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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Source : Passeurs d'hospitalités - 12/06/2017

Suite à leur dernière visite à Calais, Camille Louis et Étienne Tassin continuent leur interpellation des autorités, tout en questionnant le sens de tout ça. Le gaz, gazer les personnes qui n’ont pas à être là. Un quotidien, qu’il s’agisse de la gazeuse brandie comme un spray d’insecticide ou du bombardement du bidonville comme à la guerre (voir ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici, ici et ).

https://blogs.mediapart.fr/edition/la-jungle-et-la-ville/article/100617/la-republique-et-les-exiles-de-deux-marches-contraires

« La République et les exilés: de deux «marches» contraires

À l’attention du Président de la République, du ministre de l’intérieur, des préfets des Hauts-de-France, de la maire de Calais… La République est en marche, dites-vous ; les migrants aussi : marchent-ils dans la même direction ?

Les migrants, c’est indiscutable, vont du pire qu’ils quittent vers le meilleur qu’ils convoitent. La république, elle, et chacun peut s’en convaincre sur le littoral des Hauts de France comme à la frontière italienne ou à la Porte de la Chapelle, va du meilleur qu’elle affiche — une devise fièrement soutenue : liberté, égalité, fraternité — aux pires exactions qu’elle commet chaque jour par l’entremise des CRS, de la police nationale ou de l’administration publique. Des hauteurs de la République à la vallée de la Roya, chacun peut en faire l’amer constat. Qu’est-ce que vous, Maire, Préfet ou Ministre de l’Intérieur avez à nous en dire ? Qu’est-ce que vous, Monsieur le Président de la République en marche, vous pensez de ces marches contraires ? Nous aimerions des réponses… Car voici des questionnements légitimes face à des faits observés ou attestés.

Histoire de gaz 1 : d’une non rupture de jeûne à une fracture d’humanité

Aux premiers jours du ramadan à Grande-Synthe, le moment de rompre le jeûne s’approche quand les forces de l’ordre entourent des exilés venant de cuisiner le repas du soir et gazent les marmites, empêchant les migrants de se nourrir après une journée entière sans manger. « Une fois de plus » ou « comme d’habitude » serait-on presque tentés de dire, tant nous nous sommes habitués à être les témoins passifs de l’intolérable et de l’immonde perpétrés par nos États européens qui, au lieu d’offrir l’hospitalité, privent ces femmes et ces hommes des biens communs fondamentaux et s’efforcent de détruire leur capacité d‘être au monde.

Pourtant quelque chose dans cette scène semble être en mesure d’interpeller même le plus distant, le plus indifférent d’entre nous, celui qui ne veut pas savoir ce qu’il advient « d’eux » et considère que ce n’est ni son histoire ni la nôtre. Car les histoires de gaz que l’on emploie pour tuer à petits feux, de gaz qui s’accompagne d’une volonté d’affamer ou d’assoiffer les gens, de gaz qu’on projette aujourd’hui dans les abris de fortune que se construisent les exilés, dont on asperge les couvertures et qu’on répand à l’intérieur de leur lieu de répit où il serait encore possible de se reposer et peut-être même de rêver, bref les histoires où s’associent « chambre » et « gaz », justement, trop justement, ces histoires font bien partie de notre histoire. Pas seulement à nous Français ou à nous résidents des Hauts de France, mais à nous « humanité » qui condamnons régulièrement de tels mariages entre produits chimiques et élimination de ces populations dont on reconnaît pourtant qu’elles composent avec nous une commune humanité.

