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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Source : Slate - Philippe Boggio - 28/08/2017

Si ses ressortissants représentent la nation la plus importante aux guichets des demandes d’asile dans l’Hexagone, c'est parce que la frontière entre immigration politique et économique, et entre persécution collective et individuelle, est plus complexe qu'on ne le croit.

Ils ont été la plus mauvaise surprise, au chapitre des migrations, d’Édouard Philippe et de Gérard Collomb à leur arrivée au gouvernement, au point que le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur ont l’un et l’autre jugé nécessaire de leur consacrer un paragraphe de l’une de leurs premières interventions respectives. Des Albanais! Des Albanais dans les files d’attente des demandeurs d’asile, en France, alors que leur pays d’origine figure sur la liste dite des pays «sûrs», établie par le conseil d’administration de l’Office français pour la protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), une décision confirmée par le Conseil d’Etat fin 2016.

Le label «pays d’origine sûr» attribué à un Etat condamne en principe les ressortissants de celui-ci à être déboutés de toute demande d’asile, dans la majorité des cas. Il existe même une procédure particulière, dite «accélérée», pour de telles démarches, qui permet en fait à l’administration de les éconduire plus rapidement. Alors, que font des Albanais parmi toutes les victimes de persécutions, de privations de leurs droits fondamentaux, qui sollicitent le bénéfice d’une protection politique auprès de la France?

Et surtout, en si grand nombre? Édouard Philippe et Gérard Collomb ne pouvaient pas les manquer. En pleine guerre de Syrie, et alors que quatre millions de Syriens sont dispersés, avant même d’envisager un départ pour l’Europe, entre le Liban, la Jordanie et la Turquie; en pleine réactivation de la filière «libyenne», empruntée par les Africains de l’Est et de l’Ouest, via la Méditerranée; sous la pression aussi des candidats à l’exil afghans, irakiens, pakistanais, voilà que des cousins européens, juste venus des Balkans voisins, réussissent le tour de force de représenter la nation la plus importante aux guichets des demandes d’asile dans l’Hexagone. Entre janvier et novembre 2016, les Albanais ont déposé 5.769 dossiers de candidature. Plus que l’ensemble des Syriens. Devant encore tous les Afghans réunis, tous les Soudanais, ou ces milliers d’Haïtiens qui tentent de forcer la frontière du Maroni (Guyane). «Aujourd’hui, 75% des demandes d’asile déposées en Europe par des Albanais le sont en France», s’inquiète le ministre de l’Intérieur.

À Metz, l’une des portes d’entrée des migrants venus des Balkans, les demandes d’asile ont bondi de 63% au premier trimestre, avec 1.268 enregistrements. On en avait déjà compté 2.700 l’année précédente. Parmi elles, 70% de candidatures balkaniques, dont 40% d’Albanaises. Le centre d’accueil, installé sur un parking de l’avenue de Blida, dans le chef-lieu mosellan, a été submergé de longues semaines durant. À Besançon, des familles sont apparues, un soir, devant la gare, des familles au tour de taille de clans familiaux, grands-parents compris, et n’ont plus bougé de leur sitting improvisé. La préfecture a finalement organisé leur transfert vers des régions plus éloignées, déjà pour qu’elles ne croisent pas les activités des mafias de délinquants ou de passeurs albanais, qu’on soupçonne d’être clandestinement installées en France.

Les agents de l’OFPRA ont l’habitude de telles poussées migratoires venues de l’est. «Elles sont cycliques», explique-t-on avec philosophie. Les ressortissants de ces pays finissent par être déboutés de leurs demandes d’asile, et renvoyés. Mais on reconnaît qu’ils encombrent. Juste avant cette «saison albanaise», l’administration était enfin parvenue à décourager les Kosovars, en majorité Roms, des provinces justement proches de l’Albanie voisine, de leur engouement chronique pour la France depuis presqu’une décennie. Des habitudes prises pendant la guerre du Kosovo, à la fin des années 1990, quand des colonnes de refugiés serbo-Kosovars ou de Kosovars albanophones avaient reçu un accueil bienveillant en Allemagne, en France, en Suisse ou en Suède, au nom de la solidarité entre les peuples européens.

«Nous voulons leur dire: ne venez pas!»

