En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des services adaptés.

cdv logo  

Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

logo EGM Toulouse

Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Mediapart - Les invités de Mediapart - 16/4/2018

Le parquet de Turin vient de délivrer une commission rogatoire européenne pour interroger les cinq douaniers français qui, sans avertir les autorités italiennes, sont entrés le 30 mars dans un local attenant à la gare de Bardonecchia afin de soumettre un Nigérian à un test toxicologique. L'universitaire Martina Tazzioli, qui se trouvait ce jour-là dans le local de la commune alpine frontalière, a publié un témoignage détaillé sur Open Democracy. En voici la traduction.

 

TÉMOIGNAGE SUR PLACE ET ANALYSE : POURQUOI DES DOUANIERS FRANÇAIS OBLIGENT UN NIGÉRIAN À URINER EN ITALIE

Bardonnecchia, Italie – Le durcissement des contrôles migratoires aux frontières intérieures de l’Europe se fait dans la violence. Loin de se borner à un contrôler le franchissement, les États-membres de l’UE revoient leurs politiques de frontières pour assurer leur pouvoir souverain et consolider leurs prérogatives d’Etat, par exemple l’anti-terrorisme. Cela se fait par le biais d’accords bilatéraux entre les polices nationales, et par des menaces envers les réseaux de solidarité qui viennent en aide aux migrants. L’irruption dans une pièce de la gare de Bardonecchia, en Italie à quelques kilomètres de la frontière, et la crise diplomatique qu’elle a provoquée, révèlent sans équivoque quels enjeux politiques gouvernent la coopération aux frontières.

Lorsque, le 31 mars 2018, des douaniers français ont fait irruption je me trouvais là, pour mener des entretiens avec Rainbow for Africa dans le cadre de mon projet de recherche sur les réseaux de solidarité avec les migrants. J’étais dans une petite pièce où l’ONG, avec l’autorisation de la municipalité de Bardonecchia, accueille pour la nuit des migrants qui tentent de passer en France. Les douaniers sont arrivés vers 20h, armés de revolvers et de Tasers, en affirmant qu’un agrément bilatéral signé avec l’Italie dans les années 60 leur conférait le droit d’entrer. Ils tenaient fermement  un citoyen nigérian arrêté dans le train qu’ils voulaient soumettre à un test de dépistage de drogues.

Un médiateur culturel et linguistique de l’ONG, "non-blanc", a essayé de les en dissuader. « Pas d’armes ici, a-t-il dit, personne n’est autorisé à faire dans cette pièce des tests anti-drogue arbitraires ». L’un des douaniers a hurlé « la ferme, ça ne te regarde pas », et s’est dirigé vers les toilettes à l’arrière de la pièce avec le Nigérian. Celui-ci voyageait de Paris à Naples, avec un billet de train en règle et un permis de séjour en Italie, et ne comprenait pas un mot de ce que criaient les Français, qui ne s’exprimaient que dans leur langue.

Le test s’est révélé négatif, et ils l’ont relâché, jetant ses affaires sur le sol et partant avant l’arrivée de la police italienne. Une crise diplomatique a éclaté : le ministère italien de l’Intérieur a demandé des explications à l’ambassadeur de France à Rome, qui a excipé d’un accord trans-frontière bilatéral signé avec l’Italie en 1990, selon lequel « les douaniers français sont autorisés à intervenir sur le territoire italien ». L’Italie a répondu que les Français ne pouvaient plus utiliser cette pièce dans la gare, puisqu’elle était désormais réservée à l’accueil des migrants. Bien plus, comme l’explique l’Association des études juridiques (ASGI), selon les accords bilatéraux entre la France et l’Italie, « la police française peut agir sur le territoire italien, mais dans des circonstances spécifiques et déterminées […] et toujours en collaboration avec la police italienne ». Bien plus, l’arrestation et la fouille arbitraires du citoyen nigérian, ainsi qu’un test forcé d’urine sur la base du profilage racial (un homme noir repéré par la police française à bord d’un train à grande vitesse), révèlent des enjeux politiques qui dépassent la question des migrations.

