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Le Cercle des Voisins

Informe de l'atteinte à la dignité et aux droits humains que représente l’existence et le fonctionnement du «Centre de Rétention Administrative de Cornebarrieu», défend la libre circulation des personnes et dénonce le système mis en place pour l’expulsion des personnes privées de papiers.

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Source : Mediapart - Marie Cosnay - 19/5/2018

Les juges ont perdu, ont perdu la bataille de la justice parce que la bataille de la justice ne peut pas aller avec le racisme qui consiste à ne voir dans le noir qu’un noir, peu importe son âge, de ne voir sur un front que des rides, quels que soient les chagrins.

On a tous perdu. On a tout perdu en protection de l’enfance. On est dans un département qui a perdu son combat en terme de protection de l’enfance. On est dans un département qui a tout perdu en terme de protection de l’enfance étrangère et isolée, celle qui est venue à pieds après des mois ou des années de route, de désert et de naufrage et de camps de rétention d’Europe.

Les salariés du département le disent, leur temps de travail est immense, leur stress, n’en parlons pas, c’est un tsunami qui tombe sur nous, un véritable tsunami. Rien n’est prêt, on n’a pas vu venir. On est débordés. Les flots, tout ça. Les salariées n’ont certainement pas eu de bonnes pratiques, on vous l’accorde, mais depuis ils se sont fait taper sur les doigts et tentent de mettre en place de nouveaux dispositifs. Les nouveaux dispositifs n’ont pas eu le temps de fabriquer encore de bonnes pratiques. En attendant les bonnes pratiques et le peu de calme qu’on peut espérer de soi-même (ce n’est pas si mal), on souffre du manque de financements, ce n’est ni une vue de l’esprit ni un prétexte à mauvaises pratiques.

A propos de salariés qui craquent, une anecdote.
Un jeune homme, 16 ans, venu de Guinée, a besoin de récupérer son ordonnance de placement provisoire émise par le juge des enfants de Rodez avant qu’il ne soit envoyé, au titre de la répartition nationale, dans le département qui nous occupe et qui maltraite, les Pyrénées Atlantiques.

J’ai écrit : le département qui maltraite.
Oui, le département maltraite.
Les salariés manquent de calme et de temps et la cellule de l’enfance en danger manque de moyens, tout cela est vrai, personne ne veut jouer le rôle du bourreau ou de l’ogre des contes tragiques dans la vie d’un enfant, personne n’a fait ses études pour jouer l’ogre ou le bourreau mais de métier à métier, de bureau à bureau, avec ou sans connaître les enfants, plutôt sans les connaître, le département maltraite, non les enfants, tout le monde serait offusqué, mais un chiffre, un tout petit chiffre, 1% d’enfants répartis sur son territoire, ce territoire présidé par Jean Jacques Lasserre. 1%, un peu moins même, d’enfants étrangers que le territoire de Jean Jacques Lasserre doit accueillir, en vertu du protocole liant ce territoire et l’Etat.

Revenons à l’anecdote.
L’enfant veut son ordonnance de placement provisoire. Celle-ci prouvera qu’il était protégé comme mineur, que le département des Pyrénées Atlantiques a eu tort de le contrôler biométriquement, comme s’il demandait un asile qu’il ne demande pas, comme s’il n’était pas mineur, comme si un département ne l’avait pas dit. Où est donc l’OPP ? L’OPP est au greffe du tribunal de Pau, elle nous attend les bras ouverts, elle prouve que l’enfant a été évalué, reconnu, protégé, elle prouve qu’une juge des enfants a été saisie par le procureur et que pendant que la juge était saisie, le département, en la personne de la responsable de la cellule de l’enfance en danger, Maryvonne de Ravignan, envoyait l’enfant à la police aux frontières puis en centre de rétention, d’où il ne sortait pas sur le fond de l’affaire, ce fond terrifiant et déloyal, mais grâce à un vice de procédure. L’OPP prouve tout, qui se trouve au greffe du tribunal, un avocat peut demander à la voir, une juge aussi - encore faudra-t-il que celle de Bayonne, saisie et rencontrée, sache qu’elle existe, veuille la voir, la demande, puis en tienne compte. Qui peut d’autre demander l’OPP ? Pas moi, qui ne suis rien pour l’enfant, ni l’enfant puisqu’il est enfant, quoi qu’en pense Pau, le département, Jean-Jaques Lasserre, Maryvonne de Ravignan et la juge des enfants - qui lui voit des rides au front. L’enfant veut son OPP et il a bien raison, elle prouve la maltraitance qu’on lui a faite à Pau après que Rodez l’avait accueilli. Au téléphone nous avons eu d’ailleurs Rodez, furieux de ce que font les Pyrénées Atlantiques, est-ce que je peux revenir à Rodez, dit l’enfant, j’étais bien à Rodez, dit l’enfant, on m’y parlait gentiment.

