. Le projet était de rendre compte de données qualitatives et quantitatives. 475 questionnaires ont été exploités. Le traitement statistique a été conduit par Frédéric Rodriguez, agrégé de mathématiques, enseignant au département de sociologie du Mirail. La Préfecture n'a pas apprécié un tel engagement de chercheurs du Cnrs, appelant cet organisme d'État à faire en sorte que le rapport ne sorte pas. Des menaces pèsent sur les coupables : "jamais l'indépendance de la recherche n'a été à ce point remise en cause par le représentant de l'État", a déclaré Daniel Welzer-Lang.

 Le rapport :

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 Notons tout d'abord que ce rapport est bien écrit et argumenté. Les auteurs n'ont pas plaisanté : le document imprimé fait 60 pages, bien présenté, fourmillant de précisions sur les sources, de tableaux, de citations. Il décrit des pratiques contestables qui ne devraient pas avoir lieu dans un État républicain. Il liste les engagements du label Qualipref 2.0, nullement respectés.

Tout d'abord, on assiste à un "mépris généralisé". Les rendez-vous sont donnés à date lointaine, et le moindre papier manquant oblige à tout recommencer et à devoir subir une date à plusieurs mois, sinon à un an. Pendant ce temps, la personne est sans papiers, en situation irrégulière, au point que l'on se demande si on n'assiste pas là à une fabrique artificielle de sans-papiers, comme il y a une réelle suspicion sur les files d'attente qui seraient destinées à montrer l'"invasion" des demandeurs d'asile, quitte à ce que ce soient souvent les mêmes qui soient condamnés à attendre, à perdre des journées entières à espérer être reçus et renseignés. Ils attendent parfois à un guichet comme on leur a indiqué, puis lorsqu'ils sont reçus on leur annonce qu'il y a erreur, ce n'est pas le bon guichet. Et les renseignements sont contradictoires d'un guichet à l'autre, d'un jour à l'autre.

Rien n'est prévu pour les femmes enceintes, pour les personnes âgées, qui doivent attendre longuement, comme les autres, parfois dehors sous la pluie. Les personnes redoutent l'attitude des personnels des bureaux préfectoraux, leurs paroles autoritaires, leurs propos déplacés, leurs exigences incohérentes, les informations données qui se révèlent fausses, une méconnaissance des dispositifs, une absence de réponses aux courriers recommandés : "J'ai pleuré plusieurs fois en sortant de la préfecture tellement on me parlait mal", "certains employés sont 'gentiment racistes', ils devraient être 'mieux choisis'", "on nous parle comme si on était des bêtes sauvages". Au point que le rapport publie carrément un "tableau des peurs exprimées" par tant de témoignages dont l'un se résume en "la peur c'est toute ma vie" :

 "J’ai peur de l’accueil, j’ai le stress en permanence"

"J’ai peur des blagues douteuses"

"Peur de ne pas être écoutée"

"Le filtrage à l’entrée n’est pas rassurant"

"À chaque fois que je vais à la préfecture, j’ai toujours peur de tomber sur une personne désagréable ; j’ai toujours des appréhensions"

"Toutes les fois, j’ai peur : ils ne traitent pas bien les gens"

"Elle a peur d’être mal reçue"

"Peur qu’on lui dise au dernier moment qu’il manque un papier"

"Peur de ne pas être suffisamment informé"

"Peur d’un manque de précision ; la personne qui l’a reçu était pressée"

"Peur de ne pas avoir de réponse"

[Ph. YF]

Certaines démarches doivent être effectuées obligatoirement sur Internet, avec explications incompréhensibles et des connexions difficiles, alors même que les personnes sont pour moitié sans ordinateur, et la moitié de celles qui en ont un n'ont pas d'imprimante (or il faut imprimer le document). On est en plein Moi, Daniel Blake. Et contrairement à ce que la droite, l'extrême-droite et la faschosphère colportent, ces gens-là ne perçoivent rien ou presque rien pour à peine survivre. Alors, ils parviennent quelques fois à trouver un travail auprès d'employeurs tout heureux de pouvoir les payer à 2 ou 3 euros de l'heure.

La Préfecture pousse le vice jusqu'à contester des certificats médicaux produits par des médecins de l'Agence Régionale de Santé (l'ARS), instance de l'État s'il en est. Et telle responsable se permet de dire : "Moi vivante vous ne serez pas régularisé".