Souveraineté sur quoi ?

Que nous apprend cette affaire ? Comment l’analyser, à la lumière de la coopération des polices des frontières française et italienne ? Dès le lendemain, les politiciens italiens ont affirmé la nécessité de reprendre le contrôle sur les frontières de l’Etat. « Nous devrions expulser d’Italie les diplomates français » a déclaré Matteo Salvini, le chef du parti populiste de droite Lega Nord. Sa réaction, parmi d’autres, met en avant la souveraineté nationale, déplaçant le débat de l’intervention arbitraire sur un migrant vers l’intrusion armée des Français en Italie.

La collaboration policière transfrontière entre les deux pays existe de longue date : l’accord de Chambéry de 1997 en établit les règles. Plus récemment, le 15 mars 2012, les préfectures de Gap et de Turin ont signé un nouvel accord bilatéral transfrontière pour le contrôle des mouvements migratoires et l’arrestation des suspects de terrorisme. La tension politique à la frontière s’est accentuée ces trois dernières années, pour deux raisons : la suspension de Schengen par la France en mai 2015, et le nombre toujours plus grand de migrants qui risquent leur vie en passant par les Alpes pour échapper aux contrôles frontaliers.

« Vous ne devriez pas vous risquer par ici. La traversée des Alpes est trop dangereuse en ce moment, avec la neige qu’il y a, c’est la mort assurée », dit un policier italien à quatre migrants somaliens arrivés par la ligne de train régionale Turin-Bardonecchia. «­ Si vous voulez être encore en vie demain, ne tentez pas de passer. Et si vous y arrivez les Français vous ramèneront ici, en Italie ». Avertissement bien intentionné en même temps qu’exemple de la tactique de dissuasion déployée le long de la frontière, ces mots illustrent les différentes attitudes des deux côtés de la frontière.

Faire la chasse aux migrants ou les empêcher de passer intéresse peu les Italiens ; ce sont les Français qui patrouillent sans cesse et refoulent les migrants vers l’Italie. Devant le risque mortel très élevé et la forte probabilité de refoulement de ceux qui réussissent, les ONG locales et la police italienne essaient de décourager les migrants. Quand la police française les repère, ils sont renvoyés en camionnette à Bardonecchia et lâchés devant le grand square qui jouxte la gare.

« Parfois ils donnent un papier aux migrants, d’autres fois ils n’enregistrent même pas officiellement le refoulement », dit un activiste du mouvement NoTav (1). « Les migrants savent que la traversée est extrêmement difficile. 10% seulement parviennent en France dès la première tentative, les autres recommencent sans cesse. La police, de son côté, compte sur l’épuisement des migrants, du aux conditions climatiques extrêmes et à la difficulté d’une traversée en altitude, pour qu’ils renoncent et demandent l’asile en Italie. »

« Le problème ce n’est pas la neige, c’est la frontière »

Derrière les enjeux de collaboration aux frontières et de souveraineté nationale, on trouve le réglement Dublin. Les deux Etats essaient de ne pas laisser entrer de potentiels demandeurs d’asile, et la France renvoie les migrants en Italie. Ces refoulements répétés ont de graves conséquences sur les migrants, qui doivent retenter le passage tout en changeant sans arrêt d’itinéraire.

Bien plus, quand les douaniers français ont bousculé les travailleurs de l’ONG dans la gare de Bardonecchia, ce n’était pas seulement pour les intimider, mais aussi – du moins à mon sens – pour envoyer un message à tous les réseaux de solidarité avec les migrants du Val de Suse. A côté de Rainbow for Africa, qui gère avec l’autorisation de la municipalité ce lieu temporaire de soins médicaux et d’accueil, des activistes et des citoyens du village de Clavière ont établi un espace de solidarité, sans l’appui des autorités locales.

Clavière, à deux kilomètres de la frontière, est l’autre point de passage principal des migrants. A la différence de Bardonecchia, la municipalité n’a pas ouvert de lieu d’accueil, et des citoyens ont décidé le 24 mars dernier d’occuper un lieu dans l’église. Le prêtre s’est déclaré contre l’occupation, mais les autorités locales n’ont pu expulser les occupants, du fait du statut extra-territorial de l’église. Bien plus, l’occupation a été soutenue par de nombreux citoyens, dans la région et au-delà.