L’Allemagne et la France font d’ailleurs cause commune dans tous les signes du changement d’époque, du retournement d’opinion dont témoigne l’agacement des grands pays d’accueil. Depuis 2012, Paris et Berlin menacent conjointement, par l’intermédiaire de l’Europe, les États des Balkans d’être condamnés à voir se réinstaurer une «politique de visas», dont leurs citoyens sont exemptés, pour l’Espace Schengen, si les demandes d’asile «abusives» continuent. L’Allemagne a simplement un peu d’avance dans le durcissement du point de vue national à l’égard de ces très insistantes populations immigrantes.

Le gouvernement d’Angela Merkel règle en effet peu à peu «sa» question albanaise. De haute lutte, il faut dire, à l’usure, même, puisque la chancelière réclamait déjà à la Communauté européenne, au plus fort de la «vague migratoire» de 2015, le classement des pays des Balkans, en particulier du Kosovo, de la Macédoine et de l’Albanie, parmi les pays d’origine «sûrs». Elle avait même mis en balance, alors, son accord pour l’accueil, en Allemagne, de plusieurs centaines de milliers de Syriens qui fuyaient la guerre par la Turquie et les Balkans. Après les Kosovars, le gouvernement d’Angela Merkel est parvenu à assécher cette immigration albanaise aux demandes d’asile jugées abusives. Au prix fort: l’an dernier, quelques 15.000 des 50.000 procédures de «retour volontaire», c’est à dire avec assistance financière, concernaient des Albanais.

Ceux qui se présentent maintenant en France sont d’abord les éconduits d’Allemagne, et si, en 2016, le pourcentage des bénéficiaires du droit d’asile parmi les Albanais est tombé à 0,4%, outre-Rhin, il était encore de 16% (après recours) sur notre territoire. Les diplomates français et les agents de l’OFPRA n’ont plus qu’à retourner dans les Balkans, cette fois à Tirana, après les campagnes pédagogiques de Pristina (Kosovo), à la suite de leurs homologues allemands, qui se sont succédés, deux ans durant, en Albanie, à la télévision nationale ou dans les universités, pour tenter de dissuader les jeunes et les familles d’aller tenter leur chance dans une ville allemande. Thomas de Maizière, le ministre allemand de l’Intérieur, expliquait déjà, en 2015: «Nous voulons envoyer un message clair à ceux […] qui ne fuient pas la guerre ou qui ne sont pas victimes de persécutions. Nous voulons leur dire: ne venez pas!»

C’est au tour de Gérard Collomb d’entreprendre ce voyage. Le 20 juillet, celui-ci a reçu son homologue albanais, venu lui promettre de mettre en place un plan pour limiter l’émigration vers la France. «Dans trois mois, lui a répondu le locataire de la place Beauvau, j’irai à Tirana pour faire le point des mesures qui auront été mises en œuvre. Il sera essentiel d’obtenir des résultats concrets […]» Les Albanais auront-ils peur de Gérard Collomb? Depuis l’hiver dernier, l’ambassadeur de France en Albanie ne cesse d’entretenir le gouvernement de la forte augmentation des départs vers la France. En particulier des plus jeunes, des célibataires, confrontés à un chômage de 30%, ou des familles des régions agricoles, parmi les plus pauvres d’Europe.

Ils se savent mal aimés dans l’Hexagone, assimilés aux mafias que comptent leurs rangs, souvent coupables, comme les Kosovars, d’avoir formé des réseaux de cambriolages, de prostitution ou des passeurs. Mais ils partent tout de même, par les aéroports de Skopje ou de Pristina, la capitale voisine. Ou alors ils font la chasse aux passeports bulgares, depuis que Sofia s’est mise en tête de trouver à beaucoup d’Albanais ou de Macédoniens des origines bulgares méritant sauf-conduit.

Un peuple pas comme les autres

C’est que ce peuple n’est pas comme les autres. On devrait lui rendre hommage, à l’heure du retour des tensions identitaires un peu partout en Europe, d’être lui dénué de tout nationalisme, il est vrai après avoir vécu soixante-dix ans d’enfermement communiste. L’Albanie ne tient pas dans ses frontières. Elle est partout chez elle, plutôt que sur place, et toute disposée à épouser le nationalisme de l’autre pour peu qu’on lui fasse une petite place. Les Albanais sont tous un peu des Albanais d’ailleurs, au moins de cœur. D’une diaspora culturelle. De Grèce ou d’Italie, de Macédoine ou de Turquie, évidemment du Kosovo –qui a été province albanaise avant que le communisme yougoslave ne l’en prive. Puis, de plus loin, des États-Unis et d’Australie, avant les chapitres allemand et français de sa chronique d’expatriation récente.

