En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des services adaptés.

logo utopia tournefeuille

SAMEDI 15 ET DIMANCHE 16 DÉCEMBRE 2018
VENTE D'AFFICHES DANS LE HALL DU CINÉMA UTOPIA DE TOURNEFEUILLE

Le cinéma Utopia de Tournefeuille permet cette année à notre association, le Cercle des Voisins du CRA de Cornebarrieu, de récupérer le bénéfice de la vente des affiches des films.
La vente se fera au cinéma Utopia de Tournefeuille le samedi 15 décembre de 16h à 22h et le dimanche 16 décembre de 12h à 20h.

Pour plus d'informations et voir les affiches qui seront mises en vente allez   ici

logo utopia tournefeuille

Source : Mediaprt - Mathilde Mathieu - 5/7/2018

Depuis Malte, 51 migrants secourus en mer par le Lifeline sont arrivés à Roissy jeudi 6 juillet, avec la certitude d’obtenir la protection de la France. Un coup de com' ? « Une sanctuarisation du droit d’asile », répond le patron de l’Office des réfugiés. « Si ça reste un coup unique, c’est détestable », préviennent des associations.

Ils sont arrivés à l’aéroport de Roissy, jeudi 6 juillet, sous un flot de « salam » (salutations en arabe) lancés par le patron de l’Office français des réfugiés, venu les accueillir. Soit 51 hommes et femmes partis de Malte aux aurores, en tongs, vêtus pour l’occasion du même tee-shirt orangé. Tous ont été secourus le 21 juin en Méditerranée par le Lifeline, à la barbe des garde-côtes libyens. Tous devraient dormir dès jeudi soir dans des centres d’hébergement provisoires, l’un en banlieue parisienne (Neuilly-sur-Marne), deux à Toulouse. D’ici une dizaine de jours, tous accéderont officiellement à l’asile, puis seront invités à signer un contrat d’intégration républicaine. Ainsi en a voulu Emmanuel Macron en pleine crise européenne, après que Rome a fermé ses ports à l’Aquarius et à tous les navires d’ONG. Un coup de com' ?

Pour l’essentiel, ce sont là de jeunes Soudanais, quelques Érythréens, un Tchadien ou encore un Togolais, une chanteuse somalienne aussi, persécutée par les shebabs (groupe djihadiste). Une mère a réussi à parvenir jusque-là avec sa fillette de 4 ans, à laquelle la France accorde l’asile parce qu’elle risque l’excision dans son pays d’origine (la Côte d’Ivoire).

Tous bénéficient d’un dispositif assez inédit. Au départ, la probabilité que ces 51 exilés, en route depuis des mois voire des années, partis de Libye sur des rafiots gonflables, puissent un jour poser un pied en France avoisinait 0 %. Repêchés par le Lifeline en compagnie de 183 autres migrants, ils sont restés cantonnés en mer pendant une semaine, sans point de chute, à cause du blocus italien. Et c’est Malte, après d’intenses tractations diplomatiques, qui a finalement daigné leur ouvrir ses portes le 27 juin.

A priori, ces 234 rescapés auraient dû rester sur l’île et attendre que ce micro-État de l’UE, plus ouvert aux exilés fiscaux qu’aux migrants, décide de leur offrir ou non l’asile. Le règlement européen « de Dublin », en effet, veut que le pays d’entrée des migrants (celui où leurs empreintes sont enregistrées en premier) soit seul responsable de leur requête, puis de leur accueil lorsqu’ils sont éligibles au statut de réfugié – ce qui permet à une majorité des États membres de se déresponsabiliser aux dépens de l’Italie, de la Grèce et de l’Espagne. N’importe quel pays peut toutefois examiner un dossier sur la base du volontariat et accorder sa protection.

C’est cette décision exceptionnelle que la France, à l’initiative du chef de l’État en personne, a prise au bénéfice de passagers du Lifeline (comme de l’Aquarius d’ailleurs, dont 80 survivants devraient arriver dans les prochains jours depuis l’Espagne).