Or ce n’est pas ainsi, comme part de notre humanité, que vous semblez reconnaitre les exilés en France, mais bien plutôt comme une « communauté à part » qui, depuis quelques années, est désignée comme la menace et la « terreur de toute l’humanité ». De cette terreur fabriquée à l’accusation de terrorisme, il n’y a qu’un pas auquel vous ne cessez d’inviter par vos mesures moins « politiques » que « policières » et vos propos moins « politiques » que « guerriers ». Est-ce un hasard si la violence policière semble avoir redoublé ou gagné en cruauté depuis que nous sommes entrés dans la période du ramadan ? Période censée de fête, de célébration et non pas de repli communautaire mais de partage des coutumes et des histoires entre de multiples « étrangers ». « Étranger » ne désigne pas une identité mais qualifie le rapport qui se crée entre des communautés distinctes où chacune est toujours d’abord « étrangère » à l’autre mais, par là-même, en mesure de la rencontrer, d’apprendre d’elle et de composer avec elle une forme d’habiter en commun. Rencontrer, tisser des relations, se nourrir des différences, cela peut tout simplement se nommer : exister. Et c’est bien à l’empêchement, à l’annulation des existences qu’aujourd’hui, à Calais, à la Porte de la Chapelle mais aussi en Italie ou en Grèce1, nous ne pouvons qu’assister. Comment nommer autrement la violence qui s’exerce aujourd’hui sur cette « population migrante » ?

Pourquoi gazer le repas du ramadan ? Il semble clair qu’il ne s’agit pas seulement d’empêcher les exilés de se nourrir, qu’il ne s’agit pas seulement de l’interdiction prononcée par ailleurs par le Préfet de distribuer des repas : en rendant inconsommable la nourriture préparée avec l’aide des bénévoles, il s’agit, en connaissance de cause, de rendre impossible la rupture du jeûne, ce moment collectif et festif si important dans le rituel du ramadan. Il s’agit de doubler la brutalité physique (condamner à la faim et à la soif par l’usage du gaz) d’une violence symbolique, psychologique, éthique. Il s’agit d’une violence redoublée de cruauté : « vous avez cuisiné pour rien, nous détruisons votre repas ; vous vouliez jeûner, eh bien votre jeûne va se poursuivre mais c’est maintenant nous qui vous l’imposerons ; vous vouliez partager un moment à la fois cultuel et festif, comme un double soulagement dans l’univers de misère que nous vous réservons, eh bien nous vous privons, outre de votre restauration, de vos cérémoniels religieux et de cette parenthèse communautaire que vous vous réserviez dans vos errances singulières ». Ce n’est là ni une exception ni une bavure, c’est une technique d’humiliation en même temps que d’affaiblissement : cette technique est nazie, pourquoi le nierait-on ?

Histoire de gaz 2 : une société en marche ou assignée à résidence ?

Dans un rapport en date du 6 octobre 2015, le Défenseur des droits déclarait : « Nul ne peut occulter l’existence de violences commises à l’encontre des migrants présents à Calais, et plus particulièrement à l’aide de gaz lacrymogène. Pour cette raison, le Défenseur des droits, (…) recommande que le cadre d’emploi des moyens lacrymogènes soit rappelé aux forces de l’ordre amenées à intervenir dans le Calaisis, afin qu’elles fassent un usage nécessaire et proportionné de ces armes – dont l’utilisation ne saurait être banalisée à raison du caractère répétitif de leurs missions.2 » Pouvez-vous nous dire, Monsieur le Président, Monsieur le Ministre de l’Intérieur, Monsieur le Préfet, Madame le Maire en quoi l’usage systématique, agressif autant qu’excessif, de gaz à l’encontre de migrants s’apprêtant à dîner, à se coucher, se levant ou se lavant, constitue-t-il un « un usage nécessaire et proportionné de ces armes » ? L’argument répété des forces de l’ordre pour justifier ces exactions – éviter la reconstitution de campements – tiendrait-il lieu de « politique » et justifierait-il aussi à vos yeux les pratiques fascisantes d’une police abandonnée à sa seule fonction répressive ? La France en marche n’a-t-elle rien d’autre à proposer que la destruction de celles et ceux qui marchent pour leur vie ? Au moment où le nouveau gouvernement s’apprête à faire passer l’obligation de l’arrêt généralisé – l’assignation à résidence – dans le droit commun, n’a-t-on pas un commun droit et devoir de vous interpeller sur vos criantes contradictions3 ? Vous vous dites « en marche » et vous nous soumettez à la menace d’être assigné ou nous offrez le spectacle des marches que l’on transforme en course lorsque les exilés n’ont plus d’autre choix que de fuir, dans les bois, les poursuites, les traques et les violences illogiques perpétrées par vos forces de « l’ordre ».

