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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Source : Mediapart - RESF 92 - 26/08/2017

Fin de l'enfermement de deux enfants albanaises et de leurs parents, à l'issue de 15 jours de rétention. Le ministère de l'intérieur a plié, soucieux de préserver une apparence d'image. Un dénouement heureux pour la famille, victime comme la majorité des demandeurs d'asile d'une politique migratoire violente.

A quelques jours de présenter son Plan Migrants et de se rendre en Albanie, le ministre de l'intérieur Gérard Collomb toilette son image, et découvre au bout de deux semaines interminables « les risques sanitaires que soulève [le] maintien en rétention » d'un jeune enfant. Il était temps.

Il ne fait aucun que doute les nombreux appels, mails et fax adressés au Préfet du Doubs et au Ministère, l'investigation tenace menée par une journaliste et ses collègues sur les irrégularités qui ont conduit à la rétention de la famille, ont facilité cette découverte.

La famille albanaise, arrivée à Besançon courant juillet s'était enregistrée comme demandeuse d'asile et avait logiquement obtenu un rendez-vous le 28 septembre pour l'étude de sa demande. La police de Besançon ne s'arrête pas à ces points de détails. Aussi a-t-elle été arrêtée le 11 août, au mépris de ce qui constitue les droits des demandeur d'asile : un hébergement et la possibilité de faire valoir les motifs de sa demande.

Arrestation

Ils sont donc arrêtés, frappés d'une OQTF (obligation de quitter le territoire français), et selon la réglementation, informés de leurs droits, grâce « au truchement d'un interprète » (dans le texte !) Le procès verbal mentionne que la famille souhaite exercer ses droits mais également qu'elle ne demande aucune aide, ni interprète, ni médecin, ni conseil. Mystère de la traduction.

Rétention

Embarquement en véhicule de police et quelques heures plus tard, c'est l'arrivée au Centre de rétention du Mesnil-Amelot, au bout des pistes de Roissy, l'enfermement dans le secteur « famille », la compagnie des autres retenus. Une chance pour eux, un jeune kosovar parle albanais, et français parfaitement, il se fera leur interprète, retenu malheureux que son intégration exemplaire dans la société champenoise ne parviendra pas à empêcher d'être expulsé d'un jour à l'autre.

Les audiences se succèdent, valident sans problème l'OQTF et la rétention des enfants. Une demande d'asile est déposée tandis que l'information commence à circuler dans les réseaux militants et que la mobilisation monte en puissance.

Première visite au CRA, les mains vides. Un fonctionnaire appelé le matin au téléphone, précise : ni livres, ni jouets, ni coloriages. A l'entrée du centre, première fouille complète, face à un policier l'arme au flanc, même réponse : RIEN ! A la troisième fois, la réponse est différente, finalement, il y aurait eu erreur, et des feutres sont apportés aux enfants pendant le parloir.

Le sol est sale, la poubelle déborde de déchets alimentaires consommés sur place, c'est la règle.

Les petites, à cran, tournent en rond dans la pièce minuscule. La mère s'efforce de ne pas pleurer devant elles. Le père explique, le jeune kosovar traduit. Désespoir, l'angoisse qui empêche de dormir et parfois de respirer. Dix jours d'enfermement déjà.

Mobilisation

Le 21 août, annulation du vol prévu ce jour-là, pour permettre à la demande d’asile de la famille d’être entendue par l’OFPRA, justifie le ministère.

Les parents préparent leur entretien. Sur leur convocation est noté : «  vous présenter pour un entretien avec un représentant de l'Office. PREFECTURE DE MELUN » . En réalité, l'entretien avec l'OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides) habilité à traiter une demande d'asile, se déroule au Centre de rétention, « en visioconférence, dans un local spécialement aménagé à cet effet, selon des modalités techniques garantissant la confidentialité de la transmission fidèle des propos ». Mais ça, c'est écrit en petit. Et pas de tiers pour confirmer si la confidentialité a été respectée (on entend tout d'une pièce à l'autre). La famille attend beaucoup de cette démarche, mais plus pressant est de parvenir à faire plier le Ministère. La veille, avant même que leur entretien ait eu lieu, et encore moins la réponse, les parents ont appris qu'un vol était prévu pour eux le 30 août. C'est dire...

Appels, fax, mails arrivent chez la Conseillère d'Immigration, régulièrement en réunion, quelques appels, le dernier communiqué de presse avec photos des fillettes, parviennent au cabinet du Ministre. Le choc des images, le poids des mots.

