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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Fermez les Centres de Rétention !

Face à la crise sanitaire, l’enfermement administratif des personnes étrangères doit immédiatement cesser

Les Cercle des Voisins du Centre de Rétention de Cornebarrieu a lancé cette pétition adressée à Emmanuel Macron (Président de la République française.)

 

Lire la lettre au Président      Signer la pétition

 

Source : Le Monde - Agnès Noël - 04/09/2017

Hiba, jeune migrante soudanaise, mère célibataire de deux enfants, ­venait d’arriver au Caire lorsqu’elle a été approchée par des « courtiers » qui lui ont proposé de leur vendre un rein. A la clinique, le médecin lui a donné 40 000 livres égyptiennes (1 900 euros), beaucoup moins que les 40 000 dollars (33 600 euros) promis initialement.

L’argent ne lui a pas beaucoup servi. « J’ai dépensé la plus grande partie de cette somme en restant à l’hôtel. Je ne voulais pas que quiconque apprenne ce qui était arrivé », a-t-elle indiqué à Sean Columb, maître de conférences en droit à la faculté de Liverpool et spécialiste de la question du trafic d’organes, qui a recueilli son témoignage.

Aujourd’hui, elle souffre de fortes douleurs au ventre et ne peut plus soulever de charges lourdes. Le seul travail qu’elle a pu trouver est « hôtesse » dans un club de nuit.

Lire aussi :   Trafic d’organes : des textes internationaux ambigus

Ils seraient des milliers comme Hiba au Proche-Orient. Les migrants et les personnes déplacées sont devenus en Egypte, en Irak et en Syrie les victimes privilégiées du trafic d’organes. Un trafic qui a fait l’actualité ces dernières semaines en Egypte : le ministère de l’intérieur a annoncé, le 22 août, l’arrestation de douze personnes, dont des médecins faisant partie d’un « grand réseau spécialisé de trafic d’organes ». Et le procès d’un autre réseau de 41 personnes, arrêtées en décembre 2016, a commencé en juillet.

Les pays touchés par ce trafic sont nombreux : Inde, Pakistan, Philippines, Bangladesh, Egypte, Mexique, Cambodge, Sri Lanka, mais aussi Chine, où la « tolérance zéro », ­décrétée vis-à-vis des prélèvements effectués sur des condamnés à mort, ne serait pas sans faille…

Le Declaration of Istanbul Custodian Group (DICG), qui promeut les règles éthiques de la transplantation d’organes, estime ainsi qu’il y a au moins plusieurs centaines de cas en Egypte et au moins 2 000 dans tout le Moyen-Orient.

La présence de migrants n’a pourtant pas généré une « explosion » du trafic de façon locale mais plutôt son déplacement, dans ces pays où le trafic est « historique » : « Auparavant, dans ces Etats, c’étaient les citoyens pauvres qui vendaient leurs reins, explique Dominique Martin, coprésidente du DICG. Maintenant ce sont les ­migrants qui sont particulièrement victimes de ce marché et qui vendent leurs reins, à des prix plus bas. »

Entre 840 millions et 1,7 milliard de dollars

La part du marché illégal reste en effet ­stable, ­représentant 5 % à 10 % des quelque 130 000 transplantations réalisées dans le monde, à savoir entre 7 500 et 13 000 organes, pour un chiffre d’affaires ­annuel compris entre 840 millions et 1,7 milliard de dollars, selon l’ONG Global Finance Integrity.

On estime que le prix moyen d’achat d’un rein sur le marché clandestin est de 2 000 à 5 000 dollars payés au « donneur » et qu’il est vendu environ 100 000 dollars au receveur. Les pays touchés par ce trafic sont nombreux : Inde, Pakistan, Philippines, Bangladesh, Egypte, Mexique, Cambodge, Sri Lanka, mais aussi Chine, où la « tolérance zéro », ­décrétée vis-à-vis des prélèvements effectués sur des condamnés à mort, ne serait pas sans faille…

Au Proche-Orient, le phénomène constitue une véritable préoccupation pour Dominique Martin : « Outre ceux qui traversent les frontières, les déplacés à l’intérieur de leur pays, comme en Syrie et en Irak, sont aussi vulnérables. Pour certains migrants, la vente d’organes représente le seul moyen de gagner de quoi vivre ou de quoi continuer leur voyage. »