Mercredi 31 mai, à Calais : alors que les associations de bénévoles viennent d’assurer la distribution de nourriture — la seule qui soit autorisée en raison d’une décision préfectorale immotivée, et qui ne peut avoir lieu qu’en fin de journée, entre 18h et 19h, rue des Verrotières —, les CRS, aidés de la police nationale, poursuivent les migrants qui prétendent passer la nuit aux alentours du lieu de distribution. Cinq tirs de flash ball retentissent. Une bombe lacrymogène est lancée. Ce n’est pas un excès de zèle de quelques gens d’arme exaltés, c’est une consigne : elle ne vise pas à contenir une manifestation menaçante, elle ne relève pas de la « légitime défense », elle est délibérément agressive et couronne une chasse à l’homme désarmé : cette consigne est nazie, pourquoi le nierait-on ?

Un rapport de l’ONG Human Rights Watch de janvier 2015 dénonçait déjà les violences policières contre les migrants de Calais. Les témoignages recueillis étaient accablants : matraquages systématiques, usages injustifiés et disproportionnés de gaz lacrymogènes, humiliations, coups et blessures, etc… La situation a-t-elle cessé ? S’est-telle améliorée ? Le nouveau gouvernement a-t-il pris des dispositions pour que cessent ces abus ? Entendez-vous, Monsieur le Président, restaurer la dignité des forces de l’ordre en les dispensant d’avoir à faire subir à des êtres affaiblis mais admirables une terreur aveugle et blessante égale à celle qu’ils ont fuit espérant trouver en Europe un refuge contre les exactions, les bombes et les gaz que répandent ailleurs milices terroristes et Etats terroristes ? Ou doit-on voir dans la direction que vous semblez prendre de faire passer plusieurs mesures d’exception propres à l’État d’urgence au statut de pratiques « normales », ce que, réellement, signifie la mise en place d’un tel État : la justification du terrorisme comme pratique étatique, le transfert du pouvoir politique au pouvoir militaire et policier ? Est-ce un tel retrait du politique que vous nommez sa mise en marche et en avant ?

Histoire de gaz 3 : la désorientation comme politique. Cherchez le crime.

Jeudi 1er Juin, à Calais : les CRS envahissent le bois Dubruelle, s’emparent des sacs de couchage des exilés, de leurs affaires personnelles, et les gazent. Est-ce utile ? Est-ce intelligent ? Est-ce productif ? Non, c’est inutile, imbécile, improductif. C’est une perte, en tous les sens du terme. Pas simplement au sens économique, le seul argument audible en Europe qui fait dire : « on n’a pas les moyens de vous accueillir, de vous nourrir, de vous loger ». D’une part cela est faux ; d’autre part cette politique et cette police de la destruction et de l’annulation ont un coût énorme. Elles font perdre des moyens à la ville, au département, à l’État, mais aussi et surtout elles font de la perte le produit spécifique de ces différentes instances. Car il faut perdre les exilés, non pas les « orienter » vers les dispositifs pourtant supposés « orienter et accueillir » — ces C.A.O tant vantés comme solution « humaine et digne » lors du démantèlement de ladite « inhumaine et indigne » jungle — mais simplement les faire fuir pour ne plus jamais les revoir : « si je te revois ici, je te conduis direct en CRA », dit le policier à l’exilé. Chasser les exilés (les courser dans le bois mais aussi les expulser du bois) ou les conduire vers le non-lieu de la rétention, c’est de toute façon les conduire à leur perte, autrement dit, à leur mort. Technique de la perte, de la mise à mort, de l’élimination d’une partie de la population : cette technique est nazie, pourquoi feindrait-on de croire le contraire ?