Il y a trop de concordances entre les témoignages pour imaginer que ce ne soit qu'un hasard ou des faits isolés. J'ajoute deux points qui m'ont été rapportés (ils n'apparaissent pas dans le document) : quelques rares jeunes gens, venant régulariser leur situation, se comportent de façon incorrecte, se prélassant sur leurs sièges. Ils ne sont pas inquiétés, personne ne les rappelle à l'ordre, comme si on n'osait pas s'en prendre à eux, tandis que l'on s'adresse de façon irrespectueuse à tous les autres, nombreux, qui sont intimidés et dociles, invités à faire profil bas. Par ailleurs, on m'a signalé qu'un couple avec deux enfants en bas-âge, a été invité récemment par un agent de la Préfecture, sous prétexte qu'ils étaient arrivés par l'Allemagne, à repartir en Albanie par avion, avec le conseil suivant : une fois arriver à Tirana, "faire le tour du tourniquet" pour reprendre un vol à destination de la France !

Ubu Roi :

Mise en scène de la file d'attente [Ph. YF] 

Dans le temps de midi ce 21 mars, un rassemblement s'est tenu devant la Préfecture (et la cathédrale Saint-Etienne adjacente). Malgré un nombre de participants relativement limité, ce fut un moment grave et enjoué. Deux comédiens de l'École citoyenne ont mis en scène des extraits du rapport, d'une façon ironique et dramatique, surfant sur les papiers sans cesse réclamés.

Les comédiens de l'Ecole citoyenne, avec-papiers [Ph. YF]

Des témoignages étaient livrés, dont ceux émouvants de l'association des étrangers malades ("on revendique juste un peu de dignité").

Un étudiant, recruté par une banque comme analyste financier, explique comment son contrat en bonne et due forme a été aussitôt rompu parce que

 

 

Témoignage d'une représentante du collectif des étrangers malades [Ph. YF]
 

la banque n'avait pas soumis le poste à Pôle emploi (alors qu'il avait été choisi parmi de nombreux candidats).

  Délégation en Préfecture :

Une délégation était reçue pendant plus d'une heure pour remettre le rapport. Le secrétaire général a cherché à défendre ses fonctionnaires, invoquant la difficulté de la tâche. Il a estimé que certains témoignages n'étaient pas crédibles, tout en avouant qu'il ignorait qu'il y avait de tels dysfonctionnements.

Soit par humour, soit par cynisme, il a regretté qu'un tel rapport existe car il risque de provoquer de la peur chez les étrangers venant en Préfecture !

Délégation à la sortie de la Préfecture [Ph. YF]

Il a dit son souhait que les procédures soient améliorées : en bon représentant de l'énarchie, le fond de l'affaire n'est pas son problème, seul compte le "process". Il semble prêt à vouloir améliorer le "comité d'usagers" traitant de ces questions, qui pour le moment ne regroupe que onze cadres de la préfecture et un représentant des usagers…

***

Il est clair qu'en démocratie et en République, dans un contexte où les incantations de l'extrême-droite gagnent du terrain, à cent lieues de la devise républicaine, il importe que les pouvoirs publics n'autorisent pas de tels dérapages. Les citoyens, quelle que soit leur opinion sur la politique à mener en matière d'immigration, ne peuvent tolérer qu'une administration se comporte, en leur nom, comme le fait la Préfecture de la Haute-Garonne, jusqu'à ce jour. Gageons qu'une telle action aura de l'effet. Le mépris peut être une stratégie lorsqu'il est bien dissimulé, un peu moins s'il est mis au grand jour.

______

Michèle Crémoux présentant l'action du Cercle des Voisins [Ph. YF]

. le rapport en ligne, synthèse ou rapport complet : http://bit.ly/2mMBUrT

. outre la LDH, les associations partenaires sont : RESF 31, Amnesty International, le Cercle des Voisins, la Cimade, la CGT (collectif "sans-papiers"), Act-up, la Case Santé, CLIC sans-papiers, le collectif des sans-papiers de Cugnaux, le collectif des étrangers malades, le collectif Toulouse Syrie-Solidarité, Médecins du Monde, et des personnes non affiliées. Ainsi que des avocats toulousains, dont Julien Brel et Flor Tercero.

