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Source : HUFFPOST - Pierre Tremblay - 10/3/2019

En compagnie de deux députés de la France insoumise, Le HuffPost a rencontré ceux qui attendent leur expulsion au CRA du Mesnil-Amelot.

 

IMMIGRATION - Toutes les cinq minutes, le vacarme des réacteurs les ramène à la réalité. Au bout des pistes de l'aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, les sans-papiers du centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot attendent leur expulsion, parfois jusqu'à 90 jours, dans le vrombissement du trafic aérien de la deuxième plus importante plate-forme aéroportuaire européenne.

"Ça rajoute à une atmosphère déjà angoissante", déplore Danièle Obono au HuffPost. Mercredi 6 mars, la députée de la France insoumise, ainsi que son collègue Ugo Bernalicis, ont pénétré à l'intérieur de ce complexe pouvant accueillir jusqu'à 240 personnes en situation irrégulière.

Une visite surprise, alors que l'immigration est déjà l'un des sujets incontournables des prochaines élections européennes, comme l'atteste la récente tribune d'Emmanuel Macron sur l'Europe. Et quelques semaines après une grève de la faim menée par une centaine de "retenus" qui protestaient contre des "conditions d'enfermement médiocres" au Mesnil-Amelot.

Comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête d'article, notre caméra a pu suivre cette immersion, récoltant les témoignages des exilés et les impressions des deux députés.

"On se sent comme des criminels", regrette Karim (prénom fictif) à notre micro, au milieu de l'austère cour intérieure du centre de rétention. Autour de ce Tunisien, grilles, barbelés et caméras de vidéosurveillance renforcent une atmosphère quasi-pénitentiaire. Le jeune homme est choqué par le décalage entre cette ambiance et les personnes qu'on y retrouve, le plus souvent retenues après un séjour irrégulier, ce qui ne constitue plus un délit depuis 2012.

Il y a des gens ici qui travaillent, qui sont locataires, qui payent leurs impôts.Karim, Tunisien

Contrairement à une prison, un CRA n'oblige personne à rester confiné dans une pièce. Mais des cellules d'isolement sont parfois utilisées, notamment pour éviter les auto-mutilations et les tentatives de suicide.

Le centre de rétention du Mesnil-Amelot accueille hommes, femmes et familles avec enfants dans des espaces séparés. Cette privation de liberté concerne donc aussi les mineurs, une pratique qui a fait l'objet de vifs débats parlementaires l'année dernière et qui a été dénoncée par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) en juin dernier.

"Une impression d'échec de la République"

Au cours de sa visite, le député Ugo Bernalicis avoue "oublier qu'on est dans un lieu d'enfermement". "Tout est organisé, tout paraît normal. Les policiers, les infirmiers font leur travail", admet le député de 29 ans. "Mais n'oublions pas qu'on expulse des gens du pays. Certains ont une histoire ici", ajoute-t-il, surpris d'avoir rencontré, par exemple, un homme en CDI maintenant voué à l'expulsion.

Au travers d'une grille, Le HuffPost a même pu s'entretenir avec un jeune Sénégalais qui assure être footballeur professionnel en Ligue 2, comme vous pouvez le voir également dans la vidéo en tête d'article.

Pour Danièle Obono, même constat d'une "normalité administrative", mais doublée d'une "inefficacité". "Des gens arrivent, souvent après avoir vécu des choses graves, dans un lieu qui ne va qu'amplifier les traumas", analyse la députée, qui voudrait la fin de cette pratique.

C'est une impression d'échec de la République.Danièle Obono, députée France insoumise

Mais comment se passer de ces centres qui font maintenant partie intégrante de la politique migratoire de la plupart des pays européens? En 2010, l'association France Terre d'asile évoquait quelques alternatives dans un rapport, comme le cautionnement d'un proche, la surveillance électronique, l'assignation à résidence ou des lieux alternatifs de rétention.

En Belgique, des "maisons de retour ouvertes" ont été inaugurées en 2008 pour accueillir les familles, mais le quart d'entre elles finissent par s'esquiver, selon un premier bilan dressé par des ONG en 2014.

En attendant, les associations d'aide aux étrangers dénoncent un système d'emballement de la rétention. "Plus les préfets enferment hâtivement sans examiner les situations individuelles, plus les violations de droits se multiplient: les libérations par les juges atteignent un niveau record de 40 %, alors qu'on n'avait jamais atteint plus de 34 % depuis 2010", expliquait David Rohi, responsable de la rétention à La Cimade, dans un article du Monde publié en juillet dernier.

Selon les chiffres de cette association présente dans plusieurs centres de rétention, c'est ainsi que le CRA du Mesnil-Amelot a retenu 1914 personnes en 2017... avant de les libérer (contre 1392 expulsions).

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