Vendredi 2 juin, à midi, la distribution de nourriture et de boisson est, sur ordre du préfet, empêchée par les forces de l’ordre pour prévenir d’éventuels risque de troubles à l’ordre public. La vidéo prise de la scène montre les migrants, réduits au statut d’animaux apeurés, attendant en tournant au sommet d’un terril, observant la manière dont les CRS bloquent l’accès aux bénévoles associatifs. Certains osent finalement descendre et se rapprochent du cordon de policiers les mains en l’air comme des ennemis défaits. Ils s’agenouillent mains sur la tête en signe de soumission, on les revoit bientôt allongés à terre sans qu’on sache s’ils n’y ont pas été jetés. Ils n’auront rien à manger. Au préalable, les mêmes forces de l’ordre auront arrêté le camion de l’Auberge des migrants pour surcharge pondérale, dressé contravention, exigé qu’il vide ses bidons d’eau pour s’alléger. Le nazisme est devenu routine procédurière, pourquoi le remarquerait-on encore ?

Des dizaines d’autres récits viennent corroborer ces pratiques quotidiennes, dignes du fascisme le plus sombre de notre histoire : détruire les biens et les refuges des migrants, les empêcher de dormir, les priver de nourriture et d’eau, les chasser comme des animaux, les humilier comme des ennemis, les menacer physiquement et verbalement, et surtout les renvoyer vers nulle part puisque partout où qu’ils aillent ils seront reçus de la même façon. Quel crimes ont-ils commis pour être ainsi harcelés ? D’être présents, même illégalement, sur une terre qui se dit d’asile ? Certes non ! Leur crime est autre. Ils ont fui les crimes qui les menaçaient et les exactions qu’ils subissaient dans leurs pays d’origine ; ils ont fui la misère et la mort, ils ont fui les forces d’un ordre injuste et arbitraire et celles d’une économie coloniale appauvrissante ; et révèlent par leur seule présence que ces crimes subis là-bas sont aussi ceux qu’on commet ici : voilà leur crime. Ils sont les véritables témoins du monde tel qu’il est en train de se faire, sans nous. Les uns sont venus chercher refuge au pays qu’ils croyaient des droits de l’homme, ils révèlent que c’est une fiction, voilà leur crime. D’autres, bercés par l’illusion des « Lumières » européennes, ont rejoint l’Europe pour pouvoir, pensent-ils, étudier en paix et partager cette lumière ; ils révèlent la face obscure d’une Europe infidèle à ses principes : voilà leur crime. D’autres encore souhaiteraient poursuivre leur marche vers l’Angleterre, passer encore une frontière. Voilà leur véritable crime : traverser ces frontières supposées protéger les communautés nationales et révéler ainsi, non seulement leur inanité, mais surtout la vacuité de l’identité nationale que les Etats faillis convoquent comme des totems religieux ! La République en marche aurait-elle donc raison de mobiliser, face à cette marche contraire à la sienne, ses forces de l’ordre autorisées à bafouer les droits de celles et ceux qui migrent, à mépriser les militants bénévoles qui tentent de les secourir, à injurier la presse qui tente de dire ou montrer ce qu’ils font ?