. voir mon billet évoquant le Centre de Rétention Administrative (CRA) de Cornebarrieu et l'action du Cercle des Voisins : Centre de rétention, de l'intérieur

ainsi que celui sur les mineurs étrangers isolés : Jeunes isolés à la rue

et cet autre sur le documentaire d'Oliver Cousin Un toit sur la tête.

 

 

 

 

[Ph. YF]
 
 

 . Photos Yves Faucoup

Vite dit

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 
juge
 
 5/12/2020 - Pratique illégale de la médecine par la juge

Quand un médecin, spécialiste de surcroît, justifie  après une consultation en urgence que l’état de santé d'une jeune femme enceinte de sept mois qu’il  a examinée est incompatible avec une rétention, comment le juge des libertés et de la détention et le représentant de la préfecture peuvent- ils argumenter le contraire et ainsi maintenir la privation de liberté ? Simple , le serment d’Hypocrite qui permet, sur la foi de ce que l’on pense, de s’absoudre de toutes considérations médicales. La justice avance !

Après, que penser du serment d’Hippocrate du médecin du CRA et de l'OFII si prompt à exécuter les basses œuvres des préfectures ?

Désespoir 28/11/2020 - Naître dans un Centre de rétention est ce possible ?

On sait d'ores et déjà qu'il est possible de passer beaucoup de temps dans un Centre de Rétention (jusqu'à 3 mois), d'être relâché puis d'y revenir plusieurs fois.
On sait qu'on peut y mourir (CRA de Rennes, de Vincennes, de Cornebarrieu...)
On sait aussi qu'on peut séparer une maman allaitante de son bébé de 20 jours pendant 4 jours avant de la libérer (CRA de Cornebarrieu).A notre connaissance, nous n'avons pas encore connu une naissance mais cela sera peut-être le cas prochainement au CRA de Cornebarrieu.
En effet, une jeune femme enceinte de 6 mois y est actuellement enfermée depuis presque 2 mois, par la volonté du préfet des Alpes Maritimes.
Comment une femme peut-elle mener une grossesse sereine dans cet univers angoissant ?
Manger, dormir, se laver, se reposer, tout est difficile voire impossible.
Alors avoir un suivi de grossesse adéquat, c'est un luxe impossible. On ne s'en occupeque quand il y a urgence, une hémorragie et des contractions anormales à ce stade de la grossesse.

« Comme je perdais du sang, on m'a emmenée à l'hôpital et depuis mon retour au CRA une infirmière de la PMI m'a téléphoné ».
L’État français fait de belles déclarations au sujet des violences faites aux femmes mais les traite avec mépris et inhumanité dès qu'il s'agit de femmes sans-papiers.
Relayé par les porte-paroles des préfectures et par les juges des libertés et de la détention, le discours est toujours : « le service médical du CRA est compétent ! ».

Alors, une naissance ou une fausse-couche prochainement au CRA de Cornebarrieu ?
Et quels papiers aura le bébé ?

Désespoir

 18/10/2020 - Bienvenue en France, pays du mépris et de l'indignité

Il habite en Haute-Loire, il s'est fait interpeller pour non-port du masque et se retrouve enfermé au centre de rétention de Cornebarrieu. Libéré par le juge 48h après son arrivée, les policiers en charge de la surveillance du centre ouvrent les grilles du centre de rétention, appliquant ainsi la décision judiciaire. Passé les grilles, ce n'est plus leur problème ! Comme beaucoup d'autres personnes enfermées là, cet homme n'a pas d'argent pour repartir chez lui, la batterie de son téléphone est proche de 0% et il ne connaît personne dans la région.

Mais cet homme là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres retenus du centre. C'est ce qui a amené un policier de la Police de l'Air et des Frontières (PAF), ce samedi là et dès l'annonce de la décision du juge au palais de justice, à s'approcher d'un membre du Cercle des Voisins auquel on avait interdit d'assister à l'audience, pour l'informer de cette libération et lui demander de l'aide.

Car ce retenu là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres prisonniers du centre. Ce qu'il a de plus c'est une paire de béquilles, ce qu'il a de moins c'est une jambe ! Pour le reste, il est semblable à tous ceux et celles qui passent dans ce camp.