Revenons à l’anecdote, qu’on n’a toujours pas racontée.
Récit d’un coup de téléphone avec haut-parleur.

Bonjour Isard-Cos, c’est M** S** D**. Je vous téléphone car j’ai besoin de vous pour récupérer mon dossier que vous ne m’avez pas laissez prendre à Pau. L’OPP, surtout.
Vous vous êtes trompés de numéro.
C’est M***
Je ne connais pas de M***.
Fin de la conversation.

J’appelle à mon tour.
Même numéro.
Fonction : rappel.
Isard-Cos bonjour.
Je suis bien à Isard-Cos ?
Bien sûr (agacée, elle venait de le dire).
Excusez-moi, on vient de vous appeler avec M*** mais on lui a dit qu’il s’était trompé de numéro. Je voulais être sûre. Excusez donc notre insistance mais il a quelque chose à vous demander.
Bonjour, c’est M***
M*** ?
C’est moi.
Ici Carine !
Oui.
Comment vas-tu M*** ? ça n’allait pas fort la dernière fois qu’on s’est vus !
J’ai besoin de mon OPP.
Ce n’est pas de mon ressort, tu vas appeler Isabelle Michel, elle te dira comment faire. J’espère que tu vas bien, raconte-moi, etc, etc.

Ce n’est pas du ressort d’Isabelle Michel non plus de donner l’OPP, surtout pas à un mineur - que pourtant elle et ses évaluateurs nient mineur.
Fin de la conversation, l’enfant est effaré. Carine, c’est l’éducatrice qui l’a conduit, il a un petit doute, les prénoms il se souvient bien mais on l’a conduit deux fois à la PAF, une fois c’est Carine et l’autre fois … Agathe, peut-être les deux fois Carine, ça n’allait pas fort ce jour-là, dis-moi, comment vas-tu maintenant, elle l’a conduit à la PAF sachant qu’il irait au centre de rétention et elle disait : c’est une formalité, je serai là derrière la porte - mais il n’y avait rien derrière la porte que les menottes et la voiture de police qui conduisait l’enfant à Hendaye, en centre de rétention, en attente d’expulsion. Les ogres de nos histoires portent de jolis prénoms et sont débordées de travail, elles souffrent au travail, on n’en doute pas une seconde, elles préféreraient sincèrement que M*** leur disent que tout va bien, dans un autre département, tout va bien, non je ne suis pas en Guinée, non pas en prison, je suis avec les bonnes personnes que j’ai rencontrées sur mon chemin.

Elles diraient en lisant ces lignes que rien de tout ça n’est vrai mais que pourtant oui, elles ont conduit, elles diraient que ce n’est pas ça mais que oui, c’est ça quand même, c’est normal, elles sont exactement comme les enfants qui viennent de Guinée et du Cameroun, qui ne peuvent raconter à personne, surtout pas à leurs proches, à quel point c’est dur, l’Europe, parce qu’il faut bien être à la hauteur de ses rêves, Carine et Agathe et les autres ont besoin d’être à la hauteur de leurs rêves d’enfance et dans leurs rêves d’enfance elle protégeaient les enfants.