Cela peut sembler mineur au regard du nombre de réfugiés victimes de violences, de prostitution ou de travail forcé mais le problème n’en demeure pas moins grave pour cette spécialiste en bioéthique : « Quand on a une ­famille, qu’on est sans maison, sans biens, loin de chez soi, on est dans une fragilité extrême. Quel que soit le nombre de cas, c’est intolérable. Malheureusement, le phénomène est difficile à quantifier car il a lieu dans des régions où se trouvent peu de journalistes et pas de système de surveillance. »

Autre problématique, le phénomène reste tabou chez les migrants et peu évoqué car « c’est un stigmate, une honte d’avoir vendu un organe ». Certaines personnes comparent même le fait d’avoir vendu leur rein à celui de s’être « mangé soi-même ».

Donneurs vivants

Le phénomène est surtout présent en Egypte. Le pays est considéré comme un des principaux centres du trafic d’organes depuis des années. Pas moins de la moitié des quelque 2 000 transplantations qui y sont effectuées chaque année seraient illégales, malgré la loi « Transplantation of Human Organs and Tissues Act », promulguée en 2010, qui interdit la transplantation commerciale d’organes.

Ce commerce est favorisé par le fait que le don d’organe issu d’un donneur décédé, même s’il existe en théorie, ne s’est jamais développé faute d’infrastructures nécessaires (registre ­national des donneurs, structures médicales permettant de diagnostiquer la mort cérébrale des patients). Le système de transplantations ­repose donc ­entièrement sur les donneurs ­vivants. Autre élément propice au trafic, le pays dispose de l’expertise médicale nécessaire : il compte de nombreux médecins formés aux techniques de transplantation, susceptibles d’effectuer des prélèvements.

Lire aussi :   Trafic d’organes : l’Italie mène l’enquête

Traditionnellement, le trafic était alimenté par les Egyptiens pauvres. Aujourd’hui il est nourri par les migrants. Des centaines d’émigrés ­seraient concernés, selon l’association internationale Coalition for Organ Failure Solutions (COFS), implantée en Egypte et auteure d’un des premiers rapports documentés sur la question.

Le juriste Sean Columb explique que les ­victimes sont, pour la plupart, soudanaises, érythréennes, syriennes. Elles sont devenues les cibles privilégiées des trafiquants du fait de leur précarité économique. « Ces migrants ont des possibilités de travail limitées en Egypte. Pour eux, vendre un rein est une des seules opportunités d’obtenir de l’argent afin de passer une frontière ou de se construire une meilleure vie sur place », poursuit-il.

Souvent clandestins, ils sont aussi moins enclins à porter plainte. D’autant que la loi égyptienne oblige les victimes à prouver qu’elles ont été contraintes, sous peine de risquer des poursuites pénales. Certaines personnes interrogées par Sean Columb affirment aussi que la police ­accorde moins d’importance à leur cas que s’il s’agissait d’Egyptiens.

Mères célibataires, Syriens, Irakiens...

Parmi les migrants, les plus fragiles sont approchés en priorité, comme les mères célibataires et les immigrants récents : « Les mères célibataires sont ciblées car elles occupent souvent , de façon ­illégale, des emplois peu payés, comme femme de ménage, et n’ont pas assez d’argent pour s’occuper de leurs enfants », reprend le juriste. De même, ­affirme-t-il, « les Syriens sont parmi les plus touchés aujourd’hui car ils sont arrivés récemment dans le pays et n’y ont pas de réseau, contrairement aux Soudanais qui ont une tradition d’émigration et bénéficient de l’aide de leur diaspora. »

« Il y a eu « des témoignages directs de migrants irakiens ayant été obligés de vendre un rein sur la route. Cela leur a permis de passer au ­Liban »

En Irak, aussi, des cas de migrants et de personnes déplacées devant vendre leurs organes ont été relevés. Selon Mme Martin, cela touche surtout le nord du pays. Olivier Peyroux, sociologue spécialiste de la question de la traite des personnes, auteur, en 2016, du rapport « La traite des êtres humains dans les situations de conflits et post-conflits » pour l’organisation caritative ­Caritas, déclare avoir constaté « des cas avérés de trafic d’organes au Kurdistan irakien. Il s’agissait de personnes déplacées vivant dans des camps qui n’arrivaient plus à faire face aux dépenses de la vie quotidienne ».