L’église occupée n’est pas qu’un endroit où les migrants peuvent s’arrêter et se reposer avant de tenter le passage. En tant que lieu de solidarité, c’est un défi lancé aux logiques étatiques de « gestion migratoire ». Face aux refoulements répétés et aux dangers des passages dans les Alpes, les occupants de l’église refusent le discours de l’urgence humanitaire, qui considère les migrants comme des victimes désespérées à arracher à la montagne et à la neige. Comme l’a dit quelqu’un, « le problème ce ne sont pas les montagnes, l’urgence ce n’est pas la neige. Le problème c’est la frontière, qui oblige les migrants à traverser ici dans ces conditions ».

La frontière franco-italienne est caractérisée par la coopération frontalière active, et par des conflits autour des interventions arbitraires des polices. Mais en même temps c’est un lieu de solidarité croissante entre les structures de solidarité des deux pays. Celles-ci sont menacées car le soutien qu’elles apportent aux migrants est bien plus qu’un simple geste humanitaire. Contre la coopération des polices des deux pays, et au-delà des conflits de souveraineté, la coopération transfrontalière se renforce tandis que les citoyens défient leurs gouvernements en devenant des « délinquants de la solidarité ».

Martina Tazzioli est universitaire en géographie politique à l’université de Swansea. Elle est l’auteure de Spaces of Governmentality: Autonomous Migration and the Arab Uprisings (2015), co-auteure avec Glenda Garelli de Tunisia as a Revolutionized Space of Migration (2016), co-éditrice de Foucault and the History of Our Present (2015) et de Foucault and the Making of Subjects (2016). Elle est co-fondatrice de la revue Materialifoucaultiani et fait partie du comité de rédaction du Radical Philosophy Journal.

Paru originellement le 3 avril 2018 sur Open Democracy Crossed boundaries? Migrants and police on the French-Italian border, traduit de l’anglais par Isabelle Saint-Saëns.

(1) NdT : « Non au train à grande vitesse », mouvement de la vallée de Suse, né dans le milieu des années 90 contre le projet de  ligne à grande vitesse Lyon-Turin (TAV : treno ad alta velocità). Nombreuses manifestations violemment réprimées. En 2013  l’écrivain Erri De Luca, solidaire du mouvement, est accusé d'incitation au sabotage par la société Lyon Turin Ferroviaire. Il est relaxé en 2015.

 

Vite dit

unnamed27/11/2021 - Arbitraire, malveillance, cynisme et mauvaise foi de la justice

Un témoignage émouvant et enrageant  mais aussi interloquant par l’absurdité des ”arguments” avancés par le parquet, dont on sent le désespoir pour trouver quelque chose, peu importe quoi, afin de bloquer la démarche éminemment humaine de cette femme.

L’arbitraire et l’absurdité dans l’action du pouvoir en place qui se dégage de ce témoignage pourrait se prêter à rire, si ce n’était pas en même temps une épitaphe sur le tombeau de la justice de la République. Comment rester de marbre quand on est témoin d’une action aussi malveillante, cynique et de mauvaise foi que celle que témoigne ce récit :