« C’est une erreur », a déjà pesté Éric Ciotti (LR). « Un désastreux appel d’air », a renchéri Bruno Bilde, conseiller de Marine Le Pen et député du Rassemblement national, en dénonçant un « laxisme migratoire » derrière « la pseudo-fermeté affichée » par Emmanuel Macron depuis son élection.

Pourtant, seuls des migrants éligibles à l’asile, auxquels l’Europe doit protection, sont montés dans l’avion, préalablement sélectionnés par l’Ofpra (l’office français chargé d’accorder ou non le statut de réfugié). Ces derniers jours, une dizaine d’officiers de l’institution a en effet été dépêchée à Malte pour instruire les demandes en urgence, mener les traditionnels entretiens individuels, et retenir au bout du compte une cinquantaine de profils, remplissant tous les critères (soit pour accéder au statut de réfugié, soit à la protection dite « subsidiaire », un cran en dessous). En parallèle, des vérifications de sécurité ont également été conduites par des fonctionnaires du ministère de l’intérieur.

Un « quota » d’une cinquantaine de bénéficiaires avait été fixé en amont par l’exécutif, de façon totalement discrétionnaire. Parmi les passagers du Lifeline qui espéraient rallier la France, certains sont d’ailleurs restés à quai.

En accueillant ce petit nombre, quasi symbolique, Emmanuel Macron escompte aujourd’hui démontrer à l’opinion française que sa politique migratoire, critiquée sur sa droite comme sur sa gauche, marche sur deux jambes : fermeté à l’égard des migrants dits « économiques » (dont le projet de loi « asile et immigration » de Gérard Collomb facilite la rétention et l’expulsion) et hospitalité à l’égard des réfugiés (ceux qui fuient des persécutions dans leur pays d’origine).

Le message politique vise aussi l’Europe tout entière. Alors que la France s’est d’abord retrouvée bien seule à proposer son soutien à l’Espagne s’agissant de l’Aquarius, elle a répondu ensuite à l’appel à l’aide du premier ministre maltais en compagnie de sept autres pays de l’UE, tous volontaires pour se répartir les passagers du Lifeline éligibles à l’asile, au nom d’une nécessaire coopération. Si l’on en croit le quai d’Orsay, le président français aurait même été « à l’initiative » de cet élan collectif (auquel le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la Belgique ou encore le Luxembourg se sont engagés à participer). Une source diplomatique, au Luxembourg, relativise toutefois son rôle moteur…

En défendant cette opération à la veille du conseil européen catastrophique des 28 et 29 juin (plombé par les pays de l’UE les plus hostiles aux migrants), la présidence française veut croire qu’elle a en tout cas adressé un signal fort à ses voisins : oui, une forme de solidarité est possible sur le continent pour soulager les pays côtiers de « première ligne » (Malte en l’occurrence, pourquoi pas l’Italie, la Grèce ou l’Espagne demain). Face à l’impossibilité de réformer « Dublin » et d’imposer à tous les États membres un principe de solidarité, l’Élysée prétend désormais promouvoir le volontariat, l’exemple du Lifeline en bandoulière.

À Roissy, en tout cas, Gérard Collomb n’a pas fait le déplacement pour venir accueillir les rescapés et revendiquer devant les caméras cette politique de répartition spontanée. Face à l’opinion, point trop n’en faut.

Ce n’est pas la première fois, à vrai dire, que l’Ofpra se projette ainsi « hors les murs » pour aller instruire des demandes d’asile en renfort dans un pays de « première ligne ». Entre 2015 et 2017, déjà, ses officiers ont travaillé en Italie (un peu) et en Grèce (beaucoup), à faire venir des migrants éligibles à l’asile – les chiffres des traversées en Méditerranée étaient alors bien plus élevés qu’aujourd’hui.

