En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des services adaptés.

cdv logo  

Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

logo EGM Toulouse

Source : Slate - Philippe Boggio - 28/08/2017

Si ses ressortissants représentent la nation la plus importante aux guichets des demandes d’asile dans l’Hexagone, c'est parce que la frontière entre immigration politique et économique, et entre persécution collective et individuelle, est plus complexe qu'on ne le croit.

Ils ont été la plus mauvaise surprise, au chapitre des migrations, d’Édouard Philippe et de Gérard Collomb à leur arrivée au gouvernement, au point que le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur ont l’un et l’autre jugé nécessaire de leur consacrer un paragraphe de l’une de leurs premières interventions respectives. Des Albanais! Des Albanais dans les files d’attente des demandeurs d’asile, en France, alors que leur pays d’origine figure sur la liste dite des pays «sûrs», établie par le conseil d’administration de l’Office français pour la protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), une décision confirmée par le Conseil d’Etat fin 2016.

Le label «pays d’origine sûr» attribué à un Etat condamne en principe les ressortissants de celui-ci à être déboutés de toute demande d’asile, dans la majorité des cas. Il existe même une procédure particulière, dite «accélérée», pour de telles démarches, qui permet en fait à l’administration de les éconduire plus rapidement. Alors, que font des Albanais parmi toutes les victimes de persécutions, de privations de leurs droits fondamentaux, qui sollicitent le bénéfice d’une protection politique auprès de la France?

Et surtout, en si grand nombre? Édouard Philippe et Gérard Collomb ne pouvaient pas les manquer. En pleine guerre de Syrie, et alors que quatre millions de Syriens sont dispersés, avant même d’envisager un départ pour l’Europe, entre le Liban, la Jordanie et la Turquie; en pleine réactivation de la filière «libyenne», empruntée par les Africains de l’Est et de l’Ouest, via la Méditerranée; sous la pression aussi des candidats à l’exil afghans, irakiens, pakistanais, voilà que des cousins européens, juste venus des Balkans voisins, réussissent le tour de force de représenter la nation la plus importante aux guichets des demandes d’asile dans l’Hexagone. Entre janvier et novembre 2016, les Albanais ont déposé 5.769 dossiers de candidature. Plus que l’ensemble des Syriens. Devant encore tous les Afghans réunis, tous les Soudanais, ou ces milliers d’Haïtiens qui tentent de forcer la frontière du Maroni (Guyane). «Aujourd’hui, 75% des demandes d’asile déposées en Europe par des Albanais le sont en France», s’inquiète le ministre de l’Intérieur.

À Metz, l’une des portes d’entrée des migrants venus des Balkans, les demandes d’asile ont bondi de 63% au premier trimestre, avec 1.268 enregistrements. On en avait déjà compté 2.700 l’année précédente. Parmi elles, 70% de candidatures balkaniques, dont 40% d’Albanaises. Le centre d’accueil, installé sur un parking de l’avenue de Blida, dans le chef-lieu mosellan, a été submergé de longues semaines durant. À Besançon, des familles sont apparues, un soir, devant la gare, des familles au tour de taille de clans familiaux, grands-parents compris, et n’ont plus bougé de leur sitting improvisé. La préfecture a finalement organisé leur transfert vers des régions plus éloignées, déjà pour qu’elles ne croisent pas les activités des mafias de délinquants ou de passeurs albanais, qu’on soupçonne d’être clandestinement installées en France.

Les agents de l’OFPRA ont l’habitude de telles poussées migratoires venues de l’est. «Elles sont cycliques», explique-t-on avec philosophie. Les ressortissants de ces pays finissent par être déboutés de leurs demandes d’asile, et renvoyés. Mais on reconnaît qu’ils encombrent. Juste avant cette «saison albanaise», l’administration était enfin parvenue à décourager les Kosovars, en majorité Roms, des provinces justement proches de l’Albanie voisine, de leur engouement chronique pour la France depuis presqu’une décennie. Des habitudes prises pendant la guerre du Kosovo, à la fin des années 1990, quand des colonnes de refugiés serbo-Kosovars ou de Kosovars albanophones avaient reçu un accueil bienveillant en Allemagne, en France, en Suisse ou en Suède, au nom de la solidarité entre les peuples européens.

«Nous voulons leur dire: ne venez pas!»