Un médecin originaire de la zone confirme, sous anonymat : « Auparavant, le phénomène était répandu à Bagdad et dans le nord du pays, au Kurdistan. La situation s’est améliorée aujourd’hui à Bagdad, où le gouvernement est plus fort [18 personnes viennent d’y être arrêtées pour trafic d’organes en août]. Mais du trafic existe toujours dans le nord, une zone où il existe beaucoup d’instabilité politique et où se sont installés beaucoup de réfugiés ou déplacés qui viennent du pays ou de Syrie. Bien sûr, ce “commerce” est interdit mais ce n’est pas la priorité du gouvernement en ce moment. »

Le trafic s’est également propagé au Liban, d’après la même source médicale. Olivier Peyroux précise aussi qu’il a eu « des témoignages directs de migrants irakiens ayant été obligés de vendre un rein sur la route. Cela leur a permis de passer au ­Liban. Ce n’est pas massif mais il y a des cas ».

Greffe commerciale

En Syrie même, où vivent 6,3 millions de personnes déplacées, le trafic d’organes est officiellement interdit, mais faute d’un système de prélèvement d’organes sur des personnes décédées, le don se fait là aussi grâce aux vivants. Or, depuis une loi adoptée en 2003, le « don » est autorisé entre un donneur volontaire vivant non apparenté au receveur.

Dans les faits, cette loi a favorisé le développement de la greffe commerciale : les pauvres « utilisent » la loi pour vendre leurs organes aux riches. Le pourcentage de donneurs non apparentés, qui avait baissé au début de la guerre, a augmenté de 12 % en 2015 par rapport à 2013, pour atteindre 59 % des donneurs d’organes. Il est resté identique en 2016.

Le docteur Bassam Saeed, président du programme de bourses de néphrologie pédiatrique en Syrie, et président de la société du Moyen-Orient pour la transplantation d’organes ­(Mesot), répond : « Est-ce que le nombre de donneurs non apparentés est dû à la présence de personnes déplacées dans le pays et appauvries ? Je suppose que cela arrive. Mais cela ne veut pas dire qu’ils sont payés, c’est interdit par la loi. Il y a sans doute des dessous-de-table mais on ne peut pas confirmer. Ce que je peux dire, c’est qu’une personne qui accepte de céder son rein est un être ­humain très bon et altruiste, ce qui est très rare dans le monde d’aujourd’hui. »

Le trafic d’organes concerne surtout les reins mais peut toucher d’autres parties du corps. Jaul, ici en 2014, au Liban, avec ses filles, a vendu sa cornée, notamment pour soigner l’asthme de l’une d’elles.

Selon lui, la problématique fondamentale du trafic est qu’il empêche le développement d’un système de don d’organes vertueux : « Aujourd’hui, en Syrie, même si le cadre légal du don d’organes via des donneurs décédés existe, les étapes suivantes du processus n’ont pas été lancées. Je pense que les docteurs ne sont pas ­assez impliqués. L’intérêt d’une greffe avec donneur vivant est que l’organe est disponible tout de suite, les receveurs potentiels n’ont pas à ­attendre des années sur liste d’attente en subissant une dialyse. Si on trouve le “bon” donneur, on peut faire l’opération en une semaine ! Beaucoup de médecins préfèrent une solution plus aisée à mettre en œuvre. Mais ce système de donneurs non apparentés n’est pas éthique. La solution est de développer un programme de donneurs décédés, mais cela paraît impossible avec la crise que nous connaissons. »

Système moins cher pour les Etats

Dominique Martin ajoute : « Dans les pays où existe traditionnellement la possibilité d’acheter un rein, le gouvernement subit beaucoup moins de pressions pour développer un programme de donneurs d’organes décédés. Les familles, quand elles en ont la possibilité, vont procéder à une greffe commerciale plutôt que de demander à un membre de leur famille de subir une opération ou que le malade soit sur liste d’attente pendant des années. »

Pour les Etats, cela revient aussi moins cher : « Le système de don d’organes cadavérique est très onéreux, à cause de la mise en place d’une ­politique d’incitation au don et des infrastructures appropriées. » Le système de donneurs ­vivants évite aussi à l’Etat de payer les coûteuses dialyses que subissent les malades du rein dans l’attente d’une transplantation. Dans des pays en proie à la guerre, l’instauration de ce système n’est évidemment pas la priorité.

