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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Source : Le Monde - Frédéric Bobin - 24/08/2017

L’enfer migratoire de la Libye, 2/3. Sur le littoral de la région de Tripoli où se concentrent les départs vers l’Italie distante d’à peine 300 kilomètres, les contrebandiers font la loi.

Lire aussi « En Libye, nous ne sommes que des esclaves » (1/3)

Les colonnes de marbre se dressent face au bleu profond de la Méditerranée. Elles sont comme des sentinelles meurtries avec leur grain ébréché, assailli par le sel marin. Il y a quelque chose de poignant dans les ruines de Sabratha, décombres de forums et de temples, vestiges de théâtre et de thermes qui témoignent d’une gloire révolue, celle de la Rome antique qui brilla jadis sur ce littoral de la Tripolitaine.

L’œil pourrait s’en griser sans relâche, et pourtant voilà qu’il s’accroche à ce paquet de caoutchouc échoué sur le sable. Le volume oblong est dégonflé, grosse galette ratatinée. On finit par comprendre que la marée libyenne a rejeté sur la plage de Sabratha un Zodiac rabougri par l’usage. A-t-il sombré au large ? Ou l’a-t-on laissé là, esquif épuisé par de trop lourdes charges ?

Il n’y a rien de plus naturel, dans la Libye actuelle, que de trouver des Zodiac sur le sable de Sabratha. La cité côtière est devenue la principale plate-forme de départ vers l’Europe. En Italie, elle obsède, avec ses centaines voire ses milliers de migrants qui embarquent chaque semaine à bord de bateaux pneumatiques vers l’île de Lampedusa, distante d’à peine 300 kilomètres. Cette route de la Méditerranée centrale supplante désormais de loin celle de la Méditerranée orientale – par la Turquie, puis la Grèce –, qui s’est tarie depuis l’accord signé, en mars 2016, entre Bruxelles et Ankara.

A Sabratha, on jette les canots sur les flots non loin du site archéologique, sur les plages de Tellil ou d’Al-Wadi. L’eau y est peu profonde et un chalutier ne s’y hasarderait pas sans risque d’ensablement, mais depuis que les Zodiac ont remplacé les bâtiments de pêche dans la folle course à la compression des coûts, le détail est secondaire.

Redistribution géopolitique des migrations

Des milliers de migrants patientent à proximité de ces rampes de lancement, dans des fermes, des hangars ou des baraquements installés sur la plage même. « Rien qu’à Al-Wadi, ils sont entre 700 et 800 à attendre sous des tôles entourées de hauts murs de sable », raconte un témoin qui a eu accès à l’endroit.

On ne s’en approche pas aisément. Des gardes armés veillent nerveusement : l’affaire est devenue trop juteuse. A l’échelle de la seule Libye, le marché de l’émigration illégale vers l’Europe génère entre 1 et 1,5 milliard de dollars (jusqu’à 1,25 milliard d’euros) de revenus par an, selon une évaluation d’International Crisis Group (ICG).

Amphithéâtre romain du IIe siècle, sur le site archéologique de la ville de Sabratha, le 20 juillet. 

Deux raisons principales expliquent l’émergence de cette économie migratoire dont la Libye est devenue le foyer. Il y a bien sûr le chaos post-Kadhafi, qui a créé un appel d’air pour les trafiquants de tout acabit. Mais il y a aussi la redistribution géopolitique des migrations traversant la Libye. Historiquement, le pays était surtout un lieu de transit pour des personnes en provenance d’Afrique de l’Est, principalement de la Corne de l’Afrique. Le circuit était intégré : paiement unique, filière de passeurs homogène et au bout du compte une traversée de la Libye au pas de course.

Depuis la révolution de 2011, ces réseaux établis, jadis tolérés par Kadhafi, ont été concurrencés par de nouveaux acteurs qui ont sollicité et activé d’autres bassins migratoires, notamment en Afrique centrale et occidentale. Ainsi le Nigeria a ravi à l’Erythrée le rang de principal pays d’origine, et les Guinéens sont devenus plus nombreux que les Somaliens.

Migrants exposés à tous les abus

Ce basculement géographique s’est accompagné d’un bouleversement du modèle économique : le circuit intégré s’est fragmenté, les clients payant au fil des segments d’un parcours de plus longue durée et plus aléatoire. Privés de passeurs stables, les migrants sont exposés à tous les abus. Avec une telle dérégulation du marché, les prix ont chuté, dopant d’autant plus une demande peu informée ou peu sensible aux nouveaux risques encourus.

