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Source : Le Monde - Eric Albert - 30/12/2018

Près de 500 migrants ont tenté la traversée, très dangereuse, depuis deux mois. Les autorités britanniques accusent la France de les laisser passer.

Depuis deux mois, des centaines de migrants, majoritairement iraniens, ont tenté de traverser la Manche sur des canots pneumatiques pour rejoindre le Royaume-Uni, poussant le ministre de l’intérieur britannique, Sajid Javid, à déclarer un « incident majeur » et à rentrer précipitamment de ses vacances dimanche 30 décembre. Après un échange téléphonique avec son homologue français, Christophe Castaner, il a annoncé un renforcement de la surveillance des plages et de la mer. Les Britanniques vont notamment financer des drones et des caméras pour surveiller la dizaine de points d’embarquement qui a été identifiée en France.

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Le nombre de passages de migrants reste limité et n’a rien à voir avec ce qu’il se passe dans la Méditerranée. Selon le décompte du ministère de l’intérieur français, 443 personnes ont tenté la traversée cette année, dont la moitié a atteint les eaux britanniques. Mais le phénomène est nouveau, explique Ingrid Parrot, porte-parole de la préfecture maritime de la Manche :

« En 2017, on a compté treize tentatives de traversée et jusqu’en octobre de cette année, on était sur le même ordre de grandeur. Depuis, cela augmente de façon exponentielle. »

Ces derniers jours sont venus le démontrer. Quarante migrants ont été secourus sur cinq canots pneumatiques différents le jour de Noël, trois l’ont été le lendemain, vingt-trois le surlendemain, douze encore le jour d’après…

Nouvelles filières de passeurs

Le mode opératoire est presque toujours le même. Les migrants tentent le passage sur de gros canots pneumatiques à moteur, qui ne sont pas équipés pour la traversée des trente-trois kilomètres qui séparent Calais et Douvres. Beaucoup se lancent de nuit. Les risques sont énormes, au regard du très important trafic de ferrys. La police britannique compare cela « à traverser le [périphérique] à pied à l’heure de pointe ».

Matt Coaker, un pêcheur britannique, a vu pour la première fois un canot pneumatique avec quatre migrants en septembre. « Il y avait quatre personnes (…) à la dérive depuis un moment, qui n’avaient pas de moteur et juste quelques rames », témoigne-t-il à la BBC. « Ils voulaient désespérément un peu d’eau, un peu à manger, et juste atteindre la terre sèche. » Depuis, ce genre de rencontres s’est multiplié. « Ce n’est pas la norme, mais ça devient presque commun », poursuit-il.

Pour le ministère de l’intérieur, cette soudaine augmentation des traversées vient du travail « de gangs criminels organisés ». En novembre, la BBC avait envoyé un journaliste iranien, se faisant passer pour un migrant, dans les camps près de Calais et de Dunkerque. Un homme, affirmant être un ancien pêcheur iranien lui avait proposé un passage par bateau pour trois mille livres (3 327 euros).

3 327 euros pour un passage par bateau

Face à l’activité croissante de ces réseaux criminels, certains Britanniques suspectent les autorités françaises de les laisser faire. « Les passeurs agissent très ouvertement, estime Lucy Moreton, du syndicat des services d’immigration. Si c’est si évident pour les journalistes et les gens sur place, ça devrait être évident pour les autorités françaises aussi. »

« C’est faux, réplique Mme Parrot, de la préfecture maritime de la Manche. On a augmenté le nombre de patrouilles en mer dès novembre, y compris des patrouilles de nuit. » Place Beauvau, on précise que quarante-cinq réseaux de passeurs sont démantelés par an dans le nord de la France, et que les autorités sont « au début » de l’enquête sur ceux qui sont derrière la filière des bateaux.

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Accusations mutuelles entre Londres et Paris

Ce jeu d’accusations mutuelles entre Londres et Paris est un classique de la gestion des migrants. L’approche du gouvernement britannique a toujours été la même : c’est aux Français de bloquer les migrants ; en échange, il contribue financièrement aux opérations nécessaires. Ces dernières années, les Britanniques ont versé 170 millions d’euros dans ce cadre.

Cette politique sécuritaire, en renforçant barrières et moyens de surveillance, a permis de réduire très fortement le nombre de passages via le port de Calais ou le tunnel sous la Manche. Mais cela pousse les migrants à chercher de nouvelles filières. Certains tentent de monter dans des camions dès la Belgique, par exemple. L’apparition de traversées par la Manche relève de la même logique.

Pour Steve Valdez-Symonds, d’Amnesty International, cette réponse des autorités françaises et britanniques est inadéquate. « Tant qu’il n’y a pas une réponse directe aux besoins des migrants, à savoir un endroit où ils peuvent demander l’asile pour le Royaume-Uni, les passeurs continueront à les exploiter. C’est aux Français de s’en occuper, mais en même temps, c’est trop facile pour le Royaume-Uni de regarder ailleurs. » Pendant ce temps-là, l’inquiétude des secours en mer est de bientôt retrouver des corps de migrants qui auraient péri lors d’une de ces traversées.

Eric Albert (Londres, correspondance)

 


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