Nota-bene : brève histoire du gaz

L’usage du gaz est comme la métonymie de la politique européenne à l’égard des migrants. Cette politique n’en est pas une, ce n’est qu’une police ; et cette police, autrefois composée d’agents de la paix, semble ignorer aujourd’hui et les agents et la paix : elle n’est plus qu’une force de répression et d’humiliation, une force d’élimination. Depuis des décennies, son histoire se confond avec celle de son surarmement. M. Sarkozy, Ministre de l’Intérieur, avait à son époque autorisé l’usage des Flash Ball. Dans une note adressée à la police, Claude Guéant, directeur général de la police nationale indiquait : « j’ai décidé de lever les restrictions concernant l’acquisition du flashball […] sous réserve que les conditions suivantes soient expressément respectées : […] N’utiliser le flashball que dans le cadre strict de la légitime défense. En effet, les essais effectués ont démontré que cette arme ne pouvait être qualifiée de non létale, en raison des lésions graves qu’elle est susceptible d’occasionner, en certaines circonstances.5 » C’est cette arme qu’on ne peut dire non létale qu’emploient les forces de l’ordre contre les exilés venus chercher asile en Europe. Les mêmes forces de l’ordre utilisent ordinairement des pulvérisateurs ou des grenades de gaz lacrymogène CS6 qui peuvent être lancées à la main, à l’aide de lanceurs Chouka ou Cougar ou de fusils, selon la distance qui les séparent de la cible ; elles utilisent également des pulvérisateurs de gaz au poivre OC (oléorésine de capsicum) contre les individus et manifestement contre les biens dont vivent les exilés. Une longue et triste histoire du gaz relie le gaz moutarde lancé dans les tranchées de 14-18  au Zyklon-B utilisé dans les camps de la mort et au gaz sarin employé par Bachar el-Assad sur les civils syriens.

Que la république française n’ait rien d’autre à offrir que des jets de gaz aux exilés qui viennent à sa rencontre doit aussi se comprendre selon cette histoire. La laissera-t-on se répéter? Nous préférons en écrire une nouvelle et témoignerons, dans le texte suivant (et publié ici très prochainement), de ce qui aujourd’hui, à Calais, Norrent-Fontes ou dans la Vallée de la Roya est encore en mesure d’inscrire une histoire politique, résistant à l’effacement policier comme à l’amnésie imposés.

Camille Louis et Etienne Tassin

1Pour le premier cas voir récent article de Carine Fouteau,  et pour le second voir bientôt le texte de Camille Louis dans la revue Plein Droit, racontant la vie de ce lieu d’accueil remarquable qu’est l’Hotel City Plaza à Athènes où résident autour de 400 exilés et dont la ville vient d’ordonner l’évacuation.

2Voir  les tirs de gaz lacrymogènes en direction du camp des migrants par la police à Calais le 07/10/2015, http://observers.france24.com/fr/20151015-video-gaze-moi-ca-gaz-lacrymogenes-no-borders-police-migrants-refugies-calais . Souligné par nos soins.

3Voir notamment : https://www.mediapart.fr/journal/france/080617/syndicats-de-magistrats-vent-debout-contre-la-loi-securite

4https://www.facebook.com/junglenewsfr/videos/615607511980367/

5Voir aussi: Guide des armes anti-émeutes de la police française, Gaspard Glanz, 4 oct. 2014

6« lorsque le CS est chauffé jusqu’à sa décomposition, il émet des fumées très toxiques de chlorure d’hydrogène, de cyanure d’hydrogène, d’oxydes d’azote et de monoxyde de carbone. L’œil est l’organe le plus sensible au CS, suivi des voies respiratoires et de la peau. Une exposition à du CS fortement concentré ou l’ingestion d’aliments contaminés peut provoquer des nausées et des vomissements. Dans le cas des expositions excessives, un oedème pulmonaire peut se développer en 12 à 24 heures et des brûlures chimiques irréversibles peuvent apparaitre sur l’épithélium cornéen », Guide des armes anti-émeutes de la police française, op. cit. »

Désert remplaçant la « bonne solution » des containers, dans l’ancienne jungle de Calais © Camille Louis.