Depuis la chute du Mur, et la démocratie recouvrée, l’Albanie voit loin, au delà même de l’horizon. Ce pays candidat à tous les jumelages compte 2,9 millions d’habitants pour plus d’un million d’Albanais à l’étranger. Et l’on voudrait que le ministre de l’Intérieur français soit entendu quand il viendra exiger l’arrêt de l’émigration vers Metz ou Besançon? Peine perdue. Comme les Allemands, les Français devront y ajouter la contrainte –ou l’intéressement. L’Albanie fait comme les pays pauvres, en ces temps d’échanges marqué par un libéralisme décomplexé: elle vit d’abord des ressources levées par les siens de par le monde. Elle rançonne, à travers ses ressortissants? Oui, indirectement, mais avec la manière. En manifestant une vive attirance pour ses pays hôtes.

Si l’Europe était plus attentive, elle réaliserait que, par son sud, sud-est, elle est, ici et là, aussi albanaise. Comme il ne fallait pas toucher aux Indiens d’Amérique et aux aborigènes d’Australie, il pourrait y avoir risque de malheur à s’en prendre aux Albanais d’Europe. Il existe des peuples sacrés, c’est comme ça, on ne sait trop pourquoi, comme les Roms, qui, passées la Hongrie et la Roumanie, sont tous plus ou moins Albanais. On en connaît beaucoup, des langues si largement parlées? En Turquie, Bulgarie, Roumanie, Hongrie, Macédoine, Grèce, même en Italie, où l’albanais bénéficie d’une protection linguistique?

Une fois Édouard Philippe et Gérard Collomb revenus de leur émotion, on pourrait leur suggérer, dans le temps qui s’annonce, de l’éviction plus systématique des Albanais, de ne pas tout à fait agir comme les Allemands. Le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur mettent en avant, on le comprend, cet exemple parlant pour convaincre des bien-fondés de la réforme de l’asile prônée par le président de la République, qui souhaite mettre fin à l’immigration dite économique, par opposition à l’asile politique. Or, ce n’est pas pour rien, non par négligence, que l’OFPRA a encore permis, en 2016, à 16% des «demandeurs» albanais de profiter d’une protection. L’office sait mieux que quiconque, pour avoir multiplié les enquêtes aux quatre coins du monde, combien il reste de cas de persécutions individuelles au milieu des bataillons d’immigrés dits économiques.

Femmes victimes des milices et armées privées, qui considèrent, en Afrique, le viol systématique comme une arme de guerre, mauvais traitements à enfants, ségrégation à l’égard des homosexuels… Racisme, interdictions religieuses, emprises de mafias, guerres de clans familiaux, pouvoirs abusifs des pères sur les fils, des fils sur les filles, des caïds de tous les continents sur les plus faibles, etc. Faire comme les Allemands, tenter de parvenir à 0,4% de statuts de réfugiés accordés, et, chose faite, le considérer comme un acquis, et non comme une atteinte à ses propres valeurs, c’est forcément contrevenir aux recommandations de la Convention européenne sur les réfugiés. Il y est écrit, à l’article 3: «Les Etats contractants appliqueront les dispositions de cette convention aux réfugiés sans discrimination quant à la race, la religion ou le pays d’origine.»

Tentation de l'éviction générale

Quant justice aura été par exemple rendue, au guichet des demandeurs d’asile, aux femmes battues d’Albanie, aux victimes de clans à Tirana, simplement aux individus abandonnés par la protection de leur police et de leur justice locales, au plus loin, en Albanie, il restera, vis à vis de ce pays-là comme des autres, même très officiellement inscrits sur la liste des pays «sûrs», à statuer sur le sort des nouveaux esclaves de l’exil migratoire.

Ce phénomène, aux mains des mafias de passeurs, est en constante augmentation, à toutes les étapes de la route vers l’Europe. À Agadez (Niger) comme à Tripoli (Libye); dans le sud de l’Italie, et même en France. Endettés auprès de passeurs, des migrants sont contraints de se laisser employer, souvent à des conditions inhumaines. Souvent des femmes, comme domestiques. Mais aussi dans les services ou le bâtiment. Comme autrefois, sur les marchés d’esclaves, il arrive que les «clients» des passeurs viennent prendre livraison, directement sur le port d’arrivée des bateaux.