Pour Mme Martin, c’est cet argument qui explique l’absence de succès du don cadavérique plutôt que les réticences religieuses : « L’islam accepte le don d’organes et honore ceux qui sauvent des vies à travers le don. »

Outre les questions éthiques, les greffes illégales ont des conséquences sanitaires déplorables. Riadh Fadhil, professeur d’urologie et de chirurgie transplantatoire, directeur du Centre de ­donation d’organes du Qatar, seul pays à avoir mis en place un programme de donneurs ­d’organes presque autosuffisant dans les pays du Golfe (80 % des malades y reçoivent une greffe, via un donneur décédé ou un donneur ­vivant « éthique »), voyait régulièrement des ­patients partir à l’étranger auparavant. Ils en rentraient souvent malades.

« Le risque d’infection est beaucoup plus élevé pour les personnes greffées. Il y a jusqu’à 60 % de risques et de complications en plus, dont certaines sont mortelles »

D’après lui, 30 % des donneurs ne sont pas à même de donner car ils ne sont pas en bonne santé ou ont des infections. Les différents tests de compatibilité (sanguine, tissus) étant plus sommaires lors de ces greffes illégales, les ­donneurs peuvent hériter de maladies des receveurs ou avoir des problèmes de compatibilité de greffon. « Le risque d’infection est beaucoup plus élevé pour les personnes greffées. Il y a jusqu’à 60 % de risques et de complications en plus, dont certaines sont mortelles », déplore le médecin.

Peine de mort

Les vendeurs ne s’en tirent guère mieux, ­déclare-t-il : « Le problème est que les opérations sont réalisées de façon plus expéditive qu’une greffe “normale”. Beaucoup de donneurs perdent la vie, meurent de complications, d’infections. »

En 2007, une enquête effectuée en Egypte par l’anthropologue américaine et fondatrice de COFS, Debra Budiani, estimait en effet que 78 % des personnes déclaraient une détérioration de leur état de santé après une vente de rein et 73 % annonçaient qu’ils avaient plus de ­difficultés à ­effectuer des tâches nécessitant un effort physique. Dans les cinq mois suivant l’opération, 81 % des donneurs avaient également ­dépensé l’argent obtenu, quand ils avaient pu le toucher. Cela n’est en effet pas toujours le cas : le montant de la transaction est souvent volé, ou ­récupéré en partie par les ­intermédiaires.

Le gouvernement égyptien essaie de lutter ­contre ce trafic et vient récemment de renforcer les sanctions contre ce crime, punissant, depuis le mois de juin, les trafiquants à la peine de mort ou à de lourdes peines de prison.

Pour ­Dominique Martin, ce durcissement n’est pas la solution : « La peine de mort n’est pas éthique ! Je pense que la nouvelle loi en Egypte ne va pas éradiquer le problème. Beaucoup de gens sont impliqués dans ce système et je doute que tous puissent être arrêtés. Cela dit, cela ­améliorera peut-être la situation de façon ­temporaire. Et j’espère que les cas récents en Egypte aideront à établir des mécanismes de ­prévention du trafic. »

En attendant, le commerce illégal prospère, profitant de l’explosion des maladies qui affectent le rein dans les pays en développement, les pays du Golfe et l’Asie du Sud-Est. Le DICG ­s’inquiète déjà d’un nouveau lieu de trafic ­potentiel : l’Afrique subsaharienne, où existent de plus en plus de centres de transplantation.

Vite dit

Désespoir

 18/10/2020 - Bienvenue en France, pays du mépris et de l'indignité

Il habite en Haute-Loire, il s'est fait interpeller pour non-port du masque et se retrouve enfermé au centre de rétention de Cornebarrieu. Libéré par le juge 48h après son arrivée, les policiers en charge de la surveillance du centre ouvrent les grilles du centre de rétention, appliquant ainsi la décision judiciaire. Passé les grilles, ce n'est plus leur problème ! Comme beaucoup d'autres personnes enfermées là, cet homme n'a pas d'argent pour repartir chez lui, la batterie de son téléphone est proche de 0% et il ne connaît personne dans la région.