Nous prenons acte de ce geste d'humanité de la part du policier qui a pris conscience de la fragilité de la personne libérée  mais nous continuons de dénoncer la talentueuse application de l'administration française à maltraiter ceux et celles qui demandent à être régularisés. Nos dirigeants sont à même de déployer des moyens exorbitants pour enfermer des personnes que, lorsqu'elles sont libérées par décision de justice, ils mettent à la rue comme des chiens. Avec une durée d'enfermement de plus en plus longue (jusqu'à 3 mois), quasiment systématique et sans discernement des pathologies physiques et mentales des personnes, l’État français démontre un comportement irresponsable et xénophobe.

Les expulsions sont souvent violentes mais les libérations par décisions de justice ou préfectorales  peuvent aussi l'être quand sont libérées des personnes vulnérables. D'autant que ces centres d'enfermement continuent de fonctionner en cette période de fermeture des frontières et de pandémie, devenant ainsi de nouveaux foyers épidémiques. D'autres policiers sont-ils prêts à aborder cette question avec nous ?

 

 

 

Désespoir
 21/6/2020 - Qui a jeté Tatiana à la rue ? ou Chronique du mépris ordinaire

Tatiana, jeune russe, aux activités malheureusement habituelles sur la Canebière, s'est faite arrêter par la police cannoise. Dans sa « tenue de plage », elle est transférée à la Police aux Frontières à Nice pour un longue garde à vue. L'Obligation de Quitter le Territoire Français tombe et la rétention est demandée par le Préfet des Alpes-Maritimes. Tatiana, toujours dans sa tenue très légère, est transférée en voiture à 580 km de la Promenade des Anglais.
Dans cette tenue de plage, la très jeune femme passera 48 heures au centre de rétention de Cornebarrieu en Haute-Garonne sans que des policiers ou des agents de l’OFII chargé d'accompagner les retenus ne lui trouvent de quoi se vêtir. Elle est présentée samedi 20 juin devant un juge en visio-conférence qui ordonne sa libération. A 18h30, le jour même , Tatiana , toujours dans la même tenue , est jetée à la rue devant le CRA de Cornebarrieu, sans argent, sans téléphone.
Merci les Pousses-aux-Crimes !
Tatiana erre pendant 24 h autour de l'aéroport de Blagnac avant que deux bénévoles du Cercle des Voisins la prennent en charge et la mettent à l'abri.

 

 

Désespoir

17/4/2020 - COVID-19 : CRA zone de non droit - agissons pour leur fermeture

Comme certains autres centres de rétention, le CRA de Toulouse-Cornebarrieu n'est toujours pas vide et ne le sera sans doute jamais car il semble servir de déversoir pour les préfets qui continuent de délivrer des Ordres de Quitter le Territoire Français, ordre absurde s'il en est vu la fermeture actuelle des frontières.
Les centres de rétention sont des zones où il est difficile de savoir réellement ce qui s'y passe. C'est ce qui avait déjà été dénoncé en 2012 pendant la campagne inter-associative 'Ouvrez les portes, on a le droit de savoir' avec Migreurop, Alternatives européennes et Reporters sans frontières auquel le Cercle des Voisins avait participé http://www.migreurop.org/article2106.html
Ces espaces fermés et surveillés par la police sont d'autant plus effrayants pendant cette période de confinement que toute visite devient maintenant impossible.
Les associations d'aide juridique se sont retirées( la Cimade pour le CRA de Cornebarrieu), l'agent de l'Office Francais de l'Immigration et de l'Intégration (OFII ) ne montre son nez que quelques heures par semaine mais son aide se résume à permettre 2 appels téléphoniques aux retenus qui le demandent. Pas de retrait d'argent impossible car selon eux les bureaux de poste sont fermés. Or sans argent, comment acheter des cigarettes, des cartes de téléphone...

Samedi 11 avril, le centre comptait 3 retenus et ce jeudi 16 avril, 5 hommes et une femme y sont maintenant enfermés. Les portes ne semblent s'ouvrir que dans un seul sens !
Le centre de Cornebarrieu compte 3 secteurs hommes, un secteur femme et un secteur famille. Dans chaque secteur, il y a un téléphone public où il est normalement possible de joindre les retenus depuis l'extérieur.
Les 5 hommes sont tous rassemblés au secteur D mais c'est le seul dans lequel il est impossible de les joindre car le téléphone est hors service.
Les retenus ont demandé à changer de secteur mais cela leur a été refusé.