Une autre anecdote.
Où il est question d’argent, de département et d’Etat.
Ces lignes et hypothèses n’engagent que moi.
Elles ne font pas du département un monstre, simplement une structure administrative qui manque d’argent et détourne joliment ou prudemment les yeux comme on les détourne tous pour que quelque chose (de meilleur pour nous ou pour les autres) puisse avoir lieu.
Ce petit moment d’inattention, vous savez.
Qu’on adore quand c’est une secrétaire qui ne voit pas le papier à cause duquel telle personne ne pourrait pas intégrer cet emploi, cette formation.
Et le contraire, ce moment où une secrétaire (vivent les secrétaires) voit le papier qu’elle n’a pas pu voir parce que le papier qu’il faut avoir pour intégrer tel emploi ou telle formation n’a pas été versé au dossier.
Bref, à propos du manque d’argent du département en matière d’enfants isolés et étrangers, cette hypothèse :
Mettons qu’un enfant soit reconnu mineur dans l’Aveyron. 
Toute ressemblance avec des faits vérifiés n’est pas purement fortuite.
Un enfant est reconnu mineur dans l’Aveyron et il est, par la cellule nationale, envoyé dans un département qui a signé un partenariat avec l’Etat. Il doit recevoir, ce deuxième département, nous parlons des Pyrénées Atlantiques, 0,98 % des enfants protégés nationalement.
On va dire 1% pour simplifier.
L’enfant venu d’Aveyron et reconnu mineur, au lieu de passer devant la juge des enfants convoquée par le Procureur, disparaît, selon les mots mêmes d’une responsable de l’ASE 64, dans la nature.
Ma question est la suivante : quelqu’un a fermé les yeux sur la disparition de l’enfant, ok.
On se souvient : l’enfant s’était évanoui dans la nature.
Est-ce que le département où travaille cette personne épuisée par le tsunami, les flots, les flux, est ce que le département a prévenu l’Etat que le jeune s’était évanoui, afin de rentrer dans son quota d’enfants prévus, le fameux 1% ?
Est-ce que le département a dit à la cellule nationale : cet enfant s’est évanoui, pffff, donnez-m’en donc un autre pour que je sois en règle selon le partenariat que j’ai avec vous ?

Ce n’est pas le moment des questions, j’en ai un grand nombre, elles viendront, en leur temps.
Il y sera question d’argent, encore.
Et des réparations que demande le département aux enfants qu’il maltraite.

Ce n’est pas le moment des questions. C’est celui des constats. Le constat, c’est que nous avons perdu. Le département a perdu la protection des enfants isolés étrangers qui viennent de Guinée, du Cameroun, de Côte d’Ivoire, du Mali, etc. Le département a perdu. Les juges ont perdu, ont perdu la bataille de la justice parce que la bataille de la justice ne peut pas aller avec le racisme qui consiste à ne voir dans le noir qu’un noir, peu importe son âge, de ne voir sur un front que des rides, quels que soient les chagrins, dans les enfants à protéger qu’un bataillon crevant de faim et de misère, les juges ont perdu quand elles disent : « je ne fais pas dans l’humanitaire » parce que le jeune qu’on lui présente est noir et adolescent, et la juge a perdu la bataille quand elle dit : « si on protège des mineurs qui sont en fait majeurs ils violeront les petites filles dans les foyers, d’ailleurs il y a eu une histoire comme ça, non ? » ; ce qu’ignore la juge, c’est que l’enfant devant qui elle parle a subi lui-même, dans la plupart des cas, les violences qu’elle dit et en a de l’effroi, les élus ont perdu la bataille quand ils comptent les sous et il faudra voir comment il les comptent puisqu’on les a embauchés, il paraît, les élus ont complètement perdu la bataille quand ils disent que les enfants venus de Guinée, Cameroun, Côte d’Ivoire, 16 ans, des années de marche, de prostitutions, de rabattages et de chargements de colis à Bamako, d’esclavage dans le Nord du Mali, de maçonnerie en Algérie, de travail sur les docks, de manche au Maroc, les élus ont perdu la bataille quand ils disent que ces enfants venus pour étudier, qui ne veulent qu’étudier et qui, quand on le leur permet enfin, étudient pour le plus grand bonheur des professeurs stupéfaits car ils étudient si bien, les élus ont perdu la bataille, quand ils disent qu’au nom de l’anti-terrorisme, ils vont les contrôler, enfermer, nier, expulser.