Mais cet homme là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres retenus du centre. C'est ce qui a amené un policier de la Police de l'Air et des Frontières (PAF), ce samedi là et dès l'annonce de la décision du juge au palais de justice, à s'approcher d'un membre du Cercle des Voisins auquel on avait interdit d'assister à l'audience, pour l'informer de cette libération et lui demander de l'aide.

Car ce retenu là a quelque chose de plus, ou de moins que les autres prisonniers du centre. Ce qu'il a de plus c'est une paire de béquilles, ce qu'il a de moins c'est une jambe ! Pour le reste, il est semblable à tous ceux et celles qui passent dans ce camp.

Nous prenons acte de ce geste d'humanité de la part du policier qui a pris conscience de la fragilité de la personne libérée  mais nous continuons de dénoncer la talentueuse application de l'administration française à maltraiter ceux et celles qui demandent à être régularisés. Nos dirigeants sont à même de déployer des moyens exorbitants pour enfermer des personnes que, lorsqu'elles sont libérées par décision de justice, ils mettent à la rue comme des chiens. Avec une durée d'enfermement de plus en plus longue (jusqu'à 3 mois), quasiment systématique et sans discernement des pathologies physiques et mentales des personnes, l’État français démontre un comportement irresponsable et xénophobe.

Les expulsions sont souvent violentes mais les libérations par décisions de justice ou préfectorales  peuvent aussi l'être quand sont libérées des personnes vulnérables. D'autant que ces centres d'enfermement continuent de fonctionner en cette période de fermeture des frontières et de pandémie, devenant ainsi de nouveaux foyers épidémiques. D'autres policiers sont-ils prêts à aborder cette question avec nous ?

 

 

 

Désespoir
 21/6/2020 - Qui a jeté Tatiana à la rue ? ou Chronique du mépris ordinaire

Tatiana, jeune russe, aux activités malheureusement habituelles sur la Canebière, s'est faite arrêter par la police cannoise. Dans sa « tenue de plage », elle est transférée à la Police aux Frontières à Nice pour un longue garde à vue. L'Obligation de Quitter le Territoire Français tombe et la rétention est demandée par le Préfet des Alpes-Maritimes. Tatiana, toujours dans sa tenue très légère, est transférée en voiture à 580 km de la Promenade des Anglais.
Dans cette tenue de plage, la très jeune femme passera 48 heures au centre de rétention de Cornebarrieu en Haute-Garonne sans que des policiers ou des agents de l’OFII chargé d'accompagner les retenus ne lui trouvent de quoi se vêtir. Elle est présentée samedi 20 juin devant un juge en visio-conférence qui ordonne sa libération. A 18h30, le jour même , Tatiana , toujours dans la même tenue , est jetée à la rue devant le CRA de Cornebarrieu, sans argent, sans téléphone.
Merci les Pousses-aux-Crimes !
Tatiana erre pendant 24 h autour de l'aéroport de Blagnac avant que deux bénévoles du Cercle des Voisins la prennent en charge et la mettent à l'abri.

 

 

Désespoir

17/4/2020 - COVID-19 : CRA zone de non droit - agissons pour leur fermeture

Comme certains autres centres de rétention, le CRA de Toulouse-Cornebarrieu n'est toujours pas vide et ne le sera sans doute jamais car il semble servir de déversoir pour les préfets qui continuent de délivrer des Ordres de Quitter le Territoire Français, ordre absurde s'il en est vu la fermeture actuelle des frontières.
Les centres de rétention sont des zones où il est difficile de savoir réellement ce qui s'y passe. C'est ce qui avait déjà été dénoncé en 2012 pendant la campagne inter-associative 'Ouvrez les portes, on a le droit de savoir' avec Migreurop, Alternatives européennes et Reporters sans frontières auquel le Cercle des Voisins avait participé http://www.migreurop.org/article2106.html
Ces espaces fermés et surveillés par la police sont d'autant plus effrayants pendant cette période de confinement que toute visite devient maintenant impossible.
Les associations d'aide juridique se sont retirées( la Cimade pour le CRA de Cornebarrieu), l'agent de l'Office Francais de l'Immigration et de l'Intégration (OFII ) ne montre son nez que quelques heures par semaine mais son aide se résume à permettre 2 appels téléphoniques aux retenus qui le demandent. Pas de retrait d'argent impossible car selon eux les bureaux de poste sont fermés. Or sans argent, comment acheter des cigarettes, des cartes de téléphone...