L'un deux est au centre depuis 45 jours (en provenance de Lyon), un autre depuis 21 jours, deux autres sont arrivées plus récemment (le 13/04 après un contrôle à Perpignan et un autre ce jeudi 16 avril).
Une jeune femme arrivée dans le centre il y a 3 jours se retrouve complètement isolée dans son secteur. Elle a 19 ans. Elle ne mange pas.
Et bien sûr, pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, un peit savon
Vous qui êtes français et pendant ce confinement, vous avez du expérimenter une ou plusieurs fois des contrôles policiers visant à vérifier votre attestation de déplacement. Vous avez peut-être tester l'arbitraire de certains contrôles comme ce qui est décrit dans cet article
https://www.bastamag.net/attestation-controle-deplacement-PV-amendes-violences-policieres-confinement-covid
Imaginez ce que peut-être l'arbitraire policier quand vous le subissez 24h/24 dans un centre fermé ! La parole du prisonnier.e ou du "retenu.e" (euphémisme utilisé par l'administration) a -t-elle la même valeur que celle de l’homme ou de la femme en uniforme ?
https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/l-inegalite-des-vies-en-temps-d-epidemie_1782169

Les audiences devant le juge des libertés où nous nous avions l'habitude de nous poster en tant qu'observateur nous sont maintenant inaccessibles. Elles fonctionnent par visio-conférence. Aucune présence citoyenne donc.
Joint sur son propre téléphone, un homme nous dit que les policiers les menacent s'ils évoquent les conditions de leur rétention pendant l'audience.Lui-même a été malade, fiévreux, avait du mal a respirer et a appelé les services d'urgence avec son propre téléphone. C'est un homme en veste rouge de la société ONET qui est venu et a estimé qu'il simulait. Il a ensuite subi la répression policière. Il a été frappé et mis à l'isolement.

Mais les policiers semblent aussi se donner du bon temps avec grillades et bières au menu dans la cour du CRA. Peut-être que les journalistes pourraient aller y faire un tour au moment des repas pour vérifier la fumée.
Mas d'autres distractions policières sont encore moins amusantes et pourraient faire l'objet d'une enquête, comme dire à un retenu de rassembler ses affaires car il est libérable et le traiter de mongole quand il se présente avec son sac, avec ordre de regagner sa cellule.

 

Désespoir

15/4/2020 - Coronavirus et manifestation au CRA du Mesnil-Amelot : le choix de la répression

Ce mardi 14 avril, Christophe Castaner était l'invité du grand entretien sur France Inter. A une question sur la régularisation des sans-papiers, comme l'a fait le Portugal, le ministre de l'intérieur répond: "Si l'on regarde bien ce qu’a fait le Portugal, on s’aperçoit que nous avons le même dispositif, et que nous l’avons même fait avant le Portugal. Là-bas, il s’agit d’une régularisation temporaire de personnes arrivées avant le 18 mars. Nous, nous avons mis ça en place de façon systématique et pour tout le monde : nous n’avons pas besoin de prendre des mesures temporaires parce que les soins urgents sont assurés pour tous. S’agissant des situations administratives, nous avons prolongé de 90 jours tous les titres. Pour faire simple : nous avons fait comme le Portugal, mais avant le Portugal."

Aucune réaction des journalistes Léa Salamé et Nicolas Demorand !

Désespoir

Monsieur Castaner et ses interlocuteurs ne peuvent pourtant pas ignorer ce qu'a déclaré Adeline Hazan, le contrôleure des lieux de privation de liberté le 11 avril sur cette même radio.

"Aucun plan n’avait été envisagé pour faire face aux conséquences d’une épidémie en prison"
Ce même 11 avril, Monsieur Castaner ne pouvait pas ignorer que les prisonniers du CRA du Mesnil-Amelot en grève de la faim pour réclamer leur liberté ont été durement réprimés ce même 11 avril. C'est lui qui a donné l'ordre aux CRS de mater la rébellion.
C'est encore lui qui a autorisé le transfert de ces hommes dans d'autres centres de rétention (Lille, Rouen).

Alors, cessez de mentir Monsieur Castaner : La France n'a pas régularisé les sans-papiers comme l'a fait le Portugal.
Cessez de participer à la propagande gouvernementale, messieurs les journalistes!

 

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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