L’Allemagne et la France font d’ailleurs cause commune dans tous les signes du changement d’époque, du retournement d’opinion dont témoigne l’agacement des grands pays d’accueil. Depuis 2012, Paris et Berlin menacent conjointement, par l’intermédiaire de l’Europe, les États des Balkans d’être condamnés à voir se réinstaurer une «politique de visas», dont leurs citoyens sont exemptés, pour l’Espace Schengen, si les demandes d’asile «abusives» continuent. L’Allemagne a simplement un peu d’avance dans le durcissement du point de vue national à l’égard de ces très insistantes populations immigrantes.

Le gouvernement d’Angela Merkel règle en effet peu à peu «sa» question albanaise. De haute lutte, il faut dire, à l’usure, même, puisque la chancelière réclamait déjà à la Communauté européenne, au plus fort de la «vague migratoire» de 2015, le classement des pays des Balkans, en particulier du Kosovo, de la Macédoine et de l’Albanie, parmi les pays d’origine «sûrs». Elle avait même mis en balance, alors, son accord pour l’accueil, en Allemagne, de plusieurs centaines de milliers de Syriens qui fuyaient la guerre par la Turquie et les Balkans. Après les Kosovars, le gouvernement d’Angela Merkel est parvenu à assécher cette immigration albanaise aux demandes d’asile jugées abusives. Au prix fort: l’an dernier, quelques 15.000 des 50.000 procédures de «retour volontaire», c’est à dire avec assistance financière, concernaient des Albanais.

Ceux qui se présentent maintenant en France sont d’abord les éconduits d’Allemagne, et si, en 2016, le pourcentage des bénéficiaires du droit d’asile parmi les Albanais est tombé à 0,4%, outre-Rhin, il était encore de 16% (après recours) sur notre territoire. Les diplomates français et les agents de l’OFPRA n’ont plus qu’à retourner dans les Balkans, cette fois à Tirana, après les campagnes pédagogiques de Pristina (Kosovo), à la suite de leurs homologues allemands, qui se sont succédés, deux ans durant, en Albanie, à la télévision nationale ou dans les universités, pour tenter de dissuader les jeunes et les familles d’aller tenter leur chance dans une ville allemande. Thomas de Maizière, le ministre allemand de l’Intérieur, expliquait déjà, en 2015: «Nous voulons envoyer un message clair à ceux […] qui ne fuient pas la guerre ou qui ne sont pas victimes de persécutions. Nous voulons leur dire: ne venez pas!»

C’est au tour de Gérard Collomb d’entreprendre ce voyage. Le 20 juillet, celui-ci a reçu son homologue albanais, venu lui promettre de mettre en place un plan pour limiter l’émigration vers la France. «Dans trois mois, lui a répondu le locataire de la place Beauvau, j’irai à Tirana pour faire le point des mesures qui auront été mises en œuvre. Il sera essentiel d’obtenir des résultats concrets […]» Les Albanais auront-ils peur de Gérard Collomb? Depuis l’hiver dernier, l’ambassadeur de France en Albanie ne cesse d’entretenir le gouvernement de la forte augmentation des départs vers la France. En particulier des plus jeunes, des célibataires, confrontés à un chômage de 30%, ou des familles des régions agricoles, parmi les plus pauvres d’Europe.

Ils se savent mal aimés dans l’Hexagone, assimilés aux mafias que comptent leurs rangs, souvent coupables, comme les Kosovars, d’avoir formé des réseaux de cambriolages, de prostitution ou des passeurs. Mais ils partent tout de même, par les aéroports de Skopje ou de Pristina, la capitale voisine. Ou alors ils font la chasse aux passeports bulgares, depuis que Sofia s’est mise en tête de trouver à beaucoup d’Albanais ou de Macédoniens des origines bulgares méritant sauf-conduit.

Un peuple pas comme les autres

C’est que ce peuple n’est pas comme les autres. On devrait lui rendre hommage, à l’heure du retour des tensions identitaires un peu partout en Europe, d’être lui dénué de tout nationalisme, il est vrai après avoir vécu soixante-dix ans d’enfermement communiste. L’Albanie ne tient pas dans ses frontières. Elle est partout chez elle, plutôt que sur place, et toute disposée à épouser le nationalisme de l’autre pour peu qu’on lui fasse une petite place. Les Albanais sont tous un peu des Albanais d’ailleurs, au moins de cœur. D’une diaspora culturelle. De Grèce ou d’Italie, de Macédoine ou de Turquie, évidemment du Kosovo –qui a été province albanaise avant que le communisme yougoslave ne l’en prive. Puis, de plus loin, des États-Unis et d’Australie, avant les chapitres allemand et français de sa chronique d’expatriation récente.