 

 

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Vite dit

22/10/2019 - C'est l'histoire d'une famille, et plus particulièrement d'un papa qui n'a pas les papiers pour vivre sur le territoire français. C'est surtout  l'image de notre société, de notre façon de vivre, de notre indifférence qui est évoquée ici.  "Ici",  c'est le palais de justice de Toulouse, mais ce pourrait être celui de Nantes ou de Paris,  puisque les récits entendus sont similaires. Le début de la mésaventure de ce papa se situe à proximité d'un centre commercial, et plus précisément à côté du conteneur poubelle, l'endroit où sont jetés les produits périmés invendables.  Endroit convoité par tous les sans droits de nos sociétés. Endroit choisi par la police pour guetter ceux qui oseraient " voler" les déchets et les invendus divers.  Ce papa n'a pas été pris la main dans la poubelle, on l'a juste suspecté de vouloir le faire.  Pour cela il a été interpellé, arrêté, incarcéré en centre de rétention, séparé de sa femme et de ses 4 enfants. Heureusement, le juge aujourd'hui a décidé de le remettre en liberté suite à des irrégularités de procédure.
Quoi qu'il en soit, la réalité reste: nous vivons dans un monde de bêtes féroces où ceux qui peuvent consomment aveuglément et sans limites laissant les autres à la rue, avec comme seule pitance les déchets des poubell
es, qui de surcroit leur sont interdits.

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23/9/2019 - D’où viennent les « migrants économiques » ?
(Citation extraite d’un article de Toni Morrison publié en mars 2015 par l’hebdomadaire The Nation)

"Pendant la majeure partie des cinq derniers siècles, l’Afrique a été considérée comme pauvre, désespérément pauvre, en dépit du fait qu’elle est outrageusement riche en pétrole, or, diamants, métaux précieux, etc. Mais comme ces richesses n’appartiennent pas en grande partie à ceux qui y ont vécu toute leur vie, elles sont restées dans l’esprit de l’Occident dignes de dédain, de douleur et, bien sûr, de pillage. Nous oublions parfois que le colonialisme était et est toujours une guerre, une guerre pour contrôler et posséder les ressources d’un autre pays, c’est-à-dire l’argent. Nous pouvons aussi nous leurrer en pensant que nos efforts pour « civiliser » ou « pacifier » d’autres pays ne sont pas une question d’argent. L’esclavage a toujours été une question d’argent: du travail gratuit produisant de l’argent pour les propriétaires et les industries. Les « travailleurs pauvres » et les « pauvres sans emploi » contemporains sont comme les richesses dormantes de « l’Afrique coloniale la plus sombre » – disponibles pour le vol des salaires et le recel des biens, et appartenant à des entreprises métastatiques qui étouffent les voix dissidentes."

À la lumière de ce texte, qui décrit une réalité incontestable, qui peut dès lors prétendre être surpris que des milliers de personnes décident d'abandonner leurs vies, leurs familles, leur histoire pour chercher une vie meilleure ailleurs?
Qui peut dès lors, la main sur le cœur, prétendre que c'est nous, les pays du "premier monde", qui sommes "injustement envahis" par des hordes de "profiteurs parasites" alors que seule une toute petite partie de ces exilé.e.s s'installent dans nos pays?
Qui peut dès lors leur refuser le droit de chercher une vie meilleure, dont nous les avons privés dans leurs propres pays?

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15/9/2019 - On parle d’État de droit ou des tas de droits ?
Suite à nos protestations sur l’expulsion collective de familles de Géorgiens au début de l’été, le préfet de la Côte d’Or nous précise que « La politique migratoire conduite par le Ministère de l’Intérieur et que je mets en oeuvre /…/ est une politique équilibrée qui s'inscrit dans la stricte application de la loi et de l'État de droit. L’État de droit ne saurait être divisible : c'est l’État de droit qui instruit avec rigueur, discernement et humanité /.../ c'est aussi ce même État de droit qui éloigne des étrangers en situation irrégulière ».
Se réfugier ainsi sous le parapluie des tas de droit que nos dirigeants s’évertuent à complexifier chaque fois plus pour interdire tout accès au séjour des étrangers ou pour transformer des problèmes administratifs en délit pénal en prononçant des interdictions de territoire et ainsi transformer la rétention en détention est la marque d’une dérive continue vers une perte de valeur.
Il n’est pas fortuit que la nouvelle Commission européenne change le nom de l'ancien portefeuille lié au droit d'asile, "Migrations, Affaires intérieures & Citoyenneté" par "Protection du mode de vie européen" en omettant ainsi l'essentiel qui serait de « Protéger nos valeurs européennes ».