Le long de son arc de plages et de criques, Sabratha a été le théâtre de toutes ces mutations. Ahmed Al-Dabbashi, dit Al-Ammu (« oncle »), est considéré comme le plus puissant des parrains locaux supervisant les départs de migrants. Les Nations unies (ONU) le citent dans leurs rapports. Chef de la principale milice de Sabratha, la Brigade des martyrs Anas Al-Dabbashi – nom d’un cousin tué pendant la révolution de 2011 –, le trentenaire, ancien marchand ambulant, a fait bien du chemin.

Tracy est Nigériane originaire d'Abuja, elle a 21 ans et est enfermée dans le centre de détention pour migrantes de Sourman depuis six mois. Elle s'est faite arrêtée par les gardes-côtes libyens alors qu'elle tentait la traversée en Italie. Ce centre enferme 230 personnes dont 27 enfants. Les conditions sont difficiles, la nourriture est mauvaise et servie en petite quantité, l'eau est non-potable et salée. Les problèmes majeurs sont le manque d'assistance médicale, le lait et les couches pour les bébés, qui ne sont plus distribuées depuis deux mois. Le 20 juillet 2017 à Sourman.

Tracy est Nigériane originaire d'Abuja, elle a 21 ans et est enfermée dans le centre de détention pour migrantes de Sourman depuis six mois. Elle s'est faite arrêtée par les gardes-côtes libyens alors qu'elle tentait la traversée en Italie. Ce centre enferme 230 personnes dont 27 enfants. Les conditions sont difficiles, la nourriture est mauvaise et servie en petite quantité, l'eau est non-potable et salée. Les problèmes majeurs sont le manque d'assistance médicale, le lait et les couches pour les bébés, qui ne sont plus distribuées depuis deux mois. Le 20 juillet 2017 à Sourman. Crédits : SAMUEL GRATACAP POUR LE MONDE

Il n’embarrasse pas seulement l’Italie en lançant ses Zodiac emplis de migrants vers l’île de Lampedusa, il illustre aussi les formidables contradictions qui brouillent la politique de Rome à l’égard de la Libye. La milice de « l’oncle » a ainsi conclu un accord avec la compagnie d’hydrocarbures italienne ENI permettant à cette dernière de garder son complexe gazier de Mellitah, à une trentaine de kilomètres à l’ouest de Sabratha.

L’homme qui assure la sécurité des actifs gaziers italiens en Tripolitaine est donc le même que celui qui alimente l’immigration illégale dans la Péninsule… Telle était en tout cas la situation jusqu’à la mi-juillet. Depuis lors, une milice locale hostile au trafic de migrants a fait son apparition, ce qui expliquerait le fléchissement – provisoire ? – des départs depuis Sabratha.

Violence et insécurité permanentes

Issu d’une famille omnipotente de Sabratha, Ahmed Al-Dabbashi avait commencé sa carrière dans la filière historique de la Corne de l’Afrique. Quand des rivaux ont commencé à se manifester alentour, ils se sont livrés à des enlèvements de ses clients lors de leur acheminement vers Sabratha. « Il s’agissait tout à la fois de le priver de revenus et d’endommager sa réputation », résume un observateur. L’année 2015 va toutefois faire basculer durablement le rapport de forces en faveur de « l’oncle ».

En septembre de cette année-là, Zouara, cité de l’extrême ouest du littoral et haut lieu du réveil identitaire amazigh (berbère), décide brutalement de chasser les passeurs de la commune à la suite d’un naufrage ayant rabattu près de deux cents cadavres sur les plages sous les yeux de familles entières. Le conseil municipal charge une milice d’hommes encagoulés – surnommés les « hommes masqués » – de traquer les contrebandiers.

L’affaire est d’importance, car Zouara était jusqu’alors la capitale en Libye du trafic de migrants vers l’Europe. Les contrebandiers de Zouara, dont l’expertise est très prisée, ne resteront pas longtemps inactifs. « L’oncle » de Sabratha, ville voisine, les accueille à bras ouverts. « Ahmed Al-Dabbashi a senti l’argent à gagner, souligne une source libyenne. Il a autorisé les passeurs de Zouara à s’installer sur son territoire à condition qu’ils paient sa protection. » Ainsi Sabratha est devenue, à partir de 2016, le nouveau centre libyen pour les départs vers l’Europe. Zouara, elle, s’est reconvertie dans la contrebande à grande échelle de l’essence subventionnée, notamment vers Malte.