Libération

Le 25, tout se précipite. RESF reçoit un appel du jeune kosovar : Ils vont être libérés ! Ils ont vu le médecin. On s'informe. C'est impossible, d'autant qu'on apprend en même temps que la demande d'asile a été rejetée. Appel des militants de Besançon, qui viennent d'apprendre d'une journaliste la libération de la famille. Appel de la mère, un seul mot, en français « LIBERE » . Nouvel appel à la Cimade du centre pour vérifier. Confirmation. Mais … ils sont déjà dehors. Ballet des appels, on ne sait plus qui parle à qui, un policier ? Ah ? Vous venez les chercher ? Mais ils ne sont plus là. On obtient qu'ils les mettent à l'abri quelque part, ce sera l'abribus du village du Mesnil Amelot . Dehors, c'est le déluge .

Plus d'une heure plus tard, ils sont bien là, ils attendent, sous l'abri bus du village noyé sous la pluie, totalement désert, les petites crottées de boue, leurs effets entassés dans 3 sacs en plastique.

Embrassades, quelques larmes, eux n'en finissent plus de remercier.

Plus tard, ils prendront le train, retrouveront les militants qui leur ont trouvé un hébergement pour le week-end. Pour qu'ils se posent enfin, une ou deux nuits.

Et la politique dans tout ça ?

Le courage dont devraient faire preuve le Président et le Ministre serait d'interdire définitivement et par une loi tout enfermement de mineurs en rétention, et de se mettre, enfin ! en conformité avec les principes des textes internationaux parmi lesquels la Convention Européenne des Droits de l’Homme (CEDH) et la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE). Ni à droite, ni à gauche, puisque c'est ainsi qu'ils se définissent, personne de bon sens ne prétend qu'un enfant doit être privé de liberté pour des raisons administratives. C'est au point que les enfants ne sont pas « inscrits » au Centre de rétention. Ils n'y ont pas d'existence juridique. Juste le droit de subir pareille maltraitance.

Changer la société comme le souhaitent ces nouveaux gouvernants, c'est montrer l'exemple du courage et de l'audace dans ce domaine aussi. Il y a des progrès à faire !

Armelle Gardien
RESF 92

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Vite dit

9/3/2019 - Respect des êtres humains ? Bof !
Cet AM, la PAF du CRA de Cornebarrieu a appelé Alain et Catherine, militants du Cercle des Voisins. Mr X, retenu au CRA, était dehors, soi-disant suite à une décision de justice.
Alain et Catherine sont allés le récupérer; en guise de dossier médical les policiers de la PAF leur dont donné une enveloppe vide et 2 comprimés de Doliprane, mais comme Mr X est atteint d'une maladie psychiatrique grave, il a absolument besoin d'un traitement contre la schizophrénie, ils l'ont amené aux urgences psy.
Après 2h30 aux urgences psy, ils sortent avec 2 Temesta (Lorazépam) et rassurés (+ou- ) sur un éventuel comportement dangereux. Il passe la nuit chez nos militants sans problème. Le lendemain matin re-problème. La PAF du CRA ignore ou se trouve son dossier médical. Après une dizaine d’appels, ils obtiennent une réponse peu coopérante au début : venez lundi (ça rouspète dur !!!), mais finalement ils les rappellent : l’infirmière avait préparé le dossier avec 5 jours de traitement, mais les policiers de service ne le savaient pas (et c’est bien le dernier de leur souci).... Ils sont donc allés chercher ce dossier avec, bien évidemment, Mr X. Retour à la maison et achat d’un billet sur OUI BUS pour la destination qu'il souhaitait. Ils l'ont laissé devant le bus.
Un cas exceptionnel ? Malheureusement non. Les policiers de la PAF et l'État français déchargent leur responsabilité régulièrement sur les associations de soutien aux retenus avec une désinvolture qui ne peut qu'être assimilé à la mise en danger d'autrui, ou du moins à la non-assistance à personne en danger.
Jusqu'à quand, sous prétexte de protéger la France de cette "horde d'étrangers envahissants", allons-nous permettre au gouvernement de violer et piétiner les droits fondamentaux des êtres humains, ces droits mêmes qui feraient de la France le grand pays qu'elle prétend être ?

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22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

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13/2/2019 - MERCI de votre aide, Monsieur

Qu'est ce que ça fait du bien de rencontrer à l'accueil de la gare Matabiau, un agent SNCF prêt à outrepasser son strict travail de base.
Aider c'est déjà être à l'écoute de la personne, l'aider à formuler sa demande quand il ne parle bien le français, lui donner les renseignements sur les différentes possibilités de voyager. Ce soir là, la demande était d'aller vers Paris. Il y avait 2 solutions le train très cher et le bus Ouibus plus abordable.
Ce soir là, suite à notre demande, cet agent nous a tout simplement offert cette possibilité de choisir entre ces 2 solutions.
La base de son travail c'est de renseigner et vendre des billets SNCF, mais pas d'aller chercher la solution du bus. Il l'a fait et nous l'en remercions sincèrement. Mais il avait aussi deviné la vulnérabilité de la personne qui allait voyager. Cette personne était ce qu'on appelle, un sans-papiers sortant du centre de rétention de Cornebarrieu.
La gare est un des endroits les plus contrôlés de Toulouse et donc un endroit à éviter quand on n'est pas en règle avec l'administration française.