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Brutalité policière15/9/2019 - Les policiers sont-ils des êtres humains comme les autres ?
Vous recevez chez vous un couple et la dame se déplace difficilement avec des béquilles. Ils doivent partir, mais vous ne pouvez pas quitter votre domicile. Il n’est pas possible d’appeler un taxi et il n’y a pas de transports en commun. En revanche, vous savez que vos voisins sont sur le point de s’en aller. Il semble tout à fait normal que vous fassiez appel à eux pour leur demander s’ils peuvent raccompagner le couple.
Dans notre cas, nous étions une vingtaine de voisins rassemblés devant le Centre de Rétention de Cornebarrieu, isolé au milieu des pistes de l’aéroport, et nous allions quitter les lieux vers 13h00. Dans le même temps les policiers du Centre finalisaient les formalités administratives pour faire sortir un couple indien dont la dame marchait difficilement avec des béquilles et qui venait d’être libéré par le Tribunal Administratif.
Et bien que croyez-vous qu’il arriva ?
Aucun policier n’a pris l’initiative de nous prévenir et les personnes ont été mises dehors vers 13h30, au moment où ni la Cimade ni personne d’autre ne pouvait les aider.
Est-ce que le port de l’uniforme empêche d’avoir un minimum d’humanité ?

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15/7/2019 - L'esclavage, mauvaise surprise ou politique économique officieuse ?
La France accueille de nombreuses personnes étrangères fuyant des guerres ou cherchant une vie meilleure. Elles sont motivées, le travail ne leur fait pas peur, mais, sans papiers, elles ne peuvent travailler n'importe où et dans n'importe quoi. Malgré tout, certaines réussissent à trouver un travail saisonnier, difficile et mal payé, mais un travail quand même.
Mme D. fait partie de ceux-là. Elle a trouvé du travail au Château de Plaimont. En situation de faiblesse, n'ayant pas de papiers, son employeur n'a pas trouvé utile de lui établir un contrat de travail comme la loi l’exige.
Quand Mme D. arrête son travail et demande à être payée, son employeur lui rétorque une fin de non-recevoir. Cet employeur a profité de la situation de faiblesse administrative de Mme D., sans papiers et constamment sous la menace d'une expulsion, pour la traiter comme une esclave.
Ce serait déjà extrêmement grave si c'était un cas isolé, mais malheureusement ce n'est pas le cas. Des employeurs sans scrupules, se sachant presque intouchables, profitent régulièrement de personnes faibles pour les exploiter puis empocher le fruit de leur travail. L'OFII (Office français d'Immigration et d'Intégration) a la responsabilité de récupérer ces sommes pour le compte de ces travailleurs, mais rares sont les étrangers qui savent ça, et encore plus rares ceux qui demandent à l'OFII de le faire, et les employeurs comptent là-dessus.
Pour ma part, tout le vin produit par le Chateau de Plaimont a tourné, lui donnant un arrière-goût d'esclavage insupportable.
Pour en savoir plus lisez ceci.