Aussi pourrait-on suggérer à Édouard Philippe et Gérard Collomb de se garder de toute tentation d’éviction générale de l’immigration économique. De laisser l’OFPRA poursuivre une mission de droit humanitaire, telle qu’elle a été définie au sortir de la dernière guerre par des humanistes, et continuer à séparer le bon grain de l’ivraie, dans ses files d’attente, même si l’opération est fastidieuse et coûteuse.

Ce serait même l’occasion, pourquoi pas, rêver n’est pas interdit, de présenter la France d’Emmanuel Macron comme un laboratoire des nouvelles visions du droit d’asile. Et pourquoi pas de la défense des femmes du monde, même quand celles-ci ne sont plus, au regard des ambitions gouvernementales, que de simples migrantes économiques.

 

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Vite dit

23/9/2019 - D’où viennent les « migrants économiques » ?
(Citation extraite d’un article de Toni Morrison publié en mars 2015 par l’hebdomadaire The Nation)

"Pendant la majeure partie des cinq derniers siècles, l’Afrique a été considérée comme pauvre, désespérément pauvre, en dépit du fait qu’elle est outrageusement riche en pétrole, or, diamants, métaux précieux, etc. Mais comme ces richesses n’appartiennent pas en grande partie à ceux qui y ont vécu toute leur vie, elles sont restées dans l’esprit de l’Occident dignes de dédain, de douleur et, bien sûr, de pillage. Nous oublions parfois que le colonialisme était et est toujours une guerre, une guerre pour contrôler et posséder les ressources d’un autre pays, c’est-à-dire l’argent. Nous pouvons aussi nous leurrer en pensant que nos efforts pour « civiliser » ou « pacifier » d’autres pays ne sont pas une question d’argent. L’esclavage a toujours été une question d’argent: du travail gratuit produisant de l’argent pour les propriétaires et les industries. Les « travailleurs pauvres » et les « pauvres sans emploi » contemporains sont comme les richesses dormantes de « l’Afrique coloniale la plus sombre » – disponibles pour le vol des salaires et le recel des biens, et appartenant à des entreprises métastatiques qui étouffent les voix dissidentes."

À la lumière de ce texte, qui décrit une réalité incontestable, qui peut dès lors prétendre être surpris que des milliers de personnes décident d'abandonner leurs vies, leurs familles, leur histoire pour chercher une vie meilleure ailleurs?
Qui peut dès lors, la main sur le cœur, prétendre que c'est nous, les pays du "premier monde", qui sommes "injustement envahis" par des hordes de "profiteurs parasites" alors que seule une toute petite partie de ces exilé.e.s s'installent dans nos pays?
Qui peut dès lors leur refuser le droit de chercher une vie meilleure, dont nous les avons privés dans leurs propres pays?

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15/9/2019 - On parle d’État de droit ou des tas de droits ?
Suite à nos protestations sur l’expulsion collective de familles de Géorgiens au début de l’été, le préfet de la Côte d’Or nous précise que « La politique migratoire conduite par le Ministère de l’Intérieur et que je mets en oeuvre /…/ est une politique équilibrée qui s'inscrit dans la stricte application de la loi et de l'État de droit. L’État de droit ne saurait être divisible : c'est l’État de droit qui instruit avec rigueur, discernement et humanité /.../ c'est aussi ce même État de droit qui éloigne des étrangers en situation irrégulière ».
Se réfugier ainsi sous le parapluie des tas de droit que nos dirigeants s’évertuent à complexifier chaque fois plus pour interdire tout accès au séjour des étrangers ou pour transformer des problèmes administratifs en délit pénal en prononçant des interdictions de territoire et ainsi transformer la rétention en détention est la marque d’une dérive continue vers une perte de valeur.
Il n’est pas fortuit que la nouvelle Commission européenne change le nom de l'ancien portefeuille lié au droit d'asile, "Migrations, Affaires intérieures & Citoyenneté" par "Protection du mode de vie européen" en omettant ainsi l'essentiel qui serait de « Protéger nos valeurs européennes ».