Dans le centre de détention pour migrantes de Sourman, près de Sabratha, le 20 juillet. Deux jours auparavant, un convoi de la police acheminant 80 femmes et 10 enfants depuis le centre mixte de Gharyan a été attaqué par une milice de passeurs de Zaouia. Tous ont été enlevés de force par les passeurs.
Dans le centre de détention pour migrantes de Sourman, près de Sabratha, le 20 juillet. Deux jours auparavant, un convoi de la police acheminant 80 femmes et 10 enfants depuis le centre mixte de Gharyan a été attaqué par une milice de passeurs de Zaouia. Tous ont été enlevés de force par les passeurs. Crédits : SAMUEL GRATACAP POUR LE MONDE

Quand les migrants racontent leur passage à Sabratha, ils évoquent une violence et une insécurité permanentes. Les hangars où ils attendent la nuit opportune sont de simples logis ou des prisons privées, là où sont détenus ceux qui n’ont pas encore payé le passage. Si les propriétaires sont libyens, les gardes sont souvent des Africains subsahariens, anciens migrants eux-mêmes, victimes devenues bourreaux. « Des Nigérians travaillent pour eux », dit Ernest Ikpotokin, un Nigérian rencontré à Misrata (est de Tripoli).

Pannes qui dégénèrent en naufrage

Le danger est partout, sur terre comme sur les eaux. Le risque de naufrage s’est multiplié avec le recours généralisé aux bateaux pneumatiques de 9 mètres made in China, où s’entassent environ 130 personnes. Nombre de ces canots sont importés clandestinement, selon un témoin, dans les soutes de bateaux s’approchant de Zouara pour charger de l’essence libyenne subventionnée, vendue 65 fois plus chère à Malte. Exemple banal du croisement des réseaux de contrebande.

Le « capitaine » du Zodiac, qui tiendra le moteur, est en général un migrant lui-même qui bénéficiera d’une ristourne sur le prix de son trajet. Les passeurs ne montent quasiment plus à bord, de peur de se faire arrêter par les navires européens de l’opération Sophia contre le trafic de migrants.

Un second passager se verra confier une boussole et un téléphone satellite de type Thuraya permettant d’appeler les navires de secours, une fois les eaux internationales franchies. Mais on aura versé dans le réservoir le moins d’essence possible, économies obligent. D’où la fréquence des pannes qui dégénèrent en naufrages.

Une fois au large, s’il n’a pas affaire aux gardes-côtes libyens, le canot devra affronter les « Asma boys » sur leurs jet-skis. La pratique est en pleine expansion. Les « Asma boys », dans le vocabulaire du migrant, sont les garçons des rues qui interpellent les Africains subsahariens, dans les centres urbains, d’un « asma, asma ! » (« écoute, écoute ! ») pour les attirer à eux et les détrousser. La nouveauté est qu’ils sévissent désormais sur les flots. A cheval sur leurs scooters de mer, ils abordent les Zodiac qui ont quitté le littoral à peine une heure plus tôt. Ils sont armés de kalachnikovs, racontent les migrants.

Cycle infernal

Maurice Sobze, un Camerounais rencontré dans le sud-est tunisien, se souvient de sa sortie de Sabratha : « Les Asma boys sur leurs jet-skis nous ont demandé : “Vous êtes les clients de qui ?” On a répondu : “De Mohamed.” C’est le nom du chef de notre réseau de passeurs. Ils nous ont laissés passer. Mais la fois précédente, ils nous avaient pris le moteur, nous forçant à retourner à terre. » Avec un prix qui a grimpé jusqu’à 80 000 dinars libyens (environ 8 300 euros), les moteurs de Zodiac sont devenus un gros enjeu dans les guerres de gangs au large des côtes libyennes.

Si le bateau de Maurice Sobze a pu passer la seconde fois, c’est que « Mohamed » avait entre-temps versé sa dîme aux Asma boys. Mais certains chefs de réseaux refusent de payer. Ils font alors escorter les Zodiac par leurs hommes armés jusqu’en haute mer. Dans tous les cas, la sécurité a un coût, assumé au final par le client. Ainsi, le prix de la traversée de la Méditerranée a récemment augmenté, de 1 000 à 1 500 dinars (156 euros).