Depuis la chute du Mur, et la démocratie recouvrée, l’Albanie voit loin, au delà même de l’horizon. Ce pays candidat à tous les jumelages compte 2,9 millions d’habitants pour plus d’un million d’Albanais à l’étranger. Et l’on voudrait que le ministre de l’Intérieur français soit entendu quand il viendra exiger l’arrêt de l’émigration vers Metz ou Besançon? Peine perdue. Comme les Allemands, les Français devront y ajouter la contrainte –ou l’intéressement. L’Albanie fait comme les pays pauvres, en ces temps d’échanges marqué par un libéralisme décomplexé: elle vit d’abord des ressources levées par les siens de par le monde. Elle rançonne, à travers ses ressortissants? Oui, indirectement, mais avec la manière. En manifestant une vive attirance pour ses pays hôtes.

Si l’Europe était plus attentive, elle réaliserait que, par son sud, sud-est, elle est, ici et là, aussi albanaise. Comme il ne fallait pas toucher aux Indiens d’Amérique et aux aborigènes d’Australie, il pourrait y avoir risque de malheur à s’en prendre aux Albanais d’Europe. Il existe des peuples sacrés, c’est comme ça, on ne sait trop pourquoi, comme les Roms, qui, passées la Hongrie et la Roumanie, sont tous plus ou moins Albanais. On en connaît beaucoup, des langues si largement parlées? En Turquie, Bulgarie, Roumanie, Hongrie, Macédoine, Grèce, même en Italie, où l’albanais bénéficie d’une protection linguistique?

Une fois Édouard Philippe et Gérard Collomb revenus de leur émotion, on pourrait leur suggérer, dans le temps qui s’annonce, de l’éviction plus systématique des Albanais, de ne pas tout à fait agir comme les Allemands. Le Premier ministre et le ministre de l’Intérieur mettent en avant, on le comprend, cet exemple parlant pour convaincre des bien-fondés de la réforme de l’asile prônée par le président de la République, qui souhaite mettre fin à l’immigration dite économique, par opposition à l’asile politique. Or, ce n’est pas pour rien, non par négligence, que l’OFPRA a encore permis, en 2016, à 16% des «demandeurs» albanais de profiter d’une protection. L’office sait mieux que quiconque, pour avoir multiplié les enquêtes aux quatre coins du monde, combien il reste de cas de persécutions individuelles au milieu des bataillons d’immigrés dits économiques.

Femmes victimes des milices et armées privées, qui considèrent, en Afrique, le viol systématique comme une arme de guerre, mauvais traitements à enfants, ségrégation à l’égard des homosexuels… Racisme, interdictions religieuses, emprises de mafias, guerres de clans familiaux, pouvoirs abusifs des pères sur les fils, des fils sur les filles, des caïds de tous les continents sur les plus faibles, etc. Faire comme les Allemands, tenter de parvenir à 0,4% de statuts de réfugiés accordés, et, chose faite, le considérer comme un acquis, et non comme une atteinte à ses propres valeurs, c’est forcément contrevenir aux recommandations de la Convention européenne sur les réfugiés. Il y est écrit, à l’article 3: «Les Etats contractants appliqueront les dispositions de cette convention aux réfugiés sans discrimination quant à la race, la religion ou le pays d’origine.»

Tentation de l'éviction générale

Quant justice aura été par exemple rendue, au guichet des demandeurs d’asile, aux femmes battues d’Albanie, aux victimes de clans à Tirana, simplement aux individus abandonnés par la protection de leur police et de leur justice locales, au plus loin, en Albanie, il restera, vis à vis de ce pays-là comme des autres, même très officiellement inscrits sur la liste des pays «sûrs», à statuer sur le sort des nouveaux esclaves de l’exil migratoire.

Ce phénomène, aux mains des mafias de passeurs, est en constante augmentation, à toutes les étapes de la route vers l’Europe. À Agadez (Niger) comme à Tripoli (Libye); dans le sud de l’Italie, et même en France. Endettés auprès de passeurs, des migrants sont contraints de se laisser employer, souvent à des conditions inhumaines. Souvent des femmes, comme domestiques. Mais aussi dans les services ou le bâtiment. Comme autrefois, sur les marchés d’esclaves, il arrive que les «clients» des passeurs viennent prendre livraison, directement sur le port d’arrivée des bateaux.