Et puis nous, nous avons perdu.
C’est à ça que je voulais en venir.
Nous avons gravement perdu la bataille des enfants que nous ne voulons pas laisser tomber.
Nous l’avons perdue peu à peu, sans le vouloir, ne voyant pas qu’on la perdait ou le voyant trop tard.
Nous croyions savoir ce que c’est l’enfance et nous croyions que l’enfance était à protéger, ça tombait bien, nous avions à peu près élevé nos enfants, nous les avions plus ou moins vus grandir, nous étions inquiets quand ils ne rentraient pas le soir, à 16 ans, à l’heure dite, nous savions un peu ce que c’était d’être adulte responsable, d’être adulte devant un adolescent.
Arrivaient les adolescents qui ont fait cette route et ont une assise solide, veulent étudier, ils ont risqué leur vie et ils ont vu la mort et ils resteront là.
Arrivaient les adolescents qu’on était sûrs de devoir protéger comme on était sûrs de devoir protéger les nôtres.
Arrivaient les adolescents - et ils n’étaient pas protégés.
Surprise, effroi, erreurs, on trouvait des parades.

On aidait les départements, les associations recrutées par les départements, les préfectures, on les aidait à prouver la minorité de ce jeune, de cet autre, nous faisions voyager les papiers par DHL à grands frais, une fois, deux fois, une autre, nous faisions tout pour que le département évalue correctement l’enfant, nous allions chercher les jugements supplétifs, les cartes consulaires, nous faisions les inscriptions au foot et dans les écoles qui plus tard influenceraient les juges, nous faisions tout, donnions des cours particuliers, nous discutions, nous ne voulions même pas élever un enfant, nous avions assez d’enfants à élever, nous avions pourtant dans nos bras et nos maisons des enfants de passage qui allaient mal, ne dormaient pas, puis allaient mieux puis mal encore quand les cartes consulaires et jugements supplétifs ne prenaient pas la route assez vite, quand une juge ne faisait pas dans l’humanitaire, comme elle disait, ils allaient mal au gré des mauvaises paroles et des mauvais visages, tu as bien des rides à ton front, quel âge tu dis que tu as, tu es un mineur-majeur, ta mère est morte ou un peu morte, ils allaient mal et nous trouvions des magies et bien sûr ce n’est pas en ça que nous avons perdu, nous avons gagné pas mal de magie et d’amitiés pour toujours mais nous avons perdu, nous avons perdu parce que nous avons joué le jeu toujours perdant des départements et des associations qui évaluent pour les départements, nous avons joué le jeu des juges et pendant que les avocats les plus vifs gagnaient des jurisprudences à tire larigot les administrations imaginaient de nouveaux besoins et de nouvelles preuves à fournir qui rendaient caduques ces jurisprudences, nous courions leur fournir les nouvelles preuves, ventre à terre nous y allions, traversaient les déserts western union et DHL, nous avons joué le jeu des départements et des juges « qui font pas dans l’humanitaire » et c’était un jeu incessant, sans limite, il nous a essoufflés et il a fait pire : il s’est retourné contre les enfants et contre nous-mêmes et contre l’honneur des départements et des juges, puisqu’il va de soi que c’est en honneur que les juges et départements ont le plus perdu, le jeu s’est retourné contre les enfants et contre nous : « nous ne protégerons pas cet enfant, ont dit le département et la juge des enfants, il a des rides à son front noir mais vous, vous êtes là pour le faire alors faites-le, dans notre grande bonté nous pourrons passer avec vous une sorte de partenariat, on en a déjà un avec la Police aux frontières. »

Nous avons perdu.
Nous devions exiger la fin des évaluations de minorité qui aujourd’hui, même quand elles sont avérées dans un département, sont niés dans un autre.
Nous ne pouvions pas faire la course contre les administrations.
Nous ne pouvions pas jouer contre des gens si fatigués, si peu conscients d’eux-mêmes qu’ils en viennent à dire que oui, éducateurs, ils ont conduit l’enfant à la police, oui mais non.
Nous ne pouvions pas jouer avec des évaluateurs qui ne souhaitent comprendre du monde que le strict petit nuage familier familial qui est le leur.
Nous ne pouvions pas jouer avec des élus de mauvaise foi qui de 0.98% d’enfants à protéger veulent passer à 0.95% et regardent s’évanouir dans la nature ceux qu’ils aident à s’évanouir.
Nous ne pouvions pas jouer.