Comble de l’humiliation, certains migrants sont convaincus d’avoir été trahis par leurs propres passeurs. « En fait, ce sont les passeurs qui appellent les Asma boys pour les informer du départ des Zodiac, assure Clifford Njokw, un Nigérian rencontré à Misrata. Car ils veulent récupérer à la fois le moteur, le bateau et les passagers. »

Clifford Njokw a ainsi été arrêté « quatre fois » en mer. A chaque retour, il a été placé en détention – officielle ou sauvage, il ne sait plus –, soumis aux coups. Les trois premières fois, il a acheté – par l’intermédiaire de sa famille au Nigeria – sa libération et un nouveau trajet, comme piégé dans un cycle infernal.

Cette fois-ci, il renonce, il veut juste « rentrer au pays ». Crâne rasé, corps tout en muscles, Clifford Njokw rêvait de devenir footballeur en Europe. La désillusion a été brutale. « Sur mes dix-sept mois en Libye, j’en ai passé treize dans une cellule, calcule-t-il. Dans ce pays, dès que tu sors, on t’attrape. »

Vite dit

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 
juge
 
 5/12/2020 - Pratique illégale de la médecine par la juge

Quand un médecin, spécialiste de surcroît, justifie  après une consultation en urgence que l’état de santé d'une jeune femme enceinte de sept mois qu’il  a examinée est incompatible avec une rétention, comment le juge des libertés et de la détention et le représentant de la préfecture peuvent- ils argumenter le contraire et ainsi maintenir la privation de liberté ? Simple , le serment d’Hypocrite qui permet, sur la foi de ce que l’on pense, de s’absoudre de toutes considérations médicales. La justice avance !

Après, que penser du serment d’Hippocrate du médecin du CRA et de l'OFII si prompt à exécuter les basses œuvres des préfectures ?

Désespoir 28/11/2020 - Naître dans un Centre de rétention est ce possible ?

On sait d'ores et déjà qu'il est possible de passer beaucoup de temps dans un Centre de Rétention (jusqu'à 3 mois), d'être relâché puis d'y revenir plusieurs fois.
On sait qu'on peut y mourir (CRA de Rennes, de Vincennes, de Cornebarrieu...)
On sait aussi qu'on peut séparer une maman allaitante de son bébé de 20 jours pendant 4 jours avant de la libérer (CRA de Cornebarrieu).A notre connaissance, nous n'avons pas encore connu une naissance mais cela sera peut-être le cas prochainement au CRA de Cornebarrieu.
En effet, une jeune femme enceinte de 6 mois y est actuellement enfermée depuis presque 2 mois, par la volonté du préfet des Alpes Maritimes.
Comment une femme peut-elle mener une grossesse sereine dans cet univers angoissant ?
Manger, dormir, se laver, se reposer, tout est difficile voire impossible.
Alors avoir un suivi de grossesse adéquat, c'est un luxe impossible. On ne s'en occupeque quand il y a urgence, une hémorragie et des contractions anormales à ce stade de la grossesse.

« Comme je perdais du sang, on m'a emmenée à l'hôpital et depuis mon retour au CRA une infirmière de la PMI m'a téléphoné ».
L’État français fait de belles déclarations au sujet des violences faites aux femmes mais les traite avec mépris et inhumanité dès qu'il s'agit de femmes sans-papiers.
Relayé par les porte-paroles des préfectures et par les juges des libertés et de la détention, le discours est toujours : « le service médical du CRA est compétent ! ».

Alors, une naissance ou une fausse-couche prochainement au CRA de Cornebarrieu ?
Et quels papiers aura le bébé ?

Désespoir

 18/10/2020 - Bienvenue en France, pays du mépris et de l'indignité

Il habite en Haute-Loire, il s'est fait interpeller pour non-port du masque et se retrouve enfermé au centre de rétention de Cornebarrieu. Libéré par le juge 48h après son arrivée, les policiers en charge de la surveillance du centre ouvrent les grilles du centre de rétention, appliquant ainsi la décision judiciaire. Passé les grilles, ce n'est plus leur problème ! Comme beaucoup d'autres personnes enfermées là, cet homme n'a pas d'argent pour repartir chez lui, la batterie de son téléphone est proche de 0% et il ne connaît personne dans la région.

Mais cet homme là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres retenus du centre. C'est ce qui a amené un policier de la Police de l'Air et des Frontières (PAF), ce samedi là et dès l'annonce de la décision du juge au palais de justice, à s'approcher d'un membre du Cercle des Voisins auquel on avait interdit d'assister à l'audience, pour l'informer de cette libération et lui demander de l'aide.