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Brutalité policière15/9/2019 - Les policiers sont-ils des êtres humains comme les autres ?
Vous recevez chez vous un couple et la dame se déplace difficilement avec des béquilles. Ils doivent partir, mais vous ne pouvez pas quitter votre domicile. Il n’est pas possible d’appeler un taxi et il n’y a pas de transports en commun. En revanche, vous savez que vos voisins sont sur le point de s’en aller. Il semble tout à fait normal que vous fassiez appel à eux pour leur demander s’ils peuvent raccompagner le couple.
Dans notre cas, nous étions une vingtaine de voisins rassemblés devant le Centre de Rétention de Cornebarrieu, isolé au milieu des pistes de l’aéroport, et nous allions quitter les lieux vers 13h00. Dans le même temps les policiers du Centre finalisaient les formalités administratives pour faire sortir un couple indien dont la dame marchait difficilement avec des béquilles et qui venait d’être libéré par le Tribunal Administratif.
Et bien que croyez-vous qu’il arriva ?
Aucun policier n’a pris l’initiative de nous prévenir et les personnes ont été mises dehors vers 13h30, au moment où ni la Cimade ni personne d’autre ne pouvait les aider.
Est-ce que le port de l’uniforme empêche d’avoir un minimum d’humanité ?

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15/7/2019 - L'esclavage, mauvaise surprise ou politique économique officieuse ?
La France accueille de nombreuses personnes étrangères fuyant des guerres ou cherchant une vie meilleure. Elles sont motivées, le travail ne leur fait pas peur, mais, sans papiers, elles ne peuvent travailler n'importe où et dans n'importe quoi. Malgré tout, certaines réussissent à trouver un travail saisonnier, difficile et mal payé, mais un travail quand même.
Mme D. fait partie de ceux-là. Elle a trouvé du travail au Château de Plaimont. En situation de faiblesse, n'ayant pas de papiers, son employeur n'a pas trouvé utile de lui établir un contrat de travail comme la loi l’exige.
Quand Mme D. arrête son travail et demande à être payée, son employeur lui rétorque une fin de non-recevoir. Cet employeur a profité de la situation de faiblesse administrative de Mme D., sans papiers et constamment sous la menace d'une expulsion, pour la traiter comme une esclave.
Ce serait déjà extrêmement grave si c'était un cas isolé, mais malheureusement ce n'est pas le cas. Des employeurs sans scrupules, se sachant presque intouchables, profitent régulièrement de personnes faibles pour les exploiter puis empocher le fruit de leur travail. L'OFII (Office français d'Immigration et d'Intégration) a la responsabilité de récupérer ces sommes pour le compte de ces travailleurs, mais rares sont les étrangers qui savent ça, et encore plus rares ceux qui demandent à l'OFII de le faire, et les employeurs comptent là-dessus.
Pour ma part, tout le vin produit par le Chateau de Plaimont a tourné, lui donnant un arrière-goût d'esclavage insupportable.
Pour en savoir plus lisez ceci.

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2/7/2019 - La fin d'une vie, la fin d'un rêve
Difficile d'imaginer l'état de désespoir dans lequel doit se trouver une personne pour décider de mettre fin à ses jours.
Quand de surcroit cette personne est un jeune mineur, qui par définition a toute sa vie devant lui pour se remettre des accidents de la vie et se construire un futur digne, aucune excuse, aucun prétexte ni aucune explication ne peuvent dédouaner les responsables.
X, jeune mineur étranger isolé de 17 ans, placé conformément à la loi sous la protection de l'État, décide de mettre fin à ses jours. Hébergé dans une chambre d'hôtel lugubre, abandonné par l'État sans suivi, ni accompagnement, ni éducation, avec juste le nécessaire pour s'acheter un ou deux repas simples par jour, n'a plus pu le supporter et est passé à l'acte.
La phrase tant répétée par nos dirigeants : "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde" perd ici tout son sens, et laisse apparaître à la vue de tout le monde le cynisme et l'hypocrisie d'une politique migratoire inhumaine qui, s'appuyant sur des considérations de confort économique, ou pire encore, électorales, trahi les valeurs fondamentales de la République, et viole les conventions internationales des droits de l'homme et des enfants que la France a signées.
L'État avait la responsabilité de la sécurité et du bien être de ce jeune, mais elle l'a abandonné, le laissant sombrer dans le désespoir. L'État et ses dirigeants doivent rendre des comptes. Ne rien faire signifierait que la France considère la mort inutile et injustifiable d'un jeune mineur comme un simple fait divers, et cela signifierait officiellement la fin de la "France, pays des droits de l'homme".
Pour en savoir plus, lisez ceci.