Le cadre juridique, surtout, était tout autre. À l’époque, en 2015, c’est l’Union européenne qui avait décidé d’assouplir et contourner « Dublin », momentanément, collectivement surtout, par un vote à la majorité, en créant un système obligatoire de répartition des migrants « méritant » l’asile. Les États membres s’étaient ainsi engagés à « relocaliser » 160 000 réfugiés depuis les fameux hotspots des îles grecques et de Sicile. Chaque pays avait un quota à remplir en deux ans, à l’« unité » près.

Une « criminalisation du travail des ONG »

Le navire «Lifeline», affrété par une ONG allemande, à son arrivée à Malte le 27 juin 2018. © Mission Lifeline

À la sortie de ce dispositif contraignant, à l’automne 2017, à peine 30 000 réfugiés ont toutefois bénéficié de ces « relocalisations » (comme on dit dans le jargon). Sciemment, certains États comme la Hongrie ont laissé leurs compteurs à zéro. Quant à la France, elle n’a pas respecté 30 % de ses engagements. Cette solidarité au compte-gouttes, à mille lieues des besoins réels, aura au moins eu le mérite d’exister et d’être organisée depuis Bruxelles.

En 2018, les temps ont changé. Et la droite dure (voire l’extrême droite), installée au pouvoir dans nombre de pays (Hongrie, Autriche, Pologne, etc.), dicte désormais son agenda au reste du continent. C’est dans ce contexte que le 29 juin, sur une idée de Paris et Madrid, les dirigeants européens ont annoncé la création de futurs « centres contrôlés » dans les pays côtiers de première ligne, sortes de hotspots nouvelle génération où les migrants secourus en mer seraient retenus, avec le soutien matériel de toute l’UE, le temps de distinguer migrants dits « économiques » (à rapatrier) et réfugiés putatifs. À ce stade, seule la Grèce a fait savoir qu’elle pourrait toper.

Mais rien n’imposera une répartition collective des réfugiés qui seraient repérés dans ces « centres », les conclusions du sommet évoquant juste un « effort partagé ». Qu’importe ! L’Élysée veut croire – ou faire croire – que la France et d’autres pays européens s’y colleront quand même, sur la base du seul volontariat, en suivant le modèle de l’opération Lifeline. Derrière l’arrivée des 51 à Roissy, faut-il donc voir un geste politique sincère ou un coup politique sans lendemain ?

Certains humanitaires craignent que l’opération Lifeline ne permette à Emmanuel Macron de légitimer sa politique de fermeture à bon compte, sinon de la blanchir.

« Bien sûr, on est sur des chiffres symboliques, répond Pascal Brice, le directeur général de l’Ofpra. Mais dans le contexte actuel, faire la démonstration qu’on est capable de gérer la demande d’asile depuis le sol européen, entre Européens, c’est fondamental pour moi. » Car ces dernières semaines, les propositions se sont multipliées, de la part de la Hongrie ou du Danemark, pour ouvrir des camps en dehors de l’UE, en Albanie ou au Kosovo, où les migrants seraient enfermés dans l’attente du traitement de leur demande d’asile.

« La pente, c’est celle de l’externalisation », insiste Pascale Brice, parlant même d’un « toboggan ». Le 29 juin dernier, le conseil européen a d’ailleurs envisagé (en plus des « centres contrôlés » sur le sol européen) de recourir à des « plateformes de débarquement » sur la rive sud de la Méditerranée, aux contours encore ultra flous.

Le patron de l’Ofpra tient à rappeler qu’en 2016, l’office a cessé certaines activités dans les hotspots grecs après l’accord signé entre l’UE et la Turquie qui a autorisé Athènes à refouler certains demandeurs d’asile vers Istanbul, au motif que la Turquie serait pour eux un pays « sûr ».

Avec l’opération Lifeline, Pascal Brice veut croire qu’il est « dans la consolidation et la sanctuarisation du droit d’asile », en plus sans tri préalable en fonction de la nationalité (à l’inverse des « relocalisations » décidées en 2015 par l’UE, qui ciblaient d’emblée des ressortissants bénéficiant d’un taux de protection supérieur à 75 %, tels les Soudanais ou les Érythréens). Un Algérien ou un Ivoirien, dont les chances sont statistiquement beaucoup plus faibles, doit en effet conserver le droit de voir sa demande examinée dans les mêmes conditions.

