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Source : casdecoles - Pauline Ducousso - 12/2018

Encore trop d’enfants en situation irrégulière sont arrachés de leur école. Retenus quelques jours en centre de rétention administrative, la majorité est renvoyée dans son pays d’origine. Privés de toute liberté. Privés de leur droit à l’éducation.

«  Brillant en maths et en sciences, il est premier de sa classe de 4ème, avec 16,5 de moyenne. Il veut être grutier ». Alain Cwiklinski de l’association du Cercle des Voisins à Toulouse se bat pour qu’Alesio, un jeune Albanais de 13 ans, soit libéré et retrouve sa place à l’école. Avec ses parents, ils ont été retenus au Centre de rétention administrative (CRA) de Cornebarrieu, près de Toulouse, du 31 octobre au 3 novembre. Depuis deux ans, ils demandent le droit d’asile. Lorsque Alesio est arrivé en France, il ne parlait pas un mot de français. Sorti de l’école en Albanie à l’âge de 10 ans, il a été rescolarisé en janvier dernier au collège du Puy-en-Velay, en Haute-Loire. Le jeune garçon bénéficiait de cours de soutien assurés par une bénévole, ancienne professeure.

Depuis leur séjour au CRA, au risque d’être renvoyé en Albanie, lui et sa famille sont réfugiés dans un village (dont le nom ne peut être révélé, ndlr) en attendant le résultat de la Cour nationale du droit d’asile. Si leur fille aînée obtient ses papiers, la situation d’Alesio et ses parents, considérés en fuite, pourra être réexaminée. Une demande de regroupement familial pourra être envisagée. Enfermé dans une maison, Alesio subit une véritable rupture scolaire, comme beaucoup d’autres enfants en situation d’irrégularité.

Ce sont des enfants qui fournissent un travail personnel énorme et qui ont une fervente envie d’apprendre. L’école est le seul cadre qu’il leur reste pour garder un pied dans la société.

Emma, une bénévole qui soutient la famille depuis leur arrivée sur le sol français

Alesio, qui n’a pas pu faire sa rentrée dans son collège, regrette de « ne pas connaître les notes obtenus à ses contrôles et de ne plus revoir ni ses professeurs ni ses affaires d’école jetées à la poubelle par le gérant de l’hôtel où il logeait. » Il ne demande qu’à retourner à l’école.

© Scott Webb

« Rien d’officiel, ni d’organisé »  

Aucun enseignement ni suivi pédagogique n’est mis en place par les associations présentes dans les CRA. « Les délais de séjours des détenus sont trop courts. Les enfants et leur famille ne restent que 3-4 jours maximum », justifie Léo Claus, coordinateur à Toulouse de l’équipe de la CIMADE, association qui défend les droits des réfugiés et des sans papiers. Il se rappelle seulement avoir assisté, il y a 10 ans, les enfants, scolarisés depuis deux ans, d’une famille de Roms du Kosovo. Ils avaient séjourné plus de 15 jours au CRA de Cornebarrieu.

J’avais été en contact avec la maîtresse. Je lui avais proposé de nous envoyer des documents parce qu’au centre nous n’avions rien. Les enfants avaient reçus des courriers et dessins de leurs camarades de classe, et quelques cours et lectures de la part de leur maîtresse. Je me souviens m’être assis avec eux pour lire les papiers reçus. Mais c’est très flou et il n’y avait absolument rien d’officiel, ni d’organisé.

Léo Claus, coordinateur à Toulouse de l’équipe de la CIMADE

Avec la Loi asile immigration adoptée en août dernier, la durée de rétention a été augmentée de 45 à 90 jours. Mais les familles ne passent qu’un bref séjour de quelques nuits, pour assurer une expulsion rapide. Pour Alain Cwiklinski, cela ne fait aucun doute, les gouvernants planifient les expulsions de familles avec enfants. « Ils font en sorte que les interpellations aient lieu pendant les périodes de vacances scolaires. On le voit au centre de rétention de Cornebarrieu. Les enfants ont été transférés surtout aux mois de juillet et août.  » Le membre de l’association du Cercle des Voisins redoute déjà la période de Noël.

Droits de l’enfant bafoués en France ?

En juin dernier, la CIMADE, association qui défendent les droits des réfugiés et des sans papiers, a recensé plus de 117 enfants retenus dans les centres de rétention administrative en France. Pour les association, leur place n’est pas dans un espace qui les prive de toute liberté mais dans une école. En France, l’enfermement en CRA de mineurs sans papiers, qu’ils soient scolarisés ou non, est légal depuis l’adoption de la loi du 7 mars 2016. La promesse de François Hollande, lors de sa campagne présidentielle en 2012, n’a jamais été tenue. Il prévoyait de mettre fin à la rétention de tout enfant. Mais le nombre de mineurs enfermés en CRA ne cesse d’augmenter. En 2017, en métropole, il s’élevait à 305.

La France a pourtant été condamnée six fois depuis 2012 par la Cour européenne des droits de l’homme pour placement de mineurs en rétention avec leurs parents. Preuve qu’elle ne respecte et ne protège plus intégralement les droits de l’enfant.. Cette incohérence soulève la colère de nombreuses associations de soutien et militantes. « L’Etat français garantit les droits de l’enfant, dont l’éducation, à travers les conventions signées, et en même temps il est capable de les bafouer. Les enfants n’ont pas leur place dans les centres de rétention mais à l’école », dénonce Alain Cwiklinski. En plus d’être privé de toute liberté, ces enfants ne jouissent plus de leur droit à l’éducation, droit garanti par la Convention européenne des droits de l’homme et consacré par la Loi Jospin en 1989.

L’interpellation et les conditions dégradantes dans les centres de rétention sont susceptibles de déclencher des traumatismes chez les enfants. Ils risquent de garder des séquelles pouvant affecter leur évolution scolaire et sociale. Maître Sylvain Laspalles, avocat au barreau de Toulouse le confirme : «  La rétention prive de libertés, dont l’accès à l’enseignement. Le traitement y est inhumain et dégradant. Cet un espace anxiogène, à l’équipement spartiate et sans jeux, qui n’est pas adapté pour accueillir des enfants. »

Pauline Ducousso

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