Samedi 11 avril, le centre comptait 3 retenus et ce jeudi 16 avril, 5 hommes et une femme y sont maintenant enfermés. Les portes ne semblent s'ouvrir que dans un seul sens !
Le centre de Cornebarrieu compte 3 secteurs hommes, un secteur femme et un secteur famille. Dans chaque secteur, il y a un téléphone public où il est normalement possible de joindre les retenus depuis l'extérieur.
Les 5 hommes sont tous rassemblés au secteur D mais c'est le seul dans lequel il est impossible de les joindre car le téléphone est hors service.
Les retenus ont demandé à changer de secteur mais cela leur a été refusé.

L'un deux est au centre depuis 45 jours (en provenance de Lyon), un autre depuis 21 jours, deux autres sont arrivées plus récemment (le 13/04 après un contrôle à Perpignan et un autre ce jeudi 16 avril).
Une jeune femme arrivée dans le centre il y a 3 jours se retrouve complètement isolée dans son secteur. Elle a 19 ans. Elle ne mange pas.
Et bien sûr, pas de masques, pas de gel hydroalcoolique, un peit savon
Vous qui êtes français et pendant ce confinement, vous avez du expérimenter une ou plusieurs fois des contrôles policiers visant à vérifier votre attestation de déplacement. Vous avez peut-être tester l'arbitraire de certains contrôles comme ce qui est décrit dans cet article
https://www.bastamag.net/attestation-controle-deplacement-PV-amendes-violences-policieres-confinement-covid
Imaginez ce que peut-être l'arbitraire policier quand vous le subissez 24h/24 dans un centre fermé ! La parole du prisonnier.e ou du "retenu.e" (euphémisme utilisé par l'administration) a -t-elle la même valeur que celle de l’homme ou de la femme en uniforme ?
https://www.liberation.fr/debats/2020/03/18/l-inegalite-des-vies-en-temps-d-epidemie_1782169

Les audiences devant le juge des libertés où nous nous avions l'habitude de nous poster en tant qu'observateur nous sont maintenant inaccessibles. Elles fonctionnent par visio-conférence. Aucune présence citoyenne donc.
Joint sur son propre téléphone, un homme nous dit que les policiers les menacent s'ils évoquent les conditions de leur rétention pendant l'audience.Lui-même a été malade, fiévreux, avait du mal a respirer et a appelé les services d'urgence avec son propre téléphone. C'est un homme en veste rouge de la société ONET qui est venu et a estimé qu'il simulait. Il a ensuite subi la répression policière. Il a été frappé et mis à l'isolement.

Mais les policiers semblent aussi se donner du bon temps avec grillades et bières au menu dans la cour du CRA. Peut-être que les journalistes pourraient aller y faire un tour au moment des repas pour vérifier la fumée.
Mas d'autres distractions policières sont encore moins amusantes et pourraient faire l'objet d'une enquête, comme dire à un retenu de rassembler ses affaires car il est libérable et le traiter de mongole quand il se présente avec son sac, avec ordre de regagner sa cellule.

 

Désespoir

15/4/2020 - Coronavirus et manifestation au CRA du Mesnil-Amelot : le choix de la répression

Ce mardi 14 avril, Christophe Castaner était l'invité du grand entretien sur France Inter. A une question sur la régularisation des sans-papiers, comme l'a fait le Portugal, le ministre de l'intérieur répond: "Si l'on regarde bien ce qu’a fait le Portugal, on s’aperçoit que nous avons le même dispositif, et que nous l’avons même fait avant le Portugal. Là-bas, il s’agit d’une régularisation temporaire de personnes arrivées avant le 18 mars. Nous, nous avons mis ça en place de façon systématique et pour tout le monde : nous n’avons pas besoin de prendre des mesures temporaires parce que les soins urgents sont assurés pour tous. S’agissant des situations administratives, nous avons prolongé de 90 jours tous les titres. Pour faire simple : nous avons fait comme le Portugal, mais avant le Portugal."

Aucune réaction des journalistes Léa Salamé et Nicolas Demorand !