Il fallait repartir au combat, surenchérir d’imaginations, de magies et d’exigences.

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Vite dit

22/10/2019 - C'est l'histoire d'une famille, et plus particulièrement d'un papa qui n'a pas les papiers pour vivre sur le territoire français. C'est surtout  l'image de notre société, de notre façon de vivre, de notre indifférence qui est évoquée ici.  "Ici",  c'est le palais de justice de Toulouse, mais ce pourrait être celui de Nantes ou de Paris,  puisque les récits entendus sont similaires. Le début de la mésaventure de ce papa se situe à proximité d'un centre commercial, et plus précisément à côté du conteneur poubelle, l'endroit où sont jetés les produits périmés invendables.  Endroit convoité par tous les sans droits de nos sociétés. Endroit choisi par la police pour guetter ceux qui oseraient " voler" les déchets et les invendus divers.  Ce papa n'a pas été pris la main dans la poubelle, on l'a juste suspecté de vouloir le faire.  Pour cela il a été interpellé, arrêté, incarcéré en centre de rétention, séparé de sa femme et de ses 4 enfants. Heureusement, le juge aujourd'hui a décidé de le remettre en liberté suite à des irrégularités de procédure.
Quoi qu'il en soit, la réalité reste: nous vivons dans un monde de bêtes féroces où ceux qui peuvent consomment aveuglément et sans limites laissant les autres à la rue, avec comme seule pitance les déchets des poubell
es, qui de surcroit leur sont interdits.

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23/9/2019 - D’où viennent les « migrants économiques » ?
(Citation extraite d’un article de Toni Morrison publié en mars 2015 par l’hebdomadaire The Nation)

"Pendant la majeure partie des cinq derniers siècles, l’Afrique a été considérée comme pauvre, désespérément pauvre, en dépit du fait qu’elle est outrageusement riche en pétrole, or, diamants, métaux précieux, etc. Mais comme ces richesses n’appartiennent pas en grande partie à ceux qui y ont vécu toute leur vie, elles sont restées dans l’esprit de l’Occident dignes de dédain, de douleur et, bien sûr, de pillage. Nous oublions parfois que le colonialisme était et est toujours une guerre, une guerre pour contrôler et posséder les ressources d’un autre pays, c’est-à-dire l’argent. Nous pouvons aussi nous leurrer en pensant que nos efforts pour « civiliser » ou « pacifier » d’autres pays ne sont pas une question d’argent. L’esclavage a toujours été une question d’argent: du travail gratuit produisant de l’argent pour les propriétaires et les industries. Les « travailleurs pauvres » et les « pauvres sans emploi » contemporains sont comme les richesses dormantes de « l’Afrique coloniale la plus sombre » – disponibles pour le vol des salaires et le recel des biens, et appartenant à des entreprises métastatiques qui étouffent les voix dissidentes."

À la lumière de ce texte, qui décrit une réalité incontestable, qui peut dès lors prétendre être surpris que des milliers de personnes décident d'abandonner leurs vies, leurs familles, leur histoire pour chercher une vie meilleure ailleurs?
Qui peut dès lors, la main sur le cœur, prétendre que c'est nous, les pays du "premier monde", qui sommes "injustement envahis" par des hordes de "profiteurs parasites" alors que seule une toute petite partie de ces exilé.e.s s'installent dans nos pays?
Qui peut dès lors leur refuser le droit de chercher une vie meilleure, dont nous les avons privés dans leurs propres pays?