Aussi pourrait-on suggérer à Édouard Philippe et Gérard Collomb de se garder de toute tentation d’éviction générale de l’immigration économique. De laisser l’OFPRA poursuivre une mission de droit humanitaire, telle qu’elle a été définie au sortir de la dernière guerre par des humanistes, et continuer à séparer le bon grain de l’ivraie, dans ses files d’attente, même si l’opération est fastidieuse et coûteuse.

Ce serait même l’occasion, pourquoi pas, rêver n’est pas interdit, de présenter la France d’Emmanuel Macron comme un laboratoire des nouvelles visions du droit d’asile. Et pourquoi pas de la défense des femmes du monde, même quand celles-ci ne sont plus, au regard des ambitions gouvernementales, que de simples migrantes économiques.

 

Vite dit

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 
juge
 
 5/12/2020 - Pratique illégale de la médecine par la juge

Quand un médecin, spécialiste de surcroît, justifie  après une consultation en urgence que l’état de santé d'une jeune femme enceinte de sept mois qu’il  a examinée est incompatible avec une rétention, comment le juge des libertés et de la détention et le représentant de la préfecture peuvent- ils argumenter le contraire et ainsi maintenir la privation de liberté ? Simple , le serment d’Hypocrite qui permet, sur la foi de ce que l’on pense, de s’absoudre de toutes considérations médicales. La justice avance !

Après, que penser du serment d’Hippocrate du médecin du CRA et de l'OFII si prompt à exécuter les basses œuvres des préfectures ?

Désespoir 28/11/2020 - Naître dans un Centre de rétention est ce possible ?

On sait d'ores et déjà qu'il est possible de passer beaucoup de temps dans un Centre de Rétention (jusqu'à 3 mois), d'être relâché puis d'y revenir plusieurs fois.
On sait qu'on peut y mourir (CRA de Rennes, de Vincennes, de Cornebarrieu...)
On sait aussi qu'on peut séparer une maman allaitante de son bébé de 20 jours pendant 4 jours avant de la libérer (CRA de Cornebarrieu).A notre connaissance, nous n'avons pas encore connu une naissance mais cela sera peut-être le cas prochainement au CRA de Cornebarrieu.
En effet, une jeune femme enceinte de 6 mois y est actuellement enfermée depuis presque 2 mois, par la volonté du préfet des Alpes Maritimes.
Comment une femme peut-elle mener une grossesse sereine dans cet univers angoissant ?
Manger, dormir, se laver, se reposer, tout est difficile voire impossible.
Alors avoir un suivi de grossesse adéquat, c'est un luxe impossible. On ne s'en occupeque quand il y a urgence, une hémorragie et des contractions anormales à ce stade de la grossesse.

« Comme je perdais du sang, on m'a emmenée à l'hôpital et depuis mon retour au CRA une infirmière de la PMI m'a téléphoné ».
L’État français fait de belles déclarations au sujet des violences faites aux femmes mais les traite avec mépris et inhumanité dès qu'il s'agit de femmes sans-papiers.
Relayé par les porte-paroles des préfectures et par les juges des libertés et de la détention, le discours est toujours : « le service médical du CRA est compétent ! ».

Alors, une naissance ou une fausse-couche prochainement au CRA de Cornebarrieu ?
Et quels papiers aura le bébé ?

Désespoir

 18/10/2020 - Bienvenue en France, pays du mépris et de l'indignité

Il habite en Haute-Loire, il s'est fait interpeller pour non-port du masque et se retrouve enfermé au centre de rétention de Cornebarrieu. Libéré par le juge 48h après son arrivée, les policiers en charge de la surveillance du centre ouvrent les grilles du centre de rétention, appliquant ainsi la décision judiciaire. Passé les grilles, ce n'est plus leur problème ! Comme beaucoup d'autres personnes enfermées là, cet homme n'a pas d'argent pour repartir chez lui, la batterie de son téléphone est proche de 0% et il ne connaît personne dans la région.

Mais cet homme là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres retenus du centre. C'est ce qui a amené un policier de la Police de l'Air et des Frontières (PAF), ce samedi là et dès l'annonce de la décision du juge au palais de justice, à s'approcher d'un membre du Cercle des Voisins auquel on avait interdit d'assister à l'audience, pour l'informer de cette libération et lui demander de l'aide.

Car ce retenu là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres prisonniers du centre. Ce qu'il a de plus c'est une paire de béquilles, ce qu'il a de moins c'est une jambe ! Pour le reste, il est semblable à tous ceux et celles qui passent dans ce camp.