Désespoir

Monsieur Castaner et ses interlocuteurs ne peuvent pourtant pas ignorer ce qu'a déclaré Adeline Hazan, le contrôleure des lieux de privation de liberté le 11 avril sur cette même radio.

"Aucun plan n’avait été envisagé pour faire face aux conséquences d’une épidémie en prison"
Ce même 11 avril, Monsieur Castaner ne pouvait pas ignorer que les prisonniers du CRA du Mesnil-Amelot en grève de la faim pour réclamer leur liberté ont été durement réprimés ce même 11 avril. C'est lui qui a donné l'ordre aux CRS de mater la rébellion.
C'est encore lui qui a autorisé le transfert de ces hommes dans d'autres centres de rétention (Lille, Rouen).

Alors, cessez de mentir Monsieur Castaner : La France n'a pas régularisé les sans-papiers comme l'a fait le Portugal.
Cessez de participer à la propagande gouvernementale, messieurs les journalistes!

 

 

 

Désespoir20/1/2020 - Eux c'est Nous et tout ce qui est humain est notre !
Je souffre devant tant de malheurs et d'injustices. Il faut que je parle, que j'écrive ma colère :
Un jour, en visite au CRA (Centre de Rétention Administrative) il m'a été répondu que le CRA n'était pas un hôtel : que le retenu ne pouvait pas choisir sa chambre, ni son voisin de lit, ni son repas !
Non seulement le retenu est arbitrairement privé de liberté et c'est scandaleux, mais en plus il est jugé de façon inégale, mais en plus il n'a pas droit à la même défense, mais en plus il ne trouve pas autour de lui autant de sollicitude et d'attention qu'il en aurait besoin !!!
Et oui, au CRA on ne peut pas avoir sa valise de fringues avec soi, au CRA on n'a pas forcément l'eau chaude, au CRA on n'a pas assez de couvertures, au CRA on est en souffrance, au CRA on doit subir l'autorité violente de la police et on est INNOCENT.
C'est une prison plus violente que la prison parce qu'on est innocent.
Pas de médecin sans frontière pour défendre MR N., malade, qui va être expulsé vers le pays qu'il fuit ;
Pas d'avocat sans frontière pour Mme M., qui a eu l'audace de traverser une rue pour se faire coiffer et écope de 5 mois d'emprisonnement en France alors qu'elle travaillait depuis plus de 2 ans en Suisse, sans avoir subi aucun contrôle,
Pas de défenseur sans frontière des droits de l'homme pour D., 21 ans, le sourire aux lèvres, qui après avoir été prisonnier 90 jours en Lybie, sera 60 jours prisonnier en France avant de prendre un avion pour l'Italie !
J'espère que H., que nous avons vu ce matin retrouve la liberté cet après-midi ; il est en plein désarroi, abasourdi par ce qui lui est arrivé et par les conséquences qui en découlent sur sa famille .
Cependant :
Eux c'est Nous et tout ce qui est humain est notre !

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20/11/2019 - Gouverner, c’est créer des numéros verts
Le gouvernement a trouvé la méthode universelle pour résoudre les problèmes d'accès aux services publics : créer un numéro d’appel.

Vous êtes un étudiant précaire qui n’arrive plus à s’en sortir ? La ministre de l'Enseignement supérieur Frédérique Vidal a annoncé la création d'un numéro d'appel afin de mettre en relation les étudiants en difficulté financière avec une assistante sociale qui pourra … les informer.

Les urgences sont saturées ? La ministre de la Santé, Agnès Buzyn a annoncé la création d’un « numéro unique d'accès aux soins » qui vous aiguillera très certainement vers … les urgences.

Des soupçons de radicalisation ? Appelez le 0 800 005 696, vous pourrez y dénoncer votre voisin barbu ou votre voisine voilée comme vous y a invité le président de la République.

Vous êtes réfugié et vous voulez déposer une demande d’asile ? Fini les longues files d’attente, vous pouvez désormais appeler une plateforme téléphonique de prise de rendez-vous (appel payant). Celle-ci est saturée et vous raccroche au nez 45 minutes et 5 euros plus tard ? Renouvelez votre appel (et payez) autant de fois que nécessaire (voir ici). Vous n’avez pu obtenir de rendez-vous dans les délais (raccourcis par la loi Asile et Immigration) ? Dommage, vous êtes désormais en situation irrégulière et vous serez expulsé car vous n’avez « plus rien à faire là » comme dit le président de la République.