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29/6/2019 - Voyage dans le temps.
Je lisais un article, à priori d'actualité, mais les mots qui ressortaient : rafle, expulsion collective, familles déchirées, rétention, transports en charter, m'ont fait douter. Est-ce un article historique de la 2e guerre mondiale ? Incrédule, je regarde la date de l'article. Eh ben non ! Il s'agit bien d'un article d'actualité qui parle d'une action de l'état visant à se débarrasser rapidement d'un grand nombre de personnes n'ayant pas encore obtenu un titre de séjour en France. Je croyais faire un mauvais rêve !
L'État pense avoir trouvé un moyen "efficace" pour se débarrasser rapidement des personnes qu'il considère indésirables ? Efficace, peut-être, mais outre l'inhumanité de cette action consistant à expulser de personnes vulnérables vers un pays, la Géorgie, qui est loin d'être un pays sûr, elle est aussi illégale. Illégale parce que les expulsions collectives sont prohibées en vertu de l'article IV du protocole 4 à la Convention européenne des droits de l’homme. Illégale parce que parmi les personnes mises en rétention il y avait des enfants, ce qui est contraire à toutes les conventions internationales des droits des enfants signées par la France. Mais ce n'est pas tout. Cette opération a été exécutée sans qu'aucun juge ne soit saisi, et "pour un certain nombre de cas, avant que le juge administratif n’ait statué sur la légalité des obligations de quitter le territoire français prononcées à l’encontre de ces demandeurs d’asile".
ATTENTION ! "Efficacité" peut peut-être rimer avec économies, mais aussi avec totalitarisme.
Pour en savoir plus, lisez ici et ici.

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12/6/2019 - Noblesse et bassesse des médias
On ne peut que remercier notre service public d'information lorsqu'il permet à un journaliste de FR3 Occitanie de relater dans le détail, de manière précise et avec des recherches de complément d'information la manière dont une famille ukrainienne a été (mal)traitée par nos autorités (voir article sur le lien).
En revanche quelle dose de cynisme faut-il au chroniqueur de France Inter pour expliquer que la Bourse se porte mieux du fait des "avancées" dans les accords commerciaux entre les États-Unis et le Mexique quand on sait que cela est dû au déploiement de la garde nationale mexicaine pour lutter contre les migrants venus d'Amérique Centrale.

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Brutalite policiere7/6/2019 - Une nouvelle arme contre la solidarité.
L'État ou la police de l'air et des frontières (PAF) ont inventé une nouvelle arme pour lutter contre la solidarité : l'humiliation physique et psychologique, avec des soupçons d'agression sexuelle.
C'est le traitement qu'a subi une membre du Collectif de soutien aux personnes sans-papiers de Rennes lors d'une visite à un retenu au CRA de Saint Jacques des Landes, en Bretagne, conforme avec la ligne politique de la peur que le gouvernement mène contre la population solidaire.
Difficile à dire ce qui serait le plus ignoble et terrifiant: un État qui a recours à des viols des droits fondamentaux de sa population pour soutenir sa politique, ou des policiers qui, se sachant intouchables, se permettent de trahir leur sermentSource : Wikipedia wikipedia
Serment des Policiers et Gendarmes : Je jure de bien et loyalement remplir mes fonctions, d'observer les devoirs et la réserve qu'elles m'imposent. Je me conformerai strictement aux ordres reçus dans le respect de la personne humaine et de la loi. Je promets de faire preuve de dévouement au bien public, de droiture, de dignité, de prudence et d'impartialité. Je m'engage à ne faire qu'un usage légitime de la force et des pouvoirs qui me sont confiés et à ne rien révéler ou utiliser de ce qui sera porté à ma connaissance lors de l'exercice de mes fonctions. » "
en abusant de leur pouvoir pour exécuter une fouille corporelle qui va bien au-delà de ce qui aurait été requis par la sécurité, la légalité, et même la décence.
Pour en savoir plus...

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rencontre Karine Parrot 3 juin 2019 banniereKarine PARROT
«Carte blanche, l'État contre les étrangers»

Le 3 juin 2019 le Cercle des Voisins a invité Karine PARROT à l'occasion de la parution de son livre «Carte blanche, l'État contre les étrangers».
Nous vous proposons ici les vidéos et bandes sonores réalisés lors des séances.

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