« [Cette opération Lifeline], c’est très bien pour 51 personnes, estime William Hennequin chez Médecins sans frontières, l’ONG qui affrète l’Aquarius au côté de SOS Méditerranée. C’est bien surtout si c’est un pilote pour de futures opérations du même genre. Mais c’est un geste parmi beaucoup d’autres gestes qui vont dans l’autre sens. »

Responsable des programmes de MSF pour la Libye ou les migrants en France, il rappelle que la France a « refusé d’ouvrir ses ports à l’Aquarius », qu’Emmanuel Macron soutient le renforcement de la collaboration de l’UE avec les garde-côtes libyens (ceux-là mêmes qui ramènent les migrants « interceptés » en mer dans des centres de détention officiels, voire clandestins où persistent des traitements inhumains), enfin que le chef d’État français a déclaré publiquement que le Lifeline faisait « le jeu des passeurs », participant ainsi, selon William Hennequin, à « la criminalisation du travail des ONG ».

D’ailleurs, le capitaine allemand du Lifeline (encore sous séquestre à Malte) a comparu jeudi devant un tribunal correctionnel de La Valette (la capitale), poursuivi parce que l’enregistrement de son navire sous pavillon néerlandais serait irrégulier, enquiquiné surtout parce que le 21 juin, il s’est approché des canots de migrants sans attendre de consigne du centre de coordination de Rome (le MRCC, officiellement chargé d’« attribuer » les sauvetages), puis a refusé de remettre « ses » rescapés aux garde-côtes libyens qui les réclamaient.

« Désormais, les navires humanitaires ne sont même plus appelés par le MRCC italien !, s’indigne William Hennequin, en soulignant que les interceptions par les Libyens se sont multipliées ces derniers jours, de même que les morts en Méditerranée. Or il s’agit à la fois de sauver les gens de la noyade et de les sortir de l’enfer libyen ! Il faut aussi que [l’Élysée] regarde ce qui se passe dans les rues de France. J’espère que là aussi des portes s’ouvriront, pour des gens victimes de tortures et de traitements inhumains en Libye, ce qui n’est toujours pas considéré comme ouvrant droit à une protection. »

À titre personnel, le patron de l’Ofpra défend, lui aussi, la création d’une nouvelle « protection humanitaire », qui permettrait de « prendre en considération certains traitements subis au fil des parcours migratoires » (plus seulement les risques dans les pays d’origine), « pour des victimes de traite en Libye par exemple ». Une idée parfaitement ignorée dans le projet de loi « asile et immigration » de Gérard Collomb.

Pour le président de La Cimade, association de défense des droits des immigrés mobilisée depuis des mois contre le texte du ministre de l’intérieur, « c’est très bien qu’on accueille ainsi aujourd’hui ». « Dès qu’il y a une forme de solidarité entre pays européens, de partage, on approuve, ajoute Christophe Deltombe. Mais il faut un prolongement, que ça fasse jurisprudence en quelque sorte. Si ça reste un coup unique, c’est détestable. » Or, à ses yeux, « la communication du gouvernement est un peu chaotique : on nous dit qu’on accueille, mais on n’accueille pas les bateaux ! ».

Alors que l’Open Arms (autre navire humanitaire) a débarqué 60 rescapés mercredi à Barcelone, Emmanuel Macron est attendu au tournant. Encore faudrait-il que le renforcement des garde-côtes libyens et même, semble-t-il, l'élargissement de leur zone d’intervention laissent du champ aux ONG pour opérer des sauvetages.

 


Ajouter un Commentaire


Formation CESEDA

Le Cercle des voisins a proposé deux sessions de formation sur la nouvelle loi CESEDA animées par Maître Benjamin Francos (ADE) les samedi 19 novembre et 10 décembre 2016.
Nous vous proposons ici les vidéos et bandes sonores réalisés lors des séances.

Archive

Powered by mod LCA