Il fut un temps où les services publics fonctionnaient correctement. Après des années de coupes budgétaires pour compenser les baisses d’impôts pour les grandes entreprises et les plus fortunés, les dysfonctionnements se multiplient alors que les besoins augmentent en raison d’une plus grande précarité.

La solution serait-elle de redonner des moyens aux services publics et de prendre des mesures pour réduire la précarité ? Non, vous n’y êtes pas du tout. La solution, c’est de créer un numéro d’appel en amont des services publics déficients pour vous faire patienter. A moins que ce ne soit pour vous faire comprendre comment vous en passer.

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22/10/2019 - C'est l'histoire d'une famille, et plus particulièrement d'un papa qui n'a pas les papiers pour vivre sur le territoire français. C'est surtout  l'image de notre société, de notre façon de vivre, de notre indifférence qui est évoquée ici.  "Ici",  c'est le palais de justice de Toulouse, mais ce pourrait être celui de Nantes ou de Paris,  puisque les récits entendus sont similaires. Le début de la mésaventure de ce papa se situe à proximité d'un centre commercial, et plus précisément à côté du conteneur poubelle, l'endroit où sont jetés les produits périmés invendables.  Endroit convoité par tous les sans droits de nos sociétés. Endroit choisi par la police pour guetter ceux qui oseraient " voler" les déchets et les invendus divers.  Ce papa n'a pas été pris la main dans la poubelle, on l'a juste suspecté de vouloir le faire.  Pour cela il a été interpellé, arrêté, incarcéré en centre de rétention, séparé de sa femme et de ses 4 enfants. Heureusement, le juge aujourd'hui a décidé de le remettre en liberté suite à des irrégularités de procédure.
Quoi qu'il en soit, la réalité reste: nous vivons dans un monde de bêtes féroces où ceux qui peuvent consomment aveuglément et sans limites laissant les autres à la rue, avec comme seule pitance les déchets des poubell
es, qui de surcroit leur sont interdits.

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23/9/2019 - D’où viennent les « migrants économiques » ?
(Citation extraite d’un article de Toni Morrison publié en mars 2015 par l’hebdomadaire The Nation)

"Pendant la majeure partie des cinq derniers siècles, l’Afrique a été considérée comme pauvre, désespérément pauvre, en dépit du fait qu’elle est outrageusement riche en pétrole, or, diamants, métaux précieux, etc. Mais comme ces richesses n’appartiennent pas en grande partie à ceux qui y ont vécu toute leur vie, elles sont restées dans l’esprit de l’Occident dignes de dédain, de douleur et, bien sûr, de pillage. Nous oublions parfois que le colonialisme était et est toujours une guerre, une guerre pour contrôler et posséder les ressources d’un autre pays, c’est-à-dire l’argent. Nous pouvons aussi nous leurrer en pensant que nos efforts pour « civiliser » ou « pacifier » d’autres pays ne sont pas une question d’argent. L’esclavage a toujours été une question d’argent: du travail gratuit produisant de l’argent pour les propriétaires et les industries. Les « travailleurs pauvres » et les « pauvres sans emploi » contemporains sont comme les richesses dormantes de « l’Afrique coloniale la plus sombre » – disponibles pour le vol des salaires et le recel des biens, et appartenant à des entreprises métastatiques qui étouffent les voix dissidentes."

À la lumière de ce texte, qui décrit une réalité incontestable, qui peut dès lors prétendre être surpris que des milliers de personnes décident d'abandonner leurs vies, leurs familles, leur histoire pour chercher une vie meilleure ailleurs?
Qui peut dès lors, la main sur le cœur, prétendre que c'est nous, les pays du "premier monde", qui sommes "injustement envahis" par des hordes de "profiteurs parasites" alors que seule une toute petite partie de ces exilé.e.s s'installent dans nos pays?
Qui peut dès lors leur refuser le droit de chercher une vie meilleure, dont nous les avons privés dans leurs propres pays?

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Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

FB IMG 1602173167488On marche vers l’Élysée !

Des sans-papiers marcheront à partir du 19 septembre des quatre coins du pays pour atteindre Paris en une grande manifestation le samedi 17 octobre.

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

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