Nous prenons acte de ce geste d'humanité de la part du policier qui a pris conscience de la fragilité de la personne libérée  mais nous continuons de dénoncer la talentueuse application de l'administration française à maltraiter ceux et celles qui demandent à être régularisés. Nos dirigeants sont à même de déployer des moyens exorbitants pour enfermer des personnes que, lorsqu'elles sont libérées par décision de justice, ils mettent à la rue comme des chiens. Avec une durée d'enfermement de plus en plus longue (jusqu'à 3 mois), quasiment systématique et sans discernement des pathologies physiques et mentales des personnes, l’État français démontre un comportement irresponsable et xénophobe.

Les expulsions sont souvent violentes mais les libérations par décisions de justice ou préfectorales  peuvent aussi l'être quand sont libérées des personnes vulnérables. D'autant que ces centres d'enfermement continuent de fonctionner en cette période de fermeture des frontières et de pandémie, devenant ainsi de nouveaux foyers épidémiques. D'autres policiers sont-ils prêts à aborder cette question avec nous ?

 

 

 

Désespoir
 21/6/2020 - Qui a jeté Tatiana à la rue ? ou Chronique du mépris ordinaire

Tatiana, jeune russe, aux activités malheureusement habituelles sur la Canebière, s'est faite arrêter par la police cannoise. Dans sa « tenue de plage », elle est transférée à la Police aux Frontières à Nice pour un longue garde à vue. L'Obligation de Quitter le Territoire Français tombe et la rétention est demandée par le Préfet des Alpes-Maritimes. Tatiana, toujours dans sa tenue très légère, est transférée en voiture à 580 km de la Promenade des Anglais.
Dans cette tenue de plage, la très jeune femme passera 48 heures au centre de rétention de Cornebarrieu en Haute-Garonne sans que des policiers ou des agents de l’OFII chargé d'accompagner les retenus ne lui trouvent de quoi se vêtir. Elle est présentée samedi 20 juin devant un juge en visio-conférence qui ordonne sa libération. A 18h30, le jour même , Tatiana , toujours dans la même tenue , est jetée à la rue devant le CRA de Cornebarrieu, sans argent, sans téléphone.
Merci les Pousses-aux-Crimes !
Tatiana erre pendant 24 h autour de l'aéroport de Blagnac avant que deux bénévoles du Cercle des Voisins la prennent en charge et la mettent à l'abri.

 

 

Désespoir

17/4/2020 - COVID-19 : CRA zone de non droit - agissons pour leur fermeture

Comme certains autres centres de rétention, le CRA de Toulouse-Cornebarrieu n'est toujours pas vide et ne le sera sans doute jamais car il semble servir de déversoir pour les préfets qui continuent de délivrer des Ordres de Quitter le Territoire Français, ordre absurde s'il en est vu la fermeture actuelle des frontières.
Les centres de rétention sont des zones où il est difficile de savoir réellement ce qui s'y passe. C'est ce qui avait déjà été dénoncé en 2012 pendant la campagne inter-associative 'Ouvrez les portes, on a le droit de savoir' avec Migreurop, Alternatives européennes et Reporters sans frontières auquel le Cercle des Voisins avait participé http://www.migreurop.org/article2106.html
Ces espaces fermés et surveillés par la police sont d'autant plus effrayants pendant cette période de confinement que toute visite devient maintenant impossible.
Les associations d'aide juridique se sont retirées( la Cimade pour le CRA de Cornebarrieu), l'agent de l'Office Francais de l'Immigration et de l'Intégration (OFII ) ne montre son nez que quelques heures par semaine mais son aide se résume à permettre 2 appels téléphoniques aux retenus qui le demandent. Pas de retrait d'argent impossible car selon eux les bureaux de poste sont fermés. Or sans argent, comment acheter des cigarettes, des cartes de téléphone...

Samedi 11 avril, le centre comptait 3 retenus et ce jeudi 16 avril, 5 hommes et une femme y sont maintenant enfermés. Les portes ne semblent s'ouvrir que dans un seul sens !
Le centre de Cornebarrieu compte 3 secteurs hommes, un secteur femme et un secteur famille. Dans chaque secteur, il y a un téléphone public où il est normalement possible de joindre les retenus depuis l'extérieur.
Les 5 hommes sont tous rassemblés au secteur D mais c'est le seul dans lequel il est impossible de les joindre car le téléphone est hors service.
Les retenus ont demandé à changer de secteur mais cela leur a été refusé.