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2/7/2019 - La fin d'une vie, la fin d'un rêve
Difficile d'imaginer l'état de désespoir dans lequel doit se trouver une personne pour décider de mettre fin à ses jours.
Quand de surcroit cette personne est un jeune mineur, qui par définition a toute sa vie devant lui pour se remettre des accidents de la vie et se construire un futur digne, aucune excuse, aucun prétexte ni aucune explication ne peuvent dédouaner les responsables.
X, jeune mineur étranger isolé de 17 ans, placé conformément à la loi sous la protection de l'État, décide de mettre fin à ses jours. Hébergé dans une chambre d'hôtel lugubre, abandonné par l'État sans suivi, ni accompagnement, ni éducation, avec juste le nécessaire pour s'acheter un ou deux repas simples par jour, n'a plus pu le supporter et est passé à l'acte.
La phrase tant répétée par nos dirigeants : "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde" perd ici tout son sens, et laisse apparaître à la vue de tout le monde le cynisme et l'hypocrisie d'une politique migratoire inhumaine qui, s'appuyant sur des considérations de confort économique, ou pire encore, électorales, trahi les valeurs fondamentales de la République, et viole les conventions internationales des droits de l'homme et des enfants que la France a signées.
L'État avait la responsabilité de la sécurité et du bien être de ce jeune, mais elle l'a abandonné, le laissant sombrer dans le désespoir. L'État et ses dirigeants doivent rendre des comptes. Ne rien faire signifierait que la France considère la mort inutile et injustifiable d'un jeune mineur comme un simple fait divers, et cela signifierait officiellement la fin de la "France, pays des droits de l'homme".
Pour en savoir plus, lisez ceci.

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29/6/2019 - Voyage dans le temps.
Je lisais un article, à priori d'actualité, mais les mots qui ressortaient : rafle, expulsion collective, familles déchirées, rétention, transports en charter, m'ont fait douter. Est-ce un article historique de la 2e guerre mondiale ? Incrédule, je regarde la date de l'article. Eh ben non ! Il s'agit bien d'un article d'actualité qui parle d'une action de l'état visant à se débarrasser rapidement d'un grand nombre de personnes n'ayant pas encore obtenu un titre de séjour en France. Je croyais faire un mauvais rêve !
L'État pense avoir trouvé un moyen "efficace" pour se débarrasser rapidement des personnes qu'il considère indésirables ? Efficace, peut-être, mais outre l'inhumanité de cette action consistant à expulser de personnes vulnérables vers un pays, la Géorgie, qui est loin d'être un pays sûr, elle est aussi illégale. Illégale parce que les expulsions collectives sont prohibées en vertu de l'article IV du protocole 4 à la Convention européenne des droits de l’homme. Illégale parce que parmi les personnes mises en rétention il y avait des enfants, ce qui est contraire à toutes les conventions internationales des droits des enfants signées par la France. Mais ce n'est pas tout. Cette opération a été exécutée sans qu'aucun juge ne soit saisi, et "pour un certain nombre de cas, avant que le juge administratif n’ait statué sur la légalité des obligations de quitter le territoire français prononcées à l’encontre de ces demandeurs d’asile".
ATTENTION ! "Efficacité" peut peut-être rimer avec économies, mais aussi avec totalitarisme.
Pour en savoir plus, lisez ici et ici.

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12/6/2019 - Noblesse et bassesse des médias
On ne peut que remercier notre service public d'information lorsqu'il permet à un journaliste de FR3 Occitanie de relater dans le détail, de manière précise et avec des recherches de complément d'information la manière dont une famille ukrainienne a été (mal)traitée par nos autorités (voir article sur le lien).
En revanche quelle dose de cynisme faut-il au chroniqueur de France Inter pour expliquer que la Bourse se porte mieux du fait des "avancées" dans les accords commerciaux entre les États-Unis et le Mexique quand on sait que cela est dû au déploiement de la garde nationale mexicaine pour lutter contre les migrants venus d'Amérique Centrale.

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rencontre Karine Parrot 3 juin 2019 banniereKarine PARROT
«Carte blanche, l'État contre les étrangers»

Le 3 juin 2019 le Cercle des Voisins a invité Karine PARROT à l'occasion de la parution de son livre «Carte blanche, l'État contre les étrangers».
Nous vous proposons ici les vidéos et bandes sonores réalisés lors des séances.

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