Car ce retenu là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres prisonniers du centre. Ce qu'il a de plus c'est une paire de béquilles, ce qu'il a de moins c'est une jambe ! Pour le reste, il est semblable à tous ceux et celles qui passent dans ce camp.

Nous prenons acte de ce geste d'humanité de la part du policier qui a pris conscience de la fragilité de la personne libérée  mais nous continuons de dénoncer la talentueuse application de l'administration française à maltraiter ceux et celles qui demandent à être régularisés. Nos dirigeants sont à même de déployer des moyens exorbitants pour enfermer des personnes que, lorsqu'elles sont libérées par décision de justice, ils mettent à la rue comme des chiens. Avec une durée d'enfermement de plus en plus longue (jusqu'à 3 mois), quasiment systématique et sans discernement des pathologies physiques et mentales des personnes, l’État français démontre un comportement irresponsable et xénophobe.

Les expulsions sont souvent violentes mais les libérations par décisions de justice ou préfectorales  peuvent aussi l'être quand sont libérées des personnes vulnérables. D'autant que ces centres d'enfermement continuent de fonctionner en cette période de fermeture des frontières et de pandémie, devenant ainsi de nouveaux foyers épidémiques. D'autres policiers sont-ils prêts à aborder cette question avec nous ?

 

 

 

Désespoir
 21/6/2020 - Qui a jeté Tatiana à la rue ? ou Chronique du mépris ordinaire

Tatiana, jeune russe, aux activités malheureusement habituelles sur la Canebière, s'est faite arrêter par la police cannoise. Dans sa « tenue de plage », elle est transférée à la Police aux Frontières à Nice pour un longue garde à vue. L'Obligation de Quitter le Territoire Français tombe et la rétention est demandée par le Préfet des Alpes-Maritimes. Tatiana, toujours dans sa tenue très légère, est transférée en voiture à 580 km de la Promenade des Anglais.
Dans cette tenue de plage, la très jeune femme passera 48 heures au centre de rétention de Cornebarrieu en Haute-Garonne sans que des policiers ou des agents de l’OFII chargé d'accompagner les retenus ne lui trouvent de quoi se vêtir. Elle est présentée samedi 20 juin devant un juge en visio-conférence qui ordonne sa libération. A 18h30, le jour même , Tatiana , toujours dans la même tenue , est jetée à la rue devant le CRA de Cornebarrieu, sans argent, sans téléphone.
Merci les Pousses-aux-Crimes !
Tatiana erre pendant 24 h autour de l'aéroport de Blagnac avant que deux bénévoles du Cercle des Voisins la prennent en charge et la mettent à l'abri.

 

 

Désespoir

17/4/2020 - COVID-19 : CRA zone de non droit - agissons pour leur fermeture

Comme certains autres centres de rétention, le CRA de Toulouse-Cornebarrieu n'est toujours pas vide et ne le sera sans doute jamais car il semble servir de déversoir pour les préfets qui continuent de délivrer des Ordres de Quitter le Territoire Français, ordre absurde s'il en est vu la fermeture actuelle des frontières.
Les centres de rétention sont des zones où il est difficile de savoir réellement ce qui s'y passe. C'est ce qui avait déjà été dénoncé en 2012 pendant la campagne inter-associative 'Ouvrez les portes, on a le droit de savoir' avec Migreurop, Alternatives européennes et Reporters sans frontières auquel le Cercle des Voisins avait participé http://www.migreurop.org/article2106.html
Ces espaces fermés et surveillés par la police sont d'autant plus effrayants pendant cette période de confinement que toute visite devient maintenant impossible.
Les associations d'aide juridique se sont retirées( la Cimade pour le CRA de Cornebarrieu), l'agent de l'Office Francais de l'Immigration et de l'Intégration (OFII ) ne montre son nez que quelques heures par semaine mais son aide se résume à permettre 2 appels téléphoniques aux retenus qui le demandent. Pas de retrait d'argent impossible car selon eux les bureaux de poste sont fermés. Or sans argent, comment acheter des cigarettes, des cartes de téléphone...

Samedi 11 avril, le centre comptait 3 retenus et ce jeudi 16 avril, 5 hommes et une femme y sont maintenant enfermés. Les portes ne semblent s'ouvrir que dans un seul sens !
Le centre de Cornebarrieu compte 3 secteurs hommes, un secteur femme et un secteur famille. Dans chaque secteur, il y a un téléphone public où il est normalement possible de joindre les retenus depuis l'extérieur.
Les 5 hommes sont tous rassemblés au secteur D mais c'est le seul dans lequel il est impossible de les joindre car le téléphone est hors service.
Les retenus ont demandé à changer de secteur mais cela leur a été refusé.

