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Source : Le Monde - Julia Pascual - 18/3/2019

Quinze travailleurs sans papiers occupent le siège d’une entreprise de démolition, à Bobigny.

« Espèce d’enculé. Je vais te défoncer ta gueule. Tu vas mourir. Espèce de pute de Noir. » C’est en ces termes, dont Le Monde a pu vérifier l’authenticité, que Djibril (qui a souhaité conserver l’anonymat) a été contacté par son employeur, à la tête de la société Pinault et Gapaix, il y a un an. Cet ouvrier en démolition avait travaillé pour lui pendant près de neuf ans, sur divers chantiers en région parisienne. Mais Djibril et une dizaine d’autres travailleurs sans papiers ayant réalisé des contrats de mission en intérim pour cette entreprise, entre 2012 et 2018, envisageaient de se tourner vers la justice, après avoir saisi l’inspection du travail.

Celle-ci a depuis enquêté sur les conditions dans lesquelles ces hommes, originaires du Mali pour la plupart et du Sénégal, ont réalisé pendant plusieurs années des travaux, notamment de désamiantage et de déplombage. Au terme de son enquête, fin février, l’inspection du travail a fait un signalement au procureur du tribunal de grande instance de Bobigny (Seine-Saint-Denis) pour diverses infractions : mise en danger de la vie d’autrui et travail dissimulé. D’après nos informations, le parquet a aussitôt ouvert une enquête préliminaire, actuellement en cours.

C’est dans ce contexte que quinze ouvriers intérimaires et des militants de la CGT ont débuté, lundi 18 mars, l’occupation des locaux de Pinault et Gapaix à Bobigny. Ils ont travaillé entre deux et neuf ans pour la société, à raison de 300 à 1 300 heures par an. Ils réclament aujourd’hui que l’entreprise prenne en charge leur suivi médical et l’obtention de cartes de séjour en tant que victimes « de la traite des êtres humains », détaille Jean-Albert Guidou, du syndicat CGT à Bobigny.

Exposés à de l’amiante et à du plomb

D’après le courrier adressé par les travailleurs intérimaires à la société de démolition dès le mois de mars 2018, ceux-ci disent ne pas avoir été informés des risques qu’ils encouraient. L’entreprise n’aurait pas suivi la réglementation sur les travaux exposant à l’amiante, en matière de protection, de prévention, de formation spécifique ou de surveillance médicale. En outre, le code du travail interdit les travaux sur les matériaux isolants contenant de l’amiante aux travailleurs temporaires.

Djibril, 34 ans, assure pourtant être intervenu sur des chantiers tels que celui de la Bourse du commerce à Paris, entre 2016 et 2017, qui accueille aujourd’hui une collection d’art contemporain de la collection Pinault.

« Il y avait du plomb dans la peinture des murs et ils le savaient très bien, rapporte-t-il. Mais on n’avait pas le temps de faire le déplombage, alors on a tout cassé et les gravats ont été évacués comme du déchet normal. »

En 2018, il intervient également dans un immeuble de bureaux, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). « Il y avait de l’amiante dans les murs en parpaing. Mais on ne le savait pas au début, raconte-t-il. On a cassé les toilettes, sans faire le confinement, et les gravats ont aussi été jetés comme déchet normal. »

Travail de nuit non déclaré

A la même époque, Djibril travaille également sur un chantier dans un immeuble de bureaux du 16e arrondissement de Paris, avenue Marceau. « Une équipe de désamiantage de l’entreprise est passée mais c’est nous, les intérimaires, qui avions fait le confinement et le déconfinement de la zone alors qu’elle était contaminée et c’est nous aussi qui avons descendu les sacs de gravats et chargé les camions alors qu’on n’est pas censé y toucher. » Djibril explique encore être intervenu sur le chantier de rénovation de plusieurs terminaux de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, à partir de 2014, où se posaient aussi des problèmes d’amiante.

L’ouvrier dit aussi avoir travaillé de nuit sans être déclaré.

« On commençait en général à 22 heures et on terminait à 1 heure, 2 heures ou 5 heures du matin. La nuit nous était payée entre 60 et 120 euros. Mais j’ai encore seize nuits qui ne m’ont pas été payées. »

C’est lorsqu’il a été brusquement mis fin aux missions d’intérim de plusieurs ouvriers, en mars 2018, que ceux-ci ont décidé de dénoncer leurs conditions de travail. Contactée, la société Pinault et Gapaix n’a pas souhaité faire de commentaire.

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Julia Pascual

 


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