"Cette nuit j'ai besoin d'exprimer ma sidération et ma colère. J'étais en audience cet après midi pour l'adoption de mon garçon qui vient de Guinée et qui est chez moi depuis bientôt 4 ans.
L'avocate apprend juste avant qu'on entre que le parquet était contre, aucune idée des motifs, où est le respect de la procédure contradictoire en droit ??
Une fois dans la salle, elle demande donc quels sont les motifs...
Ubuesque, absurde, stupide et j'en passe... 
1 pas de photo sur l'extrait de naissance !!! Qui connaît un exemple dans le monde ?
2 0n ne se connaît pas assez longtemps pour prouver des liens affectifs ! 4 ans !!! et jugement de la cour d'appel de Rennes  pour un titre de séjour vie privée et familiale que mon garçon détient depuis Juillet, qui insiste beaucoup sur nos liens profonds. 
3 le titre de séjour est provisoire jusqu à fin Juin !! Tous les premiers titres de séjour ne durent jamais plus d'un an, c'est la loi !!!
Une amie qui voulait adopter aussi et  à qui on a dit non également pour d'autres raisons, le titre de son jeune va jusqu'à Février mais comme c'est bizarre, pour lui ils n'en parlent pas !!
4 il vient chez moi de temps en temps, alors là on était héberlué ! Il a habité tout le temps chez moi, 9 attestations le prouvaient, j'ai en 40 comme ça!  Mon avocate pense que ça vient du fait qu'il a été en pension à la Guerche de Bretagne à 2h50 de chez moi, j'habite à Quimper. On n'a pas eu le choix, j'ai dû l'inscrire là bas car on avait eu une OQTF fin Juin, trop tard pour trouver une place ici en lycée hotelier car Youssouf est cuisinier-il a maintenant un CDI à Quimper - 5 restaurateurs étaient prêts à le prendre en alternance ici dans le Finistère sud juste à côté de Quimper-pour une formation complémentaire cuisinier en desserts de restaurant et le CFA aussi, OQTF, donc impossible, on n'avait plus que la Guerche de Bretagne et on nous le reproche maintenant ? J'aurais dû faire quoi, le conduire tous les matins et le ramener tous les soirs ?? On est sérieux là ??
5 sa signature et son paraphe sont les mêmes !!
Il était analphabète en arrivant ici, il ne savait ni lire ni écrire, donc sa signature était les premières lettres de son nom et prénom car c' était ce qu'il y avait de plus facile pour lui, et après quand il a su écrire, trop tard, on lui aurait dit que sa signature n'était pas conforme !!!
Tout ceci est ahurissant ! 
Quoiqu'on fasse, ce n'est jamais bien !!
Alors je ne peux pas m'empêcher de penser que tout ça est politique, la cour ici est à priori contre et cherche le moindre prétexte pour refuser l'adoption.
Je navigue entre la sidération, la tristesse, la colère et le rire car heureusement j'ai le sens de l'humour ! Tous ces arguments sont risibles... Mais c'est quand même la colère qui domine et heureusement car c'est elle qui va me donner la force, l'énergie pour continuer à me battre, cela fait 4 ans que nous partageons tout mon petit fils et moi, les joies comme les peines, nous avons ri et pleuré ensemble, alors nous n'allons pas abandonner, nous allons continuer à nous battre, nous formons une famille. 
Bonne nuit à tous et merci à ce groupe d'exister, cela fait tellement du bien de savoir que nous ne sommes pas seuls !"

unnamed23/11/2021 - Expulsé sans ambage et sans bagage

L'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration, l'OFII, n'a pas joué son rôle ce jour de début novembre à Toulouse.

L'affichage de leur bilan pourrait nous faire croire à une efficacité remarquable.

Voici les chiffres tirés de leur rapport 2020 pour les centres de rétention (CRA) :

9 959 entretiens de 1er accueil, 16 830 entretiens complémentaires, 144 entretiens d'évaluation de la vulnérabilité, 83 aides au retour, 34 010 achats de 1ère nécessité, 631 paiements de mandats, 186 retraits d'espèces en banque, 597 achats avec la carte ADA, 5 démarches de clôture de comptes bancaires, 9 remboursements de billet SNCF, 695 démarches de récupération de bagages, 38 démarches de récupération de salaires, 1726 dons de vêtements.

En novembre 2019, les EGM31 constataient déjà,des manquements sévères ( lire ici ). Par exemple, la récupération de bagages ne se faisait que sur Toulouse et sa banlieue alors que les placements en CRA se décident au niveau national et que les personnes étrangères 'dublinées' sont convoquées à la préfecture de région, donc Toulouse.