L'un deux est au centre depuis 45 jours (en provenance de Lyon), un autre depuis 21 jours, deux autres sont arrivées plus récemment (le 13/04 après un contrôle à Perpignan et un autre ce jeudi 16 avril).
Une jeune femme arrivée dans le centre il y a 3 jours se retrouve complètement isolée dans son secteur. Elle a 19 ans. Elle ne mange pas.
Et bien sûr, pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, un peit savon
Vous qui êtes français et pendant ce confinement, vous avez du expérimenter une ou plusieurs fois des contrôles policiers visant à vérifier votre attestation de déplacement. Vous avez peut-être tester l'arbitraire de certains contrôles comme ce qui est décrit dans cet article
https://www.bastamag.net/attestation-controle-deplacement-PV-amendes-violences-policieres-confinement-covid
Imaginez ce que peut-être l'arbitraire policier quand vous le subissez 24h/24 dans un centre fermé ! La parole du prisonnier.e ou du "retenu.e" (euphémisme utilisé par l'administration) a -t-elle la même valeur que celle de l’homme ou de la femme en uniforme ?
https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/l-inegalite-des-vies-en-temps-d-epidemie_1782169

Les audiences devant le juge des libertés où nous nous avions l'habitude de nous poster en tant qu'observateur nous sont maintenant inaccessibles. Elles fonctionnent par visio-conférence. Aucune présence citoyenne donc.
Joint sur son propre téléphone, un homme nous dit que les policiers les menacent s'ils évoquent les conditions de leur rétention pendant l'audience.Lui-même a été malade, fiévreux, avait du mal a respirer et a appelé les services d'urgence avec son propre téléphone. C'est un homme en veste rouge de la société ONET qui est venu et a estimé qu'il simulait. Il a ensuite subi la répression policière. Il a été frappé et mis à l'isolement.

Mais les policiers semblent aussi se donner du bon temps avec grillades et bières au menu dans la cour du CRA. Peut-être que les journalistes pourraient aller y faire un tour au moment des repas pour vérifier la fumée.
Mas d'autres distractions policières sont encore moins amusantes et pourraient faire l'objet d'une enquête, comme dire à un retenu de rassembler ses affaires car il est libérable et le traiter de mongole quand il se présente avec son sac, avec ordre de regagner sa cellule.

 

Désespoir

15/4/2020 - Coronavirus et manifestation au CRA du Mesnil-Amelot : le choix de la répression

Ce mardi 14 avril, Christophe Castaner était l'invité du grand entretien sur France Inter. A une question sur la régularisation des sans-papiers, comme l'a fait le Portugal, le ministre de l'intérieur répond: "Si l'on regarde bien ce qu’a fait le Portugal, on s’aperçoit que nous avons le même dispositif, et que nous l’avons même fait avant le Portugal. Là-bas, il s’agit d’une régularisation temporaire de personnes arrivées avant le 18 mars. Nous, nous avons mis ça en place de façon systématique et pour tout le monde : nous n’avons pas besoin de prendre des mesures temporaires parce que les soins urgents sont assurés pour tous. S’agissant des situations administratives, nous avons prolongé de 90 jours tous les titres. Pour faire simple : nous avons fait comme le Portugal, mais avant le Portugal."

Aucune réaction des journalistes Léa Salamé et Nicolas Demorand !

Désespoir

Monsieur Castaner et ses interlocuteurs ne peuvent pourtant pas ignorer ce qu'a déclaré Adeline Hazan, le contrôleure des lieux de privation de liberté le 11 avril sur cette même radio.

"Aucun plan n’avait été envisagé pour faire face aux conséquences d’une épidémie en prison"
Ce même 11 avril, Monsieur Castaner ne pouvait pas ignorer que les prisonniers du CRA du Mesnil-Amelot en grève de la faim pour réclamer leur liberté ont été durement réprimés ce même 11 avril. C'est lui qui a donné l'ordre aux CRS de mater la rébellion.
C'est encore lui qui a autorisé le transfert de ces hommes dans d'autres centres de rétention (Lille, Rouen).

Alors, cessez de mentir Monsieur Castaner : La France n'a pas régularisé les sans-papiers comme l'a fait le Portugal.
Cessez de participer à la propagande gouvernementale, messieurs les journalistes!

 

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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