L'un deux est au centre depuis 45 jours (en provenance de Lyon), un autre depuis 21 jours, deux autres sont arrivées plus récemment (le 13/04 après un contrôle à Perpignan et un autre ce jeudi 16 avril).
Une jeune femme arrivée dans le centre il y a 3 jours se retrouve complètement isolée dans son secteur. Elle a 19 ans. Elle ne mange pas.
Et bien sûr, pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, un peit savon
Vous qui êtes français et pendant ce confinement, vous avez du expérimenter une ou plusieurs fois des contrôles policiers visant à vérifier votre attestation de déplacement. Vous avez peut-être tester l'arbitraire de certains contrôles comme ce qui est décrit dans cet article
https://www.bastamag.net/attestation-controle-deplacement-PV-amendes-violences-policieres-confinement-covid
Imaginez ce que peut-être l'arbitraire policier quand vous le subissez 24h/24 dans un centre fermé ! La parole du prisonnier.e ou du "retenu.e" (euphémisme utilisé par l'administration) a -t-elle la même valeur que celle de l’homme ou de la femme en uniforme ?
https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/l-inegalite-des-vies-en-temps-d-epidemie_1782169

Les audiences devant le juge des libertés où nous nous avions l'habitude de nous poster en tant qu'observateur nous sont maintenant inaccessibles. Elles fonctionnent par visio-conférence. Aucune présence citoyenne donc.
Joint sur son propre téléphone, un homme nous dit que les policiers les menacent s'ils évoquent les conditions de leur rétention pendant l'audience.Lui-même a été malade, fiévreux, avait du mal a respirer et a appelé les services d'urgence avec son propre téléphone. C'est un homme en veste rouge de la société ONET qui est venu et a estimé qu'il simulait. Il a ensuite subi la répression policière. Il a été frappé et mis à l'isolement.

Mais les policiers semblent aussi se donner du bon temps avec grillades et bières au menu dans la cour du CRA. Peut-être que les journalistes pourraient aller y faire un tour au moment des repas pour vérifier la fumée.
Mas d'autres distractions policières sont encore moins amusantes et pourraient faire l'objet d'une enquête, comme dire à un retenu de rassembler ses affaires car il est libérable et le traiter de mongole quand il se présente avec son sac, avec ordre de regagner sa cellule.

 

Désespoir

15/4/2020 - Coronavirus et manifestation au CRA du Mesnil-Amelot : le choix de la répression

Ce mardi 14 avril, Christophe Castaner était l'invité du grand entretien sur France Inter. A une question sur la régularisation des sans-papiers, comme l'a fait le Portugal, le ministre de l'intérieur répond: "Si l'on regarde bien ce qu’a fait le Portugal, on s’aperçoit que nous avons le même dispositif, et que nous l’avons même fait avant le Portugal. Là-bas, il s’agit d’une régularisation temporaire de personnes arrivées avant le 18 mars. Nous, nous avons mis ça en place de façon systématique et pour tout le monde : nous n’avons pas besoin de prendre des mesures temporaires parce que les soins urgents sont assurés pour tous. S’agissant des situations administratives, nous avons prolongé de 90 jours tous les titres. Pour faire simple : nous avons fait comme le Portugal, mais avant le Portugal."

Aucune réaction des journalistes Léa Salamé et Nicolas Demorand !

Désespoir

Monsieur Castaner et ses interlocuteurs ne peuvent pourtant pas ignorer ce qu'a déclaré Adeline Hazan, le contrôleure des lieux de privation de liberté le 11 avril sur cette même radio.

"Aucun plan n’avait été envisagé pour faire face aux conséquences d’une épidémie en prison"
Ce même 11 avril, Monsieur Castaner ne pouvait pas ignorer que les prisonniers du CRA du Mesnil-Amelot en grève de la faim pour réclamer leur liberté ont été durement réprimés ce même 11 avril. C'est lui qui a donné l'ordre aux CRS de mater la rébellion.
C'est encore lui qui a autorisé le transfert de ces hommes dans d'autres centres de rétention (Lille, Rouen).

Alors, cessez de mentir Monsieur Castaner : La France n'a pas régularisé les sans-papiers comme l'a fait le Portugal.
Cessez de participer à la propagande gouvernementale, messieurs les journalistes!

 

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

Archive

Powered by mod LCA