Rien d'étonnant donc que ce 9 novembre 2021, 3 associations (Halde, Cimade, Cercle des Voisins) ont du oeuvrer ensemble et dans l'urgence pour permettre à un retenu, placé la veille au CRA de Cornebarrieu de récupérer ses bagages avant son expulsion. Ces bagages étaient pourtant stockés à Toulouse !

 

14/04/2021 - Pourquoi ? Combien ?

Pourquoi tant de temps? pourquoi tant de kilomètres parcourus? Pourquoi tant d'argent public dépensé ? et les autres pourquoi pour tout ce qui ne peut se mesurer comme l'incompréhension, la peur, la trouille, l'angoisse, et tous les traitements indignes que sont le menottage, l'escorte policière sous le regard des autres, l'enfermement en centre de rétention administratif (CRA) et aussi l'attente, une longue attente pour qu'enfin l'Office Français de Protection des réfugiés et Apatrides (OFPRA) lui accorde enfin en ce mois d'avril 2021,la protection qu'il demandait.

Combien de parcours semblables à celui d'Ibrahim? Combien de personnes ont subi des arrestations en préfecture, un enfermement qui peut durer jusqu'à 3 mois dans des locaux parfois sales, où la bouffe est infâme et où il est nécessaire de se résoudre à avaler un somnifère si l'on veut dormir un peu ?

Et combien de temps cela va-t-il durer encore avant qu'une figure humaine mette un terme aux textes écrits par les gestionnaires et technocrates en place depuis plusieurs années sur le Droit des Étrangers (le fameux CESEDA et les règlements qui en découlent comme celui de Dublin).

Et comme le suggère le dernier livre d'Axel Kahn, Et le bien dans tout ça ?, si nous devenions raisonnable et humain ?

Ce vite-dit fait suite à celui du 22/2/2019 - L’acharnement des préfets dépasse les bornes
Ibrahim (son prénom a été changé) est un jeune qui a fui le Niger en 2015 ; parti à l’âge de 17 ans, il a fêté ses dix-huit ans en Lybie ; tout le monde comprend ce que cela signifie… courageux il l’est vraiment ce gars ; son périple, par la méditerranée puis l’Italie a duré plus de trois années…. il est passé par l’Allemagne. Malheureusement son petit séjour au pays de Goethe s’est mal passé ; De violentes agressions à caractère raciste l’ont poussé à reprendre la route. Le voilà en France, et bien sûr, en guise d’accueil, la France lui colle une procédure de réadmission Dublin vers l’Allemagne. Heureusement, il trouve refuge au cœur de la France profonde sous l’aile bienveillante du réseau RESF.
Arrêté le 11 février, il est conduit au CRA de Cornebarrieu (1er voyage).
Le 13 février passage devant le JLD : Ibrahim est assigné à résidence chez lui ; il est recueilli par le Cercle des Voisins.
Le 14, le CdV organise son retour chez lui (2ème voyage).
Le 20, il se rend à la gendarmerie sur convocation ; et que fait l’Administration ? Ibrahim est de nouveau arrêté et amené sous escorte à Cornebarrieu (3ème voyage).
Le matin du 21, Ibrahim est conduit à l’avion menotté et entravé ; deux policiers l’escortent jusqu’à Paris (4ème voyage)
Arrivé à Paris, la police lui annonce que la Préfecture a décidé de le libérer ; Ibrahim, qui n’a rien compris se retrouve dans un avion entre deux policiers direction Toulouse (5ème voyage). Il est conduit au CRA de Cornebarrieu pour y signer des documents auxquels il ne comprend rien : il refuse de signer, et le voilà libre, sans bagage et sans aucun justificatif.
Grace à l’efficacité du réseau, il est récupéré, passe une bonne nuit à Toulouse et reprend le train vers son village d’adoption (6ème voyage).
Bilan :

  • Quatre voyages à trois personnes aux frais du contribuable (le coût dépasse certainement les 5000€ car il faut y intégrer les salaires des policiers de l’escorte)
  • Deux voyages aux frais des associations de bénévoles.
  • Tout ça pour revenir au point de départ…

Vous appelez ça une politique d’asile respectueuse des personnes ?
Et en plus un gâchis d’argent public.

