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Source : France Culture - Chloé Leprince - 25/9/2018

Ils étaient 937 à monter à bord du S.S. St-Louis le 13 mai 1939, peu avant que le paquebot de croisière aux couleurs de la Hamburg-Amerika Linie ne quitte les côtes hanséatiques. A cette époque, les rotations transatlantiques des bateaux de la compagnie maritime allemande sont régulières et, entre deux guerres, la “Hapag” s’est même fait une spécialité dans le convoyage d’émigrés en partance pour les Etats-Unis.

Ce jour-là est différent, cependant : lorsque Gustav Schröder, le capitaine allemand du "Saint-Louis", largue les amarres depuis Hambourg, il a à son bord plus de neuf cents Juifs européens. Presque la totalité des passagers, à l’exception d’une poignée de Cubains. Car le paquebot n'a pas pour objectif de rallier New-York - sa route habituelle - mais de mettre le cap sur Cuba. C’est là, sur l’île caribéenne, que les candidats à l’exil sont censés attendre un visa. 

Parmi eux, beaucoup de femmes, d’enfants, et des personnes âgées. Tous ont, en poche, un certificat de débarquement que leur a transmis le Directeur général de l’immigration de Cuba. Leur odyssée n’a rien d’un secret et ils ne sont du reste pas les premiers à gagner Cuba : après la Nuit de cristal, en 1938, les Caraïbes représenteront une destination de secours importante pour la communauté juive européenne. L’histoire de ces exils insulaires est d’ailleurs au cœur du roman Avant que les ombres disparaissent, publié en 2017 par l’Haïtien Louis-Philippe Dalembert (chez Sabine Wespieser éditeur). L’écrivain était l’invité de la Grande table sur France Culture le 17 juillet 2017 pour raconter ce pan méconnu de l’histoire haïtienne, mais aussi européenne :

Lorsque ces quelque neuf cents Juifs montent à bord du S.S. St-Louis le 13 mai 1939, ils ont tout laissé mais peuvent aborder la traversée avec une relative sérénité concernant leur sort personnel. Jusqu’à ce que le président cubain change d’avis.  

Ils sont en mer et croisent vers Cuba, lorsque La Havane infléchit la donne. Aussitôt arrivés à proximité des côtes cubaines, l’île-pays signifie aux passagers qu’ils sont persona non grata pour de bon. Le S.S. St-Louis doit quitter Cuba au plus vite, sans qu’aucun Européen n’ait mis pied à terre. Parmi les Juifs venus d’Europe qui ont déjà trouvé refuge à Cuba, certains affrètent des petits bateaux pour venir saluer les passagers du S.S. St-Louis interdits d’accoster. Cette photo, par exemple, date du 7 juin 1939, au large de La Havane :

Des Juifs réfugiés à Cuba viennent saluer les passagers du SS St-Louis interdits d'acoster, le 6 juin 1939, au large de La Havane.
Des Juifs réfugiés à Cuba viennent saluer les passagers du SS St-Louis interdits d'acoster, le 6 juin 1939, au large de La Havane. Crédits : Jewish Joint Distribution Committee

 

A bord, on envoie en urgence une demande à Washington pour accoster en Floride. Aucune réponse de F.D. Roosevelt, alors Président des Etats-Unis. Trois semaines d’errance passeront ainsi avant que le Saint-Louis se résigne à regagner l’Europe avec, pour destination la plus probable - et la plus funeste - l’Allemagne hitlérienne. 

De New-York à Anvers en passant par La Havane

Le paquebot fraye encore sur l’Atlantique lorsque l’American Jewish Joint Distribution Committee (souvent appelé “JDC”) s'active, à terre, pour trouver une terre d'asile aux passagers en sursis. Fondée en 1914 outre-Atlantique, l’association est alors la plus grande association juive du monde. Sur le site d’archives du JDC, on retrouve la trace d’une réunion “hautement confidentielle” qui s’était tenue le 5 juin 1939 dans les locaux de l’association, à New-York, pour examiner de toute urgence la question du statut des passagers du S.S. St Louis tandis que le navire erre toujours.


 

Deux jours plus tard, un communiqué de presse avait été publié par le JDC, exhortant le Président cubain à tenir ses engagements. Il restera lettre morte. 

 

 

Associé à d’autres structures d’envergure plus modeste, le Jewish Joint Committee procédera à cette période à un ardent lobbying. Avec un certain succès puisqu'il arrache in extremis à quatre pays la promesse d’accueillir les passagers juifs embarqués sur le "Saint-Louis" : le JDC obtient du Royaume-Uni, des Pays-Bas, de la Belgique et de la France qu'ils acceptent ces réfugiés. Le geste n’est pas gratuit, et il est précaire : non seulement Paris, Bruxelles et La Haye ne concèdent que des visas de transit, moyennant la promesse d’un exil définitif ailleurs, mais le Jewish Joint Distribution Committee doit débourser cinq cent dollars par réfugié pour obtenir ce feu vert. A raison de 907 candidats à l’asile lorsque le paquebot gagne enfin les côtes européennes du côté d'Anvers, la facture globale avoisine les 500 000 dollars.

Le 18 juin 1939, Gustav Schröder adresse depuis Paris une lettre à Morris Troper, qui présidait alors la section européenne du American Jewish Joint Distribution Committee. Le capitaine du S.S. St-Louis lui dit toute sa gratitude pour l’aide qu’il lui a apportée dans le débarquement des Juifs du paquebot, que le capitaine appelle “mes passagers”. Ce courrier à l’en-tête de la compagnie Hamburg Amerika Linie figure aussi parmi les archives disponibles sur le site américain du JDC aujourd’hui :

 

 

La veille, 900 Juifs européens venaient de regagner le Vieux continent faute d'avoir été acceptés par Cuba, puis par les Etats-Unis. Ceux qui seront accueillis en Grande-Bretagne seront aidés par le JDC jusqu'en 1948. En revanche la plupart de ceux qui seront répartis entre la Belgique, la France et les Pays-Bas seront finalement envoyés en camps de concentration : ces pays seront occupés à leur tour par l'Allemagne nazie.

 

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