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15/9/2019 - On parle d’État de droit ou des tas de droits ?
Suite à nos protestations sur l’expulsion collective de familles de Géorgiens au début de l’été, le préfet de la Côte d’Or nous précise que « La politique migratoire conduite par le Ministère de l’Intérieur et que je mets en oeuvre /…/ est une politique équilibrée qui s'inscrit dans la stricte application de la loi et de l'État de droit. L’État de droit ne saurait être divisible : c'est l’État de droit qui instruit avec rigueur, discernement et humanité /.../ c'est aussi ce même État de droit qui éloigne des étrangers en situation irrégulière ».
Se réfugier ainsi sous le parapluie des tas de droit que nos dirigeants s’évertuent à complexifier chaque fois plus pour interdire tout accès au séjour des étrangers ou pour transformer des problèmes administratifs en délit pénal en prononçant des interdictions de territoire et ainsi transformer la rétention en détention est la marque d’une dérive continue vers une perte de valeur.
Il n’est pas fortuit que la nouvelle Commission européenne change le nom de l'ancien portefeuille lié au droit d'asile, "Migrations, Affaires intérieures & Citoyenneté" par "Protection du mode de vie européen" en omettant ainsi l'essentiel qui serait de « Protéger nos valeurs européennes ».

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Brutalité policière15/9/2019 - Les policiers sont-ils des êtres humains comme les autres ?
Vous recevez chez vous un couple et la dame se déplace difficilement avec des béquilles. Ils doivent partir, mais vous ne pouvez pas quitter votre domicile. Il n’est pas possible d’appeler un taxi et il n’y a pas de transports en commun. En revanche, vous savez que vos voisins sont sur le point de s’en aller. Il semble tout à fait normal que vous fassiez appel à eux pour leur demander s’ils peuvent raccompagner le couple.
Dans notre cas, nous étions une vingtaine de voisins rassemblés devant le Centre de Rétention de Cornebarrieu, isolé au milieu des pistes de l’aéroport, et nous allions quitter les lieux vers 13h00. Dans le même temps les policiers du Centre finalisaient les formalités administratives pour faire sortir un couple indien dont la dame marchait difficilement avec des béquilles et qui venait d’être libéré par le Tribunal Administratif.
Et bien que croyez-vous qu’il arriva ?
Aucun policier n’a pris l’initiative de nous prévenir et les personnes ont été mises dehors vers 13h30, au moment où ni la Cimade ni personne d’autre ne pouvait les aider.
Est-ce que le port de l’uniforme empêche d’avoir un minimum d’humanité ?

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15/7/2019 - L'esclavage, mauvaise surprise ou politique économique officieuse ?
La France accueille de nombreuses personnes étrangères fuyant des guerres ou cherchant une vie meilleure. Elles sont motivées, le travail ne leur fait pas peur, mais, sans papiers, elles ne peuvent travailler n'importe où et dans n'importe quoi. Malgré tout, certaines réussissent à trouver un travail saisonnier, difficile et mal payé, mais un travail quand même.
Mme D. fait partie de ceux-là. Elle a trouvé du travail au Château de Plaimont. En situation de faiblesse, n'ayant pas de papiers, son employeur n'a pas trouvé utile de lui établir un contrat de travail comme la loi l’exige.
Quand Mme D. arrête son travail et demande à être payée, son employeur lui rétorque une fin de non-recevoir. Cet employeur a profité de la situation de faiblesse administrative de Mme D., sans papiers et constamment sous la menace d'une expulsion, pour la traiter comme une esclave.
Ce serait déjà extrêmement grave si c'était un cas isolé, mais malheureusement ce n'est pas le cas. Des employeurs sans scrupules, se sachant presque intouchables, profitent régulièrement de personnes faibles pour les exploiter puis empocher le fruit de leur travail. L'OFII (Office français d'Immigration et d'Intégration) a la responsabilité de récupérer ces sommes pour le compte de ces travailleurs, mais rares sont les étrangers qui savent ça, et encore plus rares ceux qui demandent à l'OFII de le faire, et les employeurs comptent là-dessus.
Pour ma part, tout le vin produit par le Chateau de Plaimont a tourné, lui donnant un arrière-goût d'esclavage insupportable.
Pour en savoir plus lisez ceci.