 

 

 

vd systeme ecrase2/2/2021 - 90 jours moins 1
Le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) dispose que le placement en rétention doit être considéré en ultime recours lors de l’expulsion d’une personne, et cela seulement après avoir épuisé toutes les autres formes de contrôle disponibles à l’administration, comme l'assignation à résidence ou le pointage en commissariat de police. Aussi, il dispose que la période de rétention doit être réduite au strict minimum nécessaire à la mise en oeuvre de l’expulsion.

Monsieur P., un Sénégalais en situation irrégulière, est arrêté et placé en rétention au centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu. Deux jours plus tard, il est présenté devant le Juge de la Liberté et de la Détention, qui décide de prolonger sa rétention pour une période de 28 jours supplémentaires en vue d’une expulsion imminente vers son pays d’origine. Cette période devrait suffire à la préfecture pour organiser son expulsion.

Or, à la fin de ces 30 jours, l’administration n’a toujours pas réussi à le faire. Qu’à cela ne tienne, la préfecture décide de demander une nouvelle prolongation de la période de rétention de 30 jours supplémentaires pour organiser cette expulsion “imminente”. Le tribunal accède à la demande de la préfecture et inflige à Monsieur P.  une nouvelle période de 30 jours pendant laquelle l’administration devrait pouvoir finir les préparatifs.

Hélas, les 60 jours s’écoulent, mais l’expulsion se fait attendre. Un point de détail se dit probablement la préfecture qui demande encore une prolongation. Le tribunal accepte, à nouveau, et condamne Monsieur P.  à 15 jours de rétention supplémentaires, en principe pour permettre à l’administration de finir enfin son travail et exécuter l’expulsion, toujours "imminente”.

Surprise ! 15 jours plus tard, rebelote. La préfecture n’a toujours pas pu, su ou voulu expulser Monsieur P.  et demande, difficile à croire, une prolongation supplémentaire !  C’est la dernière prolongation autorisée par la loi avant qu’il soit libéré de droit... en attendant de nouvelles arrestations, sans limites. Une des conditions pour accorder cette quatrième et dernière prolongation est que la préfecture ait obtenu le laissez-passer nécessaire à l’expulsion, ainsi qu’un vol, et cela au plus tard pendant les 15 jours de la troisième prolongation, ce qui n’était toujours pas le cas pour Monsieur P.. Encore plus difficile à croire, non seulement le tribunal ignore le manque du laissez-passer et du vol, mais refuse aussi d’admettre que dans la situation sanitaire actuelle il soit pratiquement impossible de renvoyer ces pauvres gens vers leurs pays, et décide de prolonger d'encore 15 jours le calvaire de Monsieur P..

Monsieur P. a été finalement expulsé la veille de la fin de sa rétention. 90 jours moins 1 de rétention parce que la préfecture n’a pas été capable de faire son travail avec plus de diligence et en conformité avec le CESEDA.

Juste au cas où le point vous aurait échappé, il ne s’agit pas ici d’un colis que l’on peut mettre de côté en attendant son expédition par le moyen le plus confortable pour l’administration, mais d’un être humain privé de sa liberté et de ses droits, dont la seule faute est de ne pas avoir des papiers, c’est-à-dire une simple contravention au CESEDA.

Malheureusement Monsieur P. n’est ni le premier ni le dernier à subir ces longues peines d’emprisonnement. Des milliers de personnes se trouvent ainsi piégées dans des centres de rétention à travers la France, avec pas ou peu de possibilité d’expulsion. Beaucoup se trouvent dans des centres touchés par la COVID, et par conséquent exposés au virus, mettant leur vie en danger, sans que cela inquiète l’administration.

Il est malheureusement peu probable que le gouvernement cesse ces expulsions honteuses, mais il se doit d’être capable de les exécuter dans le respect des personnes et de leurs droits.

Il est impératif que la déshumanisation de ces êtres humains cesse parce que pour chaque personne que se voit désignée comme "chose”, nous détruisons un bout de nos âmes.

 

 

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

Archive

Powered by mod LCA