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19/1/2019 - « Occupation illégale de la voie publique »
C'est ce qu'a osé dire le porte-parole de la préfecture lors de l'audience du juge de la liberté et de la détention pour justifier l'interpellation de cet homme SDF, victime d'un accident du travail. Sans le papier l'autorisant à rester sur le territoire français mais avec une besace lourdement chargé de toute la paperasse qui contient la trace de son histoire personnelle, de sa vie.
Personne ne dirait qu’il est peu « fou », juste franchement malade, malade de la rue qui épuise et broie les organismes. Il n’a rien à faire au CRA  mais il doit y rester!
Ne serait-il pas mieux de lui proposer un peu de réconfort, un abri décent et des soins adéquats ?

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26/11/2018 - Théoriquement libre
Libéré par le juge judiciaire ce jour, le jeune M. ne pourra voyager aux côtés de son papa venu spécialement de Paris, assister à l'audience.
En effet, dépourvu de papier d'identité, il lui est interdit de prendre le bus, transport en commun le plus accessible (car subventionné). Comment rejoindra-t-il sa famille qui habite Paris? 
Par le train en payant un billet 2 ou 3 fois plus cher que le prix du bus, en prenant le risque d'être débarqué en cours de route ?
Quelle possibilité reste-il à un sortant du CRA, sans papier,  de regagner son domicile parisien ?

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29/9/2018 - Ils sont vraiment désespérés pour risquer leur vie
A bord de l’Aquarius, qui fait route vers la Méditerranée centrale, quand le Dr Carlos Jaramillo pense aux migrants qu’il se prépare à secourir en mer, il se repasse les images du 11 septembre 2001. Celles de ces femmes et de ces hommes sautant par les fenêtres du World Trade Center, leur corps lancé dans une chute vertigineuse et sans issue. « Il devait y avoir l’enfer derrière ces fenêtres pour qu’ils se jettent dans le vide », dit-il. Comme ces gens qui choisissent de tenter la traversée de la Méditerranée dans des embarcations de fortune. « Ils sont vraiment désespérés pour risquer leur vie en mer », résume Carlos Jaramillo.

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reves jeunesse24/9/2018 - On n'a pas le droit de tuer les rêves de la jeunesse !
Nous sommes accoutumés à ce que nos jeunes voyagent à travers le monde, par Erasmus mais aussi bien souvent, sans qualification particulière, en Angleterre voire en Australie qui semble exercer sur eux une forte attraction. La plupart du temps au bout de quelques mois ou quelques années ils reviennent dans leur pays d'origine.
Comment ne pas comprendre que des jeunes nés au sud ne partagent pas ce rêve de découvrir un jour ce qu'ils voient sur leur télé ou leur portable ? 
Nous avons reçu un jeune venu de son village du fin fond de la Gambie dont le rêve était de voir le PSG ! Un autre après avoir erré entre Paris et Limoges et être mis en rétention, au vu de l'accueil reçu ici, nous disait "Finalement on est mieux chez nous".
Il est bien évident que ceux qui ont réussi à arriver après un parcours périlleux n'ont pas vraiment envie de repartir et cela d'autant moins qu'ils n'ont aucun moyen matériel pour rentrer chez eux, sans parler du fait qu'ils doivent bien souvent rembourser des sommes exorbitantes aux familles qui les ont aidé.
Donnons leur la chance de sortir de chez eux. 
On n'a pas le droit de tuer les rêves de la jeunesse !

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4/9/2018 - Dans quel monde vivons-nous ?
Comment une famille venant d’Ukraine avec deux enfants de 3 et 5 ans, après avoir déposé une demande d’asile, s’est retrouvée à la rue sans aucun hébergement et rapidement sans ressources a fini, au bout de 40 jours, par s’installer dans l’aéroport de Blagnac pour pouvoir être à l’abri, et qu’il ait fallu l’entremise d’un policier de la PAF qui nous a prévenus pour que nous puissions leur trouver une solution transitoire grâce aux réseaux de solidarité ?
Comment encore aujourd’hui n’ont-ils pas de solution digne qui leur soit proposée ?
Dans quel monde vivons-nous ?

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Formation CESEDA

Le Cercle des voisins a proposé deux sessions de formation sur la nouvelle loi CESEDA animées par Maître Benjamin Francos (ADE) les samedi 19 novembre et 10 décembre 2016.
Nous vous proposons ici les vidéos et bandes sonores réalisés lors des séances.

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