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2/7/2019 - La fin d'une vie, la fin d'un rêve
Difficile d'imaginer l'état de désespoir dans lequel doit se trouver une personne pour décider de mettre fin à ses jours.
Quand de surcroit cette personne est un jeune mineur, qui par définition a toute sa vie devant lui pour se remettre des accidents de la vie et se construire un futur digne, aucune excuse, aucun prétexte ni aucune explication ne peuvent dédouaner les responsables.
X, jeune mineur étranger isolé de 17 ans, placé conformément à la loi sous la protection de l'État, décide de mettre fin à ses jours. Hébergé dans une chambre d'hôtel lugubre, abandonné par l'État sans suivi, ni accompagnement, ni éducation, avec juste le nécessaire pour s'acheter un ou deux repas simples par jour, n'a plus pu le supporter et est passé à l'acte.
La phrase tant répétée par nos dirigeants : "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde" perd ici tout son sens, et laisse apparaître à la vue de tout le monde le cynisme et l'hypocrisie d'une politique migratoire inhumaine qui, s'appuyant sur des considérations de confort économique, ou pire encore, électorales, trahi les valeurs fondamentales de la République, et viole les conventions internationales des droits de l'homme et des enfants que la France a signées.
L'État avait la responsabilité de la sécurité et du bien être de ce jeune, mais elle l'a abandonné, le laissant sombrer dans le désespoir. L'État et ses dirigeants doivent rendre des comptes. Ne rien faire signifierait que la France considère la mort inutile et injustifiable d'un jeune mineur comme un simple fait divers, et cela signifierait officiellement la fin de la "France, pays des droits de l'homme".
Pour en savoir plus, lisez ceci.

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29/6/2019 - Voyage dans le temps.
Je lisais un article, à priori d'actualité, mais les mots qui ressortaient : rafle, expulsion collective, familles déchirées, rétention, transports en charter, m'ont fait douter. Est-ce un article historique de la 2e guerre mondiale ? Incrédule, je regarde la date de l'article. Eh ben non ! Il s'agit bien d'un article d'actualité qui parle d'une action de l'état visant à se débarrasser rapidement d'un grand nombre de personnes n'ayant pas encore obtenu un titre de séjour en France. Je croyais faire un mauvais rêve !
L'État pense avoir trouvé un moyen "efficace" pour se débarrasser rapidement des personnes qu'il considère indésirables ? Efficace, peut-être, mais outre l'inhumanité de cette action consistant à expulser de personnes vulnérables vers un pays, la Géorgie, qui est loin d'être un pays sûr, elle est aussi illégale. Illégale parce que les expulsions collectives sont prohibées en vertu de l'article IV du protocole 4 à la Convention européenne des droits de l’homme. Illégale parce que parmi les personnes mises en rétention il y avait des enfants, ce qui est contraire à toutes les conventions internationales des droits des enfants signées par la France. Mais ce n'est pas tout. Cette opération a été exécutée sans qu'aucun juge ne soit saisi, et "pour un certain nombre de cas, avant que le juge administratif n’ait statué sur la légalité des obligations de quitter le territoire français prononcées à l’encontre de ces demandeurs d’asile".
ATTENTION ! "Efficacité" peut peut-être rimer avec économies, mais aussi avec totalitarisme.
Pour en savoir plus, lisez ici et ici.

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12/6/2019 - Noblesse et bassesse des médias
On ne peut que remercier notre service public d'information lorsqu'il permet à un journaliste de FR3 Occitanie de relater dans le détail, de manière précise et avec des recherches de complément d'information la manière dont une famille ukrainienne a été (mal)traitée par nos autorités (voir article sur le lien).
En revanche quelle dose de cynisme faut-il au chroniqueur de France Inter pour expliquer que la Bourse se porte mieux du fait des "avancées" dans les accords commerciaux entre les États-Unis et le Mexique quand on sait que cela est dû au déploiement de la garde nationale mexicaine pour lutter contre les migrants venus d'Amérique Centrale.

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rencontre Karine Parrot 3 juin 2019 banniereKarine PARROT
«Carte blanche, l'État contre les étrangers»

Le 3 juin 2019 le Cercle des Voisins a invité Karine PARROT à l'occasion de la parution de son livre «Carte blanche, l'État contre les étrangers».
Nous vous proposons ici les vidéos et bandes sonores réalisés lors des séances.

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